AN0 ARTÉRIEL
JNEUX.
muscle en activité.
(1) Billroth und Kick, Schn/eiier Vierteljahr., 1863.
{î) Ludwig et Sczelkow, cités par Wundt, Éléments de phytiologie humaine^ trad. franc., 1871
D'autres modifications chimiques se produisent encore dans les muscles du fait de leur contraction. Comme Fa fait voir Du Bois- Reymond (1), le muscle, alcalin au repos, devient acide quand il s*e$l contracté, et ce nouvel état chimique est dû, selon toute probabilité, à la production d'acide sarcolactique. En même temps, la proportion des produits de dénutrition est augmentée puisque la créatine et la créatinine, dont le poids commun dans les muscles au repos n*est que 18 pour 100, atteignent ensemble, après la contraction, le chiffre de 21 pour 100. Ces substances, ainsi que la xanthine et Thypoianthine des muscles, proviennent de Toxydation des principes albuminoïdes du tissu musculaire et sont versées dans le sang en même temps que les albumines du sang sont puisées par le muscle pour la reconstitution de sa propre substance. Ce qui prouve encore qu'il en est réellement ainsi, c'est la nécessité de la circulation intramusculaire pour le maintien de la contraclilité. Comme je vous l'ai dit dans un autre partie de ce cours, les expériences anciennes de Sv^ammerdam, de Sténon et de Willis, celles plus récentes deLonget et de Vulpian, celles enfin de Krishaber sur la ligature élastique, ont prouvé que les muscles privés de sang perdent rapidement leur contractilité.
Enfin, les recherches faites sur l'ensemble des échanges matériels dans l'organisme pendant le travail musculaire démontrent encore une abondante consommation de matériaux nutritifs. Comme Ta établi Lavoisier (2), la consommation d'oxygène est deux fois plus considérable pendant le travail que pendant le repos et, d'après les recherches de Valentin (3), Andral et Gavarret (4), Smith (5), Pettenkofer et Voit (6), il y a une augmentation corrélative dans le rejet d*acide carbonique; suivant ces derniers auteurs, tandis qu'au repos, avec une alimentation moyenne, il y a élimination de 9â0 gr. d'acide carbonique en vingt-quatre heures, pendant le travail, cette élimination va jusqu'à 1134 grammes. De plus, et malgré les résultats contradictoires obtenus par Bischofï, Ranke, Pettenkofcr et Voit, les recherches de Byasson ont établi qu'il y a, pendant le travail musculaire, augmentation dans la proportion de l'urée et
(1) Du Bois-Rcymond, Berliner Monatsher., 1859.
(2) Lavoisier, Acail. des science*, 1789.
(3) Valentin, Lehrbuch der PhysioL, 18i7.
(4j Andral et Gavarret, Ann. de chim. et de phys,y 1843.
(h) Smith, Jounu de la physiol. de V homme et des animaux, 1860.
(6) Peltenkofer und Voit, MUncher Academieber., 1866, 1867.
ANÉMIES DORIGINE SPOLIATIVE. 667
de l'acide urique rendue par les urines. En effet, avec un régime identique, la quantité d'urée étant 20,04 et la quantité d'acide urique étant 0,132 pour vingt-quatre heures pendant le repos, on voit ces quantités, pendant le travail, devenir 22,89 pour l'urée, et 0,222 pour l'acide urique. Ces faits prouvent donc que le travail musculaire consomme beaucoup des matières non azotées et des substances albuminoïdes contenues dans les muscles, tous principes finalement puisés dans le sang, milieu intérieur où vivent les éléments musculaires comme tous les autres éléments de l'organisme.
D'après cela il est facile de comprendre comment le travail musculaire exagéré peut entraîner l'anémie à sa suite. D'une paît, en effet, en consommant une grande proportion d'oxygène et produisant beaucoup d'acide carbonique la conlraclion musculaire porte atteinte à la nutrition gazeuse du milieu intérieur; d'autre part la consommation des substances albuminoïdes et le rejet dans le sang d'une grande quantité de produits de désassimilation entravent sa nutrition liquide et solide. De là nécessité d'une réparation appropriée pour le sang, d'une alimentation suffisante et contenant à la fois des matières albuminoïdes et des matières hydrocarbonées puisque le travail musculaire détruit les unes et les autres de ces substances. De là aussi, pour les sujets qui travaillent de la sorte, la nécessité de la respiration dans un air pur et suffisamment renouvelé. De là enfin la production de l'anémie quand ces conditions ne sont pas remplies, ce qui est malheureusement fréquent chez les ouvriers en général.
