‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 67 sur 82 · FIËVRE (SUITE). SYMPTOMES EN GENERAL · texte numérisé non relu

FIËVRE (SUITE). SYMPTOMES EN GENERAL

causés par révolution de la maladie fébrile. Il est alors lié à des vomissements, a des diarrhées très*inlensas, à des hémorrhagies sérieuses, ou bien encore à la perroration intestinale ou à la trombose cardiaque. Il survient également au moment de la défervescence fébrile de la pneumonie et des fièvres éruptives, ainsi qu'au moment du passage de l'état fébrile àrétatd'apyrexie dans les fièvres intermittentes pernicieuses* Dans ses degrés légers, le collapsus ne s'accompagne pas de phénomènes généraux bien accusés. La fièvre tombe ou persiste telle qu'elle était; le pouls, la respiration, l'état général ne se modifient pas; mais le nez, les pieds, les mains sont fortement refroidis, et ce refroidissement pei^siste quelques heures, une journée entière, pour disparaître ensuite. Par aggravation lente de ces premiers symptômes on peut voir le collapsus s'accuser do plus en plus. La tète, les pieds, les mains, les membres et le tronc lui-même sont glacés. Le pouls est alors insensible et les contractions du cœur insuflisantes et à peine appréciables. La peau, pâle, exsangue, se couvre d'une sueur froide et visqueuse qui apparaît dès le début engrosses gouttes sur le front. Le malade, qui accusait dès les premiers instants une sensation de faiblesse extrême et une profonde anxiété respiratoire, devient plus tard pdle, inerte, immobile dans le décubitus dorsal, et ne donne aucun signe de vie. Parfois il existe une soif ardente cl des troubles nerveux s'accusant par des hallucinations de la vue et de l'ouïe, par des vertiges et un violent délire. Pendant ce temps la température descend jusqu'à la normale et môme au-dessous, juqu'à 36° et 35% en quelques heures. On peut la voir baisser ainsi de G"" à 8' dans un jour. Le malade peut succomber dans cet état; parfois cependant le collapsus, après avoir duré plusieurs jours, peut être suivi d'une nouvelle élévation thermique qui ramène la température à l'état normal et même à un degré do fièvre très-intense. Dans ces cas il y a souvent espoir de guérison.

Quand la terminaison doit être favorable, on voit baisser la tem« pcrature. En même temps le pouls se ralentit, la soif diminue et la prostration disparaît pour faire place au retour des forces. Les urines, plus abondantes et moins colorées, déposent cependant encore une grande quantité d'urates et renferment beaucoup d'urée* La terminaison peut avoir lieu de deux manières. Ou bien il se fait une chute rapide de la température qui, en quelques heures, en un jour ou un jour et demi, tombe au chiflVc normal. C'est la défervc^' cencecritiquCé Ou bien la chaleur baisse lentement, graduellement^

et met cinq, six et même huit jours pour atteindre le degré physiologique. On donne à cette forme le nom de lysis. Lorsque la dt'»fervescence est rapide, le plus souvent, quelques instants après son début, on voit apparaître sur tout le corps une transpii'ation abondante ; la fièvre arrive au stade de sueur. Mais il est à remarquer que la sueur n'est en aucune façon la terminaison du processus fébrile. Celui-ci, en effet, entre dans sa période terminale, baisse de la température, avant que survienne l'excrétion sudorale. Ce n'est que dans les cas de chute rapide de la fièvre que l'on voit survenir la sueur, puisqu'elle manque, pour ainsi dire toujoui*s, dans tous les cas où le processus fébrile se termine par la lysis.

Cette étude générale de la marche de la fièvre vous prouve, messieurs, qu'il faut entièrement abandonner dans la description du processus fébrile ces divisions en trois stades qu'ont admis les auteurs et qui avaient leur type dans la fièvre intermittente. I^ fièvre ne se compose donc pas des stades de frisson, de chaleur et de sueur. Tant que dure la fièvre il y a chaleur exagérée, depuis l'invasion jusqu'à la terminaison, et les phénomènes de frisson et de sueur, qui sont loin d'être constants dans le processus fébrile, doivent être considérés comme des accidents symptomatiques, pouvant se produire fréquemment sans doute, mais pouvant aussi manquer dans un très-grand nombre de cas.

Étudions maintenant séparément les symptômes divers que nous venons de passer rapidement en revue et commençons par l'élude de la marche de la température.

Quelle que soit la cause sous la dépendance de laquelle se trouve le processus fébrile, la marche de la température présente trois périodes distinctes, parfaitement tranchées dans le plus grand nombre des cas. Là première période, appelée aussi période d'augmeHl^ stade pyrogénétiqiie (Wunderlich), part du moment où la tempéi*»ture cesse d'être normale et commence à s'élever ; elle dure jusqu'au moment où la chaleur cesse de s'accroître et s'arrête plus ou moins au degré où elle est parvenue. La seconde période dure pendant tout le temps que persiste l'élévation thermique ; on l'appt^le encore période d'état ou fastigiiim. Pendant cette période, le processus fébrile et la maladie à laquelle il se trouve lié atteignent tout leur développement. Dans la troisième période, période de déclin j mue, la température tend à revenir à l'état normal; r'est la fin du processus morbide et de la maladie qui lui a donné lieu, à moins toutefois que faffection ne se termine par la mort. L'ensemble

de ces périodes est habituellement désigné sous le nom de cycle fébrile ou cycle thermique.

La période d^augment ou stade pyrogénétique varie dans sa marche suivant que la fièvre est ou non le résultat d'une lésion locale persistante. Quand il n'y a pas de lésion locale antérieure, que ta maladie soit ou non de nature inflammatoire, qu'elle donne lieu à des lésions locales dès son apparition ou après un certain nombre de jours seulement, le début est plus ou moins violent, mais assez régulièrement ascensionnel dans son évolution. Dans le nas opposé il est obscur et sans limites bien certaines. Deux formes spéciales se rencontrent dans cette période. Tantôt le siade pyrogénétique est de courle durée; la température monte très-rapidement (fig. 1 15),

Vio. Hj. — Slaile iiyrojBiiélique. Flc. 118. — SUiJl |jvrogéiiétiquc.

jUceiuioDrapideMiurémiaeion. Atctniion n^ùde avec réniHim.

