ANÉMIE. EFFETS SUR LA CIRCILATION
Le doigt appliqué doucement sur les vaisseaux du cou fait parfois sentir un frémissement plus ou moins intense, avec ou sans renforcement, que Ton connaît sous le nom de frémissement entaire ; mais ce phénomène n'est pas constant. Enfin l'auscultation du trajet des artères, et plus spécialement dans la région du cou, fait entendre des bruits divers dont la signification pathologique a été mise en évidence par le professeur Bouillaud, et sur le siège, l'origine et la nature desquels les auteure ont longuement discuté en leur accordant une importance capitale comme symptôme de l'anémie. Ces bruits sont tantôt artériels, tantôt veineux, je vous en parlerai dans un instant.
Les troubles de la circulation veineuse consistent en des ralenlis- Mmentdu courant sanguin qui se montrent surtout dans les degrés mtenses de l'anémie. Ces ralentissements, qui reconnaissent habituellement pour cause la diminution de la force des contractions cardiaques, peuvent donner naissance à des œdèmes et même -à des thromboses veineuses. Je n'ai pas à y revenir après ce que je vous en ai dit en étudiant la thrombose et l'Iiydropisie.
Sur le trajet des veines, au cou principalement, l'ausculLition fait entendre les bruits vasculairos dont je vous parlais et sur lesquels il faut nous arrêter :
Ces bruits, plus fréquents adroite qu'à gauche, sont tantôt intermittents, tantôt continus, et ces derniers présentent parfois des renforcements passagers ou le caractère d'un souffle à double courant, leur timbre varié lour a fait donner les noms de bruit de diable, bruit de mouche, bruit de rouet, etc. Quel est leur lieu de production, leur mécanisme originel et leur valeur dans la symptomatologie de l'anémie? La science n'est pas encore fixée compJétement sur ces différentes questions. Voici toutefois l'étal de nos connaissances. Jusqu'aux recherches de Bellingham, d'IIope et de Aran on croyait avec Laennec, que|les souilles vasculaires avaient leur sif'ge dans les artères seules; mais il est certain aujourd'hui que, presque toujours, c'est dans les veines qu'ils se produisent, comme l'ont élabli les auteurs cités, et comme l'admettent MM. Parrot(l), Peter (2) et Potain (;î). Cependant quelques-uns de ces bruits paraissent se former dans les artères, et dans ce cas, ils se produisent au moment de la diastole artérielle, pendant la contraction cardia-
(1 ) Parrot, Société médicale dfs hôpitaux, 1867« (2) Peler, !d.
iZ) PoUin, Id.
que, sont intermittents, toujours un peu rudes, et ne disparaissent pas par la compression des veines.
Les souffles nés dans les veines, d'après les recherches de Parrot (I), sont de deux espèces. Ceux de la première ne s'accompagnent pas de souffle au cœur. Quand ils existent, on entend, sur le ti\ajet des vaisseaux, outre le bruit de la pulsation artérielle, un bruit indépendant, doux, tantôt intermittent, tantôt continu, surtout si l'examen se prolonge. S'il est intermittent, ce bruit ne coïncide pas avec les bruits du cœur; il nait pendant le grand silence, vers la fm du repos du cœur, immédiatement avant le bruit systoliquc. Si le sujet est couché, il s'accompagne ordinairement d'une pulsation, d'un soulèvement des veines jugulaires externes et antérieures. Il est donc probable (|u'il coïncide avec la contraction de l'oreillette et qu'il est dû au reflux du sang de cet organe dans les veines. Si le souffle est continu, il présente ordinairement un redoublement qui se manifeste précisément au moment de la contraction de l'oreillette; c*est alors le bruit de diable. Dans ce cas, le bruit continu est du à l'écoulement du sang dans son sens naturel et le redoublement au reflux en sens opposé. D'après cette idée, il y aurait là un véritable souffle à double courant. Les bruits de la seconde espèce s'accompagnent de bruits cardiaques qui, d'après l'auteur, siègent à la valvule tricuspide. Dans ces cas, il y a deux pouls veineux dont l'un coïncide avec la contraction de Toreillette, l'autre avec la contraction du ventricule. Les souffles sont alors très-complexes.
Si Ton se reporte aux expériences de Chauveau (2) et de Marey (à), on sait que la production d'un souffle dans un vaisseau nécessite l'existence dans ce vaisseau d'une veine fluide; autrement dit, il faut que le liquide passe d'une partie étroite dans une autre plus large et que « dans cetie partie large, il soit soumis à une pression inférieure à celle qui existait au-dessus du rétrécissement. » Or, les conditions nécessaires fc rencontrent dans les veines. Au dire de M. Parrot, le point rétréci serait constitué par les replis valvulaires des veines et, suivant lui, les valvules seraient dans ce cas réellement insuilisantes, en raison d'une dilaUition antérieure
(1) Parrot, Elude de* murmures rasculaires anémiques de la région du cou (Arck. ffén. de ma/., 1871).
(t) Chauveau, Etude pratique sur les murmures vasculaires {Gai, méd. de Paris t 1858).
(3) Marcy, toc cil.