‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 75 sur 82 · FIÈVRE (SUITE). DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

FIÈVRE (SUITE). DIAGNOSTIC

peut exclure les affections graves, soit inflammatoires, soit infeclieuses. Il s'agit alors d'une maladie de peu d'importance, à moins cependant que la fièvre intermittente ne soit en jeu. En tout cas, les typhus et les fièvres cruplives, comme les inflammations sérieuses des viscères, des séreuses et des muqueuses doivent être écartées. Dans cette même période de la maladie, une température normale constatée le matin doit faire rejeter les affections précitées, à moins qu'une circonstance spéciale, telle que des vomissements, une diarrhée profuse, une hémorrhagie sérieuse, ne soit venue abaisser la température. Il est probable qu'alors il s'agit d'une affection catarrhalc. Cependant la rougeole, la pleurésie, le rhumatisme articu» laire aigu, la tuberculose aiguë, et même la méningite tuberculeuse ne sont pas incompatibles, pendant les trois premiers jours, avec une rémission matinale allant jusqu'au degré physiologique. Enfin^ quand le second et môme le troisième jour, on constate, surtout le matin, une température très-élevée, on doit exclure la fièvre typhoïde ; il est probable qu'il s'agit alors d'une pneumonie ou d'une fièvre éruptive, ou bien encore d'une violente inflammation séreuse.

I^ diagnostic peut n'être pas encore parfaitement établi, au point de vue de la nature de l'affection fébrile, dans la seconde moitié dé la première semaine. Il peut arriver, en effet, que les fièvres éruplives à période prodromique très-longue, que le typhus ou la fièvre typhoïde, que même la grippe, la tuberculose aiguë, la méningite cérébro-spinale, ne s'accusent pas par des symptômes bien tranchés. Le thermomètre donne alors des renseignements extrêmement utiles. Quand, à cette époque, la température reste au-dessous de 39' le matin et de 39%5 le soir, que la fièvre est légère par conséquent, on peut admettre, presque à coup sûr, qu'il n'existe ni typhus ni fièvre typhoïde. Il est très-probable qu'il ne s'agit pas de méningite tuberculeuse quand la température est à 39'' le matin et à 40' le soir; et, si l'on constate les chiffres extrêmes de -il^jS, ^â'' et au-dessus, il faut redouter une maladie infectieuse d'une grande malignité.

C*est plus particulièrement, je vous l'ai dit déjà, l'étude attentive de la marche Ihermique qui permet de spécifier la nature de l'affec-tion fébrile. Quelques citations vous feront mieux ressortir cette vérité. Lorsque, dans les premiers temps d'une fièvre où Ton a constaté une forte élévation thermique, 40" par exemple, on voit, après quelques heures, le thermomètre descendre rapidement jusqu'au chiffre physiologique, on peut prévoir l'existence d'une lièvre intermittente. Au contraire, si la température, après une ascension ra-

pide, se maintient, le lendemain matin à un chiffre très-élevé, il est très-probable qu'il s'agit d'une pneumonie, d'une fièvre éruptiveou d'une inflammation grave ; la recherche des lésions locales viendra plus maniFestement aflirmer soit l'une, soit l'autre de ces formes morbides. Quand, au lieu d'une ascension rapide avec conservation d'un haut degré thermique, on voit la température s'élever lentement, progressivement, prendre en un mot le type des oscillations ascendantes avec de faibles diflerences entre l'exacerbation du soir et la rémission du matin, il est extrêmement probable qu'il s'agit d'une fièvre typhoïde, surtout si, vers le quatrième ou le cinquième jour, la température fébrile devient stationnaire.

La nature de l'affection peut être également reconnue par le type fébrile existant et, dans ce cas, c'est l'observation thermométrique qui démontrera les différents types cliniques que je vous signalais au commencement de cette leçon. Vous avez vu qu'il existe, en effet, une relation entre ces types et les différentes formes morbides ; je n'ai plus besoin d'y insister.

Les autres symptômes de la fièvre, malgré l'examen thermique, ne doivent cependant pas être négligés. L'examen des urines entre autres a une grande importance, puisque, conjointement avec l'élévation de la température, il permet d'apprécier la consomption de l'organisme. J'en dirai autant de l'examen du poids du corps. Enfin l'état do la circulation, la rapidité du pouls doivent être notés chaque jour. Il peut se faire, en effet, que des abaissements notables de la température surviennent tout à coup qui feraient croire à la terminaison de la maladie. Ce phénomène se montre plus spécialement dans les cas d'hémorrhagies graves, de perforation intestinale ou de collapsus. Le pouls, qui reste alors fréquent, permet, de concert avec les signes de collapsus, quand il s'agit de cet état, d'éviter une erreur de diagnostic qui pourrait être préjudiciable au malade.

Le Pronostic du processus fébrile doit être apprécié à plusieurs points de vue qui ont été parfaitement établis par le professeur Ilirtz de Strasbourg. Il faut savoir tout d'abord que, contrairement aux idées anciennes qui considéraient la fièvre comme une réaction salutaire de la nature pour expulser le principe morbifique, on doit voir dans ce processus morbide un véritable mal pour l'économie. La fièvre en elle-même est non-seulement inutile, puisque la physiologie expérimentale démontre qu'un grand nombre de substances introduites dans le sang sont éliminées sans elle, mais elle est nui-

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