‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 204 sur 217 · MÉNOPAUSE · texte numérisé non relu

MÉNOPAUSE

CAS

CAS

TEMPS

CAS

8 ans.

1 an.

12 ans.

Do 6 mois

ù 1 an.

Simultané-

ment.

Cas douteux.

Total

(i) Rocque, £«#0» sur la physiologie et la pathologie de la ménopause, 1858.

CARCINOSE. EXTENSION GÉOGRAPHIQUE. 1187

La lactation ne semble pas avoir d'influence sur Tapparilion du •cancer, même pour le cancer de la mamelle. En effet, celte localisation du mal peut se rencontrer chez Thomme et, actuellement, depuis les recherches de MM. Ilorteloup (1) et Chenet (2), il existe D3 cas de cancer du sein développés chez des sujets du sexe masculin. De plus, chez la femme, sur 320 cancers de la mamelle, Velpeau 6n a trouvé 25 chez des demoiselles, 28 chez des femmes mariées sans entants, 50 chez des femmes mères, mais n'ayant pas allaité. La proportion pour le cancer en question paraît donc être presque la même, que les femmes aient nourri ou non.

Quant au tempérament et à la constitution^ on ne sait rien de leurs relations avec le développement du cancer. Sans doute, d'après Churchill (3), les femmes lymphatiques seraient plus exposées que les autres à la maladie. Sur 44 cas de carcinose, Breschet et Fen us auraient même constaté 33 fois l'existence d'un tempérament lymphatique chez les sujets atteints. Sans doute aussi M. Chenet dit que, dans le plus grand nombre des cas observés par lui, les malades étaient très-impressionnables et d'un ncrvosismc exagéré; mais, malgré ces assertions qui sont très-vaguos, vous le voyez, aujourd'hui encore. Ton peut dire avec Velpeau que « nulle constitution, nul état de santé générale ou habituelle ne met à l'abri du cancer. »

Examinons maintenant l'influence des causes extérieures sur le développement de la carcinose.

Jusqu'à ce jour, les données scientifiques sur Vextension rjéagraphique de la carcinose et sur l'influence des climats dans l'apparition de cette affection sont très-incomplètes. Des documents imparfaits pcrmetlent i peine de préciser sa fréquence dans les différents pays ; voici ce que nous savons à cet égard :

Suivant Walshe (4), la carcinose serait plus fréquente en Europe que dans les autres parties du monde; la fréquence du mal varierait <;ependant beaucoup selon les différentes contrées. Si Ton prend pour critérium le rapport de la mortalité par cancer à la mortalité générale, on trouve, en effet, qu'en Islande, d'après Boudin (5), ce rapport est de 0,3 pour 100, qu'il devient 2 pour 100 à Copen-

(1) Hortelonp, Thèse d'agrégation.

(2) Clicnct, Du cancer du sein chei f homme, 1870.

(3) Churchill. Maladies des femmes, 1806.

(4) Walsho, Cancer (Cgclopœliaof practical surgerijyi%K{).

(5) Boudin, Traiié de géographie et de statistique médicales^ 1857.

liague, 2,6 pour 100 en Bavière. En Belgique, le même rapport serait de 1,41 pour 100, et, en Angleterre, suivant les statistiques de Moore et de Hirsch, il varierait entre 2,2 et 2,9 pour 100. En Suisse, dans le canton de Zurich, Broslau (1) note de 3,8 à 4 pour 100, et Marc d'Espine, dans le canton de Genève, 5,8 pour 100. Dans les hôpitaux de Prague, de Leipzig et de Vienne, d'après Wagner (2), la proportion est de 8 pour 100. La France parait payer un tribut assez élevé à la carcinose puisque, d'après Broca, la proportion serait de 3 à 4 pour 100. A Paris (3), la fréquence du mal serait plus élevée encore; on trouverait 6,3 pour 100. Mais il est bon de remarquer ici qu<) ces chiffres proviennent de statistiques faites dans les grands hôpitaux et qu'ils ne peuvent pas être pris, par conséquent pour terme de comparaison. En tenant compte de tous ces chiffres, il semblerait, à priori, que la fréquence de la carcinose au moins pour l'Europe, augmente à mesure que du Nord on descend vers le Midi. Celle conclusion, déjà formulée par Boudin et Panum qui n'a jamais entendu parler de cancer dans les îles Féroé, ne peut cependant pas être maintenue dans toute sa rigueur; car, dans le sud-est de l'Europe, en Turquie et en Grèce notamment, les cancers du sein et de l'utérus sont très-rares.

En Asie, la fréquence du cancer parait moins grande qu'en Europe, au moins d'une manière générale; elle diminue à mesure que l'on gagne les régions chaudes. En Syrie, en Perse, en Arabie, la maladie est rare. Dans l'Inde, le rapport de la mortalité par cancer à la mortalité générale n'est que de 0,2 à 0,7 pour 100.

