LEUCOCYTHÉMIE. LÉSIONS DU FOIE
d'après Ehrlich, et cette hypertrophie coïncide ordinairement, 11 fois sur 12 (Bennelt), avec celle de la rate. Sur 3 cas de leucocyllîémie que j'ai vus à la clinique médicale de Strasbourg, 2 fois il y avait coïncidence de l'hypertrophie de ces deux organes. Le volume et le poids du foie peuvent être considérablement augmentés. Ollivier et Ranvier ont trouvé Torgane avec les dimensions suivantes : diamètre transversal 0'",44, diamètre antéro-postérieur 0",27, diamètre vertical 0'",08; les dimensions normales sont en moyenne : diamètre transversal 0", 30, diamètre antéro-poslérieur 0",18, diamètre vertical 0",06. On Ta vu pesant 7 et 8 kilogrammes, tandis que le poids habituel varie entre 1500 et 2000 grammes. L'hypertrophie porte plus spécialement sur le lobe gauche.
Le foie leucocythémique conserve souvent sa coloration ordinaire; dans certains cas cependant il a une couleur rouge grisâtre, une teinte chocolat ou violacée. Sa consistance est parfois normale; mais, le plus souvent, il est un peu ramolli et se réduit par la pression en une pulpe assez analogue à celle do la rate. Cet état, comme l'ont montré Isambert et Robin, résulte manifestement d'une accumulation énorme de leucocytes et de globulins dans les capillaires de l'organe. Sur la coupe on peut observer des lésions diverses : tantôt on rencontre des grains blanchâtres dont le volume peut aller jusqu'à celui d'un pois et dont la section laisse échapper un contenu presque liquide; tantôt il y a un aspect général granité avec des stries grisâtres autour des lobules.
L'examen microscopique rend compte de ces diverses lésions. Les grains blancliAtres, comme l'avait indiqué Yirchow et comme l'a démontré M. .Malassez (1), ont une structure analogue à celle des corpuscules de la rate; ce sont des lymphadénomcs de nouvelle formation, où Ton retrouve le tissu réticulé et les éléments cellulaires spéciaux (leucocytes). L'aspectgranité résulte d'infarctus de globules blancs démontrés par Ollivier et Ranvier. En effet, les lobules hépatiques sont limités par des ilôts formés d'une accumulation de globules blancs entourant les capillaires doublés ou triplés de volume et gorgés eux-mêmes de ces éléments. Il y a donc une véritable innitration globulaire et les leucocytes paraissent être sortis des vaisseaux après la rupture de ceux-ci, puisque dans certains points Ton ne retrouve pas la paroi vasculaire qui est très-visible dans d'autr«s. En même temps, dans certaines régions, les cellules hépa-
(1) Malassez, cité par Jaccoud et LaUadie-Lagrave, loc. cit.
nt LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
tiques ont disparu, tandis que dans d'autres on les voit chai*gées de nombreuses granulations graisseuses. C'est dans le foie que Ton rencontre particulièrement les cristaux décrits par Charcot et Vulpian et qui se rapprochent de ceux de la tyrosine, comme je vous Tai indiqué.
Etudions maintenant les lésions de la seconde série, celles qui sont les conséquences de Faltération sanguine plus particulièrement.
Les divers organes de Vappareil circulatoire sont le siège de lésions variées chez les leucocythémiques. Dans le cœur et dans les gros vaisseaux on trouve habituellement des caillots moulés, trèsfriables, dont la couleur varie depuis Ja teinte chocolat jusqu'à la teinte rouge brique plus ou moins foncée. Souvent aussi on y rencontre des concrétions blanches, tantôt assez consistantes et friables, tantôt molles, presque liquides, ressemblant plus ou moins à du pus. Ces concrétions, dont le volume est très- variable, sont formées par des amas de leucocytes agglomérés et par une quantité de librioe en rapport avec leur consistance; on y trouve des granulations graisseuses en assez forte proportion. Des taches ecchymotiques, des saillies blanchâtres paraissant résulter d'infarctus de globules blancs, une dégénérescence graisseuse fréquente des fibres musculaires, telles sont les lésions que l'on observe le plus souvent dans le muscle cardiaque. Ordinairement les valvules sont saines ainsi que les orifices. Sur 41 cas, Isambert a noté sept fois l'hypertrophie cardiaque et une fois la dilatation avec amincissement des parois. Des exsudais séreux, séro-sanguinolenls ont été trouvés dans le péricarde par Blache et IJéhier; IIuss a vu celte membrane tapissée par un exsudât pseudo-membraneux ; enfin Virchow dit avoir vu au-dessous du péricarde, sur la surface du cœur et dans l'épaisseur de l'organe, de pelites tumeurs ayant la structure ganglionnaire, lymphadénomes.