d'un scuUraitpour ainsi dire, depuis le degré physiolofjique jusqu'à celui qu'elle doit atteindre dans l'afleclion qui est en cause. A peine observe-l>on quelques légères rémissions dans certains cas (fig. 116). En quelques heures, lorsqu'il s'agit de lièvre inlermittente, en un jour et au maximum en 36 heures, on la voit partir du chiffre de â7* pour s'élever jusqu'à celui de 40", 40° ,5, 41°. Le plus habituellement l'élévation rapide de la températuie dans te stade pyrogénétique s'observe dans les processus fébriles de courte durée. Ou bien, en elTet, la maladie se termine par la mort; ou bien il y a une chute do la température qui survient après quelques heures dans le cas de fièvre intermittente, ou après un petit nombre de jours dans les

autres affections. C'est lorsque le stade pyrogénétique affecte cette marche rapide que Ton observe les frissons signalant le début de la maladie, et survenant au moment où la température, déjà très-élevée dans le tronc, n'a pas encore atteint un degré semblable dans les extrémités. La période d'augment offre ce caractère de rapide ascension thermique d'une manière régulière dans les lièvres inter* mittentes, dans la pyohémie, la fièvre récurrente, la pneumonie, la variole et la scarlatine. Fréquemment il en est de même dans Térysipèle, la méningite de la convexité cérébrale, ainsi que dans Tanginetonsillaire et le typhus exan thématique. Au contraire, jamais celte forme ne se remarque, ni dans la plupart des affections catarrhales, ni dans la méningite de la base du cerveau, ni dans le rhumatisme polyarticulaire, ni dans la fièvre typhoïde. Ces faits sont de la plus haute importance clinique, puisque la constatation simple de la marche thermique dans cette seule période permet de classer Taffection en voie de développement dans l'une ou l'autre des séries morbides que je viens de vous indiquer.

Dans sa seconde forme, le stade pyrogénétique a une marche lente, il est polyhénière^ suivant l'expression de Wunderlich. Habituellement alors la durée de cette période varie entre trois et sept joui*s. La température, dans son ascension, affecte le plus souvent la marche suivante.: Avec une prostration plus ou moins accentuée, un état de malaise plus ou moins bien défini chez le sujet, on constate le soir une élévation de la température. Le lendemain matin le thermomètre marque le degré normal, tandis que le soir il accuse une nouvelle élévation, avec ceci de particulier que le chiffre thermique est supérieur à celui de la veille (fig. 117). Le lendemain matin la température baisse encore, mais moins que la veille, pour remonter de nouveau le soir au dessus du chiffre du jour précédent. 11 résulte de là que si, sur la courbe graphique, on joint les sommets maxima entre eux et les sommets minima également entre eux, on obtient deux lignes ascensionnelles à peu près parallèles. C'est la forme appelée par Jaccoud augment à oscillaliùiis ascendantes. Quelquefois il arrive que, pendant un certain nombre de joun*, tous les matins la températuie retombe au degré normal ; il y a en réalité apyrexie complète à ce moment (fig. 118). Dans cette pé-* riode, lorsque la température ne monte pas à un degré élevé, n^ dépasse pas 38%5 à 39"^ par exemple, il s'agit, pour ainsi dire toujours, d'une maladie peu grave qui sera de courte durée; généralement alors les affections catarrhales sont en cause. Au contraire.

FifcVtlE (SUITEJ. MAttCHE DE LA TEMPÉRATURE. 707

si le thermomètre monte à iO" et, à fortiori, s'il dépasse ce diiffre, il y a lieu de craindre une affection sérieuse, de longue durée et qui sera d'autant plus grave que la température est elle-même plus élevée. La fièvre typhoïde, la méningite basilaire sont alors plus par-

FiG. 117— Sladepïrogénétiqiu-. FiG. 118.— Stade piTogi-- Fie. 119. — SUde pjrogéné- Aicension iCDte ik oKiliitioni nélique. Aiceiuioiilenls lique. licenakin lente ucendanlea. avec période d'apjrexia. irréguli^re.

ticulièrement à redouter. Parfois la marche du stade pyrogénétique se montre plus lente encore et l'on y constate des irrégularités. Comme l'a démontré Wunderlicli, il s'agit alors d'affections à marche irrégulière telles que la pleurésie, le ihumatisme, et dont la durée est pour ainsi dire indéterminée (fîg. 119).

Dans ta période d'étal, fasligium, la fièvre arrive à son complet développement, et il en est presque toujoui-sde même de l'affection qui lui a donné lieu. Cette période est extrêmement irrégulière, au point de yue. du degré thermique auquel peut s'élever le processus fébrile, au point de vue de sa durée et même bu point de vue de la marche de la tempéralure. L'irrégularité qu'on y constate dépend de la nature de la maladie, de son intensité, des conditions indivi* duellesetdcs complications qui peuvent survenir pendant révolution de cette période. Dansl'étudede la fièvre arrivée à ce moment, il faut tenir compte d'un certain nombre de données qui peuvent être d'une grande utilité pour le diagnostic de la forme morbide, cause de la ûèvre.

L'élévation maxinia de la fièvre dans le fastigium est à considérer

en première ligne. Les recherches de thermométrie clinique ont, en effet, démontré que celle élévation maxima est très-fréquemmeni liée à certaines maladies. Il est des affections où la température ne s'élève jamais au-dessus dune ceilaine limite, en dehors des complications qui peuvent survenir. De même, Télévation minima, dan> le courant du fastigium, est importante ; puisque Ton sait que dim certaines maladies le thermomètre ne descend jamais au-de<M>u> d'un chiffre spécial, en dehors toulefois des complications amenaDl une baisse thermique considérable, telles que la perforation inttslinale ou une abondante hémorrhagie. Un exemple de ce genre nou> est fourni par ce que nous savons de la température dans la lièvre typhoïde. On peut dire, en effet, qu'une maladie qui, dans le stade de fastigium, ne s'est jamais élevée jusqu'à 39%5 n'est pas une lièvre typhoïde.

La moyenne générale de la température pendant celte période t^l également à prendre en considération. Cette moyenne, dans le plu^ grand nombre des cas, est liée à la nature de l'affection. L'inlensilô du cas lui donne son maximum et la bénignité son minimum. Voki les moyennes générales du fastigium citées par Wunderlich dans uq certain nombre d'affections.