La même immunité semble exister en Afrique. A Alger, le rapport n'est que de 0,0 pour 100. Au Sénégal, dans la Sénégarabie, dans l'Afrique centrale, la carcinose est très-rare; il n'en serait pa? de même en Abyssinie où, d'après Petit, on observerait souvent le cancer des organes glandulaires.

D'après la plupart des auteurs, la carcinose serait moins fréquente dans l'Amériqne du Nord que dans l'hémisphère oriental. La moy^ine des statistiques de Hirsch pour Boston, New- York, Philadelphie, Baltimore, donnerait, pour le rapport que nous acceplons, 1,1 pour 100. Dans les régions tropicales du nouveau monde, aux Indes occidentales, à la Guyane, au Brésil, au Pérou, la maladie serait presque inconnue. Le Mexique fait exception puisque, à

(I) IJreslaii, Zur Geschwulsl Statistik (Virchotu's Ardi , t. XXVUI). (t) WajçiHT, citi" par Héiiocque, loc. cit, {2) Sîtlle, loc. cit.

CARCINOSE. ÉTIOLOGIE. IISU

Pnebla et à Mexico, le cancer paraît être aussi fréquent que dans les régions tempérées de rEurope.

Ces données sur Texlension géographique du cancer me semblent éUiblir que les températures froides et les températures chaudes, mais d'une assez grande régularité thermique, sont opposées au développement du mal et que les climats tempérés, surtout quand la température y est variable, favorisent au contraire ce développement. Peut-on, en s'appuyanl sur les conditions sociales dans lesquelles vivent les peuples des différents pays, en tirer la conclusion que le cancer est plus commun chez les peuples qui ont le plus de bien-être, comme Font fait Marc d'Kspine, Moore et d'autres auteurs? Peut-être à la rigueur; mais les documents ne me semblent pas sufiisants pour l'affirmer.

Les saisovs n'ont rien à faire avec le développement de la carcinose; mais elles ont de l'influence sur la marche et la terminaison de la maladi'\ Des statistiques de Marc d'Espine, qui portent sur une période de quinze années, on peut, en elfet, conclure que les saisons froides, l'hiver surtout, accélèrent la marche du mal, que les cancéreux résistent beaucoup mieux en été et qu'ils succombent particulièrement en hiver.

Poursuivons notre étude par l'examen des influences hygiéniques et pathologiques :

Comme l'ont montré la plupart des auteurs, Yliabltation dans les villes, où la proportion d'hommes sur une même étendue de terrain est beaucoup plus considérable qu'à la campagne, est une condition qui favorise l'apparition de la carcinose. Sur les 889 cas observés par Marc d'Espine, les citadins sont au nombre de 490 et il n'y a que ;]99 campai^nards; sur 108 femmes alleinles de cancer de Tuténis, Scanzoni en a trouvé 78 de la ville et .10 de la campagne. C'est, selon toute probabilité, à l'excès de la population, peutêtre à la mauvaise aération qui en est la conséquence, que cette influence doit être rapportée puisque, d'après les relevés deHirsch, à Londres, de 1853 à 1855, avec 0,0i acres de terrain par habitant, on voit, par 1000 habitants, 0,45 décès consécutifs à la carcinose, tandis que, dans le Weslmoreland, avec 8,48 acres par habitant, il n'y a que 0,^21 décès par cancer pour 1000 individus.

L(i genre A' alimentai ion ne semble pas agir dans la détermination du cancer. On a bien dit que la mauvaise qualité des aliments, qu'un régime grossier pouvaient contribuer à cette détermination, mais c'est là une aflirmation sans preuve. La mauvaise qualité des

aliments, un régime grossier aboutissent sans contredit à l'insuflisance de l'alimentation et peuvent, par conséquent, amener un affaiblissement marqué de Torganisme. Dans ces conditions nouvelles^ le cancer se montrera peut-être plus rapidement chez des sujets qui déjà avaient la prédisposition héréditaire; mais je ne crois pas qu'il puisse naître de toutes pièces sous leur influence. Ce qui le démontre encore, c'est que la fréquence du cancer est beaucoup plus grande dans les classes riches où l'alimentation certes n'est pas insuffisante, ni comme quantité, ni comme qualité. D'après Marc d'Espine, tous les décès par carcinose représentant 0,058 de la mortalité générale, ils représentent 0,106 de ceux de la classe aisée et seulement 0,072 de ceux de la classe pauvre. De plus, si l'on compare la proportion des décès par cancer dans l'ensemble de la population à la proportion des décès par cancer dans la classe aisée seulement, cet auteur montre que dans la classe aisée cette proportion est bien plus élevée. En eflet dans la classe aisée cette proportion est de 101 pour 1000, tandis qu'elle n'jBst que de 52 pour 1000 dans l'ensemble de la population. Il est à remarquer aussi que, sur les 82 cas de cancer pris dans la population aisée et qui ont permis d'établir ces chiffres, près de la moitié étaient localisés dans le tube digestif et ses annexes, circonstance semblant établir que cette localisation spéciale doit être plus particulièrement rapportée à la bonne chère; au reste, Budd regarde le cancer du foie comme l'apanage des gros mangeurs. Pour mon compte, j'ai connu un homme, qui n'avait dans sa famille aucun antécédent de carcinose et qui élait un type de beau mangeur; il est mort d'un cancer de l'estomac. Quant à l'influence des boissons alcooliques sur l'apparition du cancer, on admet qu'elle existe, puisque presque tous les auteurs lui attribuent le cancer de l'estomac et que, en Angleterre, l'on désigne sous le nom de iviskey liver, le foie cancéreux, pour bien mettre en évidence le rôle des excès alcooliques sur son développement.

