IMMUNITÉ NATURELLE
sur refficacité morbide des injections et des inoculations de sang septicémique. Il faut donc, pour que Tinrection soit possible, que l'organisme soit apte à la contracter, qu'il ait, comme l'on dit habituellement, une certaine réceptivité pour les agents infectieux.
Or, il est des sujets qui ne sont pas aptes à contracter certaines infections, qui jouissent vis-à-vis d*elles d'une tmmum/^ complète. P'uoe manière générale, les virus inoculables ne trouvent pas d'organismes réfractai res ; cependant on voit des individus chez qui des inoculations nombreuses de vaccin restent sans résultat ; il y a des personnes qui s'exposent à la contagion de la syphilis et qui ne sont pas atteintes ; et, sur les nombreuses tentatives d'inoculation de la syphilis qui ont été faites (syphilisation), il n'existe que ^6 observations significatives. Quand autrefois on inoculait la variole, on trouvait environ 1 enfant réfractaire sur 60, et 1 adulte sur :20. Chez les animaux les mêmes faits se rencontrent; l'inoculation de la rage du chien ne réussit que dans une proportion de -5- à -§-; Herlwig (1), qui essaya 9 fois d'inoculer un chien dans l'espace de trois ans, ne put jamais y parvenir. Llnoculation de la morve ne réussit habituellement que 8 Tois sur 35. Sur 5 inoculations qu'ils pratiquèrent, Bogge et Kscherning (2) n'obtinrent qu'un seul résultat. Ces faits prouvent donc que certains sujets résistent à l'action des agents infectieux quand ceux-ci sont portés directement dans l'organisme; il en est de même, m;iis plus fréquemment encore, quand il s'agit d'infections d'origine miasmatique. Quelles sont donc les C4)nditions individuelles qui interviennent alors?
LVige aune certaine influence; mais cette influence varie suivant les diverses infections. Le choléra frappe plus particulièrement les hommes faits, enire vingt et quarante ans; dans les épidémies, les sujets de cet âge comptent ordinairement pour la moitié dans la mortalité. C'est entre dix et vingt ans que la prédisposition semble la plus légère, que les cas sont moins graves ; les nourrissons ne sont atteints que dans une très-faible proportion. Cet âge de vingt à quarante ans est aussi l'Age de pivdilection du typhus exanthématique, qui diminue de fiéquence à mesure qu'on va au-dessus ou audessous; jusqu'à un an il est exceptionnel. Dans la fièvre typhoïde, à peu près la moitié des cas, —^ (^Budd), surviennent entre quinze et vingt-cinq ans, pins d'un quart, ^^, au-dessous de quinze ans,
(I) H«Ttwig, Maladies des chiens et leur traitement, 18G0. {t) Boggc et Esthorniiii,', cités par Beruheiin, loc. cit.
ce qui donne -^ avant vingt-cinq ans, plus des six-septièmes avant
trente ans, -^y moins d'un septième, -^, après trente ans. La maladie est très-rare avant un an et après cinquante ans. Les deux faits de M. Charcellay (1) se rapportent à des enfants morts Tun le huitième, Tautre le quinzième jour après la naissance. Pour les fièvres éruptives, voici les résultats de l'observation. La rougeole, qui frappe pour ainsi dire tout le monde, survient à tout Age ; elle est peut-être moins fréquente dans les six premiers mois de la vie ; elle peut être congénitale. La variole frappe de même tous les âges; toutefois, dans les premiers mois et jusqu'à un an, la réceptivité de l'organisme parait un peu moins grande; elle présente son maxi* mum jusqu'à quarante ans et diminue ensuite. Pendant la vie intra-utérine, la réceptivité est faible; car si, à la vérité, on peut voir des fœtus atteints de variole, le plus souvent ils sont épargnés, bien que la femme grosse ait été elle-même atteinte. Quant à la scarlatine, elle est très-rare au-dessous de six mois, acquiert sa plus grande fréquence entre deux et sept ans, diminue de plus en plos après dix ans, et devient rare chez les adultes et très-exceptionnelle chez les vieillards.
Dans nos études sur la septicémie expérimentale nous avons vu que l'espèce animale joue un grand rôle dans la réceptivité des sujets sur lesquels porte l'expérimentation. Il semblerait que la race a une influence du même genre chez l'homme, au moins pour certaines infections. Pour la fièvre jaune, dans les Indes et dans le sud des Étals-Unis, on sait que « moins claire est la couleurde la peau, moins <?raade est la prédisposition morbide », de telle sorte que les nègres sont complètement exempts, que les Indiens rouge cuivre sont peu atteints, et que les créoles ont moins d'immunité que les nègres, mais plus que les blancs. Le contraire existerait pour la variole ; ce seraient les races colorées qui posséderaient la plus grande prédisposition; cependant la démonstration demande à être litile encore. Quant aux autres infections, nous ne savons pas si la race crée pour elles une prédisposition ou bien une immunité spéciale.
Les conditions hygiéniques ont une importance certaine dans Tétiologie des infections, surtout de celles qui résultent des émanations miasmatiques provenant des décompositions putrides. Le typhus exanthématique et la fièvre à rechute sont des maladies de misère el d'encombrement, qui frappent plus spécialement les sujets
(t) Charcellay, Société médicale dlnâre-et-Loire, 1840.