CARCINOSE. LÉSIONS DES GANGLIONS
quels elles onlpris naissance, toujours, pour ainsi dire, elles ont des prolongements plus loin que leurs limites apparentes. Leurs éléments, en plus ou moins grande quantité, infiltrent les tissus en se propageant le long des vaisseaux et des réseaux lymphatiques, comme je vous l'indiquais tout à l'heure. C'est pour celte raison qu'il est si difficile d'affirmer que, dans l'exlirpation d'une tumeur cancéreuse, on a bien enlevé toute la production morbide; c'est pour cela que le chirurgien ne doit jamais hésiter à porter l'instrument loin des limilesde la tumeur au milieu des tissus sains.
Indépendamment de cette propriété d'envahir les tissus que possèdentles productions cancéreuses, elles sont encore douées du pouvoir de se propager à distance et d'aller déterminer dans les ganglions lymphatiques l'apparition de néoplasies semblables à elles-mêmes. Comme tous les tissus de l'organisme, les ganglions lymphatiques peuvent être le siège primitif des cancers ; l'encéphaloïde, le squirrhe, le sarcome, le cancroïde y ont été rencontrés sans avoir été précédés de tumeurs des autres organes; mais, dans l'immense majorité des cas, les ganglions ne sont atteints que secondairement, quand déjà, depuis un certain temps, existaient les tumeurs cancéreuses d'autres régions. L'envahissement des ganglions, bien que très-fréquent dans le cours de la carcinose, n'existe cependant pas toujours, puisque, dans la statistique de Sibley, qui porte sur 520 cancers primitifs, on l'a vu manquer 83 fois. Toutes les productions de la carcinose du reste ne déterminent pas également cet envahissement des ganglions. Les épithéliomes glandulaires (cancers vrais) sont, de toutes ces productions, celles qui y donnent lieu le plus fréquemment; et, cependant, suivant M. Broca, les cancers colloïdes en seraient moins souvent accompagnés que d'autres espèces de tumeurs. Les épithéliomes des surfaces muqueuses sont, après les carcinomes, les tumeurs qui produisent le plus souvent l'envahissement ganglionnaire ; par contre , les épithéliomes de la peau peuvent en être exempts pendant un temps fort long; les épithéliomes mélaniques y donnent rapidement lieu. Viennent ensuite, par ordre de fréquence, les sarcomes, le cancer ostéoïde et les enchondromes.
La lésion ganglionnaire atteint toujours les ganglions qui, par leurs vaisseaux lymphatiques, sont en rapport avec la région où siège la tumeur cancéreuse; puis, après avoir atteint ces ganglions, elle peut s'étendre à d'autres, à ceux précisément qui reçoivent la lymphe des premiers ganglions envahis. De proche en
proche, il se forme ainsi un chapelet ganglionnaire sur une étendue plus ou moins considérable. Dans le cancer de la mamello, par exemple, on voit d'abord se prendre les ganglions inférieurs et internes de l'aisselle, puis ultérieurement ceux qui accompagnent les nerfs et les vaisseaux axillaires. Dans le cancer du testicule, les gan* glions iliaques, puis les ganglions lombaires peuvent être atteints successivement de bas en haut le long de la colonne vertébrale. C'est donc par le contact de la lymphe, venue des tumeurs cancéreuses, qu'est produit l'engorgement des ganglions lymphatiques. Cependant, il peut se faire aussi que des ganglions ne correspondant pas aux tumeurs, deviennent pareillement malades. Astley Cooper, Scarpa ont vu les ganglions de l'aisselle gauche envahis, quand la tumeur primitive occupait la mamelle droite. Des auteurs modernes ont rapporté des cas du même genre. Mais, lorsqu'il en est ainsi, c'est que la carcinose a déjà déterminé cette infection générale dont nous parlerons dans un instant, et les ganglions sont alors le siège de productions cancéreuses au même titre que tous les autres organes de l'économie.
L'envahissement des ganglions reproduit ordinairement le tissu morbide de la tumeur qui les a précédés. Cependant, quand Taltération gagne de proche en proche un grand nombre de ces organes, il peut se faire que l'on trouve dans certains d'entre eux des formes anatomiques un peu différentes de celle de la tumeur primitive. Cette particularité se rencontre spécialement dans les épithéliomes à cellules pavimenteuses. Comme Ta montré Ch. Robin, fréquemment, les ganglions envahis consécutivement ù cos tumeurs renferment des épithéliums nucléaires et même des épithéliums prismatiques.
Les lésions que nous étudions commencent par déterminer dans le tissu ganglionnaire l'apparition de petils boyaux cylindriques qui semblent être des canalicules lymphatiques remplis de cellules. Plus tard, les mêmes éléments envahissent la périphérie et le centre. Des lors, le ganglion augmente progressivement de volume; il devient une véritable tumeur cancéreuse, qui se comporte de la même manière que la tumeur originelle. Ces tumeurs ganglionnaires, surtout quand elles sont consécutives à des cancers vrais, peuvent atteindre un volume très-considérable. Celles qui se développent dans les ganglions lombaires notamment, et que Lobstein a désignées sous le nom de cancers rctro-péritotiéaux, peuvent aller jusqu'à la grosseur d'une tête d'adulte ; on en a vu qui pesaient 32 livres. Elles