Fièvre typhoïde 39» à 40»i

Typhus exanthémaliquc 39*2 à 40o5

Variole (Oèvrc d'cruplion) 39» à40«>

Rougeoie 39« à 40*

Scarlatine -iO^*

Pneumonie 3S)«2 à 40^

Méningite de la convexité 40<» et au dessus

Rhumatisme articulaire ... 38o5 a 39<'5

Grippe intense 38«>5 à 39o2

Êrysipclc de la Uvo 39^5 à 40^

Angine tonsillaire 39<>5

Sous le rapport de la marche de la température pendant la période d'état, on doit distinguer avec Wunderlich trois formes principales. La forme acumitiée {marche acméiforme^ Wunderlich), (fasUgium à sommets ^ Jaccoud), se rencontre dans les fièvres de courte durée se terminant après quelques heures ou après un polit nombre de jours. La lièvre intermittente, laflèvre éphémère, lapyohémie, Térysipéle ambulant, la varicelle et les fièvres accompagnan: les éruptions de nature herpétique sont les affections dans lesquelk^ on l'observe. L'élévation maximum n'est alors atteinte qu'une seule fois, deux fois ou trois fois au plus, et c'est plus particulièrement le

PtÈVRE (SUITE). HARCHK DE LA TEMPERATURE. 709

soir qu'on la renconlre.exceplédans la fièvre inlermillente. 11 en résulte que le tracé ihermique se présente avec une seule pointe ou bien avec deux ou trois pointes (fig. lâO) séparées par des descentes correspondant à la rémission du matin. Li maladie peut se terminer par la mort qui arrive (généralement au moment où la température est au plus haut; ou bien on voit sunenir l'abaissement thermique se faisant d'ordinaire très-rapidement. Dans cette forme du fastigium, lorsque la fièvre ne dure ainsi que quelques heures, il faut presque toujours s'attendre à de nouveaux accès. Il s'agit alors plus spécialement de fièvre intermittente ou de pyohémie.

ha. forme continue à\t faslif^ium eslcaraclérisécpar ce fait que le

maximum de l'élévation thermique, ou bien un chiflre très-rapproché de ce maximum, se montre pendant un certain nombre de jours consécutifs, en général de six à huit jours. Dans ce cas on observe les fluctuations quotidiennes habituelles; le maximum se présente le soir, leminimiim le matin ; mais la dilférence entre ces deux extrêmes n'est guère que dc- àà 6 dixièmes de degré. Il en résulte que le tracé graphique représente une ligne brisée dont les sommets supérieurs et les sommets inférieiu's sont situés chacnns sur une même ligne approximativement horizontale. Les différences entre les maxima, ainsi que les différences entre les minima, ne sont habituellement alors que de 2 à 3 dixièmes de degré, et la marche alTecle ainsi beaucoup de régularité. Celte forme est désignée par hccouAsouslenomàe fastigiumàoscHlatiûnsstationnaires{{ig.i^i).

C'est dans les maladies fébriles graves qu'on la remarque et, plus particulièrement, dans la variole, la scarlatine, la pneumonie, le typhus eianlhématique et la lièvre lyplioîde. La forme continue, au lieu do présenter ce type à oscillations stationnaires, peut se modifier. Dans un premier cas les oscillations prennent un caractère ascendant, de telle sorte que la température s'élevant le soir plus qu'elle n'est descendue le matin, on voit la série des maxima oiTrir une ascension marquée (fîg. 12â). Ici, du reste, comme dans le cas d'oscillations stationnaires, la difrêrence entre les maxima et le$ minima est peu de chose; il est rare qu'elle dépasse un de^. Le type à oscillations ascendantes peut se montrer d'emblée dans les

affections signalées plus haut; il peut aussi succéder aux oscillalioiu stationnaires. Dans l'un et l'autre de ces cas, c'est l'indice d'une af;<;rav»tion de la maladie et Tespression d'une tendance vers la terminaison fatale. Les oscillations, dans un second cas , offrent un caractère descendant. C'est alors que, les rémissions du malin remportant sur les élévations du soir, on voit la ligne de jonction des minima devenir une oblique descendante (fig. 123). Les différences restent toujours les mêmes, car ce sont elles qui, par leur peu d'amplitude, caractérisent cette marche continue du fasti^ium, quel que soit du reste le type, stationnaire, ascendant ou descendant, qu'il affecte. Les oscillations descendantes succèdent aussi le plus souvent aux oscillations stationnaires. Elles expriment une amélioration dans la maladie et la tendance vers une issue favorable.

La troisième forme de la marche thermique dans le fastigium est la forme discontinue. Son caractère est de présenter de praodeî

FIEVRE (SDITE). MARCHE DE LA TEHPtRATURE. TU

différences entre le minimum et le maximum de la variation quotitidienne (fij. 12i). Ces différences peuvent aller jusqu'à 3 et même i degrés. Cette marche discontinue se rencontre quelquefois dans la fièvre typhoïde; mais plus spécialement dans les affections catar- j rhales, dans la rougeole, te rhuma- I tisme articulaire, la méningite de la base, la fièvre secondaire de la variole et la syphilis. Souvent il arrive que les Ûuctualions quotidiennes sont régulières; tous les soirs survient la même élévation; tous les matins apparaît la même rémission. D'autres fois une grande irrégularité s'observe. Les esacerbâtions et les rémissions ne se font pas au même momenl de la journée. Elles durent plus certains jours, sont plus courtes certains autres; parfoiK même on remarque dans le courant de l'an'eclion des fluctuations revêtant le type continu qui sont bientôt suivies de la réapparition de la forme discontinue. Au point de vue de ta durée même, une semblable irrégularité se rencontre et se trouve liée à la nature de l'afTeclion donnant naissance h la fièvre. C'est ainsi que le fastigium affectant cette forme peut durer de 6 à 10 jours dans la bronchite, la grippe, la pneumonie catarrhale et la fièvre de suppuration de la variole; tandis qu'il peut se prolonger pendant plusieurs semaines dans la fièvre typhoïde, et même pendant des mois dans les fièvres accompagnant le rhumatisme polyarticulaire et tes suppurations profondes. Au reste, comme dans la forme continue, dans la forme discontinue deux types secondaires peuvent se rencontrer, et ils sont le plus souvent liés h la gravité de la maladie. Dans les cas graves, les rémissions matinales ne descendent pas au-dessous de la moyenne thermique observée dans la journée, et les exacerbations du soir s'élèvent au-dessus de cette moyenne ; c'est le type exacerbfinl (fig. 125), Dans les cas légers, où l'on est en droit d'espérer une solution favorable de la maladie, les rémissions du matin descendent plus ou moins au-dessous de la moyenne du jour précédent ; c'est le ttjpe rem itlent (fi^r. 1 26) .

