CONSTITUTION CHIMIQUE DU TUBERCULE
L'infiltration tuberculeuse se forme dans les alvéoles pulmonaires, sur les travées de fibres élastiques, autour des capillaires et des petites bronches; elle remplit progressivement les infundibules et les alvéoles; au bout d'un certain temps, les vaisseaux comprimés par les éléments de nouvelle formation s'oblitèrent. Dès lors la dégénérescence survient, et l'infiltration entière prend l'aspect caséeux. D'autres fois, la circulation n'étant pas complètement interrompue, les éléments tuberculeux (noyaux embryoplasliques) aiTivent à un développement plus complet; il survient une pneumonie fibreuse chronique, véritable cirrhose pulmonaire (Grancher).
Cette seconde forme des produits tuberculeux correspond aux infiltrations tuberculeuses de Laennec; c'est elle que Reinhardt, VirchowetNiemeyer considéraient comme indépendante de la tuberculose et dont ils faisaient une inflammation spéciale sous la dénomination d'inflammation caséeuse.
La chimie ne nous a appris que peu de chose sur la composition des produits de la tuberculose. D'après les analyses anciennes, dans le tubercule demi-transparent, on trouverait 23 pour 100 de substances albuminoïdes solubles dans l'eau froide, 20 pour lOU d'une matière gélatineuse soluble dans l'eau bouillante, 30 pour 100 de substances protéiques insolubles, 26,5 pour 100 d'eau. Des lactates, des oléates et des graisses neutres, de la cholestérine, s'y rencontreraient en petite proportion; enfin, comme matières minérales, il y aurait 1,5 à 2 pour 100 de cendres, formées de chlorure de sodium, de phosphates et de carbonates de chaux et d'une petite proportion de sulfates el de silicates. Le tubercule caséifié, d'après Simon, aurait la composition chimique suivante (1).
COMPOSITION CHIMIQUE DU TIBERCULC CASÉCUX.
Eau 82,60
Sel« mim'Taux 0,49
Parlio soIublc dans Talcool 2, 1 7
iiraisscs (c »rps gras iioiilres, cliolestrriiioi i^Sfi
Matière organi«|U"* insoluble 12,03
Ext. a«jueux avec un peu de pyïne 0,81
Voyons maintenant quels sont les eflTets produits sur les tissus organiques par la présence des néoplasmes tuberculeux. Qu'il s'agisse de granulations tuberculeuses ou d'éléments tuberculeux infiltrés, le résultat est toujours le même. Autour des points envahis,
(1) Ces donnée<< sur la composition chimique du tubercule ont été empruntées à M. Gautier, Chimie appliquée à la physiologie, à la pathologie ti à l'hygiène, 1874.
il se développe une inflammalion qui, semblable en cela à toutes les inflammations, peut amener la destruction des tissus, ou bien Tapparition de nouveaux éléments. Ces inflammations sont donc, comme l'a dit M. Thaon, des inflammations dégénératives ou des inflammations plastiques; les premières aboutissent à la suppuration dans certains cas; mais, le plus souvent, elles sont suivies de la dégénérescence caséeuse des produits inflammatoires amorphes ou figurés; ce sont alors les inflammations caséetises.
Les inflammations caséeuses se manifestent sur les muqueuses et dans les parenchymes ; on les rencontre aussi dans les os et sur les séreuses. Le poumon, le foie, le rein, le testicule en sont très-fréquemment le siège. Sur les muqueuses, elles se présentent sous forme de petits foyers développés autour de granulations tuberculeuses ou d'une agglomération d'éléments infiltrés. Ces foyers, généralement arrondis, ont leurs bords sinueux ; au début, ils ont une teinte grisâtre et parfois un aspect gélatiniforme. Plus tard, ils se colorent en jaune, se désagrègent et sont finalement éliminés ; il en résulte un ulcère arrondi, à bords saillants et irréguliers. Dans le poumon, les inflammations caséeuses ont des dimensions variables. Tantôt elles n'intéressent qu'un seul lobule ou bien plusieurs lobules isolés les uns des autres ; tantôt elles envahissent une certaine étendue de poumon, la moitié ou la totalité d'un lobe; tantôt enfin Tinflammation frappe un poumon tout entier. De même que sur les muqueuses, les foyers d'inflammations ont une teinte grise à leur début, et celte teinte grise fait place ultérieurement à une coloration jaune de toute la masse. Dans ces foyers, les vaisseaux sanguins sont oblitérés comme dans les granulations tuberculeuses, et les lymphatiques frappés d'endo et de péri-lymphangite forment des cordons noueax oblitérés allant aboutir aux ganglions.
