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ANÉMIES DE LA PUBERTÉ

les recherches d'Andral (1), de Miahle (2) et de Papillon (3), ne renrerme qu'une très-minime proportion de substances albuminoides; parfois même il ne contient que des traces d'albumine. Ce iaity comme l'observe G. Sée, explique facilement le peu de durée et le peu d'intensité de l'anémie des cholériques ainsi que la prompte réparation des pertes pendant la convalescence de ces sujets. Il n'en est plus ainsi de la diarrhée de la dysenterie. Dans cette maladie, en effet, les matières sont promptement sanguinolentes ; elles contiennent une forte proportion de mucus et des leucocytes qui, en raison de leur abondance, leur donnent parfois un aspect puriforme. Il y a une quantité notable de cellules épithéliales, en voie de dégénérescence graisseuse. Une grande proportion d'albumine est éliminée avec ces matières, puisque souvent, après les avoir filtrées et traitées par l'acide azotique, on voit le liquide se prendre véritablement en une seule masse. Ces pertes entraînent à leur suite la production d'uae anémie qui est toujours sérieuse chez les dysentériques et qui peut même aboutir à des manifestations hydropiques. Dans la fièvre typhoïde les selles diarrhéiques contiennent aussi une certaine proportion de substances albuminoides moindre toutefois que dans la dysenterie. Cette perte, jointe à celle du mucus existant dans les selles, peiU.avoir une certaine influence sur l'apparition de l'anémie chez les typhiques.

L'établissement d'une fonction nouvelle est aussi une cause d'anémie ; c'est ici qu'il faut placer ces anémies désignées habituellement sous le nom de chloroses et auxquelles la prédominance des manifestations nerveuses imprime un cachet tout spécial. Comme l'ont vu la plupart des auteurs anciens, comme l'a indiqué M. Sée, bien qu'il ait donné une trop grande extension à sa manière de voir, ces chloroses sont des anémies survenant spontanément, liées au développement de l'organisme et spécialement à ce développement de la puberté qui aboutit à l'établissement défmitif des fonctions de la reproduclion. En effet, la chlorose apparaît à l'âge de la puberté et se montre spécialement chez les jeunes filles, lors de l'établissement des règles, comme le prouve le nom de morbits virgineus que les auteurs anciens lui avaient donné. C'est donc entre quinze et vingt-cinq ans qu'elle se montre, en raison même des modifications profondes qui

(1) Andral, Acad. des scieticeKy 18i7.

(i) Miahle, Acad, des sdences^ 1851.

(3) Papillon, Sur les humeurs de provenance cholérique (Journal de ianal. et de la fkfs, de Ch, Robin, 1865).

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se passent à cette époque dans les organes de la génération et qui, chez la femme, aboutissent à Tovulation et à la menstruation, et chez rhomme à la production de la liqueur spermatique. Elle ap|Hirait plus particulièrement chez les femmes ou tout au moins» comme l'a indiqué Axel Lund (1), persiste plus longtemps chez elles, en raison des conditions hygiéniques dans lesquelles elles vivent. Les hommes, en effet, ont une vie plus fortifiante à tous égards. Ils se livrent à des travaux musculaires variés, sortent beaucoup en général et ont une nourriture plus abondante et plus substantielle. Leur constitution les expose moins à cet état de nervosisme qui distingue les femmes et qui les dispose davantage aux émotions vives si préjudiciables au fonctionnement r^ulier des divers appareils de la vie végétative. Les femmes sont placées dans des conditions hygiéniques tout autres. Dans les classes pauvres comme dans les classes riches, elles ont une vie sédentaire, sortent peu et, par la nature de leurs travaux, ne se donnent que fort peu d'exercice musculaire. Du reste, la richesse de leur sang en globules est déjà moins grande que celle du sang de Thomme et il y a là une grande cause d'infériorité au point de vue de la résistance aux influences des causes qui peuvent amener l'anémie. Vous le voyez, d'après cela, je considère les chloroses comme des anémies de développement, mais de développement génésique seulement et je crois qu'on peut avec Parrot (2) les désigner sous le nom d'ailémies de la puberté.

Une autre cause d'anémie d'origine spoliative s'obserN-e chez la femme en étal de grossesse. Elle réside dans la nécessité pour l'organisme maternel de fournir au fœtus les matériaux indispensables à sa nutrition et à son développement. Ces matériaux doivent être puisés dans le sang maternel, et, somme toute la perte qui en résulte est considérable puisque, dans un temps relativement court, neuf mois, le fœtus, au point de vue de son poids, passe en moyenne de zéro à 3 et 4 kilogrammes. Aussi chez la femme grosse, surtout à partir du cinquième mois, le sang présente-t-il les altérations caractéristiques de l'anémie. Dans ce sang, comme l'ont établi Andral et Gavarret, Becquerel et Rodier, le chiffre des globules s'abaisse, et au lieu de 127 pour 1000 n'est plus que de H1 pour 1000. Suivant

(1) Axel Lund, Df la chlorote, de sa nature et de ses causes i\ord. med. Arckir, 1875).

{t) Parrot, art. Chlorose du Diction, encycl. des se. fnéd.y 1875.

