GARCINOSE. LÉSIONS DES GANGLIONS
sont alors formées par toute la masse des ganglions pré -vertébraux, considérablement augmentés de volume ; souvent même elles en^ globent le foie, la rate, Testomac dans leur dégénérescence. Les ganglions atteints par les épilhéliomes n'ont jamais un semblable volume; leurs dimensions ne dépassent guère celles d'une petite noix. Us forment des tumeurs arrondies, lisses à leur surface, et qui, sur la coupe, ont une coloration gris-jaunâtre assez analogue à celle des ganglions tuberculeux au moment où débute la dégénérescence caséeuse. Ces tumeurs sont formées de cellules épithéliales; on y trouve aussi des globes épidermiques, et, suivant Broca, des cristaux de cholestérine.
Mais quel est le mode de production de ces tumeurs secondaires dans les ganglions lymphatiques? En jetant un coup d'œil en arrière, nous voyons que les réseaux lymphatiques des régions où naissent les tumeurs cancéreuses primitives jouent un grand rôle dans le développement et la propagation de ces tumeurs. Je vous ai montré, en effet, les vaisseaux d'origine remplis d'éléments épithéliaux. D'un autre côté, Tanalomie nous apprend que les vaisseaux lymphatiques originaires d'une région quelconque, après s'être réunis pour constituer les troncs lymphatiques, vont aboutir aux ganglions nu sein desquels ils se perdent dans le réseau spécial formé par le tissu réticulé. Il en résulte que les ganglions forment une barrière au passage de la lymphe, barrière qui ne peut être franchie que parles corps liquides, et qui retient les corps solides; les dépôts de vermillon ou de bleu de Prusse que l'on trouve dans les ganglions des personnes portant des empreintes de tatouage le prouvent manifestement. Ces dispositions permettent de supposer que l'envahissement des ganglions peut être le résultat du transport de parcelles de matière cancéreuse qui, parties des lymphatiques de la région malade, seront venues s'arrêter, à la manière des embolies, dans le territoire ganglionnaire correspondant. Ce qui le prouve, c'est que ce sont toujours les ganglions recevant la lymphe des régions cancéreuses qui sont envahis ultérieurement. On peut donc croire que des noyaux ou des cellules épithéliales sont ainsi venus échouer dans les ganglions et qu'ils y ont été le point de départ du développement cancéreux ultérieur. Les ganglions lymphatiques ne sont pas envahis immédiatement après la formation des tumeurs périphériques, mais seulement quand leurs éléments cellulaires ont déjîi subi des altérations nombreuses, des destructions, mettant en liberté les granulations moléculaires qu'ils renferment; de plus,
liflO LES GRANDE PROCESSUS MORBIDES.
le volume considérable des cellules cancéreuses s'oppose au déplacement de ces éléments dans les petits vaisseaux .lymphatiques ; il est donc probable que renvaliisscment des ganglions n'est pas souvent le résultat du transport des cellules ou des noyaux cancéreux, mais qu'il est dû aux granulations venues de la tumeur primitive. Cette manière de voir, en rapport avec les données acquises par les travaux de M. Ghauveau sur les propriétés phlogogènes et infectieuses des granulations moléculaires, ne doit cependant pas être exclusivement admise; il peut parfaitement se faire, comme le pense M. Broca, que des matières liquides, venues de la tumeur primitive, soient l'origine de la transformation cancéreuse des ganglions lymphatiques.
Après un temps plus ou moins long, pendant lequel les productions primitives ont augmenté plus ou moins de volume, pendant lequel également ont pu se manifester des temps d'arrêt dans leur évolution, pendant lequel enfm les ganglions lymphatiques ont été envahis ou sont restés intacts, on voit ces productions présenter des changements nouveaux. L'un des plus importants consiste dans un ramollissement variable qui atteint de préférence les cancers encéphaloïdes et colloïdes, les cancroïdes, les sarcomes; les enchondromes peuvent le présenter; mais ordinairement il épargne les cancers squirrheux. Ce ramollissement, qu'il ne faut pas confondre avec la mollesse naturelle de certaines tumeurs ou de certaines parties périphériques nouvellement formées, commence d'ordinaire par les régions centrales de la production cancéreuse. Il résulte d'une modification de ses éléments constitutifs.
Certaines des productions cancéreuses doivent à la nature même de leur évolution le ramollissement qui les atteint. L'encéphaloïde, le cancroïde, le sarcome, dans lesquels se fait d'une manière incessante une production de cellules sont dans ce cas. Dans ces tumeurs, les cellules, de plus en plus abondantes, compriment la trame de tissu conjonctif; progressivement, cette trame diminue d'épaisseur, les alvéoles primitifs s'agrandissent, et bon nombre même, dont les parois ont été détruites , communiquent l<»s uns avec les autres. Dans les encéphaloïdes principalement et dans les cancers colloïdes, on constate des régions où la trame conjonctive a disparu par ce mécanisme et qui présentent l'aspect de foyers remplis d'une bouillie dans laquelle on ne trouve plus que des éléments cellulaires. Dans les enchondromes le ramollissement, quand il a lieu, ne paraît pas tenir aune multiplication exagérée des