ASPHYXIE (SUITE). RÉSISTANCE A L'ASPHYXIE
la diminution de la vitalité produite par la maladie amène les mêmes eftets. On sait aussi que les nouveau-nés offrent une résistance particulière à rasphj-xie, comme Ta signalé Harvey le premier, je crois. Suivant cetauteur, le fœlus, plongé dans l'eau avant d'avoir respiré, peut continuer à vivre pendant un temps très-long; mais il perd cette faculté après sa première inspiration. La proposition de Harvey toutefois n'est pas l'expression de la vérité, car il résulte des expériences de Haller, de Buffon et de Legallois, que la faculté de résister à l'asphyxie, manifeste chez les nouveau-nés, ne disparaît pas immédiatement après la première inspiration, mais qu'elle persiste en diminuant graduellement pendant les premiei^s jours qui suivent la naissance. Cette résistance des nouveau-nés est bien remarquable; Haller, Buffon, P. Bert ont pu maintenir submergés, pendant une demi-heure entière, des chiens, des chats et des rats naissants et les retirer vivants. La température du liquide a une influence ; elle diminue par son élévation la résistance des animaux à l'asphyxie. Ce fait résulte manifestement des expériences de P. Bert. Les physiologistes se sont beaucoup préoccupés de la cause de cette résistance, et Bérard, résumant à ce sujet la doctrine physiologique de son temps, disait que la faculté de résister à la suppression de la respiration est incontestablement liée à l'existence du trou de Botal et du canal artériel. Gomme vous pouvez le voir, cette idée est en rapport avec la tliéorie du mécanisme de l'asphyxie par cessation des battements du cœur à la suite d'obstacles matériels produits dans le poumon. Toutefois, bien que la résistance à l'asphyxie chez les nouveau-nés semble diminuer à mesure que s'oblitèrent les voies de communication directe entre les deux cœurs, cette mani«>re de voir tombe devant les expériences de P. Bert. Certains animaux, en effet, malgré l'oblitération de ces communications, résistent plus longtemps que d'autres chez qui elles persistent largement ouvertes; et inversement, des animaux dont le trou de lk)tal n'est pas oblitéré, vivent moins longtemps que d'autres chez qui ce conduit est fermé déjà depuis longtemps. C'est donc avec raison que l'habile physiologiste repousse l'interprétation des anciens. Pour lui, c'est dans la résistance vitale inégale des tissus ou des éléments anatomiques qu'il faut chercher l'explication de la différence entre les adultes et les nouveau-nés. On sait, en effet, qii»?, suivant qu'ils appartiennent à l'un ou à l'autre de ces êtres, un nerf, tin muscle, séparés du corps, se conduisent différemment quant à la durée de leurs propriétés biologiques. L'expérience dé-
montre en outre qu'à poids égal, les muscles des animaux nouveaunés consomment beaucoup moins d'oxygène que ne le font ceux des animaux adultes.- Ce fait permet à lui seul de comprendre comment la privation d'oxygène peut être beaucoup plus rapidement nuisible aux adultes qu'aux nouveau-nés. Il est extrêmement probable également que la résistance relative des sujets alTaiblis par la maladie tient à des phénomènes de même nature. On conçoit que, pour des éléments anatomiques habitués, si je puis m'exprimer ainsi, k une nutrition très-incomplète, la cessation de cette nutrition puisse être supportée plus longtemps que par d'autres se trouvant placés dans des conditions tout opposées.
