DOSES ACTIVES DES AGENTS INFECTIEUX
désormais, au moins pendant un certain temps, incapable de l'être de nouveau, et il a (Contracté une certaine immunité contre la variole. D'autres fois, c'est le cas de la septicémie et de certaines formes de charbon, Tinfeclion de l'organisme se fait si rapidement, que les accidents généraux se montrent immédiatement après la pénétration de l'agent infectieux et que les phénomènes locaux ne se produisent qu'ensuite. Dans ces cas, l'absorption est des plus rapides; les faits sont analogues à ceux des expériences de M. Colin sur la septicémie et dans lesquels l'excision de la région inoculée, pratiquée une minute après l'inoculation, n'empêche pas l'infection générale.
Enfin les agents infectieux non inoculables, ceux qui sont transportés par l'air ou par les eaux, s'introduisent dans l'organisme par la voie pulmonaire ou par le tube digestif; et, l'expérience nous l'a démontré, ces deux voies d'absorption donnent facilement passage à ces agents. Quant aux modes de pénétration à travers la muqueuse intestinale ou à travers la muqueuse aérienne, il nous est jusqu'à ce jour complètement inconnu. Les seules notions que nous possédions à cet égard sont celles qui ont été déduites des recherches de Klein (1) pour la fièvre typhoïrle et dont je vous parlerai; mais elles me paraissent encore bien hypothétiques.
A quelle dose peuvent agir les agents infectieux? Ce que nous savons sur cette question importante ne s'applique qu'aux agents virulents seuls; d'une manière générale, nous pouvons dire que ces virus agissent à des doses infinitésimales. Les expériences de Davaine , de Colin , l'ont établi pour le virus charbonneux et pour celui de la septicémie; celles de Chauveau sur les virus de la clavclée, de la vaccine, ont montré aussi qu'à dose extrêmement minime, ces virus peuvent agir sur l'économie. Mais, pour des infections d'origine eflluvique ou miasmatique , nos connaissances sont presque nulles. On admet que les agents de ces maladies doivent être absorbés à une dose assez notable, et les preuves que l'on invoque sont les suivantes. Souvent l'on voit des sujets rester pendant un temps très-long, un mois et plus, en contact avec des malades atteints de typhus ou de fièvre typhoïde , puis être tout à coup frappés au bout de ce temps. Ces maladies se prennent plus facilement quand il y a un nombre notable de malades agglo-
(\f Klein, Zur Kennlnux der frineren Pathologie des Abdominalhjphus (CentralblaU, 1871).
ggO LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
mérés que quand ce nombre est très-restreint. Ces preuves me semblent bien insuffisantes; et je crois qu'il est sage de nous tenir ici dans une grande réserve plutôt que de baser sur elles Fidée delà nécessité de l'absorption d'une forte dose du poison typhique ou des autres poisons miasmatiques pour contracter les maladies en question.
Nous avons vu que presque toutes les maladies infectieuses peuvent se transmettre par voie de contagion d'individu à individu ; je vous ai même montré que certaines d'entre elles ne se reproduisent que par cette seule voie. II importe donc d'une manière toute spéciale de savoir à quelle époque les maladies infectieuses sont aptes à se reproduire, autrement dit, à quel moment de leur évolution elles sont contagieuses. Cette question nous a déjà occupés à propos de la septicémie expérimentale ; je vous ai montré , d'après les expériences de M. Colin, que le sang des animaux septicémiques devient capable de transmettre à son tour la septicémie au moment ou il se charge de nombreuses granulations, dans la période la plus marquée de l'élévation fébrile. A ce moment il n'existe pas encore de bactéries dans ce sang. M. Colin a fait des recherches analc^es sur le sang charbonneux et il a obtenu les mêmes résultats. Xos connaissances toutefois sont loin d'être complètes sur ce point important d'hygiène privée et publique. Voici à quoi elles se bornent, dans l'état actuel de la science. Les infections dont le principe contagieux semble résider dans les déjections fécules (choléra, fièvre typhoïde, dysenterie) paraissent contagieuses dès le moment ou se montrent les déjections ; le maximum de leur contagiosité coïncide probablement avec le maximum de la production de ces déjections. Nous ne savons rien sur le moment de la contagion du typhus, de la fièvre à rechute, de la fièvre jaune. Parmi les maladies virulentes, la rougeole est surtout contagieuse dès le début, pendant la période d'incubation et pendant l'éruption ; elle l'est encore pendant la desquamation ; cependant il semble qu'à ce moment il ne se produise plus d'agents contagieux. I<a scarlatine parait aussi être contagieuse dès le début; elle l'est moins cependant alors que pendant Téruption et pendant la desquamation. La variole, les faits d'inoculation l'ont prouvé, est contagieuse tant qu'il y a du liquide dans les pustules et tant qu'il y a des croûtes. Pendant l'éruption elle l'est pareillement; il semblerait môme qu'elle peut être transmise pendant Tincubation. En effet, Schapcr (1), faisant des greffes épidermiques, prit un jour
(1) Schaper, Deut. MiHidrâriL Zeiis., 1872.
