FIÈVRE (SUITE). TRAITEMENT
nement seul dans ce cas en abaissera bientôt la température, soit en exagérant considérablement ses pertes thermiques. 11 est évident que l'usage simultané de ces deux espèces de moyens devra acaHérer la production du résultat cherché.
Vous savez, messieurs, que Tune des sources les plus impor^ Umles de la production de calorique réside dans l'exagération de la nutrition des éléments anatomiques produite par le fonclionnement de ces éléments. Les expériences de Cl. Bernard vous ont démontré que la contraction musculaire, que la sécrétion glandulaire et que l'état d'activité cérébrale produisaient de la chaleur. Pendant le cours du processus fébrile, il faut donc avant tout empêcher le fonctionnement du système musculaire et du système nerveux qui, d'après les recherches de Liebermeister, est immédiatement suivi de l'augmentation de l'acide carbonique exhalé par la respiration. La position horizontale, l'absence de mouvement, le repos intellectuel, doivent donc être prescrits «lux fiévreux. Vous savez de plus que la chaleur animale s'élève au moment de la digestion, et que la privation de nourriture restreint les combustions organiques et abaisse la chaleur. Les recherches expérimentales de Chossat ont établi ce fait; celles plus récentes de Manasseim et de Senator ont montré que chez les chiens, dès le second jour de jeûne, la production de chaleur a diminué de 40 pour 100 environ. Au reste, l'alimentation des fiévreux est rendue souvent impossible par le fait même de la fièvre, l'estomac se refusant à la digestion des subsUinres ingérées et des vomissements en étant la conséquence. Est-ce à dire cependant qu'il soit indispensable d'imposer une diète absolue à tout sujet ayant la fièvre, et que cette diète doive se prolonger aussi longtemps que dure le processus fébrile? Il est de toute évidence qu'il ne peut en être ainsi. Quand la fièvre a une longue durée, surtout quand olle existe à l'état chronique et qu'elle entraîne la consomption de l'organisme, il est nécessaire d'Alimenter los malades. On doit le faire cependant avec précaution et choisir les moments où les rémissions se montrent. Dans les fièvres de peu de durée, quand la température atteint un haut degré, la diète doit toujours être la règle. Le repos et la diète sont donc les moyens physiologiques d'abaisser la température fébrile en diminuant les combustions organiques.
Le sang étant autrefois considéré comme la source unique de la chaleur animale, l'idée d'abaisser la température par la saignée d(*vait être la conséquence de cette conception théorique. Je n'ai
pas besoin de vous rappeler ici le rôle universel des émissions sanguines dans la thérapeutique ancienne. Les noms de Broussais et de Bouillaud viennent à Tesprit immédiatement ici. De nos joui^s la saignée, par un revirement contre la doctrine de Broussais, a élê, pour ainsi dire, complètement abandonnée. On sait, depuis Louis, qu'elle n'agit pas sur 4a marche des lésions inflammatoires locales, et quant à son pouvoir antipyrétique, il parait très-restreint. D'après les recherches de Thomas (1) et celles de Frese (:2) d'après les expériences plus récentes de Lorain (3) et de Bauer (4), la saignée produit les effets suivants. Quelques instants après la perle de sang, il y a diminution de la tension vasculaire avec augmentation de la fréquence du pouls, puis abaissement de la température. Mais la baisse thermique est de très-courte durée, le thermomètre remonte trèsrapidement après la saignée et, d'après Bauer, chez les ûévreux, la chaleur dépasse le degré qu'elle avait avant l'émission sanguine. Ces faits paraissent être en rapport avec ceux que l'on observe après les hémorrhagies survenant dans le cours de la fièvre. H semble que l'exagération de l'absorption interstitielle consécutive h l'abaissement de la tension vasculaire fasse alors pénétrer dans le milieu intérieur une forte proportion de substances pyrogènes exagérant encore les combustions. La fièvre n'est donc abaissée que trés-temporairement par la saignée, à moins qu'elle ne soit poussée très-loin, cas où la perte des globules rouges, enempèchanl l'arrivée de l'oxygène dans le sang, peut amener un abais.<«emeDt thermique durable. Mais, en raison de l'affaiblissement profond que la saignée faite dans ces conditions détermine, le danger, loin d'être écarté, doit s'aggraver encore. Gomme méthode de traitement antipyrétique, d'après ces données, je crois que la saignée doit être repoussée et qu'elle doit être seulement conservée comme moyen de diminuer la tension artérielle, et de favoriser la circulation dans les régions où se sont produites des congestions gi'aves pouvant mettre en péril les jours des malades.
La pratique médicale, basée sur de nombreuses recherches expérimentales et cliniques, a fait connaître un certain nombre de sub-
(1) Thomas {Arch. d. Heilk., 1868).
(2) Fresc {\irchow*s Arch., i. XL).
(3) Lorain, Des effets physiologiques des liémorrhagies spontanées ou arti ficelles {Jomrn. de Vanat.elde la phys.^ deCh. Robin, 1870).
(i) Bauer, Ueber die Zersetiunhgvorhœnge im Thierkœrper unter dem Emfiusse ron Blulemiehungen (Zeits fur Biologie, 187:2}.