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INFECTIONS. PRODUCTION DES LÉSIONS LOCALES

lions résultent donc en première ligne de l'état du sang, et en seconde ligne do troubles circulatoires dans la production desquels l'embolie joue le principal rôle. Cependant ce rôle de l'embolie doit-il être poussé plus loin? Est-il notamment permis, à l'exemple de Hueter (1), d'en faire le point de départ de la fièvre infectieuse? Gomme je vous l'ai dit dans mes leçons sur le processus fébrile, je ne le crois pas. Les embolies globulaires elles-mômes ne me paraissent pas suffisantes pour élever, en supprimant les pertes de calorique, la chaleur animale jusqu'aux températures fébriles que nous constatons dans les infections ; cependant elles sont assez étendues, puisqu'elles portent sur des lerritoircs vasculaires tout entiers, nos lésions du foie dans la septicémie nous l'ont montré.

Dans ces derniers temps, des essais ont été faits pour déterminer l'origine du gonflement de la rate dans les maladies infectieuses. Après avoir constaté que, dans le plus grand nombre de ces maladies, comme l'a encore montré depuis Friedreich (2), la rate augmente de volume, et que, dans les différentes formes de la septicémie (septicémie clinique et septicémie expérimentale), on y a trouvé des organismes inférieurs en abondance, Birch-Ilirschfeld (3) a posé en principe que la rate tend à retenir les corpuscules étrangers en circulation dans le sang, comme les ganglions lymphatiques retiennent les particules solides apportées par leurs vaisseaux afférents (grains de cinabre dans le tatouage). Ayant injecté h des lapins du .<5ang en putréfaction et contenant des organismes inférieurs, il a vu ces organismes retcnns par la rate, en même temps que se montrait le gonflement do cet organe. Il pense donc que la rate est le réceptacle de l'agent infectieux, et que le gonflement splénique en est la conséquence. Ces conclusions cependant ont été combattues par Socoloff(4), qui, après avoir examiné 41 rates pendant des infections diverses, n'a trouvé que six fois dos organismes inférieurs (micrococcus) dans leur tissu. Par des recherches expérimentales, rot auteur a prouvé, do plus, que les organismes inférieurs n'existent dans la rate gonflée que pendant les sdx premiers jours de l'infection, et qu'ensuite ils disparaissent. En conséquence, il en conclut que,

(1) Huotcr, IJeber den hreislauf und die Krehiaufsstœrungen in dax Froxchlunge; Verxuclie %ur Degrundting e'mer mechanischen Fieherlehre (Centraîbl.f 1873 , et i'rber glohtilôfe Stase und globuloxe Embolie {Peut. Zeit. f. Chir.y 1874).

(2) Friedreioh, Der acule j)fil'Anmor und seine Deiiehungen iu den aculen Infections Krankheiten, IHTi.

(3} Birrh-llirsohfeltl, Der acule Mililumor (Arch, d, Ueilk.y 1872). (l) SocolofT, Zur Pathologie der acuten MiUlumors (Arch, f, path. Anal, und Phgs., 1876).

si ron peut à ia rigueur attribuer à la présence des parasites (lan> la rate rhyperémie et le gonflement de cet organe tout au débul du mal, on ne peut plus invoquer celte cause pour plus tard, puisqu'il devient alors impossible dé démontrer les organismes inrérieurs dans le tissu splénique. Ces interprétations, qui reposent sur la théorie parasitaire des infections, ne soutiennent guère TexameD, puisque toujours elles viennent se heurter contre ces cas si nombreux où le sang infectieux ne contient pas d'organismes inférieurs.

Examinons maintenant la thérapeutique générale des maladies infectieuses :

Messieurs, Tétude que nous venons de faire nous montre les infections comme des maladies éminemment graves pour le plus grand nombre d'entre elles. Leur origine, leur mode de développement, leur caractère contagieux, leur génie endémique et épidémique en font souvent des fléaux redoutables. Avant tout, ces connaissances étant acquises, il est donc du devoir du médecin de s'opposer à leur apparition, de limiter leur développement, d'arrêter leur progrès. C'est là une des parties les plus importantes du iraiicmeni de ces maladies, leur traitement prophylactique, auquel ni le médecin ni les pouvoirs publics ne sauraient apporter trop d'attention.

