‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 206 sur 217 · QUATRE-VINGT-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-SEPTIÈME LEÇON

Carcinose (suite). — Partie clinique.

Messieurs,

Je ne veux pas rechercher ici suivant quel mode se développent les productions cancéreuses, ni faire repasser sous vos yeux les différentes théories qui ont cours sur la génération des éléments anatomiques, Au point de vue médical, que nous poursuivons spécialement dans ce cours, ce qui nous intéresse surtout, ce n'est pas de savoir si les cellules des cancers naissent par segmentation, par scission, par génération endogène ou par genèse, mais c'est le pourquoi de leur naissance, c'est le trouble nutritif qui préside à cette aberration dans la génération de nouveaux éléments. Cependant, sans entrer dans aucun détail, je dois vous dire que la conception de Yirchow, qui faisait venir toutes les productions pathologiques du tissu conjonclif, est aujourd'hui complètement abandonnée pour les productions épithéliales, glandulaires ou non. Depuis les travaux de Thieisch (I) et de ^Yaldeyer(i2), on admet que les tumeurs de ce genre ne se développent jamais qu'au sein ou dans le voisinage des tissus épithéliaux et que, si on les rencontre dans d'autres tissus tels que le tissu musculaire, osseux, ganglionnaire, ce n'est jamais qu'à titre de tumeurs secondaires. Cette manière de voir, adoptée depuis fort longtemps par Ch. Robin, est l'expression de la vérité. Abordons maintenant l'histoire de la marche clinique et anatomopathologique de la carcinose.

Au point de vue clinique, la carcinose se manifeste sous la forme aiguë ou sous la forme chronique. Dans le premier cas, il s'agit de carcinose miliaire généralisée ; dans le second, le processus s'affirme par une tumeur localisée dans un organe quelconque et ne donne lieu qu'ultérieurement à des manifestations prenant le caractère d'une maladie générale.

Dans la carcinose miliaire généralisée, qui a la plus grande ana-

(1) ThiiTsch, Der Epithelialkrebs, namenllich der Haut, 1865.

(2) Waldcyer, Virchow's Arch,, 1867.

logie avec la tuberculose miliaire généralisée, il se fait lrès-i*apidement, simultanément pour ainsi dire, une véritable poussée de granulations cancéreuses à la surface des membranes séreuses (plèvre et péritoine) et dans les viscères (poumons, foie, rate, reins, intestins, etc.). Cette poussée cancéreuse, la plus haute expression de la carcinose, s'accompagne d'un état fébrile analogue à celui de la tuberculose miliaire aiguë. Là fièvre débute par un ou plusieurs frissons, par des troubles dans les fonctions digestives et respiratoires. Bientôt un état de prostration et de stupeur, assez semblable à celui de la fièvre typhoïde, se manifeste; il y a de la céphalalgie, des rêvasseries, du délire et plus tard un demi-coma. Le pouls devient rapidement mou, petit, dépressible. Bientôt aussi on constate des signes d'un épanchement péritonéal, des symptômes thoraciqùes indiquant une congestion violente vers les poumons ou bien un épanchement pleural. Quelquefois, comme dans un cas observé par Charcot, il y a de l'algidité, de la cyanose, un véritable collapsus. La durée de la maladie ne dépasse guère quinze ou vingt jours, les malades succombent toujours.

A l'autopsie, on trouve sur les séreuses, dans les viscères, surtout à leur surface, une éruption souvent considérable de petites tumeurs dont la grosseur varie entre celle d'un grain de millet et celle d'une noisette ; ces tumeurs, qui sont entourées d*une auréole congestive, présentent habituellement à leur centre une petite dépression qui leur donne la forme d'un godet. Les petites restent dures, tandis que les grosses sont ramollies à leur centre. Ces productions peuvent exister jusque sur l'endocarde, la vésicule biliaire, la vessie; on en a vu sur la glande pituitaire. Leur structure est celle de l'épithéliome glandulaire mou, du cancer encéphaloïde ; c'est la seule forme des néoformations cancéreuses que l'on ait observée dans la carcinose miliaire généralisée.

Cette forme de la maladie, qui a été étudiée par M. Liporte (i), peut apparaître comme la tuberculose miliaire généralisée dans deux circonstances dilTérentes. Ou bien elle est primitive, c'est-àdire qu'avant son apparition, le sujet atteint ne portait aucune production cancéreuse; les faits observés par MM. Charcot, Vulpian et Ihîrard, sur lesquels s'est appuyé M. Laporte, sont démonstratifs à cet égard. Ou bien, comme l'ont montré Demme, Beylardel d'autres auteurs, elle est consécutive, et survient subitement chez

(1) laporto, Delà carcinose miliaire aiguës 186i.

CAUCINOSE. PAKTIE CLINIQUE. U(H

des sujets antérieurement porteurs d'une tumeur cancéreuse. Dans les deux cas, la marche de la maladie est la même, ainsi que la terminaison.

La carcinose chronique s'affirme, je vous le disaisj par l'apparition dans un organe ou dans un tissu d'une production cancéreuse. Celte production peut se montrer dans tous les organes de l'économie; le cerveau et la moelle épinière n'en sont pas exempts, et l'on peut y rencontrer des tumeurs enccphaloïdes, squirrheuses, sarcomateuses. Cependant les organes ne sont pas atteints aussi fréquemment les uns que les autres. D'après une statistique de Sibley (H, qui porte sur 520 cas de cancers primitifs, 105 chez l'homme, 415 chez la femme, on peut établir le tableau suivant qui montre, par série décroissante, la fréquence des localisations dans les divers organes.

FfiÉQUENCE DES LOCALISATIONS CANCÉnEUSES DANS LES OUGANES.

HOMMES

OnCANES.

L<'vres, bouche

Facf

Os

Eslomnc, intesliiis

Langue

Pénis

Amy^<lale8, |)aroliilrs. .

Tcsiicnlc. '.

Rectum

Anus

Yeux

Keiiis

Poumons

(JKsophagti

Scrotum

Systèmn lympliatiqu:* . .

Siîin

NONDKES.

mé mé

FEMMES

OIIGANES.

Soin

Utérus

(•randes lèvres, clitoris.

Face

Uectum

Os

Liingue

Estomac intestins

L«'VTes, bouche

Ovaires

Foie

Système lympliati(|ne. . Amygdales, [larutides. .

O^soiihagc

Anus

C/orps thyroïde

Yeux

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