TÊMAGITÉ DES AGENTS INFECTIEUX. 8Ui
sa greffe sur le bras amputé d'un sujet qui, trois jours après, fut atteint de variole ; Tindividu à qui la greffe fut faite eut la variole après six jours. Quant à la vaccine, du sixième au neuvième jour, ses boutons donnent une lymphe inoculable. La syphilis est contagieuse plus spécialement pendant révolution des accidents primitifs et pendant celle de certains accidents secondaires, notamment des plaques muqueuses; la contagiosité des produits de la période tertiaire (gommes, tubercules, etc.) n'est pas parfaitement établie. Il est certain cependant qu'arrivée à cette époque, la ma- Mie se commimique moins facilement et qu'elle se transmet moins par voie héréditaire. Le charbon, la morve, le farcin et la rage paraissent transmissibles pendant toute leur évolution ; la rage serait même Iransmissible pendant son incubation, puisque, d'après un relevé de Tliamhayn (1), il existe 19 cas de rage survenue chez des hommes mordus par des chiens qui semblaient bien portants et qui devinrent plus tard enragés. Le virus rabique possède encore son activité pendant les 34 heures qui suivent la mort.
Les agents infectieux, une fois séparés des organismes où ils se sont produits, ont une ténacité des plus variables qui jusqu'ici n'a pu être appréciée d'une manière bien exacte. On sait cependant que l'agent septicémique peut conserver ses propriétés pendant trèslongtemps quand les véhicules qui le renferment ont été placés dans certaines conditions. Avec du sang septicémique desséché, Fellz a pu reproduire la septicémie expérimentale après trois et quatre mois. Ces faits importants sont la confirmation expérimentale de ce que les chirur{>iens et les accoucheurs observent fréquemment. On sait, en effet, que si une salle d'hôpital a été habitée par des sujets atteints de septicémie, d'infection purulente, de pourriture d'hôpital ou de fièvre puerpérale, cette salle reste pendant très-longtemps un foyer d'infection. Les agents analogues a celui de la septicémie , ceux des maladies scpliques ou septicoïdes, paraissent posséder une ténacité semblable quand ils sont placés dans des conditions où la putréfaction ne peut pas les atteindre, car la « pulridité tue la virulence >. En effet, le sang charbonneux desséché peut conserver sa virulence pendant des mois et des années; l'agent de la diphthérie semble se comporter de même, puisqu'on le voit se fixer dans certaines maisons où, souvent, après un premier cas, on en voit survenir d'autres au bout de plusieurs mois; on peut en dire autant
(1) Thanihnyn, cité par Bernhcim, art. GosTAGiOîf du Diction. encycL d. se. méd.
de l'agent de la fièvre typhoïde. La ténacité des agents des maladies miasmatico-contagieuses , fièvre jaune, dysenterie, choléra, nous est peu connue; nous savons cependant qu'au moins dans nos cUmals, Tagent cholérique ne semble pas se conserver au delà de quelques semaines, et qu'après ce temps, quand, dans une localité, on n'a pas vu survenir de nouveaux cas de choléra, la maladie peut être considérée comme éteinte. La ténacité des virus varie suivant leur nature. Celui de la rougeole se détruirait rapidement puisque, d'après Mayer (1), le linge des enfants atteints de cette maladie peut être porté par d'autres sans la leur communiquer, quand il a été seulement exposé à l'air. 11 n'en est plus de même pour celui de la scarlatine. Benedict a vu des enfants prendre la scarlatine immédiatement après leur retour dans une chambre où, deux mois auparavant, était mort un scarlatineux ; cependant la chambre avait été convenablement purifiée et ventilée. Richardson (2), dans une circonstance semblable, a vu des enfants gagner la scarlatine dans une chambre où, cinq mois avant, il y avait eu un scarlatineux. Le virus de la variole possède aussi une extrême ténacité; enfin, le vaccin peut être conservé pendant des mois et des années avec toutes ses propriétés, pourvu qu'il soit soustrail au contact de l'air.
Tous ces agents infectieux sont, du reste, détruits par la putréfaction, absolument comme ceux de la septicémie et du charbon; pour le choléra, la rapidité de la destruction semble très-rapide, car il est très-rare que les personnes en contact avec les cadavres, médecins faisant les autopsies, fossoyeurs, contractent la maladie; c'est là encore une des conséquences de cette loi démontrée par Cli. Robin et sur laquelle je ne saurais trop insister : « la pulridité lue la virulence. »
Pour la plupart des maladies infectieuses, il ne suffit pas qu'un sujet soit exposé à l'action des agents infectieux pour que forcément, inévitablement, il soit atteint par la maladie. Tous les jours on voit des individus s'exposer à rinlluence des effluves, des miasmes et des conta<;es sans devenir malades. Même quand il y a inoculation, il peut se faire que celte inoculation resle stérile ou qu'elle se borne à l'apparition d'une légère inflammation locale sans infection consécutive. Ces faits nous ont déjà été démontrés par MM. Colin et Bouley, dontles expériences établissent l'influence des races animales
i\) Mayer, cité par Bernheim, loc. cit. <2j Richardson, /</.