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258 LES r.ltANhS IMlOCESSrs MORBIDES.

J'aborde l'étude de rurémie à marche lente. Il serait faux, messieurs, de croire que la forme lente de la maladie urémique dîlïere d'une manière complète de cette même affection marchant avec rapidité. Ici, vous allez le voir, ce sont les mêmes m.inifeslations symptomatiques, les mêmes troubles du système nerveux, les mêmes désordres du côté de la sensibilité ou de la motilité qui vont se dérouler sous vos yeux. Rien de spécial si ce n'est la lenteur de l'affection elle-même ; rien de particulier si ce n'est les périodes de rémission plus ou moins nombreuses et d'une durée plus ou moins longue que l'on voit survenir. Déjîi, dans la phase prémonitoire de l'urémie lente, celle particularilé s'accuse d'emblée; les accidents ordinairement désignés sous la qualification de prodromiques et dont je viens de vous entretenir, revêtent le cachet spécial en question. C'est ainsi qu'au lieu de se monirer coup sur coup, de se précipiter pour ainsi dire^ les douleurs de tête, la torpeur intellectuelle, la pesanteur dans les idées, les troubles visuels marchent avec une remarquable lenteur. Parfois ces accidents surviennent pendant plusieurs jours, puis disparaissent, laissant les malades dans un état d'amélioration très-sensible. Des rémissions de ce gçnre peuvent se montrer pendant un temps très-long, quatre, cinq, six semaines et plus encore, alternant avec la réapparition des troubles que je vous indiquais tout à Theure. De temps à autre on peut voir aussi survenir des manifestations gastro-inleslinales, nausées, vomissements, diarrhée, plus ou moins violentes, apparaissant et disparaissant comme les symptômes nerveux ci-dessus. Parfois même, et Rosenstein cite une observation de ce genre, on observe des picotements dans les membres, de légères convulsions localisées à des groupes musculaires, siégeant aux mains, aux pieds et ne durant que quelques instaAls pour reparaître de temps à autre. Même, durant cette période prémonitoire ou prodromale, la respiration peut être en cause et une dyspnée survenir par accès à des intervalles très-variables.

Les choses persistent ainsi avec les allernalivesqne jevous signale pendant un temps plus ou moins long et rependant, lorsqu'on suit attentivement les malades, on voit (pi'il y a presque toujours une augmenUition réelle dans la gravité des symptômes; puis au bout de ce temps qui peut aller jusqu'à plusieurs mois (Liebermeîsler cite une observation dans laquelle cette période s'est prolongée pendant deux mois entiers), la maladie se confirme et se précise, mais encore ici avec des modalités différentes. Tantôt, comme l'indique

UKÉMIE. ÉTUDE CLINIQl E. ^59

Jaccoud, la transition entre les deux périodes de Tailection se fait d'une manière insensible; les douleurs de tète s'ag^gravent de plus en plus, la torpeur intellectuelle passe à l'état d'inertie presque complète et la sensibilité générale et spéciale disparaissent. Un état semi-comateux est ainsi constitué qui pourra aller s'accroissant d'une manière constante mais lente et faire place au véritablç coma, ou bien qui pourra encore présenter ces alternatives de rémission et de recrudescence constatées déjà dans la première période. Tantôt aussi ce sera une violente attaque d'éclampsie urémique qui surviendra, suivie quelquefois de plusieurs autres dans la même journée ou les jours suivants. Puis les symptômes graves s'amenderont, un état semi-comateux et même une rémission complète de tous les accidents pourra survenir et les malades resteront pendant huit, dix, quinze jours dans cet état. De nouvelles attaques surviendront encore, suivies égiilement de périodes de calme et les manifestations urémiques pourront ainsi se renouveler pendant plusieurs semaines consécutives et aboutir en définitive au «orna final. Mais il peut arriver également, pendant cette seconde période, suitout lorsque l'aflection revêt, comme c est le cas le plus habituel, la forme comateuse que je vous signalais tout à l'heure, que •les convulsions légères se montrent. Ces convulsions alors sont plutôt localisées que générales; elles frappent les muscles de la face, le> slerno-masloïdiens, les fléchisseurs d'un membre. Il peut se faire encore que du délire survienne, délire qui, dans ces circonstances, «t toujours doux, tranquille, monotone et souvent revêt cette forme d»* marmottement que vous connaissez. Dans ces diverses variétés de formes, la terminaison est toujours le coma; les malades s'éteignent privés de connaissance avec une respiration sifflante et ster- Wrpuse, le plus souvent accompagnée de raies trachéaux.

