‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 77 sur 82 · FIÈVRE (SUITE). PRONOSTIC · texte numérisé non relu

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chaleur périphérique. Des animaux sont placés dans une étuve ot Ton élève leur température de cinq à six degrés au-dessus de Tétat normal. A ce moment, les animaux s'affaissent sur eux-mêmes; on les retire et on les tue. L'autopsie montre alors dans les cavités droites du cœur l'existence de coagulums fibrineux. 11 se fait donc une véritable thrombose cardiaque que les exemples de clinique ont également démontrée chez l'homme, et qui résulte, selon toute probabilité, de l'affaiblissement des contractions du cœur. Richardson pense qu'indépendamment de l'affaiblissement du cœur, il se produit, sous l'influence de l'élévation de la température, une sorte de rigidité des muscles vasculaires, amenant à sa suite une contraction permanente dans les petits vaisseaux et créant ainsi des difficultés considérables à la circulation. La paralysie cardiaque et la rigidité vasculaire seraient les causes du coUapsus. La chaleur s'abaisserait à la périphérie par ce seul fait que, le sang ne s'y renouvelant pas, tout le calorique serait éliminé par le rayonnement, elle persisterait dans les régions profondes qui sont protégées d'une manière très-elTicace contre les causes de refroidissement. Quoi qu'il en soit de cette interprétation du collapsus, il est évident que la haute température est une cause de paralysie cardiaque ; les expériences des physiologistes nous ont suflisamment démontré la réalité de ce phénomène.

Si la constatation simple du degré thermique fébrile est d'une si grande importance pour le pronostic, la marche de la température, pendant la maladie et même pendant la convalescence, fournit au médecin les plus utiles renseignements. Je vous rappellerai, à ce propos, que l'apparition des fortes rémissions pendant le fastigium et surtout leur persistance indiquent une tendance vers la gucrison; qu'au contraire, la disparition des rémissions matinales avec élévation du maximum vespéral indique une aggravation de la maladie. Vous devez savoir encore que, dans une maladie dont la durée est fixe, si l'on voit la température prendre la forme rémittente et la conserver au delà du temps habituel, on doit craindre la venue de complications ou l'existence de lésions anatomiques sérieuses. Les chutes rapides de la température survenant en dehors de l'époque de la défervescence naturelle, ou se produisant dans des affections où la terminaison se fait par lysis, sont fort à craindre. Le plus souvent, elles indiquent des perturbations graves, telles que la perforation pulmonaire ou intestinale , telles que de très-sérieuses hémorrhagies. Dans ces cas, le pouls dont la fréquence persiste presque

toujours, jo VOUS Tai dit déjà, est un signe précieux empêchant de confondre ces élats avec la véritable défervescence. Dans la conva* lescence enfin, la marche thermique doit être activement surveillée au point de vue du pronostic. Si la convalescence est franche, la température doit être normale, et lorsque des complications ou des rechutes surviennent, elles sont toujours annoncées par une nouvelle élévation du thermomètre. Vous ne devez cependant pas oublier à ce propos que les premiers repas du convalescent, surtout les repas à la viande, déterminent une hausse thermométrique. Ce fait a une très-grande importance pratique.

Mais il serait faux de croire que la marche delà température ou la constatation de son élévation sont les seuls signes qui doivent préoccuper le médecin au point de vue du pronostic de la fièvre. Sans aucun doute, le plus grand nombre des phénomènes fébriles est dans une complète dépendance de Félévation thermique; je vous ai établi ces faits dans notre étude des symptômes; mais il faut ce* pendant toujours tenir compte de l'état de la circulation et de la respiration, ainsi que des phénomènes nerveux. L'état des forces des malades, la rapidité de la consomption organique, accusée par la composition des urines et la perte de poids, les sueurs froides et profuses accompagnant le collapsus sont autant de signes qu'il importe de ne pas négliger au point de vue du pronostic. Après tout ce que je vous ai dit de la marche de ces différents symptômes, il n'est pas besoin d'insister davantage sur leur valeur.

Terminons cette leçon, messieurs, par l'examen des moyens que le médecin doit opposer au processus fébrile, en un mot, étudions le Traitement de la fièvre, en nous rappelant que c*est l'élévation thermique plus spécialement qu'il importe de combattre.

Dans des pages éloquentes où perce à chaque phrase la conviction scientifique établie sur de nombreuses recherches dont j'ai moimême été témoin, le professeur Hirtz, mon savant maître, a U*acé d'une main magistrale les règles qui doivent être toujours suivies dans lo traitement du processus fébrile. Après avoir établi que la fièvre est un danger par elle-même, en raison de la consomption des humeurs cl des tissus qui en est la conséquence et de la dépression de toute l'économie qu'elle occasionne, il agite cette importante question, de savoir si la fièvre doit être traitée en elle-même, ou s'il convient de la laisser évoluer en se bornant à l'expectative. L'expectation dans une affection fébrile, malgré la marche typique de cette affection, ne doit pas être la règle, Tapparition des défer-

