FIÈVRE (SUITE). SYMPTOMES. SÉCRÉTION URINAIRE
liquide s'effecluanl à la périphérie, et quant aux nausées, aux éructations et aux vomissements se montrant à la suite de l'introduction intempestive d'aliments, ils sont dus à Tarrét de la digestion stomacale devenue impossible en raison des modifications profondes de la sécrétion du suc gastrique.
La sécrétion urinaire présente des modifications qu'il est de la plus grande importance de connaître. Déjà je vous l'ai dit, les urines, abondantes et limpides pendant le stade de frisson, deviennent parcimonieuses et fortement colorées pendant la période de chaleur, pour reparaître plus abondantes après la crise. Nos connaissances cependant resteraient fort incomplètes si nous nous en tenions à ces seules doanées. Si l'on compare la marche générale de la sécrétion urinaire à la marche de la chaleur fébrile, on voit que la quantité d'urine s'abaisse à mesure que s'élève la température, et que, le plus souvent, aux plus faibles quantités de cette sécrétion correspondent les degrés thermomélriques les plus élevés. Ce fait a été parfaitement mis en évidence par le professeur Hirtz de Strasbourg (1). Cet auteur a fait voir qu'avec une température de 39%6 la quantité d urine, dans un cas de fièvre rhumatismale, n'était que de 500 grammes par 24 heures, qu'elle était de 1000 grammes à 38%G et s'élevait jusqu'à 2000 grammes à 37%6. Il est facile de concevoir les modifications dont il s'agit dans la proportion journalière de l'urine. Dès le début de la fièvre, avant même Tapparition du frisson, la quantité d'urée augmente dans les urines et par conséquent dans le sang, et l'urée est douée de propriétés diurétiques trèsénergiques. De plus, au moment du frisson, les capillaires cutanés étant contractés, l'exhalation par la peau est entravée et la pression augmentée dans les vaisseaux de l'intérieur du corps. Il y a donc là des causes qui, pendant le frisson, doivent amener l'augmentation des urines. Lorsque vient la chaleur, la dilatation des capillaires périphériques amène une suractivité de l'exhalation cutanée ; l'accélération respiratoire de son côté enlève une grande quantité d'eau au sang et, conséquemment, la diminution de pression dans les vaisseaux du rein aidant, Turine est sécrétée en moins grande abondance. En même temps que s'abaisse la quantité des urines on voit leur densité augmenter et s'élever de 1,017, chiffre normal d'après Becquerel, jusqu'à 1,020 et 1,026.
Les modifications chimiques de l'urine fébrile doivent surtout
(1) Hirlz, art. Fièvre du Dîct. de méd. et de chir. praliques, 1871.
nous intéresser. En premier lieu on constate une augmcnlalion notable de la matière colorante. Cette substance bien décrite par Méhu (1) et par Jaffe (2) et qui ressemble à la bilirubine est connur, depuis cet auteur, sous le nom (ïtirobiline. D'après ^'eubauer et Vogel (3) elle pourrait s'élever de 4,8 pour 1000 jusqu'à 16,20 pour 1000. Wachsmuth (4) la considère comme un produit de la destruction des globules rouges du sang pendant le processus fébrile. En second lieu les urates augmentent considérablement. €es sels représentent, à l'état normal, 0 gr. 326 d'acide urique pour 1000 gr. d'urine, soit 0 gr. 598 éliminés en 24 heures. D'après les recherches de Becquerel (5), cette quantité s'élèverait pendant la fièvre jusqu'à 1 gr. 04 et 1 gr. 70 dans le même temps. Il résulte de cette augmentation des urates et de la diminution de la proportion d'eau, qu'après son émission l'urine, en se refroidissant, laisse précipiter ces sels. Ce sont eux qui, entraînant la matière colorante, forment les sédiments de couleur rouge briquetée que l'on constate dans les urines des fébricitants.
