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Les lésions des tissus doivent être divisées en deux classes. Dans la première, il faut placer les lésions des organes que l'on désigne sous le nom d'organes hémato-poïéti(|ues ou lymphoïdes. Pour le plus grand nombre des auteurs, ces lésions seraient l'origine de Taltéralion du sang. C'est ici que viennent prendre rang les altérations de la rate, des ganglions lymphatiques, de la muqueuse intestinale et de ses follicules, des amygdales, du thymus, du corps thyroïde, des capsules surrénales et de la moelle osseuse. Ces altérations consistent dans riiyperlrophie du tissu réticulé qui entre dans la constitution de ces organes. Les lésions du foie jïourraient peut être aussi rentrer dans cette catégorie, bien que le rôle du foie comme organe hématopoiélique ne soit pas bien établi. Dans la seconde classe rentrent les lésions qui doivent être considérées comme les conséquences de l'état du sang; celles-ci peuvent se rencontrer partout dans l'orga-
nisine, mais plus spécialement dans les organes circulatoires et respiratoires, dans les reins, dans les orîranes nerveux et dans les séreuses diverses. Nous allons examiner ces deux classes successivement.
La rate est presque toujours atteinte, comme l'ont montré Bennett et Virchow. D'après la statistique d'Isambert, son hypertrophie s'est rencontrée 61 fois sur 73 cas. Cette hypertrophie est toujours considérable, puisqu'en moyenne l'organe mesure entre 30 et 32 centimètres de hauteur sur 20 de largeur et 7 d'épaisseur, tandis que son poids varie entre 1 kilog. et 3 kilog. 500. Vous savez qu'à l'état normal, chez l'adulte, la rate pèse en moyenne 195 grammes et qu'elle mesure en longueur 12 cent., en largeur 8 cent, et en épaisseur 3 cent. On a trouvé des rates de 40 cent, de longueur et du poids de i kil. 400 et de 7 kil. Ces rates énormes occupent la plus grande partie de la moitié gauche du venlre; elles peuvent descendre jusqu'à l'ombilic et même jusqu'au pubis. Ordinairement la forme générale est conservée ; tantôt la capsule fibreuse est normale, tantôt elle est épaissie dans toute son étendue; tantôt elle est parsemée de plaques laiteuses de consistance plus ou moins dure, quelquefois semi-carfilagineuse. La rate est rouge, violacée, avec des reflets opalins et irisés. Sa coupe est lisse, luisante, variant de coloration depuis le rose violacé jusqu'à l'acajou foncé. Son tissu est dense et parfois très-friable; il est ordinairement parsemé de points blancs plus ou moins volumineux qui tranchent sur la teinte rouge générale et donnent à l'ensemble un aspect granité. Souvent aussi on obsenc des taches d'un rouge intense, de couleur ocreuse, ou de teinte blanchâtre, mal limitées, qui pénètrent le tissu et qui ressemblent à des infarctus hémorrhagiques à divers états de dégénérescence. En raison de l'état du sang, des infarctus de globules blancs peuvent aussi se rencontrer.
Comme le prouve l'examen microscopique, cet état de la rate tient à l'accroissement de tous les éléments de son tissu ; les trabécules sont épaissies et indurées et les corpuscules de Malpighi, colorés en blanc grisâtre, sont notablement hypertrophiés, puisque^ de leur volume normal, 0'°",2 à0'"",7, ils peuvent arriver, suivant Ranvier (1 ), jusqu'à la grosseur d'une noisette et même d'une noix. Comme l'ont montré Ollivier et Ranvier (2), ces corpuscules hyper-
(1) Cornil ol Ranvier, Manuel d'histologie patholoyique^ 1873.
[t) OUivitT et Ranvier, Société de biologie, 1860 el Arch. de physiologie, 1809.
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trophiés ont la structure des ganglions lymphatiques, c'est-à-dire qu'ils sont formés de tissu réticulé dont les mailles sont remplies d'éléments nucléaires et cellulaires que Ch. Robin considère comme étant de nature épithéliale et que d'autres auteurs regardent comme des corpuscules lymphatiques (leucocytes). Quant aux capillaires sanguins, ils sont très-dilatés et remplis de globules blancs. Dans les branches de la veine splénique on trouve souvent des caillots blanchâtres contenant une grande quantité de leucocytes.
Les ganglions lymphatiques sont très-souvent malades, puisque, d'après le relevé statistique d'isambert, on les a trouvés hypertrophiés 32 fois sur 73 cas. De préférence l'hypertrophie porte sur les ganglions du cou, de l'aisselle et de l'aine, sur ceux du mésentère et des bronches. Le volume de ces organes est notablement augmenté et, comme en général la lésion frappe un certain nombre de ganglions, il en résulte des tumeurs formées de ganglions fusionnés et dont le poids peut èlre très-considérable. On a trouvé des tumeurs qui pesaient jusqu'à 2 kilogrammes. Les masses ganglionnaires, du reste, ne se limitent pas toujours aux ganglions eux-mêmes; il y a une réelle tendance à la production de nouveau tissu adénoïde, et, dans certains cas, on a constaté dans le voisinage de ces tumeurs une invasion de proche en proche, loin du siège normal des ganglions. Virchow a rencontré des cas où tout le petit bassin était comme matelassé de substance ganglionnaire et où le canal thoracique, depuis le diaphragme jusqu'à son embouchure, était perdu dans une masse de tissus semblables impossible à diviser en tumeurs distinctes.
