‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 130 sur 217 · ANÉMIE. EFFETS SUR LA CIRCULATION · texte numérisé non relu

ANÉMIE. EFFETS SUR LA CIRCULATION

des canaux veineux; cette insuffisance serait démontrée par l'anatomie pathologique. D'après celte idée, le bruit intermittent de la première espèce résulterait de la production d'une veine fluide au moment de la contraction de l'oreillette qui élèverait la pression centrale au-dessus de la pression périphérique dans la veine, et le point rétréci serait au niveau de la valvule. Le bruit continu tiendrai t à Tapparition d'une nouvelle veine fluide, marchant dans le sens du courant; la dilatation de l'oreillette abaisse]*aii alors la pression intra-veineuse vers le cœur. Cette doctrine toutefois n'est pas à l'abri de toute critique. S'il est vrai qu'à chaque contraction du cœur il se fait un reflux de sang dans les jugulaires (Chauveau), s'il* est vrai que, chez les chlorotiques, le pouls veineux ait été observé par Monneret et Lancisi, ce pouls veineux n'existe pas chez tous les anémiques et, de plus, l'insuf- Gsance valvulaire n'est pas parfaitement établie. Aussi cette opinion a-t-elle été fortement combattue. Suivant M. Peter, lebruit desouflle tient à la production réelle d'une veine fluide, mais le point rétréci résulte, comme le croyait déjà Laennec, d'une contraction spasmodique des parois vasculaires, artérielles ou veineuses, où se montre le souille ; ce qui le prouve c'est que les souffles sont intermittents, fugitifs, paraissent et disparaissent chez un même sujet; ce qui le prouve c'est qu'on les exagère en pressant sur les vaisseaux. Il résulterait de ces faits que ce n'est pas à un frottement du sang contre les parois des vaisseaux que les bruits de souflle doivent être rapportés; cette opinion ancienne a déjà été renversée par Poiseuille; mais il y aurait plus, d'après les recherches de Parrot et de Peter, la composition du sang n'aurait qu'une minime influence sur leur apparition. Suivant Parrot, en effet, on les rencontre en dehors de l'anémie ; cet auteur les a trouvés chez des nourrices en très-bonne santé. Des observations du même genre avaient déjà été faites du reste. Ândral a constaté un bruit de diable chez 5 sujets dont le chiff're globulaire variait entre 115 et 126. Becquerel et Rodier ont noté un bruit maximum chez 2 jeunes fliles dont l'une avait 123 et l'autre 126 pour chiff're des globules. Sur 63 observations, prises sur des anémiques et des sujets en bonne santé, Peter a obtenu les résultats suivants : 19 anémies sans soutfle, 16 avec souflle; 13 santés parfaites avec soutfle, 4 sans souflle. Chez des élèves d'Alfort le même auteur a trouvé : /* anémies avec souffle, 2 sans souflle; 7 santés parfaites avec souffle, 5 sans souflle. Enfin les souflles vasculaires sont rares chez les tuberculeux, chez les cancéreux, dans les cas de cachexie saturnine, et cependant tous ces sujets sont mani-

festemont anémiques. Ces conclusions me paraissent toutefois exagérées. Sans admettre que l'anémie soit toujours accompagnée de biniits vasculaires, il est certain, comme Tacceptent la plupart des auteurs et notamment M. Potain, que la lésion san{i:uine a une grande influence sur leur apparition, il ne faut pas Toublicr, Bouillaud a démontré que si la densité du sang tombe audessous de C degrés de Tarcomètre de Beaumé, le brnit de souille est habituel et qu'il est constant au-dessous de 4 degrés '/s- H ne faut pas oublier les expériences dWndral montrant que, si le chiflre des globules descend au-dessous de 80 pour 1000, il y a apparition d'un souffle dont l'intensité est généralement en rapport avec la perle globulaire. Au reste il est une dernière condition physique qui influe sur l'apparition du souffle dans les vaisseaux sanguins ; c'est la rapidité de la circulation que Weber a mise en évidence. On sait qu avec de l'eau qui passe plus vite que le sang dans les tubes on fait naître très-facilement le bruit de souffle. La diminution des globules facilite la circulation qui est toujours plus rapide chez les anémiques qu'à l'état normal. Une nouvelle preuve de cette influence est fournie par ce qui se passe immédiatement après la saignée. Comme l'ont montré Bouillaud et Beau, une perte abondante de sang fait disparaître les bruits de souflle et Ton sait, d'après les travaux de Chauveau et Marey, qu'immédiatement après la saignée le sang, au lieu de parcourir !280 millimètres par seconde, ne marche plus qu'avec une vitesse de 88 millimètres.

Vappiireil digestif participe à la soufl'rance de l'organisme et des tioubles variés se montrent du côté de l'estomac et du côté de l'inteslin. Chez la plupart des anémiques, l'appétit est diminué et il se manifeste une dyspepsie plus ou moins intense. Cette dyspepsie s'accompagne souvent d'une douleur, apparaissant soit au moment où les aliments pénètrent dans l'estomac et dans ce cas elle parait due à une hyperesthésie réelle de la muqueuse, soit au moment où les aliments passent de Teslomac dans l'intestin. Elle s'accompagne aussi d'une véritable •rastralgie,dansun grand nombre decas.La dyspepsie du reste varie dans son intensité. Tantôt ce n'est qu'une lenteur plus grande de la digestion qui s'observe, tantôt c'est un trouble plus considérable, une imperfection dans la digestion des aliments, qui dans bon nombre de cas, éprouvent alors un commencement de fermentation dans la cavité g^astrique. Lorsqu'il en est ainsi, quelques heures après le repas, les malades se plaignent d'un sentiment de tension douloureuse à Tépigastre ; ils ont des renvois de gaz, ino-

Page 1