Telle est, messieurs, la marche de ta température pendant ta période d'état du processus fébrile. Cette marche, dans ses trois

formes générales, dites acuminée, continue et discontinue, est liée à la nature de l'affection d'où procède la fièvre et, dans ses types d'oscillations ascendantes, d'oscillations descendantes, de réroissioo et d'exacerbation, se trouve en rapport, dans le plus grand nombre des cas, avec la gravité plus ou moins grande de la maladie. Je n*ai

Fie. 125. — Wriode d'élil. ; Forme disconlinue. Type exacerbant.

pas besoin d'insister auprès de vous sur l'imporlance de toutes ces données, tant au point de vue du diagnostic de la forme morbide qu'à celui du pronostic qui lui est attaché.

A la période d'état du processus fébrile, au fastigium, succède la période de déclin. Celle-ci survient à différents moments suivant la nature de la maladie. Dans la variole, elle coïncide avec l'apparition des premières papules; dans la rougeole, c'est lorsque l'éruption est arrivée à son maximum d'intensité qu'on In voit apparaître; dans la scarlatine, elle se fait lorsque l'éruption commence à pâlir. Pour la pneumonie, la période de déclin a lieu au moment de la complète hépatisation ; rarement on la rencontre avant le troisième jour ou après le neuvième. Dans le typhus, c'est à la (In de la deuxième semaine qu'elle arrive; dans la fièvre typhoïde elle a lieu à latin de b troisième ou de la quatrième semaine, suivant la gravité du ca.":. Celte période de déclin s'annonce de diverses manières. Tantôt elle est précédée d'une surélévation de la température qui est toujours de courte durée; c'est la pertarbation critique; tantôt c'est une tendance à la décroissance qui s'observe, et qui se caractérise sou-

vent par une moindre élévation dans l'exaspération du soir, ou bien encore par une chute plus accentuée dans la rémission du matin ; tantôt enfin il survient une phase d'indécision à laquelle VVunderlich a donné le nom de stade amphibole. Le cai*actëre dominant de cette phase indécise est une irrégularité notable dans la marche de la température. On y rencontre des perturbations marquées par des écarts en plus ou en moins, durant parfois plusieurs jours. On y trouve des exacerbations et des rémissions souvent très-accentuées, pouvant apparaître aux heures ordinaires de l'élévation ou de l'abaissement habituels, mais survenant aussi a n'importe quel autre moment de la journée. Cependant, malgré toutes ces variations, la température, même aux moments oii elle alteint son maximum, est moins élevée que pendant le fastigium. Ce stade d'indécision, en dehors de toute complication venant modifier la marche de la maladie fébrile, se remarque plus spécialement dans les affections graves. Les fièvres typhoïdes, les pneumonies graves et prolongées, les fièvres éruptives avec complications, la méningite cérébro-spinale et le rhumatisme articulaire aigu sont les maladies dans lesquelles on l'observe le plus fréquemment. Sa durée est excessivement variable, elle peut n'être que de quelques jours, comme elle peut se prolonger pendant plusieurs semaines. La plupart du temps elle parait liée à la marche anatomo-pathologiquc des lésions qu'a déterminées la maladie fébrile.

Précédée par Tune ou l'autre de ces différentes modalités, apparaît alors la période de déclin (issue de Jaccoud), qui suit une marche variable suivant la nature de la forme morbide et suivant la facilité plus ou moins grande avec laquelle peut être obtenue la guérison. La marche de la température, dans ce dernier stade du processus fébrile, diffère également suivant que l'affection doit se terminer par la guérison ou par la mort.

Dans le premier cas deux formes peuvent se présenter. La baisse de la température, désignée sous le nom de défervescence^ se fait d'une manière brusque {défervescence critique). Souvent alors cette terminaison brusque est précédée d'une légère exaspération le soir; souvent aussi l'exaspération vespérale habituelle fait défaut, la tem« pérature se maintient au niveau moyen de la journée et le lendemain la rémission matinale est plus accentuée que d'habitude. Tout à coup la descente s'opère et s'achève en quatre heures, en douze heures, en trente-six heures au maximum. Quand Li durée est ainsi de trente-six heures, on observe bien une légère recrudescence le soir

dans certaines circonstances, mais celte recrudescence est courte et ne ramène jamais le thermomètre aux chiiïres élevés qu'il marquait anlérieuremenl. La température peut ainsi tomber de 3* à 5% atteindre le chiffre physiologique et même descendre plus bas jusqu'à 36* et au-dessous ^Hg. 137). Habituellement la déFervescence brusque s'observe dans les cas où l'ascensioD, pendant la période de début, a revêtu le même caractère de rapidité et de brusquerie. Elle est de règle dans la pneumonie fraodie, dans la rougeole, dans l'angine tonsillaire et dans la varioloïde. On la rencontre Tréquemment dans la flèvre intermittente, dans l'érysipéle de la f^ce et dans le typhus exanthématique. Parfois enfin, maïs le fait est bien plus rare, elle a lieu dans la lièvre typhoïde, dans les inOammations calarrhales et dans la scarlatine. Ce mode de terminaison, malgré la baisse favorable de la température, s'accompagne quelquefois de phénomènes généraux graves qui peuvent inspirer des craintes au médecin. L'élat général parait plus sérieux,

*^'V, 1"" T ï*""*''' '■' et l'on rencontre un délire marqué pouvant dédin. t>érerve»cenc« , , , • ■ ^

critiqii*. se prolonger pendant plusieurs jours. Dans

ces cas il importe de rechercher s'il ne s'est produit aucunes complications telles qu'une perforation intestinale, une hémorrhagie grave, une perforation pulmonaire, susceptibles d'amener une baisse thermique analogue à celle que l'on obsei've. Lorsqu'un examen attentif aura démontré que rien de semblable n'existe, quel que soit cependant l'abaissement soasnormal de la température, on doit être sans crainte; c'est la défervescence rapide qui survient et elle aboutit le plus souvent h la guérison.

