ANÉMIE. EFFETS VERS LE CERVEAU
ce qui caractérise surtout le trouble des fonctions psychiques chez ces sujets, c'est phis particulièrement, comme le dit M. Potain (1), le défaut d'activité régulière de ces fonctions, de telle sorte que les anémiques, sous ce rapport, se trouvent constamment dans un état d'équilibre instable, de versatilité, caractérisé par une excitabilité exagérée jointe à une habituelle dépression. C'est là ce que les pathologistes anglais désignent sous le nom de faiblesse irritable. Des troubles passagers plus accentués révèlent encore davantage la nutrition imparfaite de l'encéphale. Ce sont des sensations de perte d'équilibre, des vertiges plus ou moins durables, plus ou moins prononcés, qui apparaissent plus spécialement après un travail intellectuel et même fréquemment après un effort musculaire ou lors du passage brusque de la position couchée à la position debout. Le vertige survient même chez certains sujets quand, après être restés penchés pendant quelques instants, ils se redressent brusquement. La lipothymie et la syncope peuvent aussi se montrer dans ces circonstances ou à la suite d'un mouvement brusque, d'une émotion vive. Il existe même dans la science des observations de mort survenue dans ces conditions chez des sujets dont l'anémie avait «u pour point de départ des hémorrhagies graves ou des maladies infectieuses (fièvre typhoïde). Bouilland, Marshall -Hall, Finger en ont rapporté des exemples; je vous ai parlé d'un cas de ce genre dont j'ai été témoin.
Le délire, les hallucinations apparaissent chez les anémiques comme le résultat de l'cxciuition morbide des fonctions psychiques. Le délire éclate quelquefois <lans les anémies qui succèdent à d'abondantes hémorrhagies, par exemple chez les femmes qui ont eu de gnmdes pertes de sang pendant ou après l'accouchement. Il survient surtout chez des sujets déjà anémiques et qui ont une hémorrhagie dans cet état. De plus, on le voit se montrer dans les anémies dont le développement a été plus lent et surtout dans celles des maladies aiguës et de l'inanition. Déjà indiqué par Chomel (2), puis par Andral (3) etPiorry (A)^ ce délire a surtout été bien décrit par Bccquet (5). Habituellement,' c'est un délire tranquille»,
(1) Potain, art An^mic du Diction, encycl. des ic. méd., Masson, 18G6. (i) Ghoiiiol, Traité des dyspepsies.
(3) Andral, Clinique.
\i) Piorry, De l'abstinence, de ralimentation insuffisante et de leurs dangers {Arch. Çén, de méd., t. XXII).
(5) Becquel, Du délire de iinanition dans les maladies {Arch. gén. de méd., 1866).
monotone, de nature professionnelle et s'accompagnanl souvent d^hallucinations de la vue et de louïe. Cependant, comme Ta montré Graves (1), ce délire peut parfois devenir violent et revêtir les caractères de la manie aiguë. Les hallucincitions sont de diverse nature suivant qu'elles s'adressent aux divers centres de la sensibilité. Elles résultent, selon toute probabilité, de Texcitation des centres de la couche optique, comme a tenté de le démontrer M. Ritli (2) dans ces derniers temps, puisqu'elles peuvent pi^rsister même après la destruction des nerfs sensoriels. Suivant donc que l'excitation morbide porte plus spécialement son action vers l'un ou l'autre des centres de la couche optique démontrés par M. Luys (3;, on voit se produire des hallucinations de l'odorat (centre antérieur), de la vue (centre moyen), delà sensibilité générale (centre médian), de l'ouïe (centre postérieur); et, si l'excitation porte sur la substance grise centrale occupant les parois du troisième ventricule, ce sont les fausses sensations viscérales qui surviennent.
Ces manifestations désordonnées sont ordinairement passaj^^ères, ou bien se montrent, disparaissent, se reproduisent pour disparaître encore, et cela pendant un temps plus ou moins long; mais il est des cas où elles s'établissent en permanence et quelquefois avec une grande intensité. Le déhre et les hallucinations concomitantes prennent alors le caractère d'une véritable vésanie.
Comme l'ont démontré Baillarger (4), Griesinger (5) et le plus grand nombre des aliénistes modernes, l'anémie générale joue un rôle considérable dans l'étiologie des folies simples. C'est à l'anémie de la grossesse et de la lactation prolongée que Marcé (6) a attribué avec raison un grand nombre des cas d'aliénation mentale que l'on observe chez les femmes enceintes, chez les nouvelles accouchées et chez les nourrices; et, dans ces dernières années, Scholz (7) a rapporté plusieurs observations d'aliénation consécutive à des maladies aiguës, a des suppurations prolongées, à une menstruation trop abondante, etc. Cet auteur n'hésite pas à
i\) <*ravcs cité par Lépiu<*, art. Inanition du Diction, de inéd. et de chir. pral., I8T4.
ii) Ritti, Théorie physiologique de l'hallucination, 1874.
(.3) Luys, Heclherche* sur le système nerreux cérébro-spinal y 1805.
iï) Raillarger. Annales mélico-ftsychologiques, 1843.
^5) Griesiiigrr, Die Pathologie und Thérapie der psychischen KrankheileHy 18CI.
(Ct) Marcé, Tra.té de la folie des femmes enceintes^ des nouvelles accouckéeê et des nourrices^ 1858.
(7) Scholz, Beitràge iur Kenntnisi der OeisteskranUieiten aus Anœmie, auv//* A'rt»kengtêdiichten, 1872.