‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 42 sur 217 · DIABÈTE (SUITE). DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIABÈTE (SUITE). DIAGNOSTIC

ÎO.

Après des recherches très-nombreuses, Bouchardat est arrivé à ronsidérer le chiffre de deux grammes comme exprimant pour les urines sucrées la quantité de matières fixes correspondant par litre à chacun des degrés de Turomèlrc supérieur à 1000, zéro de l'instrument. De telle sorte que, si Ton veut savoir, par exemple, la quantité de matières fixes contenues dans une urine marquant lOiO, on multiplie 20 par 2 et le chiffre 52 indique cette quantité pour un litre d'urine. D'un autre côté, l'auteur s'est assuré que riiomme eu santé perd 50 grammes de matières fixes en 24 heures, et que cette perte est de 43 grammes 2 chez la femme. Ces faits connus, on peut calculer la quantité de sucre perdue quotidiennement par un diabétique. Supposons, en effet, un malade rendant * hlres d'urine en 24 heures, et admettons que la densité de ses urines soit indiquée par le chiffre 26 à l'uromélre. Li quantité de matières fixes rendues par jour sera exprimée par la formule Or= 20x2x 4— 288 grammes. En retranchant de ce nombre le chiffre 50 exprimant les matières fixes rendues par rhomine sain, on aura pour proportion du sucre 288 — 50 ~ 238 orammos. Comme vous le comprenez, le résultat numérique ci-dessus n'est qu'approximatif et il doit cette qualité à son empirisme. Aujourd'hui surtout quf l'on connaît l'augmentation de l'urée urinaire pendant le cours •lu diabète, il ne peut être employé qu'à litre de renseignement em-^ pirique.

L'analyse polarimétriqiie donne des résultats bien supérieurs. Ell*^ permet de reconnaître la présence du sucre et d'en doser la quantité. Li glycose dévie à droite le plan de polarisation et l'angle dfMléviation indique le degré de saturation du liquide par le sucre.

Les tables de Clerget donnent les proportions de sucre correspondant aux angles de déviation. L'appareil habituellement employé pour ces recherches est celui de Soleil. Ce procédé est toutefois peu usité. Il nécessite la possession d'un instrument coûteux et des précautions pour décolorer le liquide à examiner.

Dans la pratique usuelle, c'est à l'aide de la décoloration et de la réduction des sels cupro-potassiques que Ton recherche et que l'on dose le sucre dans les urines. Il existe un grand nombre d'autres procédés chimiques, mais celui-ci est le plus employé, et c'est, je crois, le plus facile. Le réactif de Felhing est celui dont on se sert habituellement. Voici une formule qu'en donne Cl. Bernard.

Sulfate de cuivre 35?r^46

Sel de seignetle 200 ,00

Lessive de soude (ai» Reaumé» 500 ceiitim. cubes.

Celte liqueur est préparée de façon que 10 centimètres cubes sont décolorés et précipités par 0 gr. 05 de sucre. Kn conséquence, pour faire l'analyse de l'urine, on mesure dans un petit ballon 10 centimètres cubes de la liqueur réactif; puis, après y avoir ajouté une pastille de potasse caustique qui rend la réaction plus nette, on la porte à l'ébullition. A ce moment l'on fait tomber dans le ballon, et goutte a goutte, l'urine placée dans une pipette graduée en continuant jusqu'à ce que la décoloration du réactif soit complète. On lit alors sur la pipette la quantité de centimètres cubes employés, et l'on sait que dans celte quantité il existe cinq centigrammes de sucre. Soit N le nombre de centimètres cubes d'urine employés, d'après les données ci-dessus, la quantité de sucre contenue dans un

litre d'urine sera donnée par la proportion suivante ôlis^^T" d'où

«= j^ — j^. Dou il resuite que, pour trouver la quantité de

sucre contenue dans un litre d'urine, il suffit de diviser 50 par le nombre de centimètres cubes d'urine qui a réduit 10 centimètres cubes du réactif.

Comme l'a démontré Cl. Bernard, la glycose n'est pas la seule substiincc qui réduise le réactif cuivrique. Les aldéhydes, l'acide urique, la leucine, rhypoxanthine, le mucus, le tannin, le chloroforme et le chloral agissent de la même manière. De plus, l'action du réactif est entravée par la présence des matières albuminoïdes. Il faut donc, quand Ton veut faire une sérieuse analyse de l'urine, débarrasser ce liquide de toutes ces substances qui peuvent s'y ren-

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contrer. On y arrive par le procédé de Cl. Bernard qui consiste à porter à Tébullition avec du sulfate de soude en petits cristaux, puis à filtrer ensuite, le liquide que Ton veut examiner. .