Les ganglions hypertrophiés ont leur surface pâle, blanc-jaunàtre ou grisâtre. Leur section laisse échapper un liquide tantôt blanchâtre analogue à une émulsion, tantôt plus ou moins coloré en rouge et dans lequel on trouve des globulins et des leucocytes. La coupe est d'un blanc rosé ou d'un gris rougeâtre qui, au contact de l'air, se colore davantage. Çà et là on peut y rencontrer des foyers hémorrhagiques, des infarctus plus ou moins décolorés, des taches pigmentées, des régions de caséification. L'examen microscopique décèle l'hypertrophie des glandes lymphatiques et plus spécialement de la substance coiticalequia, pour ainsi dire, envahi toute la masse ganj»lionnaire. 11 en n'sulle la formation de ces néoplasmes qui ont été étudiés et décrits par Virchow (1), Billrolh (2) etUanvier(3) sous
(I) Virchow, Palhologie des tumeurs.
(i) Riliroth, Éléments de pathologie générale chirurgicale ^ Irad. franc., 1868.
(3) Cornil el Ranvier, lac. cit.
les noms de lympbomes, lympliadénomes, lymphosarcomes, et qui, possédant tantôt une consistance dure, tantôt une consistance molle, ont cependant toujoui*s la structure du tissu ganglionnaire. En effet, avec un fin ou un gros réticulum, on y retrouve le tissu sp»?cial dans les mailles duquel sont englobés les éléments cellulaires des ganglions lymphatiques, considérés par beaucoup d'auteurs romme des leucocytes^ Les vaisseaux sanguins, dans les ganglions comme dans la rate, sonttrès-dilatés et remplis de globules blancs. 11 esta remarquer que ces ganglions hypertrophiés n'ont pas de tendance à la suppuration; aussi est-il rare de les rencontrer dans cet état.
Dans le tube digestif il peut exister des altérations qui se rapprochent beaucoup des lésions que nous avons examinées jusqu'ici. Bien qu'elles aient été signalées dès 1845 par Craigie (1) et bien décrites par Schreiber (2), ces altérations sont assez rares, puisque, jusqu'à ce jour elles n'ont été rencontrées que 11 fois d'une manière bien certaine. On les a trouvées sur toute l'étendue de la muqueuse, depuis le cardia jusqu'à la partie inférieure du rectum. Elles existent sous trois formes différentes, qui ont été bien décrites par M. Démange (3) :
Tantôt il n'y a qu'une infiltration simple de la muqueuse qui est épaissie, surtout dans les plis de l'estomac et dans les valvules conniventes de l'intestin grêle dont les villosités sont hypertrophiées. L'épaississement, qui a pu atteindre plusieurs millimètres dans le duodénum, est surtout considérable au niveau de la valvule iléocœcale, oii il forme parfois un bourrelet qui peut obstruer presque entièrement le tube intestinal. Dans un cas publié par Béhier (i) il y avait une infiltration do ce genre de toute la muqueuse intestinale.
Tantôt on trouve des tumeurs non pédiculées, à contours diffus, variant depuis le volume d'une lentille jusqu'à celui d'une tête de fœtus et dont le siège originel parait être dans les follicules clos, isolés ou agminés, quelquefois dans les glandes en tubes deTintestio. Ces tumeurs, qui existent le plus souvent vers la partie inférieure de l'iléon, font, suivant leur volume, soit un simple relief à la surface delà muqueuse, soit une saillie plus ou moins forte qui rétrécit alors
(1) Craiiçie, Edinb. med. and xurg. Jouni., 1845.
(2) Schreiber, De Uukœmia, I8.M.
(3) Démange, Étude ntr la lymphadénie, 1874.
(4) Béhier, De la leucémie intestinale. (Union méd., 1869.)
LEUCOCYTHÊMIE. LÉSIONS INTESTINALES. TGU
le calibre de l'organe. Plusieurs peuvent se réunir entre elles et former alors, comme dans les cas observés par MM. Picot et Rendu (1), des masses très-volumineuses. Leur structure est celle du lissu ganglionnaire.