ÏjR pouls, pendant toute la durée de Turémic à marche lente, ne présente pour ainsi dire aucune variation; il reste au chillVc normal ou à peu près. 1^ température, par contre, subit des modifications inléressantes à connaître. Le theiTnomùtre baisse d'une manière remarquable depuis le début de l'état urémique confirmé; le chiffre de :i6'* n'est pas rare dansées circonstances. A ce propos, je tiens à vous faire connaître les résultats récents qui ont été obtenus par lîourneville (I) dans ses recherches thermiques sur l'urémie. L'au-

1) Boiimeville, Etudes cliniques et thermornétriques sur les maladies du syslème nerveux, t^ fascicule; Urémie et çclampsie puerpérale; épilepsie et hystérie, 1H7U;

ifii) LES GRANDS mOCESStS MOnBlDCS.

leur, confoim<^ment du reste aux faits cités antérieurement par Koberts de Manchesler (1), Ilirtz de Strasbourg (2) et Ilutcbinson (3), a montré que, quelle que soit la forme de rurémie,on eonstiite dans cette affection une baisse notable de la température. Il cite trois cas où le ibermométre a marqué 3:2, 31, et 30". Vous le voyez, il y a à uic contradiction complète avec les assertions de Rosenstein que je vous ai primitivement fait connaître et qui veulent que, non-seulement pendant Taccès éclamplique de l'urémie, il y ait élévation notable de température, pbénomème facilement explicable par les contractions musculaires répétées, m:iis que celte élévation se remarque même pendant la période comateuse de la maladie.

Au moment où, de la période prodromique ou prémonitoire, l'urémie à marche lente va passer à la période d'élat ou de confirmation définitive, on voit s'aggraver les symptômes autres que ceux sur lesquels j'ai appelé votre attention. Les vomissemenU, la diarrhée deviennent souvent plus intenses; les troubles sensoriés, surtout ceux de la vue, augmentent ; Tamblyopie qui n'avait été que légère s'accentue de plus en plus et fréquemment Ton voit l'amaurose survenir amenant une cécité complète.

Tel est, messieurs, l'enseignement que nous apporte la clinique sur la maladie désignée sous le nom d'urémie ; telles sont les modalités morbides diverses que peut affecter ce processus morbide, résultant de la rétention dans le sang de tous les matériaux destinés à être rejetés par les voies urinaires. Si, mainlenani, jetant un coup d'œil en arrière, nous voulons apprécier d'une manière précise la marche de l'affection, novxs voyons qu'elle varie ; que tantôt, procédant avec une remarquable lenteur, elle peut mettre un grand nombre de semaines pour parcourir toutes ses périodes évolutives; que tantôt, au contraire, elle affecte une allure très-rapide. Mais, dans l'urémie aiguë, il importe cependant encore de distinguer deux formes au point de vue de la durée. Dans la plus grande majorité des cas, sans doute, il faut plusieurs jours, généralement trois pour aboutir à la terminaison mortelle; mais, à côté de cette régie, si je puis m'exprinïer ainsi, il est des exceptions. Parfois ce n'est mémo pas une journée entière que dure la maladie. Kn quelques heures, quatre heures, trois heures, deux heures même, on voit les malades

(ït Robert», The Lancel, 18C«, et The Palhologij of suppression of urine wiLh a «ij^, 187U.

c!) Hirti, art. ChaLEITi du Diction, de méd. et de chir. prai , IWI',1. «:J> HutcllinsoD, The american Journal ofUie médical sciences, I87U.

URÉMIIC ÉTIOLOGIE. â61

succx>mber aux alteintes du mal. C'est plus parliculièrement dans le lype comateux et dans la forme dyspnéique de Taffection, que Ton voit les accidents se précipiter avec celte marche foudroyante. Des faits de ce genre se rencontrent encore assez fréquemment dans la science et Jaccoud en signale trois exemples dans sa clinique médicale. J'extrais l'un d'eux de ce livre remarquable; il est de la plus haute importance, puisqu'il vous montrera comment la connaissance delà marche foudroyante de l'affection, peut faire éviter des erreurs très-graves, surtout au point de vue médico-légal. Le fait en queslion s'est passé en xVngleterre : « Un jeune homme qui avait de la diarrhée depuis quelques jours entre chez un pharmacien, et il avale séance tenante une potion contenant de la rhubarbe et un peu de teinture d*opium. Kn sortant de la pharmacie, il est pris de vertiges, de vomissements, et il perd connaissance. Reporté chez lui, il recouvre momentanément ses sens sous l'action d'une stimulation énergique ; mais bientôt il retombe dans le coma et il meurt. » Certes, voici un cas où l'on pouvait croire parfaitement à un empoisonnement. € L'autopsie a écarté cette idée et a démontré l'urémie ; les reins étaient atrophiés, l'urine était fortement albumineuse, le cerveau était chargé d'urée. »

L'urémie, vous ai-je dit au début decette leçon, est le résultat de faccumulation dans le sang des principes destinés à être éliminés par la voie rénale ; recherchons donc maintenant comment il peut >e laire qu'une semblable accumulation se produise, autrement dit, éludions les Cotises de l'intoxication urémique.