Après ce que je vous ai dit des symptômes de l'asphyxie, je crois que le Diagnostic de ce processus morbide vous semblera facile, au moins pendant la vie. Aucune autre alTection, aucune autre manifestation morbide ne présente la série de symptômes el l'ordre de leur succession que je vous ai signalés. Il est impossible de la confondre avec la syncope, dans laquelle le cœur, la respiration sont arrêtés, et où l'on ne rencontre aucun phénomène convulsif. L'attaque d'épilepsie pourrait à la rigueur en imposer quelquefois; mais ici on ne retrouve pas cette teinte cyanosée, ces troubles intellectuels du début et cette succession des deux périodes que vous connaissez. Je ci'ois donc que l'asphyxie s'accuse avec des signes pathognomoniques qui empêchent de la prendre pour telle ou telle autre affection. Mais, si l'on veut aller plus loin et rechercher, en présence d'un individu en état d'asphyxie, quelle est la cause du processus morbide, s'il s'agit d'une asphyxie brusque et qu'on ne possède aucun renseignement, il est difficile d'établir ce diagnostic de causalité. Ces cas du reste sont extrêmement rares, el, au point de vue du traitement, lorsqu'ils se présentent ainsi, ils n'ont pas autant d'imporlance qu'on pourrait le croire tout d'abord. La cause, en elTct, dans ces cas, est presque toujours écartée déjà, et c'est à l'asphyxie en elle-même que doivent s'adresser les moyens thérapeutiques.
Quant au Pronostic de l'asphyxie, il dépend en premier lieu de la cause asphyxiante. S'il s'agit de l'asphyxie lente, se développant sous l'influence d'une lésion matérielle siégeant soit dans l'appareil circulatoire, soit dans les organes de la respiration, ou bien encore dans les centres nerveux préposés à la contraction des muscles inspirateurs; si cette lésion matérielle ne peut être écarlée, raS|)hyxie consécutive a forcément une terminaison fatale. Aussi, dans les
maladies en question, dés que le médecin voit apparaître les premières manifestations de l'asphyxie, généralement les troubles psydiiques, il doit songer à une mort prochaine. S'il est question d'une asphyxie brusque, accidentelle, dont la cause puisse être écartée, ou même est déjà écartée, le pronostic dépend évidemment de l'état du sang chez l'asphyxié, et conséquemment de la période asphyxique à laquelle il est parvenu. Le rappel à la vie est possible tant que les mouvements respiratoires persistent et même, quand la respiration a cesséy on peut espérer la guérison lorsque le cœur n'a pas suspendu complètement ses battements. Mais, si les mouvements cardiaques sont arrêtés, suivant les justes observations de M. Le Bon (1), et si quelques instants surtout se sont écoulés depuis leur suspen- Mon, il est impossible de ramener à la vie les sujets asphpiés. Sans doute on pourra peut-être, à l'aide de courants électriques très-énergiques, réveiller l'activité du cœur; mais, dans les cavités de cet organe, il se sera formé des caillots volumineux et durs qui empêcheront le rétablissement de la circulation et que les coui*ants sont impuissants à dissoudre.
Quel est maintenant, messieurs, la conduite que doit tenir le médecin en présence de l'asphyxie, autrement dit, quel est le Traitement de ce processus morbide ? Avant toute chose il faut rechercher la cause de l'asphyxie, et, sous le rapport thérapeutique, il convient de diviser les causes en deux classes parfaitement tranchées. Ou bien il s'agit d'une asphyxie accidentelle, apparaissant au milieu d'une santé parfaite, ou bien il est question d'une asphyxie résultant de désordres matériels plus ou moins anciens dont l'action finale entrave l'hémîitose et aboutit à l'asphyxie. Dans cette dernière catéjrorie il convient de faire rentrer les diverses affections cardiaques et pulmonaires que je vous ai signalées dans notre étude éliologique. C'est également ici que trouvent place les maladies des voies aériennes ou des régions voisines dont les lésions anatoniiques sont s«scf»plibles d'oblitérer par compression ou autrement le calibre des conduits de l'air. Dans la seconde viennent prendre rang les corps étrangers tombés dans la trachée ou les bronches, les congestions rapides du poumon, les corps étrangers de l'œsophage, les paralysies des muscles respirateurs ou des nerfs laryngés provenant ou non <le fractures, de luxations de la colonne cervicale, et enfin les pro-
'I- U B«>n, Recherches expérimentale» sur le Irailement de Vasphyxie. {Acad. des
cessiis de strangulation, de pendaison, d'immersion ou de séjour dans l'air confiné.
