INCUBATION DES INFECTIONS
on a constaté Tapparilion des lésions vers la peau, les glandes ou les fosses nasales, des semaines et des mois après le moment supposé de la pénétration des agents infectieux, ont pu faire attribuer à la morve une durée d'incubation aussi longue; mais, d'après les rechercbes récentes deBollinger(l), il y aurait là une erreur évidente due à ce que, souvent, la morve évolue d'une manière latente en produisant des lésions dans les organes profonds, et que celte évolution dure pendant assez longtemps avant l'apparition des lésions cutanées, glandulaires ou nasales. Des cbevaux peuvent ainsi vivre pendant longtemps sans présenter rien de particulier; et, s'ils meurent, on leur trouve des nodosités pulmonaires et des ulcéralions Iracbéalcs et broncbiqucs, montrant que l'infection a débuté par ces lésions des organes profonds. La rage surtout a la plus grande irrégularité dans la durée de son incubation. En moyenne elle éclate. de quatre à sept semaines après l'inoculation virulente; mais, exceptionnellement, la maladie peut se montrer 8 ou 15 jours après cette inoculation. On a bien cité quelques cas où l'incubation n'a été que de 2 ou à jours; mais, comme Hunter l'admettîiit, il est probable qu'il ne s'agit pas de rage, mais bien de tétanos. D'un autre côté, l'incubation peut se prolonger bien an delà des six semaines de la durée moyenne. Il existe dans la science des cas où la maladie s'est déclarée 8 à 12 mois après Tinoculation; il en est dont Tincubation a diué jusqu'à 17 et 18 mois. D'après les stati:stiques, dans 6 pour 100 des cas, l'incubation varie de :^ à 18 jours; dans 60 pour 100, elle est de 18 à 00 jours, et dans 34 pour 100, elle dépasse 00 jours. Il semble que cbez les sujets jeunes l'incubation soit moins longue que cbez les sujets plus avancés en âge ; cbez 9 nouveau-nés, la maladie s'est montrée au bout de 13 à 15 jours; cbez G enfants, âgés de moins de quatorze ans, elle n'a éclaté qu'après 3 et 4 semaines.
Que se passe-l-il dans l'organisme pendant celle période latente des maladies infectieuses? Selon toute probabilité, les agents infectieux ne restent pas inactifs et modilienl déjà les principes constitutifs du sang et des tissus organiques; mais ces modifications se font avec lenteur, de proche en proche si je puis dire; ce qui le prouve, c'e^it qu'un certain nombre des maladies infectieuses sont déjà transmissibles pendant celle période d'incubation. Les lièvres éruptives sont dans ce cas, et l'on sait que, chez le chien en état d'incubation
(1) BoUingcr, Beitriige iur expenmenieïlen und vergkkhenden Pathologie des Hoties^
9C>6 LKS GRANDS PltOCESSUS MORBIDES.
de la rage, la bave est inoculable et reproduit la maladie. II y a donc, pendant celle période, développement et accumulation dans l'économie vivante des agents de Tinfertion; et, selon toute probabilité, la maladie éclate quand leur quantité est devenue sufllsante pour troubler l'organisme, ou peut-être, avec plus de raison, quand les modifications qu'ils ont imprimées aux humeurs et aux tissus sont devenues incompatibles avec Texercice régulier du fonctionnement organique.
A rincubation des maladies infectieuses succède leur évolution qui est particulière à chacune d'elles et dont je ne puis vous dire que quelques mots au point de vue général qui nous occupe.
Parmi ces maladies, et c'est le plus grand nombre, il en est qui ont une marche aiguë , régulière, d'une durée généralement déUîrminée, et pendant laquelle, avec quelques variations d'intensité seulement, avec quelques variations dans les localisations morbides, se montrent toujours les mêmes phénomènes. Les typhus, la fièvre jaune et les fièvres éruptives sont dans ce cas. Dans ces maladies il existe une fièvre particulière à chacune d'elles, à type régulier, à courbt» tracée, qui, dans son intensité et dans sa marche, se modèle sar l'intensité et la marche de l'infection.
D'autres infections, tout en ayant une marche assez régulière en apparence, n'ont cependant rien de fixe dans leur durée et peuvent se prolonger pendant longtemps et même aboutir à l'éLiblissement d'un état de cachexie. Ce sont les infections paludéennes qui onl pour manifestation habituelle une fièvre intermittente à rliythme> tierce, quarte, double tierce ou quotidien, liés, comme Ta montré Ritter (1), à l'ancienneté de l'intoxication et à la fréquence des récidives. Il est à remarquer, en effet, que, dans les pays palustres, les nouveaux arrivants prennent des fièvres à types continus ou rémittents, et que les résidants depuis plusieurs années n'ont plus que des fièvres à types intermittents avec rhythme tierce ou quarte. Ces infections , malgré le rhythme de leurs accès fébriles , sont donc iirégulières dans leurs manifestations; elles n'ont pas cette marche cyclique des typhus ou des fièvres éruptives dont je vous parlais tout à Theure. Il y a plus encore. Leur durée n'a absolument rien de précis, rien de fixe. I^ maladie, le fait ne saurait être mis en doute, peut se terminer d'elle-même par la guérison si les malades sont soustraits aux causes de leur infection ; mais sou-
(t) Rilter, Ueber Machepidemien der Malaria Infection {Virchow*t Arch,, 1870..