L'exagération des sécrétions physiologiques, la perte de ces sécrétions, l'établissement de sécrétions pathologiques sont de nouvelles causes d'anémies d'origine spoliative et ces anémies sont habituellement désignées sous le nom d'anémies d'origine sécréloire. Nous allons les examiner :
Au point de vue de leur rôle physiologique, les diverses sécrétions de l'organisme doivent être divisées en deux classes; les unes sont des humeurs qui renferment les principes de dénutrition destinés à être rejetés au dehors, ce sont les excrétions, urine et sueur; les autres sont des humeurs servant au fonctionnement des divers organes ou appareils de l'économie ou bien à la génération et au développement du nouvel être; ce sont les sécrétions proprement dites. Indépendamment de ces humeurs physiologiques, il se produit souvent des humeurs pathologiques, des exsudats divers, apparaissant
sur les surfaces de Téconomie ou dans rintimité des tissus et qui puisent dans le sang leurs matériaux ; les exsudais des muqueuses des séreuses, la suppuration trouvent ici leur place.
Relativement à la production de Tanémie les perles de sueur oa d'urine, pourvu que ces liquides aient leur conslilution normale, ne jouent pour ainsi dire aucun rôle. Ces humeurs, en effet, n'en- (rainent au dehors que des sels minéraux et des produits de dénutrition, urée, etc. Elles ne renferment aucune substance organique, à part cependant une petite proportion d'albumine contenue dm la sueur. Cependant Ton sait qiie des sueurs très-prolongées el très-abondantes affaiblissent beaucoup, comme le fait se remarque chez les phthisiques; mais, dans ce cas, les sueurs ont sur la pro* duction de l'anémie une influence bien effacée si on la compare'i : celle de la maladie principale.
11 n'en est plus de même quand les urines renferment (te matières nutritives ou des substances albuminoldes, comme dansi le diabète ou l'albuminurie. En étudiant l'un el l'autre de ces: processus, je vous ai montré leur influence sur la produclioi de l'anémie. Vous savez que, chez les diabétiques arrivés i It période consomplive, le sang est atteint et dans ses substances ; albuminoldes et dans ses globules, puisque l'on voit ralbuminej tomber au chiffre de 62,54 pour 1000 et les hématies descendre de 127, cliiffre normal, à 118,28 pour 1000. Vous savez aussi qoc les albuminuriques présentent une même altération du milieu intérieur, altération que révèle d'une manière saisissante leur teint pâle si accentué et qui consiste également dans la diminution des principes albuminoldes et des globules rouges. Comme Font établi Andral et Gavarret, en effet, l'albumine du sang diminue d'autant plos que les urines renferment elles-mêmes une plus forte proportion de cette substance et on la voit ainsi tomber de 70 à 65 et 50 pour 1000. Il en est de même pour les globules rouges qui de 127 peuvent descendre au chiffre de 61. L'anémie d'origine albuminurique se remarque, vous le comprenez, plus spécialement dans le cours de Falbuminurie permanente et surtout dans le cas de néphrite parenchymateuse où les pertes quotidiennes de principes albuminoldes sont souvent très-considérables. On l'observe aussi dans la dégénérescence amyloïde, en raison surtout des altérations concomitantes du tube digestif qui entravent la digestion et l'absorption, comme je vous l'îii déjà dit.
Dans certains cas pathologiques il peut se faire une perte plus
AiN£MI£S D*ORIGINE SÊCRÊTOIRE 669
OU moins alrondante des humeurs diverses du lube digestif. Les fistules salivaires, les paralysies giosso-buccales, l'intoxication mercurielle sont accompagnées d'une perte de salive, mais cette perte estelle suffisante pour déterminer l'anémie? je ne le crois pas, car, au point de vue de son élat d'organisation, la salive est une humeur peu importante. On n'y trouve, en effet, qu'une faible proportion de matières protéiques ; la salive noiTnale ne contient que de d,34 à 4 pour dOOO de ptyaline et pas d'albumine. Cette dernière substance existe à la vérité à la dose de 0,6 h 7,77 pour dOOO dans la salive du ptyalisme mercuriel. Mais la perte de la salive a une influence réelle sur la digestion puisque, je vous l'ai indiqué, cette humeur concourt ù la formation et à l'absorption des peptogènes nécessaires à la sécrétion du sucgastrique. Les pertes de bile devraient tliéoriquement entraîner une réelle spoliation du sang puisque l'on sait qu'une notable portion des sels biliaires est reprise par absorption dans le canal intestinal, puisque l'on sait également que, chez les animaux à qui l'on pratique une fistule biliaire, il y a dénutrition et amaigrissement très-rapides. Mais, comme Ta fait justement observer M. Sée, chez Thomme, les vomissements bilieux ou les diarrhées bilieuses ne durent presque jamais assez longtemps pour amener la dénutrition organique et, lorsqu'il en est autrement, ces vomissements et ces diarrhées engendrent à leur suite une inflammation gastro-intestinale accompagnée le phis souvent de diarrhée muqueuse à laquelle Tanémie doit généralement son origine.