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les recherches de Regnauld, cette diminution des éléments rouges serait plus importante encore, et la moyenne ne serait que de 101 pour 1000. Dans ce sang l'albumine diminue pareillement et, d'après le même auteur, de 70 pour 1000, son chiffre normal, tombe à 68 dans les sept premiers mois, et à 66,4 dans les deux derniers mois. En même temps il se produit une modification dans les substances albuminoïdes du milieu intérieur, modification qui porte sur la plasmine et en vertu de laquelle, lors de la coagulation du sang, il y a formation d'une plus grande quantité de plasmine concrète. Comme le disaient les anciens auteurs, la fibrine est augmentée dans le sang de la femme enceinte, on en trouve de 4 à 4,8 pour 1000. Cette élévation du chiffre de la fibrine, jointe à la diminution de densité du plasma, est Torigine de la couenne de la saignée dans ce cas. C'est là la cause de l'erreur dans laquelle étaient tombés les anciens qui, considérant l'existence delà couenne comme un signe d'inflammation et croyant à un état pléthorique chez la femme grosse, avaient été conduits à user si largement de la saignée dans les maladies de la grossesse. Celte erreur a été remarquablement et victorieusement combattue par Cazeaux, vous le savez. Si la grossesse produit ainsi Tànémie, vous comprenez combien son influence sera grande dans les cas de fœtus jumeaux. Les grossesses répétées coup sur coup, sont aussi une des causes les plus fréquentes d'anémie spoliative pour la femme.

Les anémies dues à des pertes de sang ou de lymphe sont encore à mentionner dans le groupe des anémies d'origine spoliative. Dans mes le(;ons sur les hémorrhagies, je vous ai dit que la perte subite d'une quantité de sang égale au 20* et même au 25* du poids du corps entraîne la mort le plus souvent; mais qu'il n'en est pas ainsi quand la même perte de sang se fait lentement. Je vous ai dit qu'à la suite des hémorrhagies abondantes, mais non mortelles, comme après les petites hémorrhagies fréquemment répétées, l'anémie générale se montrait, et l'étude expérimentale de l'anémie au point de vue des altérations du sang que je vous ai faite au début de ces leçons, vous a fourni la preuve de cette vérité.

Toutes les hémorrhagies, quelle que soit leur origine, quel que soit leur siège, aboutissent à ce résultat du moment que la quantité de sang perdue est notable et que la réparation ne peut se faire qu'avec lenteur. Parmi ces hémorrhagies, en dehors de celles qui résultent de lésions traumatiques des vaisseaux, et qui, vous le savez, peuvent être primitives ou secondaires, il faut signaler, chez la

femme plus spécialement, les peites mensuelles quand leur abondance est exagérée ou qu*elles se répètent plusieurs fois dans le même mois, les hémorrhagies de la grossesse dues le plus souvent aune insertion vicieuse du placenta, celles de l'accouchement, quelle qu'en soit la cause, et dont l'abondance est parfois si considérable qu'elle peut mettre la vie immédiatement en danger, celles de la ménopause qui sont souvent très-abondantes, celles enfm qui résultent de lésions matérielles, tumeurs diverses de la matrice. Dans les deux sexes, il faut citer les hémorrhagies hémorrhoïdaires, l'épistaxis, les hémoptisies d'origine cardiaque ou pulmonaire (tuberculose spécialement), l'hématémèse causée par Tulcère simple ou le cancer de l'estomac, les entérorrhagies fréquentes, dont la cause réside dans des ulcérations cancéreuses ou non de l'intestin et souvent aussi dans la cirrhose hépatique qui, par l'obstacle qu'elle oppose à la circulation dans le foie, élève la pression sanguine dans les capillaires de l'intestin jusqu'à déterminer leur rupture. Doivent être mentionnées également ces hémorrhagies qui se produisent dans certaines aifections spéciales, telles que le scorbut, le purpura, l'hémophilie et qui, en raison de leur fréquence et parfois de leur abondance, amènent rapidement l'anémie. A propos de ces anémies d'origine hémorrhagique j'appelle votre attention sur ce fait important. 11 ne faut pas juger de la valeur d'une hémorrhagie, au point de vue de l'apparition de l'anémie consécutive, en ne tenant compte que de la quantité de sang perdue. L'âge des sujets, le sexe, les conditions hygiéniques, Tétat antérieur, l'état présent de santé ou de maladie, la nature fébrile ou non de la maladie existante, l'état des fonctions digestives du sujet seront autant de causes qui modifieront Tinfluence exercée par une même perte de sang sur la production de l'anémie consécutive, vous le comprenez facilement.

Les pertes abondantes de lymphe produisent des effets semblables. Vous le savez, la lymphe est une humeur constituante (Ch. Robin) qui représente l'excédant du plasma sanguin issu des vaisseaux capillaires et n'ayant pas servi à l'assimilation des éléments anatomiques d'une part, et d'autre part qui apporte au sang des principes formés de toute pièce dans les ganglions. Cette humeur est particulièrement riche en substances alhuminoïdes, puisque, d'après les analyses de Wurtz, la proportion de ces substances varie entre 22 et 77 pour 1000. On comprend donc que la perte d'une oroportion notable de lymphe doive entraîner une véritable spolia-

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