Les infections ont pour origine la pénétration dans Toi^anisme des agents infectieux. En conséquence, l'indication prophylactique à remplir pour éviter ces infections est d'empêcher cette pénétration. On peut y arriver de plusieurs manières, au moins au point de vue théorique, car, dans la pratique, les moyens que préconise la théorie ne sont pas toujours faciles à appliquer.

Le desideratum idéal, pour éviter la pénétration des agents infectieux, serait de s'opposer à la production de ces agents. Il est certain que s'il n'existait pas de miasme paludéen, de miasme humain, de miasme nosocomial, les maladies correspondantes ne pourraient exister à leur tour. Pour obtenir ce desideratum il faut donc, étant connues les conditions de développement de chacun des agents infectieux, s'opposer à ces conditions. C'est ici que l'hygiène privée et publique interviendront d'une manière incessante.

Les fièvres paludéennes naissent dans le voisinage des marais, dans des régions où le sol très-humide reste inculte ou insufTisamment cultivé; donc il faudra, pour euipècher l'apparition de ct*s lièvres, supprimer les marais, drainer le sol, augmenter la végéliition, assainir par certaines essences d'arbres, tels que retiriî/y/»fM.<

globultiSj qui passent pour empêcher le développement des fièvres intermittentes dans les pays où ils croissent.

L'assainissement des contrées où naissent la fièvre jaune et le choléra est de la plus grande difliculté. Pour le choléra notamment, ridée de la destruction de son foyer primitif, par l'assainissement rapide du delta du Gange et des marécages qui bordent les rives du lleuve, semble devoir être reléguée au rang des utopies. Cependant de grands travaux ont déjà été faits dans cette direction; on a drainé, canalisé, établi des conduites d'eaux potables, en môme temps qu'une surveillance active était faite sur les marchés de bestiaux, sur les voiries d'immondices et sur les sépultures. Toutes ces mesures ont sans contredit diminué la gravité du mal et réalisé un important progrès.

Les maladies consécutives à l'absorption des émanations des matières animales en voie de putréfaction naissent spontanément aussi. Il faut donc autant que possible s'opposer à la formation du miasme qui les engendre. II est difficile d'atteindre ce but d'une manière complète; car, dans tous les cas où il y a fermentation des matières animales, il y a production des miasmes en question. Dans les cimetières, dans les fosses d'aisances, dans les fumiers exposés à l'air, il se forme ainsi des agents infectieux pouvant amener par leur pénétration les infections graves de ce groupe. Des mesures d'hygiène éminemment pratiques, telles que la crémation des cadavres humains ou animaux, la désinfection des fosses d'aisances sur une grande échelle, pourront seules diminuer la production des miasmes on question.

Mais, si certaines causes de production des miasmes d'origine animale ne peuvent être écartées facilement, il en est d'autres où les difficultés sont beaucoup moins grandes. Le miasme humain, qui naît de Tencombreinent et qui amène à sa suite le typhus, peut, par des mesures hygiéniques relativement faciles, être enrayé dans son

développement. Kvilcr rcncombrcment sur les navires, dans les casernes, dans les prisons, dans les camps, doit être une règle d'hygiène incessamment mise en pratique, l^ ventilation des habitations faite avec le plus grand soin et très-souvent, même quand une trop grande quantité d'hommes habiterait un espace restreint, sera fréquemment suffisante pour empêcher la production des miasines lyphiques. Les mêmes précautions devront être prises dans bîs établissements nosoroiniaux. Peut-être, sous ce rapport, huonslruction des hôpitaux devrait-elle être modifiée du tout au tout. Au lieu de

CCS vastes bâtiments où Ton entasse de grandes quantités de malades, il serait certainement préférable d'avoir de petits pavillons cntourrs d'arbres, dont les chambres, spacieuses et d'un cubage d'air bim calculé, ne recevraient que très-peu de malades. C'est plus particulièrement dans les salles de chirurgie et dans les maternités que ces précautions contre l'encombrement doivent surtout être prises. Peut-ôlre même faudrait-il supprimer totalement les maternités.

