‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 180 sur 217 · SCROFULOSE. LÉSIONS DES GANGLIONS · texte numérisé non relu

SCROFULOSE. LÉSIONS DES GANGLIONS

chapelet dont chacun des grains ressemble à un haricot ou à une petite aveline. L'œil ne les distingue pas encore et ils sont insensibles au toucher. Plus tard chaque ganglion, tout en restant uni à s;i surface, devient gros comme un œuf de pigeon ou une noix. Dans ces ganglions on ne trouve aucune lésion, si ce n'est augmentation de volume ; leur coupe est grisAtre et granuleuse comme à rùlat normal. Au microscope on ne constate qu'une multiplication des éléments cellulaires et une augmentation de volume du tissu réticulé. Cette lésion peut guérir par le retour au volume normal des ganglions hypertrophiés.

Dans un second cas, il y a une réelle inllammation hypertrophique {adénite hypertrophique). Les ganglions, après avoir présenté une augmentation de volume de plus en plus accusée, contractent des adhérences entre eux. Il se forme alors, dans les régions atteintes, des lumeurs saillantes, irrégulières, plus ou moins bosselées où le toucher limite encore assez bien les ganglions qui se sont agglomérés, et dont le volume peut être très-considérable; on en a vu qui pesaient jusqu'à 10, ^0 et môme 30 kilogrammes.

Les ganglions malades présentent des modifications de structure en rapport avec la période évolutive de leur lésion. Pendant une première période, on les trouve simplement hypertrophiés et le microscope montre que l'hypertrophie a porté à la fois sur tous les éléments constitutifs. Cette période dure peu. Dans le gangUon devenu plus compacte et offrant à la coupe une masse grise, on reconnaît bientôt, rà et là, de^ petits îlots formés par une matière opaque, friable et de couleur blanc-jaunâtre. Ces îlots résultent de la dégénérescence graisseuse des éléments hypertrophiés du ganglion et de leur Iransfoimalion en matière caséeuse. Avec les progrés du mal, les ilols primitifs gagnent en étendue, se réunissent entre eux, de telle sorte qu'au bout d'un certain temps tout le ganglion se trouve transfonné en une masse opaque, grumeleuse, sèche et blancjaunâtre, de matière caséense. Cette transformation caséeusc éliiit considérée par les anciens auteurs comme une infiltration tuberculeuse des ganglions. Nous verrons, quand nous étudierons la tuberculose, ce qu'il faut penser de cette manière de voir.

Quand les ganglions ont ainsi subi la dégénérescence caséeuse, ils peuvent suivre des voies dilTérenies. Dans certains cas, ils arrivent à larésolution complète. Comme Virchow(l) l'a montré, on voit alors

(1) VIrchow, PalAo%te (Ui tumêurtf t 111, trad. franc., 1871.

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mer; la tumeur rougit alors, contracte rapidement des adhérences avec la peau, et bientôt on peut y percevoir la lluctuation. Dans ce cas, le ganglion a suppuré et Touvcrture de l'abcès qui s'y est formé donne du pus phlegmoncux, de bonne nature, n'ayant aucun des caractères du pus Cciséeux dont je vous parlais tout à l'heure.

Ces altérations des ganglions lymphatiques ont une importance toute particulière quand elles se développent dans les ganglions des bronches et du mésentère. L'adénopathie bronchique (1) et le carreau, dont il me faut vous dire quelques mots, en sont alors la conséquence.

L'adénopalhie bronchique, que les travaux de Rillietet Barthez (2), de Liouville (3), de Guéneau de Mussy (4), ont principalement fait connaitre, est assez (réquenle chez les scrofuleux; on l'observe souvent aussi chez les tuberculeux. Elle consiste, M. Barety (5) Ta montré, dans la dégénérescence caséeuse des ganglions, dégénérescence qui se conduit ici comme dans les ganglions périphériques. Le plus souvent les ganglions sont envahis en masse par la caséification; quelquefois cep(*ndant la dégénérescence ne s'est développée que p(ir places. Ces ganglions se ramollissent plus tard, et a l'autopsie on y trouve une ou plusieurs cavités contenant du pus caséeux; ou bien ils subissent la crétification et la pétrification, et, dans ce dernier cas, on y rencontre ces grains durcis que les anciens appelaient calcuti, lapilli ^ ossicnla.

