‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 208 sur 217 · GARGINOSE. ALTÉRATIONS DES VEINES · texte numérisé non relu

GARGINOSE. ALTÉRATIONS DES VEINES

veines sont atteintes (ont d'abord, suivant un mécanisme que les recherches de Bérard (1), de Broca (2), de Sick (3) et de Cornil (4) ont particulièrement mis en évidence. Au début, les parois des veines augmentent d'épaisseur ; puis, dans les tuniques externes el moyennes, se développenl des noyaux et des cellules de nouvelle formation et de nature carcinomateuse, qui écartent les éléments conjonctifs, musculaires et élastiques entrant dans la constitution de ces tuniques. Bientôt la tunique musculaire est séparée de la tunique interne par une sorte de bourgeon cancéreux qui refoule la tunique interne vers la cavité vasculaire. A ce moment donc, le bourgeon cancéreux fait saillie dans la veine ; mais il est encore recouvert par la tunique interne, tapissée elle-même de son revêtement épithélial et qui se continue avec les parties non atteintes par la production morbide. Pendant qu'évolue tout ce processus, le sang continue à parcourir les veines malades; mais la tunique interne est envahie à son tour, elle perd son revêtement épithélial et se détruit. Le bourgeon cancéreux se trouve alors en contact avec le liquide sanguin ; des coagulations ûbrineuses s'y déposent, le sang ralentit son cours et, si la veine est de petit calibre, il se forme un thrombus qui l'oblitère complètement. Quand la veine a un calibre plus considérable, le bourgeon cancéreux n'amène pas son oblitération, il persiste en s'accroissant plus ou moins, mais il est exposé à se ramollir, à se désagréger sous l'influence du courant sanguin qui se fait contre lui. De ce bourgeon cancéreux et des coagulums fibrineux qui le tapissent peuvent donc se détacher des parcelles de matière cancéreuse qui, transportées par le sang, iront faire embolies dans des organes éloignés. Cette altération des parois veineuses ol les conséquences qui en découlent ne s'observent pas seulement dans les épithéliomes glandulaires (cancers vrais), on les rencontre également dans les sarcomes et dans les enchondromes , comme l'ont montré les observations de MM. Broca et Paget (5). Deux fois M. Broca a vu des sarcomes perforer les parois des veines et se prolonger dans leur cavité sous forme d'un long champignon; dans un cas observé par M. Paget, un enchondrome des ganglions lombaires , consécutif à un enchondrome

(1) R/îrard, art. Cancer du Dictionnaire en 30 volumos.

(2) Rroca, Mémoire sur ranatomie pathologique du cancer^ IRol. CI) Sick, Heitràge zur Lehre vom Venenkrebs, 18(12.

(4| Cornil, loc. cit.

(5) Pagcl, On a Growlh of Cartilage in a Teslicle andits Lympltatlcx, 1855.

du testicule, avait perforé les parois de la veine cave et faisait dans cette veine une saillie de la grosseur d'une noisette; Tautopsie démontra, dans plusieurs ramifications des artères pulmonaires, des masses cartilagineuses qui, selon toute probabilité, provenaient du champignon de la veine cave. Il est évident que toutes les veines des productions cancéreuses ne subissent pas les lésions dont je viens de vous parler, comme semble l'avoir cru Bérard. Cet auteur, et après lui Schrœder van der Kolk, pensaient que les injections veineuses ne pouvaient pas pénétrer dans les tumeurs cancéreuses. S'il en était ainsi, la circulation sei*ait impossible et les productions de ce genre seraient rapidement frappées de mort; les injections faites par Broca, FoUin et Robin ont démontré que de nombreuses veines restent intactes dans les néoplasmes cancéreux.

Bien que résistant plus longtemps que les veines, les artères sont cependant atteintes par les productions cancéreuses. L'envahissement se fait comme dans les veines. Au début la tunique externe est seule atteinte, et se trouve bientôt fixée à la masse de la tumeur, pendant que la tunique moyenne et la tunique interne conservent leur structure et que le sang continue à circuler dans le vaisseau. Plus tard la tunique moyenne est attaquée; ses éléments musculaires et élastiques, dissociés par les cellules de la production morbide, se détruisent. Dès lors la tunique interne, qui supporte seule la pression sanguine, se dilate et finit souvent par se rompre. Il y a extravasation du sang. Si la rupture se produit à la surface de la tumeur et qu'il existe déjà une ulcération, une hémorrhagie en est la conséquence; au contraire, si la rupture a lieu dans l'épaisseur même de la tumeur, il se fait un foyer sanguin, un infarctus hémorrha$i;ique plus ou moins considérable, suivant le calibre du vaisseau rompu .

D'après ce qui vient d'être dit, vous voyez que les tumeurs cancéreuses se développent aux dépens de tous les tissus qu'elles rencontrent, qu'elles détruisent ces tissus, et qu'aucun d'entre eux ne peut les arrêter dans leur envahissement successif. Seuls les tissus fibreux et élastiques peuvent peut-être leur opposer une barrière: mais encore cette barrière ne résiste que momentanément et se trouve franchie par les progrès du mal. Mais il est un fait dos plus imporlanis à connaître, surtout au point de vue de la pratique chirurgicale; c'est le suivant : Même quand les productions cancéreuses affectent la forme de tumeur, même quand elles paraissent bien circonscrites et bien séparées des tissus au milieu de>-

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