La cause étant détenninée dans Tune ou l'autre de ces classes, il faut tenter de l'écarter, et, sous ce rapport, il faut bien reconnaître que, lorsqu'il s'agit de ces causes app;u'tenant à la première classe, dans le plus grand nombre des cas, leur suppression sera cumplétcmcnt impossible. C'est alors que le médecin, après un examen attentif, se décidera à pratiquer la trachéotomie, à relever l'énergie des contractions du cœur, à opérer l'évacuation d'im liquide pleural comprimant le poumon, à pratiquer une saijrnée destinée à favoriser le cours du sang, suivant qu'il sera en présence de l'une ou de l'autre des affections auxquelles se rapportent plus spécialement les modes d'intervention thérapeutique que je viens de signaler. Lorsqu'au contraire l'asphyxie dépend d'une des causes appartenant à notre seconde classe, pour certaines d'entre elles : pendaison, strangulation, submersion, air cunliné, le médecin n'a plus à se préoccuper de la cause, car elle est toujours écartée lorsque le malade est appelé à ri'cevoir ses soins, et c'est au processus morbide lui-même qu'il doit s'adresser. Pour les autres, il faut parer à leur action, et c'est encore aux moyens signalés plus haut qu'il faudra songer. S'agit-il d'un corps étranger tombé daub les voies aériennes? après les tentatives ordinaires pratiquées pour son extraction, il y aura Heu de songera la trachéotomie, si ces tentatives sont restées infructueuses. Est-il question d'un semblable obstacle siégeant dans l'd^sophage? c'est encore à l'opération signalée qu'en dernière anaivse on aura recours ; il en sera de même dans les alléetions pseudo-membraneuses du larynx. Enfin, si le sujet asphyxie par le fait d'une énorme et rapide congestion pulmonaire, la saignée sera particulièrement indiquée. Ouant aux asphj'xies résulUmt de lésions de la moelle épinière, je ne siiche pas qu'il soit possible par aucun moyen de les conjurer. (iClles «pii proviennent de la i)aralysie du nerf laryngé supérieur ou de l'éUit d'excitation du laryngé inféri*»ur pouri'aicnt être, dans certains cas, tributiiires également d<' la trachéotomie.
La ciiuse étant écartée, c'est au processus morbide lui-même qu'il est nécessaire de s'adresser. (Ir, dans l'asph^-xie, l'indication à remplir, c'est de fournir au sang de l'oxygène, c'est de débarrasser ce liqmde de l'acide carbonique dont il est surchargé. Tant que la première période n'est pas franchie et même tant que, pendant la seconde période, la respiration est maintenue, le traitement à insli-
tuer est extrêmement simple. II faut débarrasser le patient des vêtements qui le serrent, le mettre au grand air, et ces seuls moyens suffisent pour obtenir le résultat cherché.
Mais, la plupart du temps, les asphyxiés réclament les soins médicaux quand déjà la seconde période est très-avancée, qu'ils sont dans un état de mort apparente et que la respiration a cessé. L'indication à remplir alors, si Ton constate encore Texistence des battements cardiaques, est précise; il faut rétablir la respiration par tous les moyens possibles, et c'est dans ce but que la pratique médicale a imaginé certains procédés qui sont loin d'avoir tous la même valeur, mais que je dois vous signaler, en m'arrêtant plus particulièrement sur ceux-là qui, réellement, peuvent rendre d'incompara- Ides services dans les cas d'asphyxie.
Les exciUitions portées sur la surface cutanée, sur les muqueuses liu» cab», palatine, nasale, sur le vagin, le rectum, l'estomac, ont jrt*n*'Talemenl pour effet de ranimer les contractions du cœur et de réveiller les mouvements respiratoires. Leur action est d'ordre r»'llexe et porte sur le centre respiratoire bulbaire, et probablement au>si sur les nerfs vaso-moteurs. Ces excitations consistent en des frictions énergiques faites sur toute la surface cutanée, soit avec la laiin seule, soii avec une flanelle, une brosse, un gant de crin. On Y joint la titillation de la luette, l'attouchement de la muqueuse nasale avec des poudres sternutatoires, avec du chlore, de l'ammoniaque, (le Tacide sulfureux. Les injections d'eau salée, d'eau Mnaigrée, de décoctions de tabac faites dans l estomac à l'aide de la M)nde œsophagienne ou dans le gros intestin, rentrent également dans *^tlp catégorie de moyens qui peuvent donner parfois de bons ré>ultats.
