RACHITISME. PATHOGÉNIE
Les auteurs, frappés surtout de la diminution des matières terreuses dans les os, diminution que longtemps on a considérée comme la lésion fondamentale du rachitisme, ont teinte de Tinterprêter. C'est à chercher une explication de ce fait que se sont bornés leurs efforts. Deux hypothèses ont été émises qui, la question étant ainsi limitée, paraissent rationnelles. La diminution des matières terreuses, et notamment du phospliate de chaux, peut en effet se faire dans les os, 1** parce qu'il y a résorption de ces matières terreuses qui sont ensuite expulsées au dehors; 2° parce que les sels terreux ne sont pas apportés en suffisance au tissu osseux.
Les auteurs qui ont admis la résorption et l'expulsion des phosphates et carbonates calcaires croyaient à la présence d'un acide pathologiquement développé dans le corps et allant dissoudre les sels dans les os. D'après Callisen, il y aurait suracidification des liquides digestifs; suracidificalion qui, acceptée par de nombreux auteurs, a été rapportée tantôt à l'acide acétique, tantôt à Tacide oxalique. De nos jours, c'est l'acide lactique qui est en cause; et, dans ces derniers temps, Heilzmann (i) a tenté de démontrer expérimentalement le rôle de cet acide ^lans la production du rachitisme. Des chiens, des chats, des lapins furent nourris avec du lait, du pain, des pommes de terre et ces aliments additionnés d'une certaine quantité d'acide lactique. Après six semaines, il y avait chez les chiens et les chats gonflement des épiphyses avec catarrhe intestinal et amaigrissement; les membres des animaux se tordaient à des degrés variables. Après huit semaines, cet état disparut et tout sembla rentré dans Tordre; mais les os avaient encore une grande flexibilité; ils s(î pliaient comme des joncs. Le tissu spongieux de ces os avait considérablement augmenté et la couche corticale était devenue aussi mince que du parchemin. Ileitzmann pense donc que Tacide lactique en excès dans le sang est Torigine première du rachitis. Pour prouver complètement cette manière de voir, il faudrait donc démontrer chez les rachiliques la présence de Tacide lactique dans le sang, et dans les os eux-mêmes, puisque c'est là qu'il exerce son action, enfin il faudrait établir que les sels terreux sont réellement éliminés soit par les urines , soit par les fèces. Or toutes ces démonstrations sont loin d'être faites. Nous ne savons rien du sang; Lehmann, qui a examiné les os rachitiques, leur a
(1) Hcitziuann, Ueber liuntsliche Ilervorrufung von Rachiîi» und Osleomalacie (AUg* W'ien. med. Zeit., 1873j.
trouvé le plus souvent, comme aux os sains, une réaction neutre, quelquefois, quand ils contenaient beaucoup de sang, une réaction alcaline. Il n'existe dans la science qu'une seule analyse des matières fécales dans le rachitisme ; elle est due à Klecinsky qui a constaté dans ces matières une forte proportion de sels terreux. Quant aux analyses d'urines, elles sont contradictoires. Certains auteurs, Fourcroy, Lehmann, Marchand, y ont reconnu une trèsnotable augmentation du chiffre des phosphates ; d'autres, Simon, Lecanu, Yirchow, n'y ont trouvé qu'une augmentation relative. Aq reste, ces analyses, comme le disent Yirchow et Ritter, ont peu de valeur, parce qu'elles n'ont pas été faites journellement et comparativement avec des analyses d'urines d'enfants non rachitiques.
L'opinion qui rapporte le rachitisme à la dissolution des matières terreuses dans les os et à son expulsion au dehors est donc loin d'être démontrée; en est-il de même de celle qui considère la maladie comme le résultat du défaut d'assimilation de ces matières par les os? Ces matières terreuses peuvent ne pas être assimilées par le tissu osseux dans deux circonstances. Ou bien elles n'existent pas en suffisante quantité dans l'organisme, ou bien, tout en arrivant dans l'organisme en quantité suflisante, elles ne peuvent être incorporées aux os.
Ceux qui attribuent le rachitisme à l'arrivée insuffisante des sels de chaux ou de soude s'appuient sur les expériences de Chossat et de Lctcllier, qui ont soumis des animaux à la diète minéi*ale. Mais il est certain que ces auteurs n'ont pas produit le rachitisme; ils ont obtenu une inanition spéciale avec appauvrissement des os en sels calcaires. Les recherches de Friedieben (1) ont bien établi ces faits. Des pigeons nourris avec de la vesce et de Teau maigrissent progressivement, prennent la diarrhée et meurent après une dizaine de mois. Dans les os, on constate une diminution des sels calcaires ; mais les lésions anatomiques diflèrent de celles du rachitisme.
Suivant les auteurs qui soutiennent la seconde opinion, c'est encore à Texistence d'un acide qu'il faut attribuer la non-lixalion des matières calcaires dans les os. Fourcroy pensait ainsi ; Sliebel (2) veut que, dans leur trajet gastro-intestinal, le sucre de lait, la gomme, Tamidon se transforment en acide lactique qui entraine
(I) Fncdlcbcn, loc, cit {i) Sticbcl, loc. cit.