Le raisonnement simple nous fait voir à priori que l'élimination fe principes de désassimilalion est subordonné d'une manière rt>mplète à l'intégrité de la fonction des reins, et, par conséquent, iFinlégrité de la structure anatomiqne de ces organes sécréteurs. D'emblée donc nous pouvons dire que les lésions matérielles des glandes en question, si elles portent sur les deux reins, si elles ont une «Hendue suffisante pour entraver d'une manière notable la production de l'urine, seront les conditions proj)res au développement d^ Turémie. Mais, si nous nous en tenions à cet aperçu sommaire, DOS connaissances seraient bien imparfaites, et souvent le mécanisme de la production du mal nous échapperait. Les lésions rénales pouvant amener les manifestations urémiques sont nombreuses. Certaines d'entre elles, telles que le cancer, les tubercules, les kystes multiples, etc., sautent aux yeux si je puis m'exprimer ainsi; mais il en est d'autres qui, moins directement appréciables, peuvent

i9i I.KS (-.itANrts pno<>:ssrs HoniiiiiKs.

passer inapeiviies, ni qu'il importe li'avoîrpitîsontos à l'esprit. Moiihiitici.niessiciu'^.n'ostenaiiciino laron, (li'von3ri)irfîl'an;itoinie p»llK>lo;>iqiic cuinpli''t<t des: Imons rrnuloii pouvant amcn<M' riin-iiii<> : mais liifn de vous les monirer dans ce ipiVlic!! ont dVssentîel an point do vue de la naliidie ({iii nous ocnipe, et pour l>ii>n vous faire fuisk le inéeanismo patlio<;énifpie qui en 'dépend, je vous rappelle qun dans li'reinee sont plus sprcialcmentleseellulesépilliéliali's des ttiiies di; Kcrroin et de Henlo qui ont sous leur di''pen<i;ince lu Iniiction sécri''toire de l'ot^ane.

L'urémie a|)|»aniit, pour ainsi din- tonjoui's, lorsque les urines ont étr proalalileinenl mndifiées dans leiu- eonslitution, lorsque l'allmniine s'y rencontre. Or, si nous examinons les causes de l'albuminurie, nous voyons que celte manifestation syinploinalique mj rencontre dans un gnind nombi'e d'affertions. Kn première lipne les stj^scs dans la vciiic rénale qui peuvent reconnaître les causes Ifs plus diverses : llu-omboâes locales, an'cctions du cnnur droit, etc., sont très-ellicaces pour amener l'alhuminurie el, vous le verrez lorsque nous nous occuperons de ce proci'ssus morbide, rexpcrimontation pliysioluiiiquc, par la ligature de la veine rénale, a reproduit ce symptôme pallioli'triqne. Mais, lorsque de.s stases de ce Reiire arrivent à durer pendant un tfuips assez Ion):, il se produit un nouveau pliénouiène. Les épitliéliuius rénaux sont bientôt altérés dans leur nutrition intim<', ils sul)issent la dét^énérescence aihumineuse d'atmrd, |iuis la dégénérescence ^'raisseuse el, suivant alors la loi (générale de révolution de ces éléments nnalomiques, se détaclicnl en plus ou moins <>rand nombre des canaux qu'ils revêtaient antél'ienrenii.'nl. Uès lors la fonction urinaire est compromise d'une manièrr certaine. Les éléments celhilaires n'existant plus, l'ulbiimiiie n)nlinue à passer dans les urines et les substances excrémcntilifllcs ne pouvant plus être séciéténs par ies cellules, restent dans le san;; oii elles s'acrumulent de plus en plus. La lésion rénalo dans res circonstances peut cependant n'être que <!«• peu i\e v;ravU«; mais, si elle porte sur la gtinéralilé des tul>es réniuis., si c^Ve atta* i rein.', elle amène forcémonl i'ac.c\nnv\A;iVion t\aosw Uïimilalion et conséfjx-yawftftï^^ Vvivem»*' fùsmequc 6urviennc-i-^^„îo\i-AW'="^'^"^ ^'' e dans la scarlatine ^^fti \*=^ ^^"^"^

