INFLUENCE DES PROFESSIONS SUR LA PRODUCTION DE LA CARCINOSE
Doreurs ,
Teinturiers. .
Tourneurs. ..
Confîseurs. . .
Prédicateurs .
Chapelier:^,. .
Pelletiers. .. .
Tanneurs. . . .
Voilif^r:-.
Marons
Jurisconsultes Menuisiers. . .
Charpentiers.
Orfèvres
Cliarbonniers Tisserands.. .
DECES.
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Moyenne p. 100.
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Fabricants d*instruments . . .
Lithographes.. .
Tailleurs
Gantiers
Imprimeurs. ...
Peintres
Cordiers
Relieurs
Cordonniers . . .
Selliers
Serrurier.
Étudiants
Tonneliers
Bourh^rs
Ouvr. en tabae.
Koulan;: rs . . .
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Vojoniic p. 100.
Dans le public non médical, lalraumntlsmCyel ce que l'on.-ippelle les irritallons locales, c'ost-à-ilirc, les contusions frc*qiien)menl répétées, le contact habituel de cerlaiaes substances aslrinjrenles ou léf^crcmcnt caustiques, I"s vieilles inllammations chroniques, ont été considérés, depuis les temps les plus reculés, cominc des causes
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fondamentales de Tapparilion des productions cancéreuses. II n'est pas de femme atteinte d'un cancer du sein qui ne rapporte plus ou moins sa maladie à une contusion, à un froissement, à une petite plaie quelconque. Un grand nombre de médecins ont admis pareillement celte influence éliologique et, de nos jours encore, on cite à Tappui les exemples devenus classiques du cancer de la lèvre chez les fumeurs, chez ceux-là parliculiùrement qui fument avec des pipes en terre très-courtes dites brûle-gucuIc, du cancer du testicule retenu dans Tanneau inguinal, et de l'ovaire contenu dans une hernie, enfin du cancer du scrotum des ramoneurs que, je vous l'ai dit, l'on attribue à l'action exercée par la suie sur la peau des boiu'ses. Un nombre assez considérable de faits semblables existent dans la science. M. Hroca (I) rapporte deux observations de ce genre. Dans Tune, on voit un cancer mélanique se développer chez un notaire qui, dans une chute d'un lieu élevé, se fit une contusion au talon; la production cancéreuse, précédée d'une collection sanguine puis d'une légère induration, apparut au bout de six semaines. Dans Tautre, il s'agit d'une bouquetière qui, dans une chute, reçut sur le pubis l'instrument dans lequel elle portait ses bouquets; un enccphaloïde mélanique se manifesta quelques mois après au siège de la contusion; il amena la mort en peu de temps. .M. Yerneuil (^) a vu succomber à un sarcome des bourses un homme de quaranle-cinq ans qui, huit ans avant, avait fait une chute sur le périnée; la maladie avait débuté quelques mois après l'accident. Stich (S) a relaté quatre exemples de formation de sarcome ou d'onréphaloide à la suite de contusions. Des exemples de canicrs de la bouche consécutifs à l'existence d'une dent cariée, de cancers de l'eslomac succédant à l'usage d'une alimentation trop épirée ou à Tabus des alcooliques, de cancers du rectum après des ex( ilations anormales de cet organe, d'épithéliomes développés sur une ancienne cicatrice ou sur un vieil ulcère existent en trèsgrand nombre. M. Trélat a vu un cpithéliome se produire sur un cautère datant de trente-six ans. Des cas semblables ont été observés par M. Yerneuil (-4); il s'agissait à la vérité de sujets herpétiques et, vous le savez déjà, l'herpétisme a des relations très-étroites avec la carciriose.
<l) Hroia, Traité des tumeurs, t. I.
{i) Vcrneuil, Société anatomique^ 1873.
(:{> Slich, Â7i/i. Wock , 1873.
(\) Vcrncuil, Société de biologie^ 1873.