Indépendamment de ces précautions tendant à éviter l'encombre* ment nosocomial, il en est d'autres qui auront pour but de s'opposer à la production directe des miasmes générateurs de ces graves aiïections connues sous les noms de septicémie et d* infection punilente. Or c'est à la surface des plaies, au contact de l'air, que, le plus souvent, se forment les miasmes en question. Les uns admettent, vous le savez, qu'ils résultent de l'apport sur la plaie des germes tenus en suspension dans l'air (bactéries), les autres qu'ils sont la conséquence des modifications des matières albuminoldes et des éléments anatomiques de la plaie. Quoi qu'il en soit, il est certain que la soustraction des plaies au contact de l'air sera un moyen des plus utiles pour empêcher la production des miasmes virulents à la surface de ces plaies. C'est dans ce but qu'ont été imaginés les pansements méthodiques que l'on emploie de nos jours : le pansement par occlusion pneumatique, le pansement ouaté de A. Guérin, le pansement phéniqué de Lister. Sans contredit ces divers pansements ont rendu les plus grands services chirurgicaux, bien que, suivant les justes observations de M. Bouloumié, on trouve sous les appareils de véritables bactéries. Toujours est-il qu'ils s'opposent à la production des miasmes, qu'ils empêchent, au moins très-souvent, Tapparition chez un malade donné ou dans une salle d'hôpital des infections citées plus haut, de Pérysipèle et de la pourriture d'hôpital, et qu'enfin, en permettant d'éviler une certaine mortification de la surface des plaies ((janqrènes moléculaires), ils favorisent beaucoup le travail de cicatrisation.

Les maladies virulentes sont, dans l'immense majorité des ras, le résultat de la contagion. Certaines d'entre elles paraissent se développer spontanément chez des espèces animales parlirulirros: c'est le cas de la vaccine originelle, de la moive et de la rage; mais nous ne connaissons que par à peu près les causes sous rinllucnce desquelles elles naissent spontanément, et par ronséquenl il nous est presque impossible de nous y opposer. Il est certain cepen<lant que riiygiène, pour les animaux comme pour l'homme, peut jouer un

rôle important au point de vue de la prophylaxie de ces maladies.

Les agents infectieux une fois développés, il est indiqué de s'opposer à leur propagation. On peut espérer y arriver de deux manières : en détruisant ces agents dans le lieu même où ils se sont produits ou dans les véhicules qui les contiennent, ou bien en les localisant, en les maintenant dans le lieu de leur production.

La destruction des agents infectieux est obtenue au moyen des désinfectants que Ton peut faire agir et sur les véhicules des agents infectieux, et sur l'atmosphère des foyers d'infection. Je vous rappelle ici que ces agents infectieux, pour un très-grand nombre d'entre eux, se multiplient dans les organismes qu'ils ont frappés, qu'ils émanent ensuite de ces organismes et que, suspendus dans l'atmosphère, adhérents aux divers objets (linge, vêtements, literies, pièces de pansements) en contact avec les malades, ou bien entraînés avec leurs déjections, ils vont vicier l'air, le sol ou les eaux. Partant de ces données, il est donc d'une importance capitale de désinfecter les locaux où siègent les malades, et d'agir pareillement sur les objets à leur usage, ainsi que sur leurs déjections qui seront surveillées avec une attention toute particulière. Je vous rappelle encore que les miasmes putrides naissent forcément dans les accumulations de matières animales, dans les fosses d'aisances, dans les égouts, dans les cimetières. Ces lieux devront donc aussi être désinfectés avec le plus grand soin.

Il est bien établi que l'acide phénique est de tous les désinfectants le meilleur que l'on connaisse. Cet acide s'oppose à la fermentation putride et possède une action toxique énergique sur les organismes inférieurs. On doit donc l'utiliser pour la désinfection des fosses d'aisances, des selles récentes des malades, du linge et des pièces de pansements que l'on lessivera ensuite à l'eau bouillante. Dans les chambres où auront habile les malades, on l'emploiera epcore pour laver le sol et les murs, et on pourra en laisser ainsi exposé à l'air pendant un certain temps. Les sulfureux et l'eau sulfureuse lui sont inférieurs et cependant peuvent aussi être employés. O^îiot îiu sulfate de fer, si usité autrefois pour désinfecter les fosses d'aisances, on sait qu'il empêche Todcur qui s'en dégage, mais qu'il ne détruit pas les organismes inférieurs. On peut en dire autant du chlorure do chaux, dont la puissance est cependant supérieure à celle du sulfate de fer. Pour le permanganate de potasse, il désinfecte rapidement, mais son action s'épuise aussi avec rapidité.

