‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 132 sur 217 · ANÉMIE. EFFETS SUR LA REPRODUCTION · texte numérisé non relu

ANÉMIE. EFFETS SUR LA REPRODUCTION

qui repose sur ia conservation d'un certain embonpoint et même sur l'engraissement de quelques anémiques. Au-delà de la limite physiologique, vous ne devez jamais l'oublier, l'engraissement est une maladie. Je vous ai montré en étudiant la polysarcie que la saignée est un moyen d'obtenir l'engraissement. Comme l'a encore prouvé Bauer (1), dans ce cas, Taccumulalion des matières grasses est le résulbit de la diminution de l'hémoglobine et par conséquent de la diminution de la quantité d'oxygène absorbé, entraînant comme conséquence la non-combustion des substances hydrocarbonées. Ce qui se passe dans l'inanition du reste, ce qui arrive quand l'anémie atteint un degré élevé, vous montre encore les altérations profondes de la nutrition. La diminution de l'urée, la diminution de l'acide carbonique prouvent la diminution des processus chimiques intra-organiques. Enfin le dépérissement, le marasme dans lequel tombent les anémiques viennent encore établir la déchéance de la nutrition générale.

Chez les anémiques ordinaires, la température se maintient au degré normal dans le creux axillaire, comme l'ont prouvé les recherches d'Andral. Cependant ces sujets sont plus sensibles au froid que d'autres et se plaignent souvent de la sensation de froid. Mais, quand l'anémie est arrivée à ce degré qui constitue la cachexie, on observe une réelle diminution de la chaleur animale. Il se produit alors une baisse thermique qui rappelle celle de l'inanition et qui a été si bien étudiée par Chossat. Chez ces anémiques, les températures axillaires de 35° et 34" ne sont pas rares.

Les fonctions de reproduction sont toujours plus ou moins atteintes du fait de l'anémie. Chez l'homme, bien que les désirs vénériens puissent être conservés, on a signalé une impuissance réelle qui guérit avec l'anémie cllc-mùme. Chez la femme, les fonctions utérines sont, pour ainsi dire, toujours troublées. Tantôt les règles sont conservées; mais elles sont irrégulières, douloureuses et la quantité de sang est bien au-dessous de la quantité perdue ordinairement. Chez ces femmes, il existe presque toujours une leucorrhée abondante, augmentant encore aux époques menstruelles et le sang de la menstruation est délayé dans le liquide de celle sécrétion. Dès lors ce sang est [)lus ou moins pale; il tache le linge en rose et les taches sont entourées d'une zone grisâtre ou jaunâtre, pro-

(1) Banor, Ueber tlie Zersetutngi^vnrgœnge in Thierkœrptr unter dem Einflusfe von blutent iiehungen {Zeit. fur Z/io/., 187ij.

(luite par le liquide leucorrhéique. D'aulres fois les règles sont supprimées et ce fait s'observe aussi bien à la suite des hémorrhagies qu'après les fièvres graves, aussi bien dans les anémies d^origine alimentaire ou respiratoire que dans les anémies de consomption. La forme clinique dite chlorose s'accompagne le plus souvent aussi d'aménorrhée. EnGn, dans certains cas assez rares cependant, Ton peut observer une augmentation dans la perte sanguine mensuelle; il se produit alors une ménorrhagie sur laquelle Trousseau a particulièrement insisté. Toutes ces modifications dans les fonctions utérines et surtout l'aménorrhée méritent de fixer votre attention. Elles vous prouvent que, chez la femme, les fonctions de la reproduction de l'espèce sont subordonnées à l'intégrité des fonctions s'adressant directement à la conservation de l'individu. C'est là une nouvelle démonstration de cette loi fondamentale que nous retrouvons dans tous les organismes et dans tous les éléments qui entrent dans leur constitution. Partout et toujours les actes biologiques sont subordonnés à la nutrition; partout et toujours, quand la nutrition est en souffrance, on voit diminuer et s'arrêter les autres actes qui en dépendent, à savoir le développement et la reproduction. D'après cela, et bien que la science manque d'observations précises à cet égard, on peut croire que fanémie, au moins lorsqu'elle est arrivée à un certain degré, entraine l'impuissance pour la femme; et même, lorsque cette anémie est peu intense, en raison de la leucorrhée soit vaginale, soit utérine surtout qu'elle détermine, elle devient im obstacle à la fécondation. On sait, en effet, que les spermatozoïdes perdent leurs mouvements quand ils sont en contact avec du mucus vaginal acide ou avec du mucus utérin trop alcalin. Tels sont, messieurs, les effets multiples qu'entraîne l'anémie à sa suite. J'ai insisté plus particulièrement dans cette leçon sur les troubles qui se montrent du côté du système nerveux, en mison de leur grande importance pratique, car c'est souvent pour ces troubles que le médecin est consulté.