L'urée, dernier terme de la combustion intra-organiquc des substances albuminoïdes, présente une augmentation considérable. Un sait, d'après les recherches de Lecanu (0), confirmées par celles de Ilepp (7) de Strasbourg, que, dans les 24 heures, la moyenne de l'urée excrétée varie entre 28 et 33 grammes. Dans la fièvre, à la vérité, la proportion de ce principe est souvent inférieure ; mais il faui tenir compte de ce fait que l'urée est toujours en relation avec falimentation des sujets et que, pendant la fièvre, l'alimentation n a pas lieu. Il faut donc, pour apprécier les variations de l'urée, comparer les quantités rendues pendant le processus fébrile à celles que rend un homme à jeun. D'après les recherches d'Unruch (8), onsnii que l'homme à jeun, consommant comme le fébricitant ses propres substances albuminoïdes, rend par jour 17 gr. 466 d'urée. Or, les nombreuses analyses de l'urine fébrile, faites par Schultzen (9), Nau-
(1) Méhu, Chimie médicale^ 1871.
(2) Jaffe {Arch gén. de méd., 1873).
(3) Ncubaiicr et Vogel cités par Hirtz, Loc. cit.
(i) Wachsmuth, De ureœ in morbis febr. auct. excretione, ^85^, et Zur Lehre rom FUber (Ardi. d. Heilk., 1865).
(5) Becquerel cité par Ch. Hobin, Humeurs normales el morbides. (6j Lecanu {Journal de pliarmacie, iHZ9}.
(7) Hcpp cit* par Hirlz, Loc. cit.
(8) Unruh, Ueber die Stickslo/fsaussclieidung bei fieb. Krankh. {Virchow's An h., 1801' iU) Schult/.-'n (Annalen der Charilekran!:). 18C9.
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nyn (I), Rosenstein (2), Iluppert (:3), llirlz (4) el au 1res auteurs, ontétabli queTurée, dans lafièvic, atteint en moyenne 30 grammes 58 par 24 heures, soit i ,7 fois la proportion normale. Dans la fièvre intermittente, comme l'ont prouvé Jochmann (5), Moos (6), Sydney-Ringer (7) el llii Iz, on peut constater, pendant Tapyrexie, 26 à 29 grammes d'urée éliminés en 2i heures; tandis que, pendant l'étal fébrile, cette substance va jusqu'à 39 et 45 grammes dans le même temps. L'augmentation de l'urée commence, d'après Sydney- Ringer et Hiriz, au moment où s'élève la température, avant le frisson lui-même. La proportion s'abaisse vers le maximum thermique et tombe à la moitié lors de la défervescence. Dans la pneumonie, c'est avec le maximum de la température que l'urée est en plus grande abondance et, lorsque la fièvre tombe, les chiffres de l'urée tombent en même temps. Dans la fièvre typhoïde, d'après Ilirlz, l'augmentation de l'urée se rencontre surtout, concurremment avec l'élévation thermique, dans les deux premières semaines! Dans ces derniers temps, Senator(8)a étudié expérimentalement cette question de l'augmenlation de l'urée pendant le processus fébrile. Il a établi que l'accroissement de l'urée se fait dès le début de la fièvre et qu'un chien, excrétant à jeun 7^'" ,08 d'urée dans les 24 heures, rend 15 grammes de cette substance dans le même temps à l'état fébrile. \\ résulle donc de là que l'urée est excrétée en excès pendant toute la durée du processus morbide, que sa proportion paraît liée à l'élévation de la température et qu'il n'y a pas seulement une simple augmentation d'excrétion, mais bien une hyperproduclion de cette substance, puisque, dans l'éLit physiologique, en dehors de toute lésion rénale et d'après les recherches de Meissner et de Gschleiden (î^), le corps tout entier ne contient pas plus de 1 gramme d'urée (10).
(1) Naunyn {Derlin, Klin. Wochenn., 1869). (â| Rosenstein {Vircliow's Arch, i. XLIll).
(3) Iluppert {Arcii. fur Heilk., 1869;.
(4) Hirlz, Loc. cit,
(ô) Jochmann, Heobachlungen uberdie Korperwàrme^ 1853.
