ASPHYXIE (SUITE). EFFETS PHYSIOL. DE L'ACIDE CARBONIQUE
TRExNTE-NEUVIÈME LEÇON
ASPHYXIE (suite)
Effets physiologiques de Tacide carbonique. — SymptOmes de l'asphyxie. — Pathogénie.
Diagnostic. Pronostic. Traitement.
Messieurs,
Bien que, dans les leçons précédentes, je vous aie montré l'indispensable nécessité de la nutrition gazeuse des éléments anatomiques. Lien que je vous aie signalé la perte des propriétés biologiques de œs éléments a la suite de la cessation des échanges gazeux, il më faut encore, avant d'aborder l'examen des Symptômes de l'asphyxie, vous indiquer les effets physiologiques de l'acide carbonique sur Forçanisme et ses divers appareils. Cette donnée me paraît indispensable pour l'intelligence parfaite du processus morbide qui nous occupe.
L'action de l'acide carbonique sur l'organisme vivant a été plus particulièrement étudiée par Cl. Bernard (1). Voulant recher- «4îer si ce gaz possédait des propriétés toxiques, l'illustre physiologiste a fait pénétrer l'acide carbonique par diverses voies. L'injection d'acide carbonique dans le tissu cellulaire sous-cutané n'est en aucune façon nuisible chez les animaux mis en expérience, et Q. B*-»rnard a pu introduire ainsi plusieurs litres de gaz sans (\\ïi\ en résultât aucun accident. D'un autre côté, les injections intraveineuses d'acide carbonique ne sont pas davantage nuisibles ; le gaz >it dissout dans le plasma et se trouve finalement rejeté dî\ns l'atmosphère par la respiration. Si on l'injecte dans Taorlc et même <ians les artères cérébrales, on ne produit pas d'effets srrieux; mais ♦^n se basant sur ces expériences, il faut bien se- garder de conlonJre le sang artériel dans lequel on fait pénétrer de l'acide carbonique, avec le sang veineux. Le premier n'est pas toxique, parce qu'il
T' nferme encore sa proportion normale d'oxygène ; le second est
nuisible précisément parce qu'indépendamment de l'acide carbo-
Mi Cl. Bernard, Lfçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses, !'*•'•". et Leçons sur les propriétés physiologiques et les altératiotis pathologiques des Hl^idti de l'organisme.
nique qu'il renferme, il a perdu son oxygène en gi*ande partie. Cl. Bernard, du reste, est allé plus loin encore et, afin d'établir l'innocuité de Tacide carbonique au point de vue toxique, il a procédé de la manière suivante : chez un chien il fait arriver dans un des poumons un courant d'acide carbonique, tandis que Tautre poumon respire de l'air atmosphérique, et l'animal soumis à cette expérience n'éprouve aucun accident. L'acide carbonique toutefois n'est pas complètement inoffensif, chacun le sait, et lorsque, suivant les expériences de Cl. Bernard, la proportion de ce gaz dans l'air s'élève à 10 pour 100, la respiration n'est plus possible. 11 est à remarquer cependant que Tacide carbonique ne paraît pas agir alors comme un véritable agent toxique, mais bien comme obstacle mécanique au rejet de celui du sang. Dans ces circonstances, en effet, la tension de l'acide carbonique dans l'air surpasse celle qu'il a dans le sang, son exhalation ne peut plus avoir lieu, et la respiration profonde se trouve entravée par le fait. Ce qui empêche Tasphyxie de se pioduire dans la dernière expérience de Cl. Bernard que je viens de vous citer, c'esl que l'exhalation d'acide carbonique se fait par le poumon respirant normalement. Cette interprétation est conlirmée par les résultats obtenus par Regnault et Beiset (1). Ces auteurs ont, en effet, démontré que, dans une atmosphère artilicielle contenant :20 pour 100 d'acide carbonique, les vertébrés à sang chaud peuvent vivre, pourvu qu'il se trouve en môme temps une proportion notable d'oxygène. Ce dernier gaz aurait alors pour effet de favoriser l'expulsion de l'acide carbonique du sang, et les expériences de llolmgren nous ont démontré qu'il possède sous ce rapport une elïicacité toute spéciale.
Suivant Brown-Séquard (2), l'acide carbonique posséderait une sorte d'action stimulante sur les propriétés biologiques des éléments anatomiques. Pour élayer cette manière de voir, qui jusqu'à un certain point semble plausible, ce physiologiste s'appuie sur les expériences suivantes : Chez une lapine pleine il injecte du sang veineux dans l'aorte, et la matrice entre en contraction. Les injections de sang veineux dans lesailères mésentériques sont suivies de contixiclions de l'inti^stin. D'après Brown-Séquard (;3), l'acide carbonique
(\) Regnault et Hciset, Recherches chimiques sur la respiration des animaux de diverseM classes. {Ann. de chimie et de physique, IHiUj
(i) Bnmn-Séi|ii.'inl, Hetherches espêrimenlales sur les propriétés pliysiologiques et sur les UMtjes du samj rouge et du sang noinjoum. de ta phjs.de l'homme et des an.,\Kiii^.\
i3; |{iuwii-Séi|iianl, liecherches e.rfterimentales et cliniques sur quelques questions rclatives a l'asjtftijiie. (Juum. de la jdnjswl. de l'homme et des a/i., IHoU.;