Le psoriasis lingual est considéré à juste titre comme pouvant précéder Tapparition du cancroïde de la langue. M. Trélat (1), dans ces derniers temps, en s'appuyant sur des observations anciennes, sur un relevé statistique de Robert Weir (2) et sur des faits personnels, a de nouveau appelé l'attention sur cette particularité éliologique. Il a montré que la durée du psoriasis précédant le cancroïde, est très- variable, qu'elle peut être de six mois, de 10 ans et même de 40 ans. Nedopil(3), qui a repris cette question, a fait voir que le psoriasis lingual est le résultat d'une inflammation chronique siégeant sur la muqueuse et amenant la formation de nombreuses cellules embryonnaires. Suivant lui, de ces cellules, celles qui sont situées immédiatement sous l'épithélium se transforment en cellules épithéliales qui constituent les stratifications du psoriasis; d'ordinaire les autres, situées dans la profondeur, se transforment en éléments du tissu conjonctif et par conséquent produisent une sorte de tissu cicatriciel sous-jacent; mais, dans certains cas, elles peuvent aussi devenir des cellules épithéliales, refouler les éléments normaux de la muqueuse et s'y substituer. Dans ces cas le tissu de nouvelle formation devient une production cancéreuse. L'auteur pense aussi que cette terminaison peut être amenée par le contact répété de substances dites irritantes. Les aliments épicés, les boissons fortes, la fumée de tabac, surtout la fumée de la cigarette, y donneraient spécialement lieu. Pour appuyer sa manière de voir sur rinfluence du tabac, il cite les recherches de Ludwig (4) qui ont démontré dans la fumée de tabac l'existence de substances irrilanles, telles que les acides butyrique, acétique, formique et le carbonate et Tacétale d'ammoniaque en proportions notables.
Ces fiiils semblent démonstratifs au premier abord et c'est en s'appuyant sur eux et leurs analogues que de nombreux auteurs, même des plus considérables, notamment Velpeau, Virchow, Rindfleisch, de Morgan, Gull et tant d'autres, ont fait jouer aux lésions locales le rôle principal dans l'apparition des lésions de la carcinose, considérant la maladie elle-même comme une maladie primitivement locale. Au contraire, la plupart des auteurs français, Paget en Angleterre, Billroth en Allemagne, tout en reconnaissant que les lésions
(1) Trélat, Psoriasis lingual et cancroide {Soc.de c/iir., 1876).
(2) Robert Weir, New-York med, Joum.y 1875.
(3j Nedopil, Veher die Psoriasis der Zungen wid Mundsklemmhaut undderen VerhàUniss ium Carcinom^ 1876.
(i) Ludwig, Ueber einige BestandlheiU der Tabakrauches {Arch. f, klin. Ckir,. 1876).
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locales peuvent être Toccasion des manifestations de la carcinose, admettent qu'elles ne produisent ces manifestations que chez les sujets déjà prédisposés à la maladie, qu'ils considèrent par conséquent comme une maladie générale. Sans trancher ici ce débat entre les localistes et les constitutionnalisteSy puisque nous y reviendrons, je dois vous dire que, pour mon compte, je suis plus disposé à me ranger parmi ces derniers.
L'examen des rapports étiologiques de la carcinose avec les différentes maladies ne nous arrêtera pas longtemps. C'est particulièrement avec rherpétisme et la goutte que les rapports sont plus importants. Je vous l'ai dit autrefois, Bazin admet que, dans la période ultime de l'herpétisme, on rencontre souvent des signes du cancer de l'estomac, du foie, des ovaires ou de l'utérus. Hardy, précisant davantage, regarde les herpétiques comme très-sujets au cancer viscéral. Pour lui, le cancer de l'estomac et celui du rectum chez l'homme, le cancer des ovaires, de l'utérus ou des mamelles chez la femme sont fréquemment la terminaison ultime du processus herpétique. Paget a observé aussi un certain nombre de cancers de la mamelle chez des femmes atteintes d'affections cutanées de nature herpétique. Pour la goutte, son influence étiologique sur la carcinose est moins précisée. Sans doute, Gazalis, Rayer, Bazin, Budd ont pu admettre une certaine relation entre ces deux processus morbides. Cependant, je vous l'ai dit, je ne crois pas que l'on puisse considérer la goutte comme une cause déterminante du cancer, puisque Charcot n'a pas rencontré d'exemples de cancer dans les cas de goutte bien authentique.
Autrefois, suivant la doctrine de Hunter, on admettait que la carcinose ne pouvait exister avec aucune autre maladie générale; on croyait particulièrement qu'il y avait antagonisme entre ce processus ot la tuberculose. Cette idée, comme l'ont montré les statistiques de Lebert, et comme l'admettent presque tous les auteurs modernes, doit être complètement abandonnée de nos jours; les faits rapportés par MM. Laveran (1) et Croizel(2) l'établissent suffisamment. Au reste une nouvelle preuve a été apportée par les recherches de M. Burdel(3) dont je vous ai parlé en étudiant la tuberculose, et qui établissent que les cancéreux peuvent faire souche de tuberculeux.
