‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 69 sur 82 · FIÈVRE (SUITE). SYMPTOMES. SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

FIÈVRE (SUITE). SYMPTOMES. SYSTÈME NERVEUX

manente, pendant la période d'état du processus morbide, la peau du fébricilant est sèche jusqu'au moment où, la défervescence survenant, le corps se couvre d'une sueur abondante. Généralement la sueur est intimement liée à la baisse de la température; elle est alors dite critique. Presque toujours elle est précédée par cet abaissement, et dans ces cas elle parait être la conséquence de la liquéfaction de la perspiration cutanée se condensant par le fait du refroidissement. Il serait faux de croire, en effet, que pendant la fièvre il y ait suppression de la perspiration cutanée. Ainsi qu'il résulte des recherches de Weyrich (1) et de celles de Senator (2), la peau perd, dans le courant du processus fébrile, une grande quanlilé d'eau qui se trouve réduite immédiatement à l'étal de vapeur, en raison même de rélévation thermique. Cependant, dans certaines maladies, la sueur ne coïncide pas avec l'abaissement de la chaleur. A côté du rhumatisme, dans les fièvres infectieuses graves, dans la suette miliaire, l'on voit souvent des sueurs profuses coïncider avec un état de coliapsus malgré l'élévation thermique persistante. Ces cas sont le plus souvent de mauvais augure; ils dénotent un trouble profond dans l'innervation vaso-motrice. Quant à la composition de la sueur fébrile, on manque de documents scientifiques certains. Les analyses de Meissner (3) ont sans doute constaté une diminution dans la quantité d'urée, mais elles ont porté sur un cas de rhumatisme articulaire et, par suite, en raison delà spécificité du cas, ne peuvent servir de bases à des conclusions générales.

En dehors des troubles nerveux qui signalent fréquemment le début du processus morbide, troubles connus dans leur ensemble sous le nom de frisson fébrile, on observe des symptômes plus ou moins accentués du côté du système nerveux. Dans leur intensité, ces symptômes sont subordonnés à l'impressionnabilité des sujets, et dépendent de leur Age et de leur sexe. Ils se montrent plus graves par conséquent chez les enfants et chez les femmes, toutes choses égales d'ailleurs. La nature de la cause, origine première de la fièvre, et surtout le degré de IVIévation thermique, entrent pareillement en ligne de compte ici.

Il est à remarquer, en effet, que les symptômes nerveux présentent le plus habituellement leur maximum d'intensité au moment où le

(1) Wcyrich cité par Jarcoud, Traité de pathologie interne, I8G9.

(2) Senator, Loc. cit.

(3) Meissner cité par Jnccoud.

thermomètre marque une plus grande élévation de la tcmpcAluro. Le délire, les soubresauts de tendons et la prostration comateuse surviennent presque toujours à ce moment. 11 est à remarquer aussi que ces troubles s'amendent et disparaissent au moment oii se fait la défervescence, abstraction faite des cas de collapsusbien entendu. D'après ces faits d'observation clinique que vient démontrer encore rcxpérimcntation physiologique, comme je vais vous l'indiquer, il est permis, je crois, d'attribuer à l'élévation de la température, à la fièvre, un grand nombre des phénomènes nerveux que l'on consUite pendant ce processus morbide. Ce qui le prouve encore, c esl que les moyens thérapeutiques produisant l'abaissement de la température sont de la plus grande eificacité pour combattre ces accidents nerveux.

L'influence de l'élévation de la température sur le système nerveux a surtout été étudiée par llarless (1) et Vallin (2). Le premier de ces auteurs, à la suite de ses expériences, pensait qu'il y avait une relation étroite entre la température du sang et les fonctions du système nerveux, et le second, par des recherches nombreuses, a fait voir que les animaux, chez lesquels on produit un échauiïement du crâne, présentent une sorte de délire, courent follement au hasard et offrent une allure rappelant celle de la paralysie agitante. Parfois, au lieu de cet état, c'est une prostration complète qui se remarque, un coma pendant lequel les animaux sont insensibles aux pincements et aux piqûres. Ces phénomènes s'observent avec une température rectale de iV et de 4i%4. Ils prouvent bien Tinfluencc de la chaleur sur les fonctions des centres nerveux.

Véïi clinique, les désordres nerveux observés se rapportent à ta sensibilité générale et spéciale, aux fonctions psychiques el à la motilité. Généralement, pendant la fièvre, les malades accusent des douleurs vagues dans les muscles du tronc et des extrémités. Ils se plaignent d'une céphalalgie plus ou moins intense ; ils ont une hyperesthésie cutanée telle que les plus légers attouchements sont accompagnés de sensations très-douloureuses. Les bourdonnements d'oreilles sont presque de règle, et souvent des hallucinations de l'ouïe viennent s'y joindre. En môme temps, la vue est très-impres-

(1) Haricss, Ueber den EinfluÈs der Tempera tu ren und Hirer Schwankungen auf die molorischen Nerven (Henie'i und Pfeuffur's Leils. VIU, 3> R\

{t) Recherches expérimenlalex sur Vinsolation et les accidents produits fnr la ekaiem {Ardi. (jén. de rtiéJ., 1870).

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