Il en est autrement de la perte des sécrétions servant à la génération ou à la nutrition du nouvel être. Les pertes séminales, quelle que soit leur origine, abus de coït, masturbation, spermalorrhée, la lactation prolongée ou la lactation faite par des femmes hors d'état de fournir à la prodiiction du lait sont bientôt suivies d'une anémie qui peut devenir d'une gravité sérieuse. La raison en est dans la constitution même de ces humeurs. En effet, le sperme est de tous les liquides organiques celui qui contient le plus de matières solides, jusqu à 120 pour 1000. On y trouve des éléments anatomiques en grande abondance, des spermatozoïdes, des cellules sphériques, des épithéliums. On en retire une matière albuminoïde analogue à l'albumine et connue sous le nom de spermatine (Ilùnefeld). De même le lait contient une forte proportion de matières albuminoïdes; en moyenne, chez la femme, on y trouve 2,88 pour 100 de caséine et 0, 277 de lacto-protéine ; la moyenne du sucre y est représentée par le chiffre de 4,60 pour 100 et celle des
corps gras, beurre du lait, par le chiffre de 3,80 pour IQD (Doyère). Le lait est donc une humeur fortement organisée, contenant tous les principes de Talimentation et dont la préparation, par conséquent, exige une grande dépense de la part de l'organisme féminin. Si l'on ajoute que la femme nourrice, suivant les recherches de M. Bouchaud (1), à partir du quatrième jour, doit fournir à son enfant des quantités de lait qui s'élèvent progressivement jusqu'au sixième mois de 550 à 950 grammes par 24 heures; on comprend qu'il y ait là une perte réelle qui aboutira bientôt à l'anémie, si elle n'est pas compensée par une alimentation convenable. A fortiori, il en sera ainsi dans les cas dits de galactorrhée. Dans certains de ces cas observés par Guéneau de Mussy (i), la perte de lait s'est élevée à 7 litres par 24 heures. C'est aloi's que survient cette anémie consomptive décrite par Morton et que Ton appelle parfois aussi tabès nutricuyn.
Les liquides pathologiques sont les exsudats séreux, séro-fibrineux ou séro-purulents, les exsudats muco-purulents, les liquides kystiques et le pusv Ils puisent leurs matériaux dans le sang luimême, en grande partie du moins, et leur production en trop grande abondance devient une perte entraînant à sa suite l'anémie d'origine spolialive.
Les sérosités se produisent dans le cas d'hydropisie du tissu cellulaire ou des cavités séreuses et leur abondance est parfois considérable. Au point de vue de leur influence sur l'apparition de l'anémie, on peut dire qu'elle est liée, d'une part, à la quantité de l'humeur produite, d'aulre pari, à la composition de cette humeur. Or, je vous l'ai indiqué dans mes leçons sur Thydropisie, sous le rapport de la ricliesse des sérosités en principes albuminoïdes, on peut admettre la série décroissante suivante : hydrocèle, hydrothorax, hydropéricarde, ascite, œdème, hydrocéphale. Il en résulte que la perte supportée par l'organisme et, par conséquent, la tendance à l'anémie sera d'autant plus grande qu'il s'agira d'une humeur plus élevée dans la série sus-indiquée. Toutefois la quantité d'humeur perdue aura une valeur notable et dans les cas d'ascile, par exemple, quand des ponctions fréquemment répétées auront extrait de Tor^nisme d'énormes quantités de sérosité, il y aura par le fait une cause puissante d'anémie.
(1) Bouch.iud, De la mort juir inanition et ètwles erpjrimmtales sur la nutriti'in chei le nouveau-néf 1864.
ANÉMIES D'ORIGINE SEGRÉTOIRE. 671
Les exsudais séro-fibrineux, séro-purulents et sanguinolents auront encore une action plus grande sur Tapparition de Tanémie. Ces humeurs, en effet, renferment toujours une proportion de matières albuminoïdes plus considérable que les sérosités ordinaires; elles contiennent de la fibrine, et l'on y trouve des leucocytes ou des globules rouges plus ou moins abondants. Ces particularités de constitution entraînent une perte beaucoup plus importante pour l'organisme. Ici, du reste, l'origine de l'exsudat influe encore sur sa constitution; les exsudats de la plèvre contiennent. plus de principes albuminoïdes que ceux des autres séreuses; aussi l'anémie s'observe-t-elle plus rapidement à la suite des pleurésies.
