‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 17 sur 217 · DIABÈTE, GLYGOGÊNIE ET SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

DIABÈTE, GLYGOGÊNIE ET SYSTÈME NERVEUX

dépend du système nerveux. En piquant le bulbe dans un point situé entre Torigine des pneumogastriques et celle des nerfs acoustiques, on détermine instantanément le passage du sucre dans les urines. En même temps la quantité de la sécrétion urinaire augmente. Donc, par l'opération en question, on crée dans le foie une suractivité de la fonction glycogénique; il se forme plus de matière glycogène; cette substance se transforme plus rapidement en sucre; le sang est bientôt surchargé de ce principe et le trop plein s'écoule par la voie rénale. En même temps l'on peut constater une congestion considérable dans le foie dont la circulation est alors trésaclive.

Par quelles voies nerveuses se transmet l'excitation de la fonction glycogénique produite par la piqûre bulbaire? Cl. Bernard a établi que le pneumogastrique était hors de cause. En eflet, la section préalal)le de ce nerf n'empêche pas la production de la glycosurie d'une part et, d'autre part, l'électrisation de leur extrémité périphérique ne modifie pas davantage cette glycosurie. Quand on électrise l'extrémité centrale au contraire, il y a production exagérée de sucre. Il s'agit alors d'un acte réflexe transmis au bulbe et reporté sur le foie par l'intermédiaire d'autres nerfs. 11 est à remarquer toutefois que les pneumogastriques ne peuvent donner lieu à la glycosurie par action centripète que lorsqu'ils sont excités dans la région cer- Ticale ; à leur sortie du foie leur excitation n'amène pas le même phénomène. Il faut donc, suivant Cl. Bernard, que les excitations {lartent du poqmon.

Puisque les pneumogastriques sont hors de cause, il faut que Tex^italion glycogénésique se propage du bulbe à la moelle épinière fK)ur gagner le foie par l'intermédiaire du grand sympathique. Q, Bernard a fourni la démonstration de ce fait en faisant voir que, ^i Ton a sectionné d'abord la moelle épinière dans la région cervicale, et jusqu'à la partie supérieure de la région dorsale, la piqûre lîu bulbe ne produit plus la glycémie et la glycosurie consécutive, iruii autre côté, ni la section, ni la faradisation du cordon cervical •lu j!rand sympathique, ne donnent lieu â la glycosurie. 11 est donc hien évident, d'après ces faits, que l'influence glycogénésique bulbaire, produite par la piqûre, ne suit pas le cordon sympathique i-erviral, mais qu'elle traverse la moelle jusqu'à la région dorsale.

A partir de ce point il est difficile de déterminer les voies de transmission de l'excitation dont il s'agit. Gagne-l-elle alors le foie par le grand sympathique au niveau du ganglion cervical inférieur

OU du premier ganglion ihoracique? Passe-t-elle au coniraire par les nerfs splanchniques et les diverses branches nerveuses qui, de ta moelle lombaire, arrivent au plexus solaire? D'après Ci. Bernard, les nerfs splanchniques seraient les voies principales de conduction; car, après leur section préalable, la piqûre bulbaire ne détermine plus la glycosurie. 11 est à remarquer toutefois que, si la section nerveuse n'est faite qu'après la piqûre, la glycosurie persisie encore un certain temps. Il est probable qu'alors, comme l'admet Vulpian, la modification sécrétoire, déterminée dans le foie par la piqûre, persiste pendant un certain temps, maljjé la section des splanchniques.

Cependant il est d'autres expériences qui semblent accorder aux ganglions thoraciques et à certains nerfs qui en émanent une influence sur la fonction glycogéniqne. En sectionnant le dernier ganglion cervical, Pavy a provoqué la glycosurie. De même, en sectionnant le ganglion thoracique, Eckardt (i) produit un résultat identique. L'excision complète de ces ganglions faite par Cyon et Aladoff (2) donne également lieu au passage du sucre dans les urines. D'après ces derniers auteurs, ce ne serait pas par eux-mêmes que les ganglions en question auraient une influence sur la glycogénic, mais bien par les fllets nerveux qui les traversent et qui, partis de la moelle par l'intermédiaire des rameaux vertébraux, se rendent au ganglion étoile en formant l'anneau de Vieussens. Pour étudier leur trajet ultérieur, ils ont sectionné le grand sympathique entre la 10' et la 13* côte. Cette section par elle-même ne produit pas la glycosurie, elle ne l'empêche pas lorsqu'elle a été déterminée par l'extirpation des ganglions sus-nommés. Ce serait donc par les nerfs splanchniques que passerait l'influence glycogénésique. En dernier lieu, les nerfs chargés de transmettre cette influence gagneraient le plexus solaire et probablement le ganglion semi-lunaire. D'après Munk et Klebs (3), en effet, l'extirpation partielle de ce ganglion produirait la glycosurie. Ces auteurs ont même observé, chez l'homme, un cas de diabète coïncidant avec l'atrophie du pancréas et celle du ganglion semi-lunaire.

Mais, quel est le mode d'action de la piqûre du plancher du quatrième ventricule et de la section des différentes régions nerveuses

(1) Eckhard, cité par Cyon et AladofT.

{i) (Aon et AladoflT, Die Rolle der ^erren bel Eneugung von Kunstlichem Diabete$ meUittù, 1872.

(3) Munk et Klebs ctt<'*s par Vulpian, loc. cit.

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que nous avons examinées? Pour Schiff (1), Cyon et Aladoff, il s'agirail alors d'influences vaso-motrices ordinaires, et la production ' exagérée de sucre dans le foie, conduisant à la glycosurie, tiendrait à une dilatation paralytique des artères et des capillaires du foie. Ces derniers auteurs s'appuient, pour étayer cette manière de voir, sur ce fait que l'excitation des nerfs formant l'anneau de Vieussens est suivie d'un resserrement des petits vaisseaux de la surface du foie, resserrement rendu manifeste par l'apparition de lignes blanchâtres limitant les acini. Ils montrent, de plus, qu'un manomètre étant mis en communication avec l'artère hépatique, l'excitation des nerfs détermine une augmentation de pression de trente à soixante-dix millimètres de mercure, tandis que leur section est suivie d'une diminution marquée de la pression. Suivant eux, si la section des nerfs splanchniques seuls ne donne pas lieu à la glycosurie, c'est qu'elle entraine une dilatation simultanée de tous les vaisseaux de l'abdomen et que la quantité de sang ne peut augmenter ^iflisamment dans le foie, ce liquide étant en trop grande abondance absorbé par les autres vaisseaux abdominaux dilatés.

Cl. Bernard et Vulpian repoussent cette doctrine. Pour eux, la piqûre du plancher du quatrième ventricule déterminerait une excitation analogue à celle qui, sur la corde du tympan, amène l'exagération de la sécrétion salivaire. Ce qui tendrait à faire admettre cette manière de voir, c'est que la glycosurie ainsi produite est passagère et ne dure que quelques jours. 11 y aurait donc alors une sorte d'action vaso-dilatatrice exagérant les phénomènes de glycogénèse hépatique, qui persisteraient dans cet état de surexcitation aussi longtemps que dure la dila^tion vasculaire et la congestion qui raccompagne. Quoi qu'il en soit de ces deux interprétations entre lesquelles il parait impossible de faire un choix dans l'état actuel de la science, l'une et l'autre pouvant, du reste, être acceptées suivant les cas , les faits persistent et nous savons que le système nerveux possède une influence réelle sur les phénomènes de la glycogénèse hépatique.

(Il SchifT, Leçons iur la physiologie de la digestion^ trad. franc., 18G8.

Oe LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

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