(1) Laveran, art. Antagonisme du Diction. encycL des se. méd.
(2) Croizct, Coïncidence et rapport des tubercules et du cancer, 1875.
(3) Burdel, le Cancer comme souche tuberculeuse , 1869.
Terminons notre élude étiologique par rexamen de la question de la contagion de la carcinose. Le cancer est-il conta«|^ieuK ou non? Longtemps agitée par les auteurs, cette question n'est pas encore résolue de nos jours. Comme preuve de la contagiosité, on a cité un certain nombre de faits dont l'authenticité est loin d'être établie. Tulpius a raconté qu'un homme, désireux de soulager sa femme, suça la mamelle cancéreuse qu'elle portail, et mourut d'un ciinccr aux gencives. On a dit que Smith mourut d'un cancer de la langue pour avoir goûté la sanie d'une mamelle cancéreuse qu'il avait extirpée. Peyrilhe a cru que Bcllanger était devenu cancéreux pour avoir respiré l'odeur d'un cancer dont sa femme était atteinte. Ces faits ne prouvent rien ; et Lebert, qui repousse l'idée de la contagiosité, dit que les chirurgiens qui touchent les cancers, qui les opèrent et qui mémo ont pu se blesser pendant l'opération, ne prennent pas la maladie. Il dit aussi que les femmes atteintes de cancer de l'utérus ne communiquent pas leur mal aux personnes avec qui elles ont des rapports sexuels. La question est donc encore sans réponse ; cependant certains auteurs, notamment M. Broca, pensent que, si la contagion est possible, elle paraît tout au moins difTioile.
Les expérimentateurs ont étudié l'inoculabilité de la carcinose de l'homme à l'homme et de l'homme aux animaux. Ils l'ont fait par l'inoculation sous-cutanée du suc cancéreux, par l'ingestion des substances cancéreuses dans les voies digestives, par l'injection intravasculaire, enfin par la méthode de la grelTe animale.
Pevrilho inocula un chien; Aliberl et Bielt s'inoculèrent à euxmôme du suc cancéreux. M. Dubuisson (1) inocula des lapins. Dans ces expériences diverses on ne reproduisit pas la carcinose. Alibert et Bielt eurent des abcès avec ou sans lymphangites, le chien Ae Peyrilhe présenta des symptômes analogues à la septicémie et les lapins de M . Dubuisson succombérenl à celle maladie. Des expériences faites parM. Liouville semblent avoir donné des résullats analogues.
Les ingestions dos substances cancéreuses dans les voies digestives donnèrent pareillement des résnllais négatifs. Dupuytren, mémo en expérimentant chez des chiens, animaux carnivores et capables île prendre le cancer, même en leur faisant manger des substanc»?s cancéreuses pendant phisieurs jours, n'a rien obtenu. En prenant des lapins pour sujels d'expérience et leur faisant manger des parcelles de cancer, venant du foie et de restomacet à plusieurs reprises
(I) Dubuisson, Des effets de l'introduction dans l'économie de proiluits septiqut^ ^t tuberculeux y iSG'J.
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pour deux d'enlre eux, M. Ghatin (1) a déterminé, chez ces animaux, non pas des cancers, mais bien des tubercules qui siégeaient dans le mésentère, le foie, les reins, absolument comme s'il s'était servi de matières tuberculeuses pour ses expériences.
Des injections de matières cancéreuses dans les vaisseaux furent faites par Tanchou (2), Langenbeck (3), Lebert et Follin (4), Goujon (5), Dubuisson. De Tencéphaloïde broyé, du pus de cancroïde délayé dans Teau furent employés. Ges injections semblèrent d'abord démontrer la possibilité de la transmission du cancer par cette voie, puisque l'on trouvait, à Taulopsie des animaux, principalement dans le poumon, des lésions, qui avaient une certaine analogie avec le cancer et que, dans les cas de Langenbeck et de Lebert et Follin, on reconnaissait, dans les lésions, la cellule cancéreuse alors admise. Gependant Billroth (6) injectait à son tour le suc obtenu du sarcome et de répithélionîe, Lebeit et VVyss (7) agissaient de même avec le suc de l'encéphaloïde, du sarcome et du cancroïde, et leurs injections n'étaient pas suivies de la production de tumeurs cancéreuses; mais bien de celles de lésions purement emboliques et dans certains cas même des lésions de nature tuberculeuse, comme je vous l'ai dit.