Dans la seconde forme, la défervescence est lente et graduelle. On lui donne alors le nom de lysis. Deux tj-pes peuvent se rencontrer. Tantôt, notamment dans ta pneumonie i marche tente, dans le typhus exantliématique et dans la scarlatine, parfois aussi dans les aflections de nature catarrhale, mais exceptionnellement dans la flèvre typhoïde, tantôt, dis-je, la descente est lente, continue, et affecte le type des oscillations descendantes du fastigium. Pendant deux ou quatre jours, pendant une semaine entière, on voit alors descendre

la température et la baisse s'accenliie plus spécialement pendant la nuit, de toile sorte ijue les rémissions matinales successives sont de plus en plus prononcées. Le soir i! y a souvent une recrudescence légère, mais elle n'élève pas le thermomètre au chiffre du jour précédent. C'est le tj/pe continu (fig. 128). Tantôt les rémissions de la matinée alternent avec de hautes élévations du soir; les différences quotidiennes entre les maxima et les minima sont très-grandes, mais la moyenne diurne diminue de jour en jour. Il peut arriver aussi que, pendant quelques jours, les exaspérations du soir ramènent le niveau élevé du fastigiura, tandis que s'abaisse de plus en plus Is température du matin, jusqu'àce que les e\acerbalions ves-

pérales diminuent elle-mêmes; c'est le type rémittent (fig. 129). Cette forme de défervescence, qui est caractéristique de la fièvre lyphoïde, est habituelle dans les fièvres catarrhales graves et pendant la suppuration de la variole. On la constate également dans le rhumatisme polyarticulaire, ainsi que dans la péritonite et la péricardite.

Quelle que soit la marche qu'ait suivie la dérervescence, le processus fébrile arrive ainsi à sa fin qui est la caractéristique de la convalescence. Lorsque la convalescence est réelle, complète, la température doit être au degré normal, aussi bien le soir que le matin. Lorsque dans la soirée l'on constate encore une élévation, la convalescence n'est pas franche, et si le matin la température s'élève au

dessus du chiffre physiologique, on doit en conclure que la maladie n'est pas encore guérie. Il est cependant à remarquer ici que, pendant toute la durée de la convalescence, la température est extrêmement mobile, que la plupart du temps les fluctuations quotidiennes sont plus accentuées que dans Tétat de santé parfaite, et qu^enOn, sous rinfluence des causes les plus légères, après un faible écart de régime, après le moindre travail corporel ou intellectuel, après un premier repas à la viande, on voit s'élever la température. Toutefois les perturbations que l'on observe alors sont peu intenses et leur durée est toujours très-courte. Dans le cas où l'on constate une élévation persistante, lorsque s'exagèrent les exaspérations du soir et que la température reste le matin au-dessus de l'état physiologique, la guérison est incomplète, il y aura récidive ou bien il se développera une affection consécutive ou une maladie nouvelle. Ces diverses complications sont à redouter toutes les fois que, sans motifs bien déterminés, on voit pendant la convalescence la température s'élever de nouveau au dessus de l'état normal.

Qiiand la maladie doit se terminer par la mort on observe, dans la marche de la température, des modifications qui se rapportent à trois types différents bien décrits par Jaccoud. Dans un premier type désigné sous le nom de type ascendant, on voit le thermomètre monter d'une manière incessante. C'est à peine s'il y a de légères rémissions; la teinpérature s'élève constamment de telle sorte que le chiffre du matin est souvent supérieur de quelques dixièmes de degré au chiffre du soir. C'est ainsi que la chaleur arrive aux chiffres élevés de 41%5, 42% 42%5 et même ^S", et qu'elle atteint son maximum au moment de la mort. L'ascension thermique sur le tracé graphique est alors représentée par une ligne oblique se rapprochant beaucoup de la verticale (fig. 130). Dans ce type, qui mène rapidement à l'agonie et à la mort, il n'est pas rare de constater au début une rémission qui dure un jour, même deux jours et pendant laquelle le thermomètre descend de 1'' et quelquefois de 1 %5. Cette baisse thermique pourrait faire songer à l'établissement de la défenescence régulière; mais ici l'état général du malade ne s'amende pas et le pouls augmente sans cesse de fréquence. Dans ce type également, après une certaine durée de l'ascension terminale, on voit tout à coup se produire une chute de la température qui descend de i% et peut même atteindre le chiffre normal. Cette rémission brusque, qui dure douze heures et même vingt-quatre heures, est l'indice d'un accident toujours grave. Il s'agit presque constamment

PItVRE (SUITE). HARGHE DE LA TEHPËRATDRE. 717

alors, soil d'une hémorrhagie grave, soit d'une perforation intestinale. Le malade peut succomber pendant l'abaissement thermique, quelquefois avec une température au-dessous de la normale ; lorsqu'il résiste, la température remonle rapidement, souvent en quel-

FiG. 130. — PÉiiode afoniquc. fia. 13t. — Période agonique. Tjiw

Tjpt ucendanl. ascendant briié.

ques heures, et peut arriver, au moment de la mort, aux plus hauts degrés. Cette marche de la température a été désignée par Jaccoud sous le nom de type ascendant brisé (flg. 131).

Le second type de la période agonique est le type descendant. On l'observe dans les airections de longue durée, dans les fièvres éruplives avec compliiations, dans le typhus, la lièvre typhoïde. Ici la température s'abaisse d'une manière constante, aussi bien te soir que le matin, jusqu'au moment de la mort. Elle tombe ainsi jusqu'au degré normal et même au dessous et atleiol parfois les chiffres de 36', 35° (température de collapsus). Parfois il y a une reprise de 1° à 1°,5 au moment de la mort (lig. 132).

Enfin le troisième typeesl irreguUer. Pendant les deux ou trois jours qui précèdent l'issue fatale, on constate des ascensions et des rémissions s'acccnluant de plus en plus (flg. 133). Généi'alemeDt alors, après un abaissement plus accentué que ceux d es jours précédenls, survient une élévation exlrèmement rapide, pendant laquelle le thermomètre monte de 2°, 3% et parfois ï° 1/â dans l'espace de quelquesheures. La mortan'èle son ascension. Ce type se rencontre

surtout dans la pyohémie; on l'observe aussi chez les malades qui

onl été soumis à une violente médication (Wunderlich).

La mort avec élévation considérable de la température, quel que soit le type observé, se rencontre dans les maladies infectieuses plus

particulièrement. Le typhus, la\arioIe, la scarlatine, la seplicémie et la pyohémie se terminent de In sorte. On l'observe encore dans certaines inilammalions telles que la pneumonie, l'endocardite, la péritonite et le rhumatisme articulaire aigu. Les aiïections du système nerveux, la méningite, le ramollissement cérébral, l'épilepsie, l'hystérie présentent souvent aussi ce mode de terminaison. Suivaol Scnator (1) c'est à la haute élévation de la rhaleur animale qu'il laut rapporter l'issue Tatalc. Après ce que je vous ai dit de la myosine et de sa coagulation, après ce que vous savez des troubles nerveui produits par l'élévation de la température, cette opinion peut être facilement acceptée.