Un des moyens les plus efficaces pour la destruction des agents

infectieux étant l'emploi de la chnieur, ce moyen devra ôtro utilisé ilc préférence à tous les autres pour la désinfection des objets qui auront été en contact avec les malades. On sait aujourd'hui qu'une température de 86* détruit les agents de la lièvre jaune et de la peste, que le vaccin chauffé à 60** perd sa virulence, et M. Davaine a montré que le virus charbonneux est détruit à la température de 55*. En conséquence, les expériences de M. Valin (1) ayant prouvé qu'une chaleur de 110^ n'attaque pas les étoffes, on devra toujoui-s traiter p;ir l'air chaud les objets de literie, le linge, les vêtements, les pièces de pansements qui auront servi aux malades. Ces précautions, qui sont de la plus haute valeur, devront être prises, non-seulement dans les hôpitaux, mais encore dans la pratique civile, et Ton diminuera de la sorte la propagation des maladies infectieuses.

Deux sortes de moyens empêcheront la propagation des infections en maintenant les agents infectieux dans le lieu où ils auront pris naissiinœ. Le premier s'adresse aux réservoii's des matières putrides; le second aux sujets malades.

C'est par une construction bien entendue, très-soignée des fosses d'aisances, des fosses à purin, que l'on évitera ces infiltrations du sol qui s'en vont au loin altérer les eaux potables et propager les maladies typhoïdes, la dysenterie et le choléra. C'est par des moyens semblables, par une ventilation convenable des égouts, par Tiostallation de regards munis de soupapes autoclaves, etc., qu'on empêchera les émanations provenant de ces égouts. Des lavages à grande eau rendront aussi des services.

Pour empêcher la propagation par les sujets malades, il faut les isoler. Une première mesure demande à être prise lorsqu'il s'agit de ces maladies exotiques (lièvre jaune, choléra) qui de leur patrie sont apportées dans nos pays par des sujets atteints. Klle consiste dans rétablissement des quarantaines, des cordons sanitaires, au moyen desquels on peut prévenir Téclosion de ces maladies. Quand la maladie a fait invasion, quelle que soit du reste sa nature, il faudrait sévèrement isoler les premiers sujets atteints. Si l'isolement complet ne peut pas être pratiqué, en tout état de r^usc, il faut éviter l'a^rglomération dans de mêmes locaux des malades du même genre, suitont lorsqu'il s'agit des maladies septicémiques et (lu typhus. Les blessés, les accouchées devront donc, autant que possible, être disséminés; dans les cas de guerre surtout, il conviendra de séparer dans des maisons particulières les sujets grave-

(I) Valin, Société de médecine publique et d'hygiène, 1877.

THÉRAPEUTIQIE DES INFEGTIOiNS. 957

mcnl blessés et les amputés, et de ne réunir dans des hôpitaux ou dans des ambulances que les blessures légères; ce n'est que par ce moyen que Ton évitera cette septicémie mortelle des ambulances et des hôpitaux dont les blessés et les amputés ont été victimes en 1870. L'isolement des sujets malades du reste doit se prolonj»er pendant tout le temps que la maladie peut se propager par contagion; cette mesure est importante surtout pour les fièvres éruptives, dont la puissance contiigieusc dure très-longtemps, vous le savez. L'accès des écoles devra être interdit aux enfants convdlescents des fièvres éruptives pendant près d'un mois et demi à deux mois après leur maladie; car c'est par l'école que se propagent habituellement ces infections. Quant aux moyens destinés à empocher la propagation des maladies syphilitiques, ils sont du domaine de l'hygiène publique; mais jusqu'ici les mesures de police sanitaire ont été trop imparfaites pour amener leur disparition.

Toutes les mesures prophylactiques que nous venons de passer en revue s'adressent, comme vous l'avez vu, aux agents infectieux euxmêmes; les suivantes s'appliqueront aux sujets capables d'être infectés; elles ont pour but d'empêcher l'absorption et de diminuer la réceptivité morbide. C'est chez les blessés particulièrement que le médecin devra s'opposer à l'absorption des agents infectieux qui peuvent pénétrer par les plaies elles-mêmes. Ici donc encore l'usage des pansements par occlusion rendra de grands services (occlusion pneumatique, pansement ouaté, pansement de Lister) en empêchant le contact des [)laies avec les agents infectieux et conséquemment leur passage dans l'intimité de l'organisme. 11 ne faut pas oublier non plus que le contact des matières organiques avec les agents infectieux a pour effet de faire passer ces matières organiques au même état que les agents en question. Il en est ainsi pour le pus des plaies, comme l'ont prouvé .1. Guérin(l) et plus récemment Mathieu et rrbiiin {i). Ces auteurs ont montré, en effet, que la décomposition du pus marche beaucoup plus rapidement si ce pus a été mélangé à une petite quantité d'un liquide putride quelconcpie. En conséquence, et suivant les expressions mêmes des auteurs cités, € les [)Oussières purulentes en suspension dans l'air suffiraient pour augmenter ses propriétés nuisibles et multiplier les cas d'infection purulente. »

Il est bien certain que la réceptivité individuelle pour les agents

(i) J. Guéri II, Acad. de méd., 1857.