ANÉMIE. PARTIE CLiNlQOE. 719

SOIXANTE-SIXIÈME LEÇOX

Anémie (suite). ~ Partie clinique. — Pathogénic. — Traitement.

Messieurs,

Le processus anémique revêt un cerlain nombre de modalités cliniques qui me paraissent cependant pouvoir être rapportées à des types assez bien caractérisés. Je vous décrirai ici l'anémie rapide ordinairement post-hémorrhagique, Tanémio ordinaire, l'anémie cachectique, la chlorose et l'anémie dite anémie pernicieuse progressive.

La première des formes cliniques de l'anémie est celle qui succède à une perte rapide de sang ou de lymphe. Elle pourrait à la rigueur être désignée sous le nom d'anémie «/(/ué. C'est donc l'anémie des hémorrhagies et l'anémie des lymphorrhagies.

Je vous l'ai, dit ailleurs, les pertes subites d'une proportion relativement minime de sang peuvent entraîner la mort. Piorry et Blundel ont montré que, chez les animaux, une hémorrhagie brusque d'une quantité de sang égale au :20" et môme au 25' du poids du corps amènci ce résultat fatal. Des faits de ce genre s'observent chez l'hommi^ ([uaud il y a rupture du cœur, rupture d'un anévrysme, d'une artère cérébrale. Dans ces cas, une hémorrhagie de 400 à iOO granmirs est mortelle; mais la mort résulte non de l'anémie créée par rhémorrhagie, mais bien de l'arrêt du cœur dont les battements sont suspendus en raison de la compiession exercée sur l'organe par le sang é|)anché dans le péricarde, mais bien de la des- Iruetion par le sang exlravasé de certaines régions cérébrales indispensables à la vie. En général, pour que la mort résulte de l'anémie héindrrhagiciue, dans les cas de blessure d'une artère d'un membre ou d'une artère de l'estoinae par exemple, dans les cas de pertes de sang consécutives ;\ Tavorlement ou à Taccoucbement, il faut que la quantité de sang versé soit en moyenne de 1 500 à 2000 grammes. Toutefois, l'âge des sujets, le siège de l'artère blessée, le calibre de ceUe arlèie, ont une grande inlluence. Il est certain que les pertes de sang sont beaucoup plus graves chez ]es enfants que chez les

adultes, et que ces perles sont plus promptement moitelles s'il s'agit (l'une {jrosse artère que d'une artère d'un moyen calibre. En réalité, c'est la i*apidité de la perte de sang qui joue le principal rôle; peut-éire la syncope qui survient alors est-elle due à un défaut de circulation dans les artères coronaires; les ganglions moteurs du cœur ne recevant plus de sang, l'arrêt du cœur et sa conséquence l'anémie encéphalique se produisent pour ainsi dire instantanément.

Si les hémorrhagies ne se font pas rapidement, brusquement, la mort n'arrive pas à leur suite; et quand les hémorrhagies se répètent l'on est souvent surpris de la perte que peut supporter l'organisme lorsque chacune d'elles n'est pas très-considérable. Dans les maladies utérines notamment, les femmes perdent souvent des quantités énormes de sang et ne succombent pas à ces pertes. Cependant, vous devez le savoir, dans les maladies fébriles, surtout dans les maladies infectieuses et chez les sujets déjà anémiés antérieurement, les pertes sanguines sont moins bien supportées que chez les autres sujets.

L'anémie succédant aux fortes hémorrhagies ou à des hémorrhagies de peu d'importance, mais très-rapprochées les unes des autres, a un caractère spécial et des symptômes particuliers.

Ce qui frappe le plus chez ces anémiques, c'est un sentiment indéfinissable de défaillance, une faiblesse extrême s'accompagnant de veiliges, d'étourdissements, de demi-pertes de connaissance et de syncopes. A chaque instant ces sujets perdent le sentiment d'équilibre; ils ne voient plus, n'entendent plus ce qui se passe autour d'eux. En même temps une grande pâleur est répandue sur leur visage; les lèvres, les gencives, les conjonctives sont décolorées. Chez ces malades, qui ne peuvent se tenir debout sans voir s'aggraver les symptômes signalés plus haut, la peau est fraîche et quelquefois la température s'abaisse de quelques dixièmes de dejrré; la respiration est superficielle, il y a de la dyspnée avec respiration fréquente, et cet élat s'a^rave avec tous les mouvements. Le pouls est toujours plus rapide qu'à l'élat normal, pouvant atteindre jusqu'à 150 et L40 pulsations par minute, et suivant la valeur de la perle, ou bien il a plus d'amplitudo avec un dicrolisme exagéré, ou bien il est petit, dépressible, presque nul. Des palpitations existent, et, si l'on examine le creur, on trouve ses contractions aiïaiblies «l souvent accompagnées iVwn souffle au premier teîiips qui peut se propagei* dans les vaisseaux du cou. La soif est ordinairement

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