Après la mort, la température s'abaisse lentement d'abord, rjpi' dément ensuite, jusqu'à ce que le cadavre se soit mis en équilibre thermique avec le milieu ambiant. Dans certains cas cependant, on constate après la mort une élévation nouvelle de quelques dixièmes de degré. Cette élévation dure en général une heure environ ; apré? quoi la température reste pendant quelques instants slationnaire, puis s'abaisse lentement, puis trés>rapidement. C'est dans le cfao-

(i) Sentlor, Vinkw't Arch., t. XLV.

léra et dans les affeclions où la température est arrivée à un trèshaut degré au moment de la mort, qu'on observe ce phénomène. Suivant les recherches de Wunderlich (1), Huppert (2), Thomas (3) et autres auteurs, l'élévation post mortem doit être attribuée d'une part, aux processus chimiques se produisant dans les tissus organiques et notamment dans les muscles sous l'influence du début de la putréfaction et, d'autre part, à ce fait que, la respiration et la sécrétion sudorale se trouvant arrêtées par la mort, les pertes de calorique résultant de ces deux causes cessent d'avoir lieu.

Telle est, messieurs, la marche que suit l'élévation de la temperature pendant l'évolution du processus fébrile. Pour terminer ce que j'ai à vous dire des troubles calorifiques survenant pendant la fièvre, il me reste à vous signaler les chifl^res extrêmes que Ton rencontre pendant le processus morbide. La plus haute température qui ait été observée chez l'homme vivant a été de ii% 75. Elle a été constatée par Wunderlich dans un cas de tétanos. Gurrie, chez un scarlatineux, a trouvé 44%45, Simon 4i%5 chez un varioleux, Quinckea signalé 44%3 dans un rhumatisme articulaire aigu. Toutes ces températures sont exceptionnelles et complètement incompatibles avec la prolongation de la vie, abstraction faite toutefois de données fabuleuses. Les températures enlre 42%5 et 43%5 doivent être considérées comme rares, et, le plus habituellement, même quand la maladie se termine par la mort, le thermomètre ne s'élève guère au dessus de 41%5 ou, au maximum de 42^ Le degré le plus élevé qui, jusqu'à ce jour, ait été constaté avec conservation de la vie est 41%75. 11 a été observé par Michaël dans un accès de fièvre intermittente.

(1) Wunderlich, Loc. cU.

(2) Huppert, Veber die Ursacfte der posl mortem Temperaiunieigetu^XQ, 1867.

(3) Thomas, Klinische Demerkungen lUr Thermomeiroiogity 1868.

TRENTE-CliNQUIÈME LEÇON

De la Fièvre (suite). Symptômes : Circulation, Respiration, Sécrétions, Amaigrisscincut.

Pathogéoie du processus fébrile.

Messieurs,

Nous allons continuer aujourd'hui Tétude des symptômes de la fièvre, puis nous exposerons ensuite la pathogénie de ce processus morbide.

Pour examiner les troubles de circulation qui surviennent pendant la fièvre, il est nécessaire d'avoir présents à l'esprit quelques faits expérimentaux. La chaleur, ainsi que l'a établi Cl. Bernard (I), possède une action accélératrice sur le cœur. Ce fait, très-manifeste chez les animaux hibernants chez qui, pendant l'hiver, le cœur n'exécute que de faibles battements de loin enloin, peutëlre démontré directement. Lorsqu'on engourdit une grenouille par le froid, on voit les battements du cœur devenir de plus en plus rares et descendre jusqu'à 5 ou 6 par minute. Si l'on réchauffe l'animal, le cœur bat plus vite à mesure que la température s'élève. lies mêmes faits s'observent chez les mammifères ; chez ces animaux soumis à la chaleur, on constate l'augmentation de force et de nombre des battements cardiaques marchant parallèlement avec l'élévation thermique. En plongeant dans de l'eau chaude une des pattes postérieures d'une grenouille et comptant le nombre des battements du cœur pendant l'immersion, Calliburcès (!2) a obtenu les résultats consignés dans le tableau suivant.

Battements

Degrés

Battements

Diflëreaco

du cœur par minute

centigrades

du coeur par minute

en plot

avant l'application

de

a[H^ l'application

sous rinflneucc

de la chaleur.

chaleur.

do la chaleur.

de la chaieqr.

1o Exp.

2o F.xp.

D'après les expériences de Cl. Bernard, cette influence de la cha-

(1) Cl. Bernard, Influence de la chaleur sur Us aninuiux (Revue des cours sdeniifigues, 187 1). (t) Calliburcès, Influence de la chaleur sur la cùntractiliU des organes, 1858.

FIÈVBE (SUITE). SYMPTOMES. CIRCULATION. 72i

Iciii' sur le cœur s'exercerait en dehors de Faction du système nerveux, et les recherches de Schelske (I), confirmées par celles de E. Cyon (2), dans lesquelles la chaleur agissait directement sur le rcrur, ont donné des résultats semblables. En examinant la circulation dans la membrane natatoire de la {grenouille, Calliburcès a démontré également Taccéléralion du courant sanguin par le fait de réiévation de température.

Pendant le processus fébrile les battements cardiaques sont généralement accélérés, el la force des contractions est augmentée, au moins au début de la fièvre. Le plus habiluellement, la fréquence des battements du cœur est liée à la marche de- la température; elle augmente quand la colonne thermométrique s'élève, elle diminue lorsqu'elle s'abaisse. La relalion qui existe est la suivante : Avec une fièvre légère, dont la température est comprise entre 38* et â8%4, on compte de 80 à 90 battements du cœur; avec une fièvre forle, marquant 39',5 à 40% il y a de 108 à 120 battements et, dans la fièvre très-forte, au-dessus de 40% le nombre des contractions du cœur surpasse 1 20. Chez les enfants cependant, ainsi que chez les sujets très-nerveux, ces chiffres sont toujours dépassés. Comme pour la température, il existe pour la fréquence des contractions du cœur une variation quotidienne. Le soir, avec l'exaspération thermique, leur nombre s'accroît; le matin il diminue avec la rémission matinale. Cette relalion toutefois n'est pas d'une constance parfaite el souvent, dans la pneumonie el la fièvre typhoïde, il y a une certaine discordance entre la marche de h température et le nombre des contractions. Tantôt ce nombre reste stationnaire pendant que varie fétat thermique, tantôt même il présente des oscillations toutes contraires. La force des battements est tantôt exagérée, tantôt diminuée pendant la marche du processus morbide, et c'est précisément sur ces états variables qu^était fondée la division ancienne des lièvres en fièvres sthéniques et fièvres aslhèmque$. Si la diminution de la force des contractions du cœur accompagnait toute élévation exagérée de la température, si môme, avec une température médiocrement élevée, elle ne survenait qu'après uno longue durée de la fièvre, il serait possible de l'attribuera des lésions de la substance musculaire développées sous l'influence de la chaleur fébrile. Le plus souvent il en Cbt ainsi ; mais il est des cas où la diminution de force s'observe

i\) Sflirhke, bie Wirkung der Wnrme auf das Ifen^ 1860.