(i) Mathieu et Urbain, Gai. heMom.y 1871.

infectieux est accrue par les mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles vivent les sujets; ce sont en général les individus placés dans des conditions de misère qui payent le plus gros tribut aux maladies endémiques et épidémiques. D'un autre côté, Ton sait que l'usage et surtout l'abus des alcooliques prédispose à contracter ces maladies qui, du reste, sont plus dangereuses chez les ivrognes que chez les autres sujets. En conséquence, une bonne alimentation garantissant l'intégrité des fonctions digestives, la tempérance seront les moyens les phis propres à protéger contre les agents infectieux les personnes exposées à leurs atteintes. 11 faut y joindre le cahno et la tranquillité d'esprit; car il est certain aussi que la peur augmente la réceptivité de l'organisme.

Je vous rappelle ici que l'immunité contre la variole est acquise par l'inoculation de la vaccine. La vaccination, la revaccinalion doivent donc être de règle et passer complètement dans les mesures de salubrité publique.

L'indication pathologique qui s'impose dans le traitement des maladies infectieuses est la suivante : l'agent infectieux ayant pénétré l'organisme, il faut le détruire au sein de cet organisme. Celte destruction peut être tentée dès l'instant même où s'est faite la pénétration, quand cet instant est connu; c'est ce qui a lieu pour les infections qui se propagent par voie d'inoculation, rage, chari)on; ou bien elle n'est tentée que plus tard, quand déjà la maladie s'accuse par des manifestations locales ou générales. Quel que soit du reste le moment où la destruction de l'agent infectieux est tentée, celte destruction repose sur la connaissance des moyens capables de la déterminer.

L'on sait de toute antiquité que les principes infectieux sont di'^ truits par les moyens qui détruisent toute matière organisée. Le feu, les acides puissants, certaines substances éminemment caustiques telles que le beurre d'antimoine amènent cette destruction. C'est donc à ces agents que l'on s'est adressé pour détruire sur |)lacc le virus d(î la rage, celui du charbon; et la cautérisation au fer rouge, à l'acide sulfuriquc concentré, au beurre d'antimoine, à la potasse caustique sont les moyens journellement employés; ils donnent souvent de bons résultats. D'un autre côté, les recherches expérimentales multipliées de nos jours ont fait connaître un certain nombre de moyens à Taidc desquels il est possible de delniire les agents virulents. M. Davainc (t) a surtout contribué à ce genre

(I) Davainc, AcmL des sciences, 1873.

de recherches. Suivant lui, la chaleur, qui exerce une action destructive remarquable sur la plupart des virus, détruit facilement le virus charbonneux, et il suffit d'une température de 55% maintenue pendant 5 minutes, pour obtenir ce résultat. En conséquence, dans les cas où le charbon est purement local à l'origine (pustule maligne), il suffirait, pour être certain de guérir complètement le sujet, d'appliquer sur la partie attaquée, et pendant un quart d'heure, un fer chauffé î\ 50 ou 55". De môme, par des expériences multipliées, cet auteur (i) étudia Taction destructive de diverses substances sur les virus du charbon et de la septicémie; il arriva à classer les substances en question dans l'ordre suivant d'activité croissante : ammoniaque, silicate de soude, vinaigre ordinaire, acide phénique, potasse caustique, acide chlorhydrique, permanganate de potasse, acide chromique, acide sulfurique, iode. 11 en résulte que, dans les infections en question, quand elles sont primitivement locales (pustule maligne, œdème malin, piqûre anatomique), il serait possible de détruire localement les agents infectieux au siège môme de leur pénétration. Des observations cliniques {i) de maladies charbonneuses, traitées localement par une solution d'iode ioduréCî au -^

(Collot, Jaillot et Kaimbert), par une solution d'acide phénique au 4^ (Haimberl), ont semblé montrer que ce mode de traitement pouvait avoir en réalité une grande eflicacité, puisqu'il aamenélaguérison. Toutefois la question n'est pas encore complètement élucidée, comme l'ont établi les observations de MM. Bouley, Colin et Reynal (rî).