(0) Moos cité par llirtz, Loc. cit.
{!) Sydii(\v ninjçer, Tranaaciiont of the ined. diir. Society, 1859.
(8) Seiiator, Loc. cit.
(9) Meissner et nsclileidcn cité:« par Scnator.
(10) Le 4losa;;o de riirér, des urates cl dp la rréatinc dans les urines est devenu d'une cran lie fimplicili* depuis le proctWlé imaginé par M. Y von {Sur un nouivau procédé de doxagc de l'urée. Société chimique^ 187Jj. L'autour a montré que le bromure de soude déromposp les substances en (pio^lion en amenant le dégagement de Tazote. H 9*esl
Parallèlement à raugmentation de l'urée on constate encore dans les urines Taccroissement des principes dits extractifs : leucine, lyrosine, créatine, créatinine, xanthine, hypoxanthine, etc. D'après les analyses de Hepp (1), on peut voir la quantité normale de 10 gr. de ces substances s'élever considérablement. Dans un cas de fièvre typhoïde rapporté par Hirtz, la proportion est allée jusqu'à 41 et 46 prammes en 24 heures. Ces chiffres élevés ont coïncidé avec une température fébrile de 39%6.
Enfin, les chlorures diminuent dans les urines fébriles. Cette diminution est liée à l'absence de l'alimentation. Elle est telle que de 10 grammes, chiffre normal, la proportion peut descendre à 2 et même à 1 gramme en 24 heures. Avec le retour de Talimen talion, on voit reparaître plus ou moins rapidement le chiffre physiologique.
La sécrétion de la sueur est diminuée pendant tout le cours de l'évolution fébrile. A part certaines affections telles que le rhumatisme articulaire où l'on constate une sudation pour ainsi dire per-
servi de celle propriété du bromure de soude pour inventer un appareil parfaitement utilisable dans les recherches ordinaires de la clinique. L'appareil consiste en un lobe de vorre long de 0,40 centimètres ouvert à ses deux extrémités. Ce tube, qui porte un robinet vers son quart supérieur, est divisé de chaque côté, à partir du robinet, en centimètres et dixièmes de centimèlros cubes. Le réactif employé est obtenu en mi^lanfreant :
Lessive de soude 30 grammes
Brome 5 id.
Eau dislilk^e 125 id.
Pour faire l'analyse de l'urine on procède de la manière suivante : La longae branche du tube étant pleine de mercure on la renversR dans une éprouvette remplie du mt^me métal, puis on soulève le tube de manière à obtenir, entre le robinet et le niveau du mercure une sorte de chambre barométrique. On verse alors dans le tube 5 cent, cubes d'urine que l'on fait descendre dans la chambre barométrique en ouvrant le robinet. Le tube est lavé ensuite avec une solution de soude étendue et le liquide de lavage réuni à rurine. Cinq ou six centigrammes du réactif sont alors introduits. La réaction est instantanée; on agite le tube, puis on le plonge dans l'eau qui s'élève à une certaine hauteur. L'espace compris entre le niveau du liquide et le robinet est occupé par l'axote, et il est facile d*en doser la quantité volumétriqne que l'on ramène ensuite par le caloil à la température de Qo et à la pression de 0,76. Dans ces conditions Os^^t décigramme d'urée donne 37 cent, cubes d'azote.
En opérant sur de l'urine brute on dose par l'azote l'urée, les urates et la créatine en masse. En enlevant la créatine au moyen du chlorure de zinc en solation alcoolique et les urates par le sous-acétate de plomb, on peut doser séparément toutes ces substances.
En effet, en faisant une première épreuve avec l'urine brute, une seconde après avoir séparé la créatine, une troisième après l'éliminalion des urates, la différence entn* le premier et le second nombre exprime la quantité d'azote de la créatine et la différence entre le second et le troisième la quantité d'azote des urates. {Revue de» se. méi.^ Ma^na, 1873.)
(!) Hepp cité par Hirtz.