{"i) E. Cyon, Leher den Einflust der Temperatur Verandcrnngen auf Zaidf Dauer ttnd Starfic der lier ^$dila(je [Siichs. Acad» Der., 186Cj.

PicciT. 46

la L£S GHANDS PROCESSUS MORBIDES.

dès les premiers jours de la fièvre, alors même que la température n'a pas atteinl un chiflretrès-élevé. C'est plus paiticuliérement dans les maladies infectieuses, où le sang, profondément lésé dans sa constitution, ne peut plus fournir à la nutrition du cœur que des matériaux imparfaits, qu'on observe ces phénomènes.

Le poxUs suit les modifications que présente le cœur dans le nombre et dans la force de ses contractions. Sa fréquence varie donc de 80 à 120 cl même à 140 pulsations par minute, cl il se présente plein, fort, difficile à déprimer, ou bien mou et dcpressible.

Cette fréquence du pouls, qu'autrefois Ton considérait comme la caractéristique de l'état fébrile, ne peut plus avoir de nos jours l'importance qu'elle avait alors. Comme il est prouvé, si le plus souvent il existe un rapport constant entre l'élévation thermique et le nombre des pulsations, fréquemment aussi il y a une discordance marquée. En effet, le pouls peut èlre fréquent alors qu'il n'y a pas de fièvre; ce fait se rencontre dans l'anémie, dans les différentes névroses; il s'observe après les émotions vives, les exercices violents et Tusaize des boissons chaudes ou alcooliques. Les affections du cœur, celles de la poitrine ou de l'abdomen qui entravent la respiration peuvent, en dehors de tout état fébrile, amener la rapidité du pouls. D'autre part, il est des maladies accompagnées de lièvre dans lesquelles le pouls diminue de fréquence. Dans les inflammations méningo-encéphaliques, alors surtout que la lésion occupe la base du cerveau, on peut constater une élévation thermique de âO^iO" et même 41% et le pouls ne dépasse pas 80 à 90 pulsations. C'est à l'excitation permanente du pneumogastrique (nerf d'arrêt du cœur) qu'il faut, selon toute probabilité, rapporter alors le ralentissement des contractions cardiaques. Un dernier caractère du pouls consiste dan>

Fie. 134. — Pouls de la fiè\re typhoïde (Marey^

Texagération du dicrotismc normal. Cette modification qui tient â la diminution de la tension artérielle, conséquence de la dilatation des capillaires, s'accentue avec la durée de la fièvre et s'exagère encore lorsque la force des contractions du cœur vient à diminuer. (Fig. 134 et fig. 135).

FIÊVRK (SUtT£). SYMPTOMES. ftESPIHATION Iti

Avec la connaissance des expériences que je vous ai exposées tout à l'heure, il n'est pas besoin de chercher d'autres causes aux modifications de circulation que l'élévation de la température. Ce n'est donc que pour mémoire que je veux vous citer la doctrine de Marey (1) à cet égard. Pendant le frisson de la fièvre, les petites artères de la périphérie sont fortement contractées et, pendant la pé-

FiG. 135. — Pouls dans la pneumooie typhoïde (Marey).

riodc de chaleur, ces vaisseaux sont dilatés. Â ce moment la tension baisse dans le système artériel. Ayant démontré que la rapidité de la circulation est en raison inverse de la tension artérielle, Marev voulut expliquer l'accélération circulatoire pendant la fièvre par l'abaissement de cette tension. Cette doctrine ne peut cependant pas se soutenir, puisque, déjà pendant le stade de frisson, alors que les artères sont contractées et la tension accrue dans ces vaisseaux, il y a accélération des battements cardiaques.

La respiratiorty comme la circulation, est troublée pendant le processus fébrile. Sans qu'il existe une relation fixe entre le nombre des mouvements respiratoires et l'élévation thermique, comme le fait observer Wunderlich, on peut dire cependant que généralement la respiration est accélérée pendant la lièvre, et que l'accélération, déjà manifeste pendant le stade de frisson, continue pendant la chaleur fébrile. En moyenne le nombre des mouvements respiratoires est augmenté d'un tiers, de toile sorJe qu'un homme adulte, faisant habituellement ISàiO respirations par minute, en exécute de 26 à 30 dans l'état fébrile. Chez les enfants, cette exajiéralion du nombre des mouvements respiratoires est poussée à Textrême, il n'est pas rare de complrr chez eux de 40 à 50 respirations par minute.

Mais c'est surtout au point de vue chimique que la respiration présente des modifications importantes à connaître. Lichlenfels et Frôhlich les premiers ont admis que, chez les fébricitants, l'air expiré renferme une plus grande quantité d'acide carbonique que chez les sujets sains. L'exagération seule du nombre des mouvements respiratoires permettait de prévoir ce fait, puisque Vierordt

M) Marey, Physiologie médicale de la circulation du sang^ 1863.

72i LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

a fait voir que, si ce nombre vient à doubler, il y a dans un temps donné une augmentation d'acide carbonique de 60 pour cent. Mais les expériences faites sur l'homme par Leyden (1 ) et Liebermesler {i) en ont fourni une démonstration certaine. Leyden est arrivé au\ conclusions suivantes. Dans la fièvre, les mouvements respiratoires augmentent dans le rapport de Vs à i. Le contenu proportionnel d'acide carbonique dans l'air expiré diminue comme 9 : 10; mais la quantité absolue de ce gaz éliminé dans un temps donné augmente comme Va : 1. Les expériences de Liebermeister étaient exécutées ainsi qu'il suit :

Une grande caisse de zinc, sulïisamment spacieuse pour recevoir un homme qui peut s'y tenir debout, assis, couché ou même dans un bain, reçoit l'air extérieur par un orifice placé à l'une de ses extrémités. Cet air est analysé avant de pénétrer dans la caisse; il s'échappe à l'autre extrémité par un tube qui le conduit dans des récipients où se dose l'acide carbonique et dans un gazomètre mesurant l'air qui passe. Son écoulement est favorisé par un courant d'eau qui l'entraine dans sa chute. Quelques instants avant son accès de fièvre, le malade est placé dans l'appareil; sa température prise au début est enregistrée de demi-heure en demi-heure et pareillement, de demi-heure en demi-heure, on change les récipients d'acide carbonique. Dans ce laps de temps, comme l'accuse le gazomètre, il passe environ 900 litres d'air dans l'appareil. Chez un malade atteint de fièvre tierce, Liebermeister a obtenu les résultats cidessous.