Une fois les agents infectieux introduits dans le sang, est-il possible de les neutraliser? Je ne le crois pas, au moins dans l'état actuel de la science. Voici, en effet, les résultats que j'ai obtenus dans mes essais du traitement delà septicémie expérimentale par le silicate de soude, substance qui s'oppose à la fermentai ion en dehors de l'organisme. Les doses de silicate de soude, suffisantes pour empêcher la fermentation putride, données aux animaux, soit par les voies digestives, soit par injections sous-cutanées, n'ont rien changé à la marche et à la terminaison de la septicémie ex[)érimentale. Les animaux (lapins) sont morts avec les mômes lésions et dans le même temps. Mènie quand, avant de faire l'injection de substance septogène, j'avais saturé mes animaux avec du silicate de soude, ils succombaient dans les mômes conditions. Je sais bien que l'on a vanté,

(h Davaiiic, Socu^té de biologie ^ I87i.

{i} Davainf, Aaid. de mèd., 1875.

(U) Boulcv, Culiii, Uoviial, Avad. de mcd , 1875.

UOO LES GKANDS PROCESSUS MOBBIDËS.

pour le traitement intérieur des diverses maladies infectieuses, un certain nombre de substances. Les sulfites et les hyposullites onl été préconisés par Polli (i) ; M. Béchamp a vanté Tacide phénique dans la lièvre typhoïde et M. Cliaufiard l'a conseillé dans la variole. Cet acide phénique, si utile à titre de désinl'ectant et dans le pansement de Lister, n'a cependant pas donné les résultats qu'on en attendait. IVutètro doit-on attribuer ce fait à ce que cet acide, M. Danion {;i) la montré, ne séjourne qu'un temps très-court dans l'organisme et qu'il est rapidement expulsé par les voies rénales et pulmonaires. De même MM. Péchôlier (3) et Morache (4) ont vanté la créosote pour le traitement de la lièvre typhoïde, en montrant que cette subsUiuce abaisse la température et qu'elle fait tomber complètement la fièvre vei's la lin de la deuxième semaine. Toutes les substances antifernieutescibles ont été ainsi essayées, et aujourd'hui c'est l'acide salicyliquc et les salicylates qui sont à l'ordre du jour. On les emploie à titre d'antiseptiques internes et d'antipyrétiques, et chez l'adulte à la dose maximum de 5 grammes pour l'acide et de 10 grammes pour les sels. Us ont en réalité une action antifermentescible, empêchent le développement des bactéries et les détruisent quand elles se sout développées. Mais, il faut le reconnaître, depuis que les premiers moments d'engouement sont passés, la vérité se montre. Or, tout comme le silicate de soude que j'ai étudié, l'acide salicylique, d^iprès les expériences de Feser et Friedberger (5), est absolument inactif contre la septicémie; et les essais qui ont été faits avec lui et ses sels dans la diphthérie (0), dans la fièvre typhoïde (7), dans la variole (8i et même dans les (lèvres intermiltentes (!l), n'ont donné que des résultats à peu près négatifs.

Tous ces faits me semblent donc démonstratifs, et, je puis le répéter, jusqu'à ce jour nous ne savons pas détruire les agents infectieux une fois qu'ils ont pénétré dans le sang, et nous n'avons

(I) l*oIli, Du traitement des maladies infectieuses par les sulfites, I8r»8.

it) Danion, De l'acide phénique^ thèse de Strasbourg y \WJ.

(3) PéchoIier, Acad. des sciences, 186U.

ii) Moraclic, Acad. des sciences^ 1870.

(5) Fcscr ft FiiiMllic-rj^'cr, lierl. Idin. Wocliens., 1875,

lO; Scliiilcr, Kune Demerkung aus der Praiis ueher die Uehandlung der DiplttherUn {Berl. klin. Woch,, ÏHlô).

(7) Uicss, Derl. klui. Wocli , 1875. et CulUlaniinor, m/., i87G.

.(8) Schwiniiner, Ueher den lleiltverth der Salicijlsiiùre hei acuten Exantem iWirii. med. Woch., I87()i.

