‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 131 sur 217 · ANÉMIE. EFFETS SUR LES SÉCRÉTIONS · texte numérisé non relu

ANÉMIE. EFFETS SUR LES SÉCRÉTIONS

dores le plus souvent, quelquefois de mauvaise odeur. Si le trouble digestif est poussé plus loin, les nausées et les vomissements peuvent survenir; toutefois ils sont assez rares chez les anémiques. Tous ces phénomènes tiennent, d'une part, aux modifications dans la sécrétion du suc gastrique qui est produit en quantité moindre et dont la propriété peptique parait diminuée, d'autre part, aux troubles de rinnervation stomacale. Les mouvements de Testomac sont indispensables au travail de la digestion, vous le savez, puisqu'ils opèrent'Ie mélange intime du suc gastrique avec les aliments. Ces mouvements sont en partie sous la dépendance du pneumogastrique puisqu'aprës la section de ce nerf on les voit diminuer beaucoup. Il résulte de là que, chez les anémiques, dont le pneumogastrique fonctionne mal, comme je vous Tai déjà montré, les mouvements de l'estomac sont plus difficiles et que le mélange du suc gastrique avec les aliments se fait incomplètement.

Vers l'intestin des faits analogues s'observent. Le plus souvent les mouvements intestinaux sont enrayés ou diminuent de puissance; il se produit une paralysie plus ou moins complète des muscles intestinaux. La constipation est donc de règle, et bientôt, en raison de la rétention des matières , des gaz se forment en abondance qui entraînent du météorisme, des borborygmes, des douleurs abdominales et des coliques véritables. De temps à autre des débAcles peuvent survenir et une diarrhée consécutive apparaît; elle est due à l'inflammation produite par un srjour trop prolongé des matières. Enfin, si l'estomac verse dans l'intestin des matières en voie de fermentation, on peut voir aussi la diarrhée s'établir. Chez les anémiques, et surtout dans la chlorose, l'ulcère simple de l'estomac et du duodénum se montre fréquemment. Nous y reviendrons.

Pour ce qui est des sécrétions, les données scientifiques que nous possédons sur les changementsque leur imprime l'anémie, sont a peu près négatifs. Dans certaines anémies graves, cachexie luberculeuse et autres, nous constatons une augmentation dans la quantité de la sueur; mais ici nous pouvons nous demander si cette augmentation du produit des glandes sudoripares est liée à l'anémie elle-même, ou si elle n'est pas la conséquence de la lièvre hectique qui accompagne les cachexies. Les urines sont rendues en quantité normale. Elles sont ordinairement paies, fait en rapport avec la diminution de l'hémoglobine dans le sang, puisqu'il est probable que l'urobiline dérive de cette substance. La quantité d'urée ^t d'acide uriquc est diminuée.

D'après Becquerel, qui admet que la quantité d'urée éliminée en vingt-quatre heures par le rein est de 46 grammes, cette quantité tomberait à 7 gr. 03 et même à 4 gr. 91 ; quant à l'acide urique, sa proportion tomberait de 0 gr. 55 à 0 gr. 39 et même à 0 gr. 14. Ces faits sont faciles à interpréter si l'on songe que la diminution des globules rouges entraine une diminution des oxydations dans l'organisme et si l'on admet, avec Fiihrer et Ludwig, que la production de Tarée est proportionnelle à la quantité des globules rouges du sang. Du reste, les expériences de Bidder et Schmidt, celles de Voit montrent que, pendant l'inanition où Tanémie existe, comme je vous l'ai dit , il y a diminution progressive dans la quantité d'urée rendue par vingt-quatre heures et les recherches de Ritter (1) ont établi que rintroduction dans le sang de l'arsenic, du phosphore et de l'antimoine, substances qui dissolvent les globules rouges, est suivie d'une diminution dans la quantité d'urée rejetée par les urines. La respinition de l'oxyde de carbone amène un résultat semblable et, vous le savez, ce gaz, sans dissoudre les hématies, les prive cependant de leur pouvoir d'absorber l'oxygène.

La nutrition générale est certainement en souffrance chez les anémiques. Ce qui le prouve, ce sont les modifications de la sécrétion urinaire et l'ensemble des troubles fonctionnels que nous venons d'étudier. Ce qui le prouve encore, c'est l'apparition des lésions diverses que l'on observe chez les anémiques pour peu que l'altération du sang ait atteint un certain degré. Chez les sujets en question, en effet, outre les dégénérescences albumineuses et graisseuses que l'on peut rencontrer du côté du cœur, des vaisseaux et des muscles, outre les thromboses qui sont la conséquence du ralentissement de la circulation, on voit souvent survenir les oedèmes liés à l'état du sang, les inflammations soit de la peau, soit des muqueuses, dues à des troubles circulatoires d'origine vaso-motrice, et qui aboutissent souvent à l'ulcération et à la gangrène, enfin les gangrènes elles-mêmes dont Torigine peut être rappoilée à des oblitérations thrombosiques des vaisseaux ou à des actions vasomotrices. Je n'ai pas à insister sur toutes ces lésions que je vous ai décrites dans d'autres chapitres de ce cours; mais je veux vous prémunir contre cette idée que vous rencontrerez chez bon nombre d'auteurs, que la nutrition n'est pas compromise par lanémie, idée

(1) RiUcr, Des modifications chimiques que suhisteni lei sécrétions sous Vinfiuence âe fMeiques agents qui modifient te glotmle sanguin. 187i.

Page 1