La glycosurie passagère se distingue habituellement de celle du vrai diabète par une moindre proportion dans la quantité de glycose, cependant ce caractère est très-incertain; le plus souvent aussi la polydipsie et la polyurie sont beaucoup moins intenses, parfois trèspeu marquées; les troubles de la vue font généralement défaut. Cependant c'est la durée de la glycosurie qui seule permet d'affirmer la nature de l'affection. Généralement cette glycosurie ne persiste guère plus d'une ou de deux semaines. On Ta vue cependant durer plusieurs mois.

L'examen des urines au point de vue de la quantité d'urée rendue en vingt-quatre heures peut seul indiquer s'il s'agit ou non du vrai diabète, du diabète accompagné d'azoturic. Il faut bien savoir cependant ici que, souvent, les pertes en urée ne se montrent pas dès le début de la maladie et que, pendant longtemps, elles peuvent être insignifiantes. Il faut bien savoir aussi que l'excrétion de l'urée est intimement liée à l'alimentation et que, chez les sujets consommant beaucoup de viande, il s'en perd en plus grande proportion. Enfin il n'est pas rare, vers la fin de la maladie, quand les malades perdent de leur poids, de voir diminuer les quantités d'urée et, par conséquent, si une analyse pratiquée à cette époque n'accuse que de faibles proportions de ce principe, il ne faut pas en conclure à la non-existence de l'azoturie antérieure. II est un symptôme cependant qui paraît avoir de la valeur pour résoudre la question de diagnostic qui nous occupe, c'est la polyphagie. Le plus souvent les sujets qui mangent beaucoup sont atteints du vrai diabète azoturique.

L*étude des modifications apportées par l'alimenlalion et l'absti-^ nence, l'examen de la température et enfin l'apparition de la perte de poids fixent la période évolutive à laquelle le processus diabétique est arrivé. Je vous ai déjà dit que, pendant la période non consoinplive, il existe deux étapes dans la marche de la maladie. IVndant la première, la suppression du sucre et des féculents fait dispai-aître la glycosurie et les autres symptômes; pendant la seconde tous les phénomènes persistent. Dès le début de la période consomplive il y a plus encore. Les malades mis à la diète complète, comme l'ont prouvé les recherches de Sidney-Ringer et de Parkes, continuent â rendre du sucre et de l'urée qui certainement alors sont fournis par leur propre substance. Un des malades observés par

Sidney-Ringer rcnd<iit, dans ces conditions, 48 grammes d'urée el 105 grammes de sucre.

D'une manière généralo, on peut le dire, le diabète est une maladie grave, puisque sur 225 cas Griesinger n'a constaté que 47 guérisons. Ce chiffre même doit être réduit à 12 ou 15, si Ton remarque qu'un grand nombre des cas de guérison n'ont été en réalité que des rémissions durant plus ou moins longtemps. La nature même du processus morbide caractérisée par la présence ou Talisence dVzoturie, modifie totalement le Pronostic; il en est de même de la période à laquelle Taflection en est arrivée. Je n'ai pas besoin d'y insister. Certaines conditions sont en outre favorables, d'autres sont défavorables et elles reposent très-probablement sur ce que le diabète non azoturique peut devenir un diabète azoturique, comme le diabète gras peut devenir un diabète maij^ae. Bouchardat a beaucoup insisté sur ces conditions. L'état récent de la maladie, la facilité avec laquelle le sucre disparait en 2^ ou 48 heures dos urines lors de la suppression du sucre et des féculents de; l'alinienlation, la persistance de l'embonpoint sans polyphagic trop accentuée, telles sont les conditions favorables au pronostic. Chez un malade qui les réunit on peut espérer par le traitement obtenir, sinon une guérison totale et définitive, au moins une amélioration ou la conservation d'un statu quo relativement très-bon. l^a quantité de sucre constatée dès le début n'inllue pas sur le pronostic; à moins que celte quantité ne persiste ou ne diminue que très-peu malgré le régime. Au contraire l'état ancien de la maladie, la persistance des symptômes malgré le régime, la présence d'une grande quantité de sucre et d'urée dans l'urine sont des conditions très-fiicheuses. Les complications sont presque loujoui's très-graves. Je n'ai pas à y revenir après ce que je vous en ai dit au commencement de cette leçon.

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