<U) Hillcr, Ueher die fwherwidrigen Eigenschaften der Saltcijlsaure bei WechtelfieUr {Dent. Arch. f. klin. Med., 1870;.

pas de moyen d'empêcher leur action sur le milieu intérieur. Il y a une exception cependant; la quinine guérit la fièvre intermittente; son action est manifeste et rapide, mais nous ne connaissons rien de Tintimité de celte action. Sans doute certains auteurs, qui ne voient plus dans les maladies infectieuses que des vibrions ou des bactéries, M. Binz (1) notamment, ont prétendu que la quinine guérissait les fièvres intermittenteis en détruisant les vibrions, les bactéries et môme les spores de palmellées de M. Salisbury. Or ce n'est pas là que doit être cherché le véritable mode d'action de la quinine. Outre qu'il n'est pas prouvé que les fièvres intermittentes soient dues à des parasites, on sait, depuis les recherches de M. Bochefonlaine (2), confirmatives de celles de M. Vulpian (3), que les vibrioniens ne sont tués que dans les solutions de sulfate de quinine au -g^j^p, de telle sorte que, pour guérir la fièvre intermittente, il faudrait introduire dans ï'organisme plus de 47 grammes en 24 heures. Or tous les jours nous voyons guérir celte maladie avec des doses de 0,75 centigrammes, 1 gramme et 1 «f^,50 dans les cas très-graves. Certaines observations ont semblé montrer que le sulfate de quinine pouvait rendre des services dans le traitement de l'infection purulente; mais les résultats obtenus sont peu nombreux et à côté d'eux il y a beaucoup d'insuccès.

En résumé donc, jusqu'à ce jour, nous ne possédons pas de moyens pour aller détruire les agents infectieux une fois qu'ils ont pénétré dans le sang et pour arrêter leur action sur le milieu intérieur; par conséquent l'indication morbide ne peut généralement pas être remplie dans le traitement des maladies infectieuses, en exceptant toutefois les fièvres intermittentes.

11 ne reste donc au médecin, dans le plus grand nombre des cas, que le traitement symptonialiquc à instituer. II doit le faire en s'appliquant à combattre les accidents qui peuvent se montrer vers l'un ou l'autre des appareils et des organes. Les manifestations vers le système nerveux, vers le poumon, le cœur, l'appareil urinaire, seront l'objet d'une attention constante et traitées suivant leur nature. Mais, indépendamment de ces manifestations localisées, il y a

(1) IJinz, Recherdies expér. sur le mode d'action de la quinine^ anal, par Bail {Arch.

de phyn.j 1808).

yt) liochefontainc, Sole iur quelques expériences relatives à Vaction de la quinine sur les vibrioniens et sur les mouvements amiboïdes {Arch. de phys. norm. et path,, llaMoii, 1873).

(3) Vulpian, Cours danatomie pathologique, i871.

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dans la plupart des infections des troubles généraux qui, par euxmêmes, constituent un danger réel et peuvent être l'origine des accidents les plus graves.

La fièvre doit être signalée en première ligne, vous le savez, et elle sera toujours traitée d'après les indications et à l'aide des moyens que nous avons autrefois passés en revue. L'usage des bains froids dans le traitement de la fièvre s'est étendu de plus en plus; il a rendu des services réels, dans la fièvre tj^hoîde notamment. Cependant il faut se garder ici, comme toujours, d'un cngouemeot irréfléchi, ne pas considérer, comme l'ont fait les Allemands, le traitement par les bains froids comme une panacée et un spécifique, et éviter de l'employer quand existent des contre-indications. Ces contre-indications du reste sont précises. Ce sont les hémorrha^nes intestinales, qui seraient encore augmentées par l'ischémie périphérique que déterminent les bains ; c'est la tendance au collap^us avec refroidissement des extrémités, lié souvent à une altération commençante des fibres musculaires du cœur et que ce traitement ne pourrait qu'aggraver; ce sont enfin les bronchites et les pneumonies concomitantes qui doivent toujoui*s faire écailer ce moyen thérapeutique.

Le collapsus et l'algidité réclament aussi une attention toute spéciale. C'est par les toniques, par les excitants généraux qu'ils seront combattus, et il faudra le faire de bonne heure, car, on le sait, ils sont souvent cause de la terminaison fatale.

Entin l'état hémorrhagique, s'accusant par les sufTusions sanguines, par les hémorrhagies des muqueuses, par l'épislaxis, riiémaluric, etc., devra encore être traité. Les moyens à lui opposer vous sont connus, je n'ai pas besoin d'y revenir.

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