Tantôt enfin il y a des ulcérations véritables qui ont pour point de départ, soit la muqueuse infiltrée, soit les tumeui^s précédentes. Hérard (i) a trouvé des tumeurs ulcérées dans l'estomac, Mattei(^i) en a vu dans le duodénum et Virchow (4) dans l'iléon. Suivant cet auteur, les ulcérations en question diffèrent des ulcérations tuberculeuses par leur fond plat uniformément infiltré et par leurs bords très-épais. M. Kelsch (5) en a décrit des exemples remarquables. Les ulcérations qu'il a trouvées siégeaient dans l'iléon; leurs dimensions variaient depuis celles d'une pièce de 20 centimes jusqu'à celles d'une zone embrassant toute la circonférence de l'intestin et mesurant 0™,05 de hauteur. Elles différaient des ulcérations de la fièvre typhoïde en ce qu'elles n'étaient pas comme celles-ci limitées aux plaques de Peyer et que leurs bords étaient irréguliers. Au reste, l'étude microscopique permet d'établir leur véritable nature et de les distinguer surtout des ulcères tuberculeux, puisqu'on y retrouve la structure du lissu ganglionnaire.
Des congestions, des ecchymoses sous-muqueuses ou sous-péritonéales, des infiltrations sanguines entre les différentes tuniques intestinales peuvent se rencontrer en même temps que ces lésions diverses. Celles-ci coïncident tantôt avec l'hypertrophie de la rate, tantôt avec celle des ganglions; on les a observées avec des lésions analogues d'autres organes. Dans le ca« de Béhier, l'intestin seul était malade et, dans celui de Boettcher (6), il y avait des lésions dans le foie et dans les reins.
Des lésions analogues ont été démontrés aussi dans les autres glandes vasculaires sanguines. Deux fois sur 41 cas, Isambert a noté l'hypertrophie des amygdales. Panas (7), dans un cas de leucocythémie splénique et ganglionnaire, a vu une amygdale considérablement augmenlée de volume; la lésion consistait en la produc-
(1) Picot et Rendu, cités par Démange, loc, cit. {i) Hérard, Union médicale j 186.'»,
(3) Mattei, Lo Sperimentale, 1858.
(4) Virchow, Pathologie des fumfur^, Irad. franc., t. HI, 1871.
(5) }\e\ic\ï y Société anatomiiiue, 1873.
(6' Boettcher, Arch. gén. de méd.j 1860. (7) Panas, Gai. hebd., Mi.
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770 LES GRANDS PROCESSUS MORRiDES.
lion de tissu adénoïde. Ollivier et Ranvier (1) ont trouvé les follicules de la langue gros comme des grains de maïs. Le ihymnSj dans les cas d*Isambert et de Ranvier (2), avait repris son volume primitif chez des sujets arrivés à Tûge où cet organe est atrophié; chez un enfant, Cnyrin (3) Ta trouvé tellement considérable qu'il recouvrait complètement le cœur. L'hypertrophie du rorps lhyi*oide a été signalée par Craigie, Boettcher et Lancereaux (4); enfin, Barclay (5) a constaté celle des capsules surrénales^ et Waldeyer (6), celle du coiys pitiUtaire,
Dans mes leçons sur l'anémie, je vous ai dit que Neumann, Bizzozero, Morat et aulres auteurs considéraient la moelle osseuse comme un organe hémato-poïétique. Ces idées semblent résulter de ce que, dans certains cas de leucocythémie, on a trouvé des lésions dans ce tissu. Il existe, en eiTet, une douzaine d'observations, dont la première est due à Ranvier (7), dans lesquelles on a, dit-on,vu la moelle transformée pour ainsi dire complètement en tissu adénoïde. Dans un cas publié par M. Kelsch (8), le sternum, les vertèbres, les épiphyses des os longs avaient leur moelle ainsi altérée. Les espaces médullaires étaient remplis par des cellules lymphatiques qui) une fois chassées parle pinceau, laissaient voir un tissu réticulé avec des capillaires sanguins remplis de globules blancs. A l'œil nu la moelle osseuse était presque partout un peu dillluente; dans le canal central des os longs elle avait une teinte grise générale avec des taches rougeâtres ou jaunâtres disséminées ; dans les épiphyses elle était marbrée de teintes grises et rouges. Des faits du même genre ont été rapportés par Waldeyer et par Ponfick, et c'est sur eux qu'on a établi uneformeanatomique spéciale de leucocythémie que l'on a désignée sous le nom de leucémie myélogène. Nous y reviendrons en étudiant la pathogénie du processus leucocythémique.
Le foie est presque aussi souvent atteint que la rate. D^ns plus fie la moitié des cas, 54 fois sur 92, son hypertrophie a été notée
H) Ollivier et Ranvier, Arch. de phtjsiol, norm, et path., 1869. (2) Ranvier, cité par Jaccoud et Labadie-Lagrave, loc. cil, {'6) Cnyrin, id.
(4) Lancereaux, Atlas étanalomie pathologique^ 18è9.
(6) Rarclay, Leucoq/thœmia, Enlargement of the Liver, Spleen, Aiéneys mid uarrtMl Captulet.(Lancet, 186').)
(6j Waldeyer, Virchow's Arch., 1871.
(7) Ranvier, Journal de fanât, et de la physiol. de Ch, Robin, 1867. ^8) Kelsch, Arch, dephysiol. norm, et path,, 1875.