ALBUMINURIE. DIAGNOSTIC
degi'é d'albuminalion. Or, par des analyses comparatives faites au moyen de pesées, il a établi que chaque degré d'albumination correspond à 0»'*, 00002775 pour 1 gramme; il est dès lors facile de doser la proportion d'albumine contenue dans une urine. Supposons, en efTct, une urine albumineuse; on en verse 4 centimètres cubes dans un tube gradué; puis, dans ce tube, on ajoute de Teau jusqu'à ce qu'une addition d'acide ne détermine pas de trouble en 30 secondes, mais en produise un en 45 secondes. Si, pour obtenir ce résultat, il a fallu ajouter 480 grammes d'eau, le degré d'albuminalion de l'urine est représenté par -^ = 120, et la proportion d'albumine sera, par gramme d'urine, 120 X 0,0002775. Si l'on veut savoir la quantité d'albumine perdue dans 24 heures, on l'obtiendra en multipliant ce premier produit par le chiffre exprimant la masse du liquide urinaire pendant ce temps. Malgré la nécessité de plusieurs opérations pour arriver au résultat, l'auteur aflirme qu'il ne faut pas plus de 10 à 20 minutes pour doser l'albumine par ce procédé.
La question de l'existence de l'albuminurie étant résolue, le médecin doit en second lieu rechercher quelle est la forme clinique générale du processus morbide qu'il a sous les yeux, et décider s'il y a albuminurie passagère, albuminurie mixte ou albuminurie permanente.
Seul, l'examen des urines fournira déjà des indications sérieuses. Vous savez, en effet, que, dans l'albuminurie mixte, dans celle qui résulte de stases sanguines vers les reins, les urines ont des caractères spéciaux qui permettent leur distinction. Ces urines sont lares, d'une densité élevée et d'une coloration généralement très-foncée; elles contiennent une forte proportion d'urates. Celte nalure de la sécrétion urinaire peut cependant varier lorsqu'il s'agit de la grossesse ; mais, quand l'albuminurie gravidique a une origine mécanique, la grossesse est arrivée au minimum au septième mois, et par conséquent ne peut plus être mise en doute. Dansées cas donc, il est facile d'assigner à l'albuminurie sa véritable place clinique, et l'examen de la marche du mal, le mode de développement de l'œdème qui débute par les extrémités inférieures, enfin la constatation d'une affection cardiaque, d'une maladie de la poitrine gênant la circulation dans le poumon, assureront le diagnostic d'une manière complète en spécifiant la cause originelle de l'albuminurie.
L'examen des urines rendra aussi des services quand il s'agira de distinguer l'albuminurie passagère de l'albuminurie permanente, soit
61â LES GHâNDS I'ROCëSSUS MORBIDES.
aiguë, soit chronique. Les urines de cette albuminurie passagère qui ne s'accompagne pas de lésions bien déterminées du côté du rein, à part la présence de l'albumine, sont, en effet, semblables aux urines normales; elles ne contiennent guère que des cylindres de munosine et quelques cellules épithéliales venues du rein. Les urines de la néphrite légère se rapprochent sans doute de celles de l'albuminurie permanente; on peut y trouver des cylindres fibrineux et des cylindres épithéliaux en plus ou moins grande abondance ; mais il n'y a pas diminution des sels et de l'urée comme dans l'albuminurie permanente. Un caractère nouveau permettrait encore de distinguer, par l'examen de l'urine, l'albuminurie passagère de l'albuminurie permanente. D'après certains auteurs, il y aurait une différence entre l'albumine expulsée par le rein dans ces deux cas. Suivant Icery (1), si l'on traite les différentes matières albumineusespar une solution d'oxyde de cuivre dans la potasse, on voit qu'avec l'albumine de l'œuf, avec celle du sérum, avec celle des urines fQurnies par des reins altérés (maladie de Briglu), il se produit, même à froid, une coloration violette, et qu'à l'ébullition il y a iormation d*un précipité noir de sulfure et de phosphure de cuivre. Cette réaction manquerait complètement avec l'albumine de l'albuminurie passagère. D'un autre côté, Semmola (2) avance que l'examen de la qualité d'une albumine urinaire peut arriver à différencier l'albuminurie brightique des autres albuminuries. Toutefois, jusqu'ici les caractères différentiels sont difficilement appréciables, car ils ne consistent que dans le degré de coagulation, de solubilité, et dans les réactions variées au contact des acides, des alcalis et de certains sels, toutes nuances chimiques difficilement applicables à la clinique. Enfin, d'après Girgensohn (3), les albuminoïdes de Talbuminurie permanente différeraient de ceux de l'albuminurie passagère en ce que, traités par le tannin, les premiers en retiennent 37 pour 100, tandis que les seconds n'en fixent que 28 pour 100. Ces caractères toutefois me paraissent encore bien peu connus et je ne puis me prononcer sur leui* valeur ; la question ne me semblant pas suffisamment étudiée jusqu'à ce jour.
En dehors de l'examen des urines, les différents symptômes de l'al-
(1) Icery, cité par Gublcr, loc. cit.
(2) Semmola, SouvelUn redierches sur la pathogênie et $ur le trailemeni de Télkur minurU (Acad. de méd., 1867).
(3j Girgcnsohn, Zur Mbuminometrie uml iur Kennlnhs der Tanninverbindungen éir AlbumimUe (DeuL Arch. (. klin. àfed., 1873).