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vescenccs critiques naturelles ne doit pas davantage entraîner la nonintervention médicale. La fièvre ét^nt un danger, il faut toujours chercher à Técàrler; les crises ne se produisent qu'au moment de la cessation du processus fébrile, lors de la défervescence ; loin de les empêcher donc, le traitement qui hâte lapparition de la défer-* vescence les fail apparaître plus rapidement et les provoque même. Il ne faut pas oublier ici que le degré de la fièvre est surtout à considérer. 11 est de toute évidence qu'une fièvre légère, dont le maximum thermique ne dépasse pas d8%5 à 39', s'il s'agit d'une maladie aiguë, pourra être suivie sans intervention médicale. Mais, du moment où des irrégularités se montrent dans la marche, du moment où la température s'élève au-dessus de 40"*, ou même persiste à ce chiffre pendant un certain temps, il faut agir. Â chaque instant, le danger de l'affaiblissement des contractions cardiaques peut survenir, à chaque instant, la dépression des forces nerveuses peut se montrer, et ces deux phénomènes entraîneront à leur suite les plus graves conséquences.

Il est de toute certitude que si l'indication causale pouvait être remplie, ce serait à la cause de la fièvre qu'il faudrait avant tout s'adresser dans le traitement du processus fébrile. Sous le rapport éliologique, il existe trois espèces de fièvres : la fièvre nerveuse, la fièvre inflammatoire et la fièvre infectieuse, encore ces deux dernières espèces tendent-elles a se fusionner, puisque la fièvre inflam* matoire parait être le résultat d'une infection du milieu intérieur parles produits qu'y versent les lésions phlegmasiques locales.

Dans la fièvre nei*veuse , l'indication causale nous échappe , puisque, dans le plus grand nombre des cas, la cause (émotions vives, cathétérisme, etc. ) a disparu lorsque se montre le processus fébrile.

Dans les inflammations, notre action thérapeutique est toujours très-lente à agir; nous ne pouvons ni par la saignée générale, ni par les saignées locales, ni par quelque autre moyen, juguler les inflammations et empêcher l'évolution phlegmasique. Il serait faux de croire du reste, que l'intensité de la fièvre soit toujours liée à l'étendue des lésions inflammatoires. Avec des inflammations pulmonaires très-limitées, comme il résulte des nombreuses recherches de Charcot (1), l'on constate des élévations thermiques très-considérables,

(1) Charcot, Thermométrie dan» la cHnigm de$ vieillards (Galette hebdomadaire de méd. et tU cJiir., 1869).

on voit le thermomètre atteindre 41% et toujours dans ces cas la terminaison fatale est survenue par le fait seul du procossus fébrile accompagnant des lésionsqui, par elles-mêmes, étaient insuffisantes pour déterminer la mort. 11 est assez probable, du reste, que la fièvre, en raison des modifications qu'elle entraîne dans la circulation capillaire et des changements qu'elle détermine dans la constitution du sang, ce liquide étant alors chargé d'une très-grande proportion de produits de dénutrition, il est assez probable, dis-je, que la fièvre doit favoriser l'extension de l'inflammation et contribuer beaucoup aux dégénérescences des éléments anatomiques. La clinique en fournit une démonstration, puisqu'elle nous fait constater l'arrêt de la marche envahissante du processus inflammatoire, coïncidant avec la cessation de la fièvre, et qu'elle nous montre la résolution suivant de près la baisse de la température. Tous ces faits soûl probants, ils signalent l'opportunité du traitement antifébrile dans les maladies inflammatoires, puisque, je vous le disais tout à l'heure, la médication est le plus souvent incapable de faire disparaître rapidement les lésions de l'inflammation.

Dans les fièvres infectieuses , l'indication causale nous échappe de même. Li nature de l'agent infectieux nous est jusqu'à ce jour à peu près inconnue; s'il s'agit, comme je le pense, de modification des principes albuminoïdes, ces modifications ne nous sont pas dévoilées dans leur essence intime. D'autre part, nous ne possédons aucun agent capable de détruire 'l'élément infectieux et toutes les recherches faites sur les substances antifermentescibles, depuis l'iode et les hyposulfitos jusqu'à la créosote, l'acide phénique et le silicate de soude, n'ont donné aucun résultat. Il faut excepter cependant l'élément infectieux de la fièvre paludéenne qui est atteint, chacun le sait, par le sulfate de quinine. Cependant, dans les infections, comme dans les fièvres inflammatoires, l'élévation de la température est un danger toujours imminent et contre lequel doit lutter le médecin. Il résulte de laque, l'indication causale ne pouvant presque jamais être remplie pendant l'évolution, fébrile, c'est à l'indication morbide que doit s'adresser la médication et que le traitement antipyrétique doit toujours être institué.

Le traitement antipyrétique a pour but de diminuer Télévalion thermique. Or, le raisonnement seul nous montre que deux espères de moyens peuvent être employés pour arriver à ce but. Étant donné, en eflct, un corps producteur de calorique, on peut arriver à le refroidir, soit en diminuant la production de chaleur, le rayon-

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