L'adénopalhie bronchique s'accompagne d'une sensation de pesanteur plus ou moins douloureuse, siégeant au niveau du sternum et surtout à sa partie supérieure. Elle donne lieu, dans la région slernale, dans la région inlerscapulaire, à l'augmentation des vibralions thoraciques, à une submalité et même à une malité [)his ou moins complète. Dans ces régions on peut constater à l'ausculUition le retentissement de la voix et de la toux, et un souffle tubaire à l'expiration. Quelquefois le souflle est caverneux et même amphorique. En portimt profondément le doigt dans le creiix sus-sternal, on peut parfois sentir les ganglions hypertrophiés.

A ces symptômes, qui résultent de la présence dans le médiastin des ganglions hypertrophiés, se joignent bientôt ceux qui dépendent

(I) Guéneau do Mussy, 6'<iîe//« des h6pitau.i\ 1808. (ii Rilliclct Uarihcz, Trailé des maladies des enfants. «3» Liouville, Jirch. de phijs. norm. etpath. iK) Guénoau de Mussy, loc. cit., et Clini<iue médicale, 1871.

(5; Barety, De Vadénopathie trachéo-bronchique en général et en particulier dans la êcrofuU et la phthisie pulmonaire y etc., thèse de Paris, 187-1.

iOiî LES GRAÎSDS PROCESSUS MORBIDES.

de raction exercée par les ganji^lions sur les organes voisins. En comprimant les voies aériennes, les tumeurs ganglionnaires araèneot une sensation de striction au cou et dans le ttiorax, une gène plus ou moins grande de la respiration, devenant au moindre cffoit une véritable anhélation et s'accompagnant très-fréquemment d'une inspiration sifflante. Si le pneumogastrique, les récurrents, les phoniques, le sympathique sont comprimés, on observe des symptômes en rapport avec les fonctions des nerfs qui sont en cause. La compression du sympathique s'annonce quelquefois par la dilatation de la pupille du côté engagé; celle du nerf phrénique, par des névralgies du diaphragme et une dyspnée très-intense. La compression du pneumogastrique et des récurrents amène la toux coqueluchoîde, rauque, accompagnée de râles humides et d'une expectoration parfois abondante; quelquefois elle produit encore de la dyspnée, des accès d'asthme et même des attaques d'angine de poitrine. Du côté du larynx elle détermine la raucité de la voix et l'aphonie, et, dans certains cas, des symptômes de spasme ou d'œdème de la glotte. Vers l'estomac enfm elle donne lieu à des vomissements assez fréquents. Si les ganglions compriment les vaisseaux artériels, l'hypertrophie du cœur pourra en être la conséquence ; on observe parfois aussi une inégalité du pouls dans les deux radiales qui permettra de déterminer l'artère comprimée. La compression des veines caves amènera des congestions passives avec œdèmes et même hémorrhagies vers la face ou les membres inférieurs et l'œdème pulmonaire, l'hémoptysie pourront résulter de la compression des veines pulmonaires.

L'adénopathie des ganglions mésentériques est fréquente chez les scrofuleux, mais le plus souvent elle passe inaperçue pendant la vie; dans certains cas cependant les ganglions prennent un grand développement et l'adénopathie donne lieu à une lésion dont on a souvent fait une maladie spéciale, le carreaUy qui se développe, comme l'adénopathie bronchique, chez les scrofuleux et chez les tuberculeux.

Dans le carreau, les lésions des ganglions mésentériques sont identiques à celles des ganglions périphériques ou bronchiques. C'est la même hypertrophie inflammatoire aboutissant à la dégénérescence caséeusc, envahissant soit la totalité, soit des parties seulement (lu ganglion, et arrivant quelquefois, quand les malades ne succombent pas avant cette période, au rainoîVissemeul ov\ mèmeâ la crétification. Cette manifestation de la scvotvile amène Yaugmentation progressive du volume du ventre, v\aus \c(\vxe\ Va palpaliou

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