Dans les veines on peut rencontrer des coagulums thrombosiques formés dans les dernières périodes du mal; Oppolzer a obsené la thrombose de la saphène et de la crurale.
l^s petites artères et les capillaires, dans tous les organes, sont remplis de leurocyles en abondance et cet état des petits vaisseaux ne doil jamais élre oublié (lig. 51). il est l'origine d'un grand nombre de lésions. En effet, en raison de la viscosité des globules blancs et de la difficulté qu'ils éprouvent à circuler dans les petits vaisseaux, à chaque instant, il peut se produire de véritables embolies capillaires de leucocytes. C'est précisément à la suite de ces embolies que
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des rupture» sui-viennent, donnant lieu à des hémorrliagies interstitielles plus ou moins importantes et dans lesquelles domineat, comme vous le pensez, les leucocytes. Ces infarctus de globules
vaisseaux rcmiiUa de globules blancs fBennetli.
blancs, que l'on considérait autrefois comme des productions nouvelles de tissu ganglionnaire (lympliomes miliaires de Yirchow) ont été bien étudiés par Ullivier et Ranvier qui leur ont assigne leur véritable nature.
Les lésions que l'on observe du côté du s>/stème tien-eux consistent surtout en des hémorrliagies cérébrales ordinairement multiples et dont l'origine doit être attribuée, comme l'ont montré Ollivier et Ranvier, aux embolies de [jlobules blancs. Cliez un mémo sujet, ces auteurs ont trouvé plusieurs foyers siégeant les uns dans te cerveau, les autrt^s dans te cervelet; le sang de ces foyers avait la couleur cborolat du sang leucocytliémique et contenait une grande «juanlité de leucocytes. Dans ces derniers temps, Hawtrcy Benson (1) a rapporté un fait de leucémie, dont l'autopsie démontra dans le cerveau cinquante foyers hémoirhagiques. Dt-s concrétions blanches se rencontrent fréquemment aussi dans les artères et dans les veines cérébrales et méningées et dans les sinus de la dure-mère. Dans un cas publié par Lancereau\ (i), il y avait une injection complète de tous les vaisseaux veineux de la pic-mère; celte injection ressemblait à une injection m^'rcuriclle el la matière blanche intra-vasculaire était presque entièrement constituée par dos globules blancs. Des épanchements séreux ou séro-sjm-
0) Mawtreï-D'nsoii, Ihe OubUn Jaurn. o{ med., \%H.
(îi Lanceri'aux, Atlai d'ai\atomU pathûlogiqse, Haiwn, ISG'J.
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guinolents se rencontrent aussi dans le tissu sous-arachnoîdien et dans les ventricules cérébraux; d'après Ehriig, ces lésions existeraient neuf fois sur cent. Enfin M. Kelsch (1 ) dit avoir vu les surfaces interne et externe de la dure-mère tapissées d'une couche membraneuse offrant la structure du tissu adénoïde. Des bémorrhagies dans les méninges spinales ont aussi été signalées. Dans un cas de Blacbiv il existait une hémorrhagie allant depuis la ti*oisième vertèbre dorsale jusqu'au sacrum; la moelle était saine.
Vers V appareil visuel on peut rencontrer des altérations qui siègent plus spécialement dans la rétine et qui ont été décrites^ par Liebreich (2), Beckcr (3), Roth (i), Perrin (5) et Poncet (fi), sous le nom de rétinitc leucémique ou leucpcyihémique. Ces allérations, que révèle pendant la vie l'examen opbthalmoscopique, consistent en de nombreuses bémorrhagies punctiformes, à centre blanchâtre, disposées ordinairement suivant des rayons partant de la papille et formées surtout de globules blancs. Leur siège est variable. On en trouve dans la rétine, sous la limitante interne, dans l'épaisseur des fibres nerveuses et, sous la rétine, en avant de la choroïde, surtout alors au niveau de la tache jaune. On en trouve aussi dans le nerf optique, en arrière de la lame criblée ou dans la papille elle-même. Généralement les leucocytes extravasés fusent le long des tubes nerveux et forment des séries. Les éléments propres de la rétine, fibres nerveuses, cellules ganglionnaires, cônes et bâtonnets conservent l'intégrité de leur structure.
L'hypertrophie, les infarctus de globules blancs, l'apparition de tissu adénoïde, sont les lésions qui se rencontrent dans les reins, et ces lésions sont fréquentes puisque, dans le relevé d'isambert, elles sont notées 17 fois sur 41 cas; elles peuvent exister isolément, mais peuvent aussi se renconirer simultanément. Isambert, Ollivier et Ranvier ont constaté l'hypertrophie rénale, et ces derniers auteurs ont décrit, avec grand soin, les infarctus qui siègent surtout dans la substance corticale. Dans le rein, on constate aloi's une dilatation notable des vaisseaux capillaires avec des épanchements de leucocvtes entourant ces vaisseaux et écartant, dans certaines
J) KeUch, Société analomi que, 1873.
(t) Liebreich, Hétinite leucémiquf [Gai. heMomad., 1862.)
(3) Becker, Arch. f. Augen und Ohrenheilkumie, 1801).
{\) Holh, lielinitis LencŒmica {Virchow's Arch., \HiYJ.
(ô; Perrin, Annotes d'oculisliquey 1871.
(♦>) roncet, KétinUe Icucocijihémique (Areh, de phijxiol. norm. et path., 1874».