Apyrcxio Apyrcxie Accès fébrile Accès fébrtto

cbalcur lueur

T Co» CoJ T Co« T O^

lo Dcmi-hciirc. . Début 370 I3g8 16»! Dibut 39«5 20s7 Début 39«6 19^

3o » » lise 15k1 40o5 19b0 > 18^

4" » • Fin 3GH Us7 1588 39»9 18?7 38 lu. après. 38-3 17^3

Ea deux heures. 5881 63^9 7786 73^

Ce tableau montre l'augmentation de l'exhalation de l'acide carbonique qui, pendant la période de chaleur et la période de sueur, surpasse de 15 à 34 pour 100 la quantité de ce gaz éliminé pendant Tapyrexie. Le suivant prouve que, pendant le frisson, avec Télé-

(I) Leyden, Ueber die Respiration im Fieber (Deulsch. Arch , V!i). (i) Liebermeister, Untersuchungen ûber die quanlU. Verdtuierungen des A'oA/^fwairr^ production beim Menschen^ 1871.

FIËVRK (SUITK). SYMPTOMES. RESPIRATION. 725

vation considérable de la température, il y a rejet d'une quanlité énorme d'acide carbonique dont la proportion s'accroît jusqu'au chinVe de 147 pour 100 et de 34î''-,2 lorsque le thermomètre arrive à 39 V45 (1).

Tompératurn Aujiruicnlilioti AciJc carl>onii{ttO Ventilalion

(fil corps à la fin ilc la tciiipc^rahiro élimine dcrappcircil

do ckaiiuo période, pendant chaque période. (jrraimncs). (lilrct d'air).

i« Dcmi-licure.

Oo|

Il importe d'observer ici que c'est au moment où se produit la plus forte ascension thermique, dans la période d'une demiheure, que se rencontre la plus grande proportion d'acide carbonique.

Ces expériences remarquables établissent donc l'augmentation du rejet de l'acide carbonique pendant le processus fébrile. Elles ont été confirmées en grande partie par les recherches expérimentales récentes de Senator (2). Mais cet auteur a soulevé la question de savoir si cette exhalation exagérée d'acide carbonique devait ôlre attribuée à une augmentation dans la production de ce gaz ou bien à une simple suractivité dans son élimination, il est évident que l'élévation seule de la température doit augmenter, en vertu de la loi de Dalton, l'évacuation de l'acide carbonique; de plus, je vous l'ai déjà dit, pendant la fièvre, le sang renferme moins d'acide carbonique qu'à l'état normal. Il semblerait donc possible d'attribuer, au moins en partie, l'augmentation de ce gaz dans l'air expiré à une élimination plus énergique. La science n'est pas encore fixée à ce sujet.

En raison de l'augmentation seule du nombre des mouvements respiratoires, on comprend qu'il se fasse par le poumon une élimination exagérée d'eau pendant le processus fébrile. On sait, en effet, qu'à raison de 16 respirations par heure, l'air expiré entraîne avec lui 21 grammes 9 de vapeur d'eau; il est donc permis de croire que, le nombre des respirations augmentant, il y a pareille augmentation dans la quantité de vapeur d'eau rejetée. Senator a confirmé ce fait

(1) Les deux tableaux ci-dessus ont ùié empruntés ù rcxcellente thèse de M. Edouard Webcr, Dcm conditions de l'élévalion de la température dans la fièvre^ Paris, 1872.

(2) Senalor, VntnsucUungen iiber den fieberhaften Procès und seine Verliandlung, 1873.

72ft LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

en prouvant que, pendant la fièvre, il se fait une grande perte d'eau par la surface pulmonaire.

Du côté des organes digestifs on constate un certain nombre de symptômes. La perte de Tappélit, la sécheresse de la langue et de la bouche, la soif vive, les nausées et les vomissements, si le sujet prend de la nourriture, sont les troubles que signalent tous les auteurs. La constipation est de règle, à moins toutefois qu'il n*exisl<* des lésions du côté de l'intestin. Tous ces phénomènes peuvent s'expliquer facilement il me semble. Il ne faut pas oublier, en effet, que les pertes de liquide, loin d'être diminuées pendant la fièvre, Si'in^i que le voulaient Leyden (1) etBotkin (2), sont notablement augmentées. La rapidité plus grande de la respiration, Texagération de la perspiration cut^mée le prouvent surabondamment. 11 s'échappe donc une grande quantité d'eau par les surfaces externes de l'économie, et les sécrétions internes du tube digestif se trouvent diminuées de quantité comme l'a fait voir Gubler (8). Des observations faites par Beaumont sur son Canadien il résulte de plus que la muqueuse gastrique est rouge et sèche, et que parfois même on peut y rencontrer des plaques rouges et une véritable éruption pustuleuse. Les boissons introduites dans l'estomac sont alors absorbées avec rapidité; mais les aliments ingérés séjournent pendant un et roéme deux jours dans ce viscère sans être digérés. Les recherches de Schiff (4) ont confirmé ces faits. Cet auteur a constaté l'arrêt de la sécrétion du suc gastrique pendant la fièvre; il a montré que, même après l'inlioduclion de substances peptogènes dans restoraac, il n'y a pas de digestion, et que seules la dextrine, la glycose et l^s peptones artificielles, peuvent être absorbées. Manassein (5) enfin, en allant chercher du suc gastrique chez l'homme avec la sonde œsophagienne et opérant de même chez les animaux, a reconnu la diminution du pouvoir digestif du suc gastrique et prouvé que celle diminution était due à l'alcaUnité de cette humeur. Tous ces faits expérimentaux rendent suffisamment compte des symptômes que Ton rencontre du côté de l'appareil digestif. La sécheresse de la bouche, la soif, la constipation proviennent des grandes perles de

(1) Leyden, Untersuchungen uher dcut Fieber {Deuiscii. Ardi.y 1869j.

(2) Botkin, De la fièvre ^ traduction Trançaise par Georges, 1872.

(3) Gubler cité par Bordier, thèse de 1868, et par Charvot, thèse de 1871.

(4) SchiflT, Leçons sur lu physiologie de la digestion, traduction française, 1867.

(5) Manassein, Chemisette Beitriige %ur Fieberlehre (Arch. f. Anal, wid physiol. meé, 1873).

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