G'est M. Goujon qui le premier, je crois, tenta de reproduire le cancer par la méthode des greffes. Ghez des rats, des cochons d'Inde, des lapins, des parcelles de tumeurs cancéreuses furent logées dans le tissu cellulaire; des inoculations furent faites aussi avec de la matière mélanique. Ghez les animaux on constata la production des tumeurs soit au point d'inoculation, soit dans les ganglions et les viscères, et, dans un cas, la présence de noyaux ressemblant à des noyaux cancéreux. Ges résultats semblaient probants et cependant M. Doutreleponl (8) n'a pu réussir à reproduire ni par inoculation, ni par greffe, soit chez le cochon d'Inde, soit chez le lapin, voire même chez le chien, le cancer épithélial. Pour la matière mélanique que M. Goujon a vue infiltrer les ganglions, Lebert et VVyss ne lui ont vu produire que des lésions de nature tuberculeuse.
D'ans ces derniers temps, M. IIyvert(9) a fait dos expériences de
(1} Ciintin, Société des tciences médicales de Lyon, 1S69.
\t) Tanchou, Mémoire sur Vinoatlation ducancer^ i8ii.
(3; Langenbeck, SmidVs Jahrh. der gesamm. Med., IWO.
(•i) Lebert cl Follin, in Lebert, Traité des maladies cancéreuses, 1851.
(5) Goujon, Journal de ranatomie et de la physiologie de CIi. Robin, 18C7.
(()) Billroth, W'ien. med. Zeits., 1867.
(7) Lebert et Wyss, Virchow's Arch.^ 1807.
(8^ Doulrelepoiit, Yirchoxvs Arch., 1869.
(9) Hyverl, De ^inoculation cancéreuse (expériences nouvelles), ïSli.
logie avec la tuberculose miliaire généralisée, il se fait Irès-rapidement, simultanément pour ainsi dire, une véritable poussée de granulations cancéreuses à la surface des membranes séreuses (plèvre et péritoine) et dans les viscères (poumons, foie, rate, reins, intestins, etc.). Cette poussée cancéreuse, la plus haute expression de la carcinose, s'accompagne d'un état fébrile analogue à celui de la tuberculose miliaire aiguë. Là fièvre débute par un ou plusieurs frissons, par des troubles dans les fonctions digestives et respiratoires. Bientôt un état de prostration et de stupeur, assez semblable à celui de la fièvre typhoïde, se manifeste; il y a de la céphalalgie, des rêvasseries, du délire et plus tard un demi-coma. Le pouls devient rapidement mou, petit, dépressible. Bientôt aussi on constate des signes d'un épanchement péritonéal, des symptômes thoracîqùes indiquant une congestion violente vers les poumons ou bien un épanchement pleural. Quelquefois, comme dans un cas observé pai* Charcot, il y a de l'algidité, de la cyanose, un véritable collapsus. La durée de la maladie ne dépasse guère quinze ou vingt jours, les malades succombent toujours.
A l'autopsie, on trouve sur les séreuses, dans les viscères, surtout à leur surface, une éruption souvent considérable de petites tumeurs dont la grosseur varie entre celle d'un grain de millet et celle d'une noisette ; ces tumeurs, qui sont entourées d*une auréole congestive, présentent habituellement à leur centre une petite dépression qui leur donne la forme d'un godet. Les petites restent dures, tandis que les grosses sont l'amollies à leur centre. Ces productions peuvent exister jusque sur l'endocarde , la vésicule biliaire , la vessie; on en a vu sur la glande pituitaire. Leur structure est celle de l'épithéliome glandulaire mou, du cancer encéphaloïde ; c'est la seule forme des néoformations cancéreuses que l'on ait observée dans la carcinose miliaire généralisée.
Cette forme de la maladie, qui a été étudiée par M. Laporte (I), peut apparaître comme la tuberculose miliaire généralisée dans deux circonstances dilTérentes. Ou bien elle est primitive, c'est-àdire qu'avant son apparition, le sujet atteint ne portait aucune production cancéreuse; les faits observés par MM. Charcot, Vulpian et ll^rard, sur lesquels s'est appuyé M. Laporte, sont démonstratifs à cet égard. Ou bien, comme l'ont montré Demme, Beylard et d'autres auteurs, elle est consécutive, et survient subitement chez
(1) Iai)orlo, Delà carcinose miliaire aiguë y 186i.
CARCINOSE. PARTIE CLINIQUE. 119?