QUATRE-VINGT-DEUXIÈME LEÇON
Tuberculose (suite). Localisations diverses du processus tuberculeux.
Messieurs,
Examinons maintenant les principales localisations de la tuberculose vers les tissus et les organes.
Dans les membranes séreuses la tuberculose se manifeste ordinairement par les granulations.
Ces granulations sont le plus souvent de production secondaire; elles succèdent à des granulations semblables, existant, depuis un temps plus ou moins lonj^, sur les orji^anes divers qu'enveloppent les séreuses. Dans d'autres cas, cependant, elles sont primitives. Localisées parfois sur une seule séreuse (péritoine, plèvre, arachnoïde), elles peuvent aussi se développer en même temps sur plusieurs de ces membranes; c'est ce qui a lieu dans la tuberculose miliaire généralisée, granulie de M. Empis.
Les granulations des séreuses sont d'habitude très-petites; dans la plèvre, où leur dimension est la plus considérable, elles ne dépassent guère le volume d'un grain de chènevis. Leur nombre varie; dans le cas de tuberculose primitive, elles sont très-abondantes. J'ai rencontré plusieurs cas où ces granulations se touchaient littéralement. Elles suivent la marche évolutive que vous connaissez. D'abord grises et demi-transparenles, elles prennent plus tard les colorations blanches et jaunes habituelles, et peuvent, si la maladie dure assez longtemps, arriver jusqu'à l'état caséeux. Comme l'a montré M. Thaon, dans certain cas même, ces granulations prennent les caractères de la granulation vieillie de M. Grancher; elles s'entourent à leur périphérie d'une couche de tissu conjonclif.
Li présence des granulations amène des modifications inflammatoires dans les séreuses. Généralement il se produit une inflammation plastique qui, par l'apparition de tissu conjonctif de nouvelle formation, amène l'épaississement de la séreuse et lui donne cette rétraclilité dont je vous ai décrit les effets du côté de l'épiploon et du mésentère. En même lemps, il se fait un épanchement
dont la nature et Tabondance varient suivant la séreuse qui est en cause et suivant Tintensité de rinflammation. C'est ainsi que, dans la tuberculose des méninges, Tépanchement est ordinairement peu abondant, tandis qu'il peut être considérable dans la tuberculose de la plèvre et du péritoine. C'est ainsi que l'on rencontre dans les cavités séreuses, de la sérosité ordinaire, un liquide séro-fibrineux où nagent des flocons de fibrine, et enfin du pus. D'un autre côté, pendant cette inflammation, des adhérences plus ou moins épaisses, plus ou moins nombreuses, peuvent se former entre les feuillets viscéraux et pariétaux des membranes, fixant entre eux des organes divers, des portions d'organes, allant même jusqu'à eflacer complètement la cavité primitive de la séreuse. Ultérieurement, dans ces adhérences, dans le tissu épaissi de la séreuse, se développent parfois des granulations tuberculeuses. Toutes ces lésions ne se rencontrent que si la maladie dure assez longtemps; dans la tuberculose miliaire généralisée, granulie, les malades sont emportés avant qu'elles aient eu le temps de se produire.
Une lésion tuberculeuse spéciale s'observe encore sur les membranes séreuses. Elle consiste dans la formation de masses d'aspect caséeux, au milieu desquelles on trouve des granulations tuberculeuses éparses. Ces masses sont formées par une matière amorphe, granuleuse, assez analogue à de la fibrine arrivée à Tétat gt*anuleux et au milieu de laquelle on trouve en assez grande abondance des cellules très-volumineuses, à plusieurs noyaux, de véritables cellules géantes, Riezenzellen. Ces masses, que l'on pourrait considérer comme le résultat d'une véritable inflammation caséeusc de la séreuse, doivent-elles être regardées comme produites par une sorte d'infiltration tuberculeuse de cette membrane? C'est ceVju'il est impossible de dire jusqu'à ce jour.
Toutes les séreuses peuvent être atteintes par la tuberculose, soit simultanément, soit isolément. Dans la plèvre, dans le péritoine, les granulations sont localisées ou répandues sur toute l'étendue des membranes; dans le péritoine, c'est spécialement autour du foie, de la rate et dans le petit bassin, consécutivement à la tuberculose du foie, de la rate, des organes génitaux de l'homme et surtout de la femme, qu'on les rencontre. Le péricarde est atteint beaucoup moins souvent, cependant Ton observe encore des cas de péricardile tuberculeuse. Dans les méninges, la tuberculose est fréquente, et comme Ta montré M. Liouville (1), dans un grand nombre do
(l) Liouville, Méningite cérébro xpinale tuberculeuse (Arch. gén. de méd., iSlOt-