‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 124 sur 217 · ANÉMIE. EFFETS VERS LE CERVEAU · texte numérisé non relu

ANÉMIE. EFFETS VERS LE CERVEAU

rapporter à Tanémie Torigine de la folie qui, chez les hommes, avait les caractères de Tétai maniaque, et, chez les femmes, celui de la mélancolie plus spécialement. Ces vésanies étaient de courte durée et, à l'exception d'une seule, se terminèrent par la guérison au moyen des toniques et d'une alimentation reconstituante. Des faits du même genre avaient du reste été signalés déjà par Pinel(l), chez des sujets affaiblis par la saignée. Dans les cas d'anémie trèsintense, dans les cachexies, ces désordres psychiques peuvent même être liés à des altérations profondes du cerveau. En effet, chez une femme épuisée par plusieurs allaitements successifs, Levick (2) a observé un ramollissement cérébral irès-étendu qui détermina la mort et dont on ne pouvait rapporter l'origine qu'à l'ané mie elle-même.

Une dernière manifestation de l'excitation morbide du cerveau consiste dans l'insomnie ou l'agitation pendant le sommeil qui souvent est interrompu par des rêves pénibles et des cauchemars effrayants. Il y a ici un lait digne d'attention et sur lequel M. Polain(3) a insisté avec raison. Puisque nous savons aujourd'hui que le sommeil s'accompagne habituellement d'anémie cérébrale, comment peut-on expliquer celte insomnie des anémiques? Comme parait l'admettre cet auleur, il est probable que l'anémie du sommeil est le résultat de la contraction des muscles des petites artères du cerveau. Selon toute probabilité aussi, chez les anémiques, cette anémie du sommeil est incomplète, en raison peut-être soit de la diminution do la tonicité des muscles vasculaires, soit de l'affaiblissement de l'innervation vaso-motrice elle-même. Toutefois, vous le comprenez, c'est là une hypothèse qui aurait besoin de démonstration.

Dans la sphère de la motiiilé, les effets de l'anémie générale consistent aussi en des phénomènes de dépression et de surexcitalion; le plus souvent ce sont les premiers qui se rencontrent. Chez les anémiques, en effet, on observe la paresse musculaire, une lenteur manifeste et une grande répugnance pour tous les mouvements; ces sujets se fatiguent avec la plus grande facilité. 11 est rare que des paralysies d'origine encéphalique s'observent du fait de l'anémie. A la vérité, dans le cours des maladies infectieuses,

(1) Pinel« l'Aliénation mentale.

(t) Levick, Anémia from prolongeil lactation. Softening of the Brain {Americ. joum. ofmed. ftcienc.^ 1801).

(3) Polain, art. Cerveal du Diction encycl. des se, méd.^ Masson, 1873.

et plus spécialement dans la convalescence de ces maladies (typhus, fièvre typhoïde, diphtérie), on rencontre des paralysies localisées dont l'origine encéphalique peut être acceptée; mais, dans ces affections, l'anémie n'est pas seule en cause et il faut tenir compte de l'altération du sang par l'infection elle-même. Les convulsions paraissent être aussi rares que les paralysies, au moins chez les adultes; on ne les trouve guère qu'à la suite d'hémorrhagies trèsabondantes ou après des pertes de sang survenant chez des sujets déjà profondément anémiques. Ces convulsions revêtent plus particulièrement la forme épileptique et il se produit alors quelque chose d'analogue aux phénomènes obtenus par Kussmaul et Tcnner dans leurs expériences. Il n'en est plus de même chez les enfants. Comme l'avait déjà signalé Abercrombie, les convulsions peuvent apparaître chez eux pendant l'anémie avec une grande facilité. A la suite d'une alimentation insulfisante, après une diarrhée de quelques jours, on les voit souvent éclater; elles revêtent alors la forme éclamptique.

La moelle épinière ressent aussi les effets d'une nutrition imparfaite et les accuse par des troubles variés; et, comme Ta trèsbien dit M. Bertin (i), la caractéristique de ces troubles consiste, comme pour le cerveau, dans < une activité trompeuse, couvrant les défaillances de l'énergie organique. La lenteur des mouvements, les lassitudes rapides, la semi-paralysie des membres inférieurs viennent se combiner avec les spasmes musculaires, la tendance aux convulsions et l'exagération des mouvements réflexes >; c'est ainsi que s'établit encore cet état d'équilibre instable sur lequel j'ai appelé votre attention. Les expériences de Kussmaul et Tenner (2) nous offrent du reste un exemple des résultats que produit l'anémie médullaire. Chez des chiens et des lapins, ces auteurs anémiaient la moelle en respectant l'encéphale et, sous l'influence de cet état, observaient des tremblements dans les membres postérieurs et des secousses convulsives dans les membres supérieurs, phénomènes bientôt suivis d'une paralysie plus ou moins complète. En même temps des alternatives de contraction et de relâchemenl se manifestaient dans les sphincters de l'anus et de la vessie. C'est là en réalité le tableau des troubles médullaires survenant sous l'influence de l'anémie générale. La moelle souffre en tant que conduc-

(1) Berlin, art. Moelle du Diction, encycl. det te. méd.j 1874. (t) Kussmaul und Tenner, Vntersuchungen iiber Ur$prung undwetsen der faUtMchtâT' tigtn Luckengen bei der Verblutung sowie der FalUuchl uberhaupt, 1857.

Page 1