Les liquides kystiques dont la production peut être suivie d'anémie en raison de la perte qu'elle détermine pour l'organisme sont plus spécialement les liquides des kystes ovariques. Plusieurs causes concourent à produire cet effet. D'une part, les kystes dont il s'agit atteignent un volume considérable; d'autre part, leurs liquides sont très-riches en matières albuminoïdes ; les analyses de M. Méhu (1), qui ont porté sur un grand nombre de cas, donnent de 38 à 53 pour dOOO de ces substances. Enfin, comme la plupart de ces humeurs se reproduisent après la ponction du kyste, on comprend que l'anémie s'établisse chez les personnes à qui cette opération a dû être pratiquée.
La suppuration abondante et de longue durée a été de tout temps considérée comme une cause très-importante d'anémie. Chez les sujets qui sont porteurs de vastes plaies, d'ulcères très-étendus, de caries ou de nécroses osseuses, on voit s'établir bientôt, en effet, un état pathologique d'anémie, caractérisé par la faiblesse, la pâleur générale et l'émaciation qui conduit au marasme en dernière analyse. Or, si vous vous reportez à l'étude du pus que nous avons faite autrefois, vous vous rendrez compte de l'apparition de l'anémie dans ces cas. Le pus est constitué par un liquide spécial, sérum du pus, tenant en suspension des leucocytes en plus ou moins grande abondance. Dans le sérum les matières albuminoïdes (albumine et pyïne) varient depuis 11 pour 1000 jusqu'à 48 pour 1000; les leucocytes, qui en moyenne existent dans le pus à la dose de 170 à 290 pour 1000, contiennent jusqu'à 140 pour 1000 de substances protéiques. De là une perte considérable pour l'économie
(1) Queneau de Mussy, cité par Ch. Robin, Humeurs normales et morbides.
(2) Méhu, Du liquide des kystes ovariques {Arch. gén. de mêrf., 1869],
m LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
lorsque le pus se forme abondamment et surtout lorsque la suppuration continue pendant longtemps. Je vous rappelle ici que la suppuration prolongée entraîne à sa suite cette dégénérescence spéciale connue sous le nom de dégénérescence amyloïde qui, en raison des organes qu'elle frappe : estomac, intestin, foie, rein, amène si rapidement la consomption organique.
Les sécrétions muco-purulentes, quand leur abondance est notable, exercent aussi une influence. Les mucus contiennent à Tétatde mucosine des principes albumineux dont^ la dose peut aller jusqu'à 50 pour 1000. Quand ces humeurs renferment des leucocytes en abondance (muco-pus), leur richesse en matières protéiques est augmentée d'autant. Les catarrhes muqueux de la bronchite chronique et de la bronchorrhée, ceux de la leucorrhée abondante, peuvent donc être l'origine de Tanémie. J'en dirai autant de celle expectoration albumineuse sur laquelle on a tant écrit dans ces dernières années et qui apparaît souvent à la suite de la thoracentèse. Quand elle dure longtemps, elle peut donner lieu à une anémie consécutive.
J'ai réservé, pouren parler ici, la question del'influence de la diarrhée sur le développement de l'anémie. Au point de vue de la nature des matières diarrhéiques, on dislingue les diarrhées en diarrhées stercorales, muqueuses et séreuses. Les premières, quelles que soient leurs causes, n'entraînent pas l'anémie par les pertes qu'elles imposent à l'organisme; mais elles s'opposent à l'absorption des matières alimentaires et leur résultat final est l'apparition d'une anémie d'inanition. Les secondes, qui sont le résultat d'une inflammation soit aiguë, soit chronique, déterminent la perte de quantités plus ou moins considérables de mucus intestinal et de cellules épithéliales. Quand elles durent longtemps, indépendamment des troubles dans la digestion et dans l'absorption qu'elles occasionnent, elles font subir à l'organisme une perte réelle qui se traduit plus ou moins rapidement par l'établissement de l'anémie. Les diarrhées séreuses ont une influence variable suivant leur richesse en substances albuminoïdes. Certaines d'entre elles, celles qui suivent les pui*gatifs salins, paraissent sans action, puisque, les analyses de G. Schmidt(l) l'ont prouvé, elles ne contiennent qu'une très-faible proportion, 1,600 pour 1000, de matières protéiques. On peut en dire autant de celles du choléra. Le liquide de ces évacuations cholériques, d'après
(1) C Schmidt, cité par Cb. Robin, loc, cit.