‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 155 sur 217 · SOIXANTE-QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SOIXANTE-QUATORZIÈME LEÇON

Processus infectieux (suite). — Incubation des infections. — Évolution. — Lésions du sang.

Messieurs,

Maintenant que nous connaissons l'origine et le mode d'apparition du processus infectieux, examinons son évolution au sein de l'organisme et les altérations qu'il va produire dans les humeurs et dans les tissus.

Quand les agents infectieux ont pénétré dans l'organisme, l'infectîon est réalisée; mais elle ne se manifeste pas toujours de suite par des signes certains et palpables. Souvent, comme nous l'avons observé dans la septicémie expérimentale, il y a une période pendant laquelle rien ne semble changé dans lescondilions physiologiques. C'est la période de fièvre latente de Naunyn(l), h période d^incubation des auteurs.

La période d'incubation varie suivant la nature des différentes maladies infectieuses ; mais nos connaissances sur sa durée sont encore très-incomplètes. A l'exception de ce qui se passe dans les infections produites par un virus pénétrant par inoculation et dont le moment précis de pénétration peut être indiqué, il est souvent d'une grande difficulté de préciser l'instant où une maladie infectieuse, contagieuse ou non, a été contractée, et, par suite, de calculer mathématiquement la durée de la période d'incubation. D'un autre côt»*, les expériences de septicémie nous l'ont montré, il e>t des cas où Ton voit immédiatement les accidents infectieux succéder à l'inoculation des matières putrides ou du sang seplicéniicpie, et il en est d'autres où les animaux restent pendant plusieurs heures, et même pendant plusieurs jours, sans paraître inconmiodés. Quelle est l'origine de ces différences? Tient-elle à la susceptibilité de Torganisme? C'est probable, puisque ces faits se rencontrent quand on agitavec une même matière septogè ne sur des

{\j N.ninyn, Deitrdge utr Fieherlehre^ 1870.

animaux différents. 11 y a donc dans les conditions variables de réceptivité morbide individuelle une nouvelle cause de difTicuItt' pour préciser la durée de la période d'incubation des maladies infectieuses. Quoi qu'il en soit, voici les données que nous possédons pour les principales infections :

Les fièvres paludéennes ont une incubation dont la durée varie entre 6, 10, 12 et 23 jours ; la moyenne de 14 jours est généralement acceptée. Cependant il existe des cas où des sujets furent pris d'un accès fébrile quelques heures après s'être exposés aux émanations palustres. D'un autre côté, l'incubation peut être d'une très-longue durée. Dutrouleau (1), Braune (2), Friedier (3), Vallin (4) et d'autres auteurs ont rapporté de nombreux faits dans lesquels on voit des personnes, qui ont habité les pays palustres, n'èlre prises de fièvre intermittente que plusieurs mois après avoir quitté ces pays, et être rentrées dans des contrées où la maladie est inconnue. Des incubations de six, huit, dix mois ont pu ainsi être observées ; Boudin (5) admet même une incubation qui a duré dix-huit mois.

Les infections dues aux émanations d'orijrine végélo-animale onl une incubation d'une durée moins longue, mais cependant encore variable. La fièvre jaune apparaît ordinairement de trois à quatre jours après le moment de rinfection; des étrangers, arrivant dans une contrée où la maladie est épidémique, sont souvent pris après 24 heures; par contre, Blair (0) a cité des cas où l'incubation s'r^l prolongée pendant 14 et Mi jours, mais ces cas ne sont pas ordinaires. La durée de l'incubation du choléra est très-variable; en moyenne, celle durée serait, d'après Griesinger, de 50 à 00 heures et de 2 à 3 jours, suivant .\ckermann (7). Dans un grand nombre d** cas, 34 fois sur 448, d'après la statistique de Briquet (8), fincubation n'a pas dépassé 24 heures. 11 faut donc repousser Topinion de Peltenkofer (9) qui assigne au moins 5 jours à l'incubation.

(\) DutroulaUf Traité des maladies des Européens dans les pays chaudi, ISG8.

(t) Braunc, Arch. der Ileilk., 1869.

(3) Fricdlep,.4rcyi. der Ueilk.. 1870.

(■4) Vallin, dans Griesinger, Traité des maladies infectieuses, Irad. franc., 18T7.

(5) Boudin, Traité des fièvres intermittentes, 1812.

(fi) Blair, Some account of the la^it yellow Fever Epidémie of British Guianût 1850.

(7» Ackerniann. Die Choiera des Jahres 1859 in Mecklenburg, 18C0.

(8) Briquet, Rapport sur les épidémies de choléra-morbus de 1817-1850 (.4caif. de méd., 1867- 18(«;.

(9) PcUenkofcr, Verbreitungsarl der Choiera, 1855.

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