Mais c'est la respiration artificielle qui occupe le premier rang !• inni b^s moyens à opposer à l'asphyxie ; c'est elle qui agit de la iiumirre la plus prompte et la plus énergique pour rétablir la respiration naturelle et sortir l'asphy-xié de l'état de moit apparente Yjï conséquence, en face d'un danger aussi grave que celui de Tas- {'!i\xie, c'est toujoui-s à elle que le médecin doit recourir.
Un pput exécuter la respiration artificielle par différentes métlKxles. Celle qui est la plus en vogue consiste à pratiquer l'insufflation pulmonaire on faisant pénétrer l'air, soit par insufflation dans !a bouche ou le pharynx, soit directement dans la trachée après :iToir introduit un tube insufflateur à travers rorifice glottique. Or, ' jnime l'a fait voir Gréhant, comme l'a montré encore M. Le Bon,
li LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
cette méthode doit être rejelée. En effet, si Ton ne fait pénétrer le tube insufllateur que dans la bouche ou dans le pharynx, l'air va dans Festomacet l'opération est complètement inutile. Au contraire, si le tube a pénétré dans le larynx, Tinsufllation peut être dangereuse. En effet, l'introduction d'une grande quantité d'air dans le poumon, en dilatant considérablement les vésicules pulmonaires, comprime les capillaires de l'organe et amène l'arrêt de la circulation.
Au contraire la respiration artificielle, pratiquée d'après la méthode de Sylvester, est des plus utiles. Il faut se placer derrière l'asphyxié et élever ses bras de manière à les ramener derrière la tête. Ce mouvement élève les côtes, dilate la poitrine et permet ainsi l'introduction de l'air. On ramène ensuite les bras le long du corps et, les côtes s'abaissant, il y a expiration. Il faut éviter de pratiquer aucune autre manœuvre. Celle-ci introduit dans le poumon une quantité d'air suffisante pour les besoins de l'asphyxié. Jamais donc on ne devra comprimer le sternum. Comme l'a prouvé expérimentalement M. Le Bon, les mouvements du cœur étant déjà très-gênés, la moindre pression sur cet organe peut les arrêter totalement.
I/électrisation'du nerf phrenique et du diaphragme est encore un moyen de rétablir la respiration. L'électrisation du diaphragme s'obtient le plus sûrement en plaçant un des pôles de l'appareil électrique dans la région épigastrique et l'autre dans le rectum. Celle du nerf phrenique, en plaçant l'un des pôles au cou sur le trajet de ce nerf. Il est important de savoir toutefois que, soit avec les courants continus, soit avec les courants d'induction, il faut interrompre le passage de l'électricité. Ce n'est, en effet, qu'au moment de la fermeture du circuit que Ton obtient une inspiration. En fermant donc et ouvrant alternativement le courant vingt à trente fois par minute, on obtiendra vingt à trente respirations.
Si l'asphyxié est déjà dans un état tel que le cœur a cessé de battre et, vous le savez, ce résultat ultime est atteint environ de deux à quatre minutes après le début du processus morbide dans les cas d'asphyxie rapide, la respiration artificielle elle-même ne peut plus donner de résultats. L'introduction de l'air dans la poitrine est inutile, puisque les globules rouges, stagnant dans les capillaires du poumon, ne peuvent plus porter Toxygène aux éléments nerveux. Dans ces cas, on pourra tenter de réveiller les contractions cardiaques à l'aide d«î l'électrisation intermittente en procédant comme pour rappeler la respiration. Par ce moyen, on pourra déterminer
des mouvements du cœur à la vérké, mais, dans la grande majorité des cas, il sera impossible de ramener les sujets à la vie. La raison de ce fait est la suivante : après l'arrêt du cœur, il se forme des caillots volumineux dans les cavités de l'organe. Ceux-ci dès lors ne peuvent être expulsés, et quand ils parviendraient à l'être, ils iraient rapidement faire embolie dans les artères et les capillaires. Vous savez que, jusqu'à ce jour, la science ne connaît aucun moyen de dissoudre les coagulums fibrineux.
7i LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
QUAUAXTIKME LEÇON