Les données que nous possédons sur l'influence des professions sont très-incomplètes; dans les statistiques, on n'a pas tenu compte de ce facteur important, l'hérédité, qui, à lui seul, peut modifier tous les résultats obtenus. Les recherches dans cette voie ont été faites surtout pour le cancer du scrotum, qui est très-fréquent chez les ramoneurs. Suivant Curling (1), c'est à l'action de la suie, retenue dans les replis de la peau des bourses, qu'il faut en attribuer

(1) Curling, Maladies des testicules, trad. franc., 1857.

CARCIMOSE ÊTIOLOGIE. 1191

rorigine. Comme preuve à l'appui, on cite l'exemple d'un jardinier qui avait l'habitude de jeter avec sa main droite de la suie au pied des jeunes plantes, et qui avait à cette même main droite un cancer analogue au cancer des ramoneurs. Le cancer du scrotum se rencontre aussi, comme l'a montré M. Manouvrier (1), chez certains ouvriers des mines de houille, qui vivent dans une atmosphère confinée chargée de poussières de charbon. Enfin Volkmann (2), dans ces derniers temps, a signalé plusieurs cas de cancer du scrotum chez les ouvriers d'une fabrique de paraflîne; le mode d'action de cette substance est inconnu. On dit aussi que les écrivains, les copistes, les hommes de lettres, qui passent la plus grande partie de leur temps courbés sur leur table et qui, ordinairement, subissent une pression constante de la table sur la région épigastrique, sont sujets au cancer de l'estomac. Prus (3) a rapporté Tobservation d'un chapelier qui, pour fouler ses chapeaux, s'appuyait constamment sur une planche inclinée, et qui a succombé à un cancer de l'estomac. La profession militaire paraît avoir une certaine influence étiologique; sur 1000 décès dans l'armée, le cancer est représenté par 1,59; et, sur 1000 hommes de troupe, on trouve 0,015 de cancéreux. Il y a généralement une différence de 1 à 100 entre la proportion de la carcinose et celle de la tuberculose. IIannover(4),qui a étudié l'influence étiologique des professions, a obtenu les résultats consignés dans le tableau ci-contre :

Les excès vénériens ont été considérés de tout temps comme une des causes les plus importantes de la carcinose. Les localisations du mal vers les organes génitaux de l'homme et de la femme lui étaient attribuées. Primerose, Galmels, Ricjierand, Scanzoni sont de cet avis. Cependant Ton sait depuis longtemps que les filles publiques sont rarement atteintes, comme Tout montré Lebert et Parent-Duchàtelel. Il est donc difficile de se prononcer d'une manière positive sur la valeur du dire des anciens auteurs.

Il est probable que les peines morales^ les chagrins ont plus d'action, bien qu'il soit difficile d'être ici complètement affirmatif. Bayle, Scanzoni et de nombreux auteurs ne mettent pas en doute . cette influence étiologique. Virchovv lui-même pense que les affec-

(1) Manouvrier, Maladies des ouvriers employés à la fabrication des agglomérés de houille et de brai^ 1876.

(2) Volkinanii, Troisième congrès des chirurgiens allemands, 1874.

(3) Prus, Cancer de Vestomac, 1828.

{A) Uaniiover, Maladies des artisans de Copenhague (Ann» d^hygiène, 1862).

lions psychiques peuvent être cause d'un renforcement dans lo travail morbide. A plusieurs reprises déjà, je vous ai montré les effets des émotions vives, des peines, des chagrins sur Tensemble de la nutrition générale. Je pense donc que si, par eux-mêmes, ces divers états psychiques ne peuvent engendrer la carcinose, ils doivent tout au moins favoriser l'éclosion du mal chez des sujets qui y sont prédisposés soit par hérédité, soit par d'autres causes.

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