Dans les inflammations caséeuses en question on constate, sur les séreuses et dans les alvéoles pulmonaires, une abondante production de cellules épithéliales qui se détachent à mesure des surfaces où elles sont nées. Ces cellules, mélangées à des leucocjtes et à Tcxsudat inflammatoire, s'étalent sur les surfaces ou remplissent les vésicules et l'infundibulum. Bientôt elles augmentent de volume, deviennent souvent sphériques et s'infiltrent de granulations graisseuses. Sur les muqueuses, le processus a lieu dans les couches du chorion et dans le tissu conjonctif sous-muqueux. Autour de la granulation ou de l'infiltration, les éléments normaux, corpuscules du tissu conjonctif et autres, augmentent de volume et se chargent
INFLAMMATIONS TUBERCULEUSES. 1077
de granulations graisseuses. La dégénérescence envahit les glandnlesdont les cellules sont bientôt altérées^ ets^il existe dans la muqueuse des follicules lymphatiques, c'est généralement autour d'eux que débute rinflammation.
Les inflammations purulentes sont souvent aussi le résultat de la tuberculose. On les observe généralement autour des foyers caséeux dont l'élimination va se faire. C'est ainsi que, dans le poumon, quand vont se produire des cavernes, on voit la suppuration se montrer dans le sillon qui sépare la partie caséifiée du tissu sain. On les rencontre à la surface des ulcères résultant de l'élimination des produits tuber- <;uleux , dans les cavernes pulmonaires comme dans les ulcères de i'intestin, du larynx ou des bronches. On les voit encore dans les séreuses telles que la plèvre ou le péritoine, où elles succèdent le plus ordinairement aux poussées de granulations tuberculeuses. Dans certains cas cependant elles peuvent précéder la formation de ces granulations.
Les inflammations plastiques ont pour résultat la production de lissu conjonctif nouveau. Elles peuvent apparaître partout où naissent des granulations tuberculeuses, partout où ilya infiltration d'éléments tuberculeux. Les membranes séreuses, le poumon, le foie, le rein, le testicule sont leurs principaux sièges d'élection. Ces inflammations amènent deux sortes de lésions. Tantôt, circonscrivant des foyers de granulations ou d'infiltration tuberculeuse accompagnés d'inflammation caséeuse, ou bien entourant les pertes de substance consécutives à ces altérations, elles leur forment des coques dont l'épaisseur varie et qui les séparent du lissu sain. Ces coques, véritables membranes kystiques, ont la structure du tissu conjonctif de nouvelle formation et, comme lui, possèdent une grande rétractilité. Ce sont elles qui, parleur développement progressif et par leur rétractilité, arrivent à combler, dans bon nombre de cas, les pertes de substance, les cavernes, résultant de l'élimination des produits tuberculeux, et à produire leur cicatrisation. Ce sont elles qui, enkystant ces produits, peuvent empêcher leur extension et favoriser leur transformation calcaire. Tantôt ces inflammations plastiques, au lieu de se limiter ainsi autour des lésions tuberculeuses,prennent le caractère d'infiltration, s'étendent au loin, envahissent une grande partie d'un organe et même tout un organe, produisant ainsi une véritable cirrhose. Sous cette dernière forme, ces inflammations sont extrêmement fréquentes dans la tuberculose pulmonaire, puisque, au dire de M. Tliaon, chez l'adulte, on les rencontre dans le tiers desphthi-
sies chroniques. Généralement alors , tandis que le lobe supérieur du poumon est creusé de pertes de substance, de cavernes plus ou moins volumineuses, le reste de Torgane est transformé en une masse grisâtre, dure, au milieu de laquelle on peut rencontrer des granulations tuberculeuses en plus ou moins grand nombre. La même lésion s^observe fréquemment aussi dans le mésentère et sur Tépiploon. Les produits inflammatoires englobent alors les granulations et forment uiie couche épaisse à la surface de la séreuse. Souvent l'épiploon rétracté vient former une tumeur cylindrique, adhérente au bord inférieur de Testomac; souvent aussi les intestins* accolés entre eux, viennent s'appliquer le long de la colonne vertébrale ou ils forment une masse arrondie ou elliptique donnant au ventre un aspect tout particulier. Dans ces derniers temps, j'ai eu Toccasion de vous montrer deux exemples de ce genre.
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