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l'KËHIE. ËTlOLOr.Et':. jffil

une vûritabie néphrite catarrliale et tes organes ayant perdu )eur revêtement épilhèlial se trouvent atteints dans leur fonctionnement physiole^ique d'une manière complète. Les urémies qui se, développent dans le cours de certaines fièvj-es graves, telles que le typhus, la fièvre typhoïde, le choléra, la fièvre jaune sont susceptibles de la même interprétation. Dans ces affections, c'est encore l'albuminurie qui ouvre la série des accidents et celle albuminurie qui, selon toute probabilité, ne résulte pas île lésions rénales primordiales, mais bien de modifications profondes dans la constitution du sang, arrive, lorsqu'elle a duré un certain temps, :V déterminer des altérations de structure des cellules épithéliales du rein.

ne iJ

pouvjnt prodiii

parfois même la desquamation de ces éléments anatomiqiics et A produire ainsi la lésion jîénéralricc des manifestations urémiqu'ts (lit;, là).

La maladie de Dright est sans contredit une des alVections qui iboutissent le plus fréquemment à l'uiémie. Or, vous le veri'cz, messieurs, cette maladie peut se présenter sous trois formes anatomiqucs assez distinctes : la néphrite parenchymateuse, la cirrhose rénale, la déuénérosconre ainyioïdc. Dans fune cl l'autre de ces formes, les tubes rénaux soûl profondément altérés dans leur structorn. Tantôt complètement obliténis par des amas de cellules épithéliales ou des coagulums librineux qui se forment dans leurs (arilés ; tantôt atrophiés et réduits à de véritables cordons fibreux ; parfois romprimés de toutes pails par du tissu conjonctif de nou- Hk formation, ces canaux sont incapables de remplir leur fonction pb^dogique. L'albuminurie est l'expression symptomatiquc conittmte de ces divers étals anatomiques et, lorsque la lésion, primili- TiBMt limitée, a envalii une grande proportion des canaux du rein.

URÉMIE. ÉTIOLOGIË. 205

dans les premiers temps de toutes ces aflections, Tempoisonnement urémiquc pourra résulter peut-être de rabsorption de l'urine située dans les conduits excréteurs; mais que bienlôt la sécrétion cessera de se produire dans le parenchyme rénal lui-même, et qu'alors les matières de désassimilalion s'accumuleront dans le sang. Des cas d*urémie produites à la suite de lésions de ce genre ont été cités par Foumier en 1867.

Les causes anaiomiques de l'urémie nous étani connues, éludions actuellement les causes physiologiques, si je puis m'exprimer ainsi. Lorsqu'on lit avec attention les observations d'urémie, on voit qu'elles sont susceptibles d'être classées en deux groupes bien tranchés. Dans les unes on remarque que la quantité d'urine rendue en 24 heures â considérablement diminué et que, de 1200 à 1500 grammes, son chiffre physiologique, elle est tombée à 500, 260, 240 grammes. On possède des cas où l'anurie était complète. Les autres observations n'offrent rien de semblable. Ici la quantité d'urine se maintient au chiffre physiologique, variant entre 1000 et 1500 grammes. Liebermeister a même rapporté une observation où le chiffre de l'urine était supérieur au chilTre normal. Il semblerait au premier abord qu'il y ait dans ces laits quelque chose de contradictoire. Il n'en est rien cependant, messieurs, vous allez le comprendre. D'un autre côté, il n'est pas rare de voir chez des malades la quantité d'urine s'abaisser d'une manière considérable, tomber au quart du chiffre normal, sans que l'on voie survenir les accidents urémiques, et voici un nouveau fait qui peut paraîtie également surprenant. Si vous vous rendez un compte exact de la nature de. la sécrétion urinaire, ces contradictions vous seront facilement expliquées. Ce qui caractérise la fonction des reins, et Jaccoud l'a parfaitement fait ressortir dans ses leçons de clinique médi«îale,ce n'est pas l'élimination d'une quantité plus ou moins grande d'eau purement et simplement, mais bien la séparation du sang des déchets de la nutrition organique, des produits de désassimilalion que l'on trouve dans l'urine. De cette seule considération découlent les vérités suivantes :

Les urines peuvent être rares, leur quantité peut tomber bien audessous de la quantité normale, et cependant la fonction des reins peut s'exercer d'une manière complète. Les urines peuvent être trèsabondantes, surpasser de beaucoup même la quantité rendue physiologiquement en 24 heures, et cependant, avec un semblable état, les produits de désassimilalion s'accumuleront dans le sang. En d'autres termes, ce n'est en aucune façon sur la quantité d'urines

H'iê LKS r.RANDS PROCESSUS MORBIDKS.

rendues que Ton peut établir un juj^ement sérieux, mais bien sur la qualité de cette excrétion physiolo^rique.

La clinique, du reste, nous renseigne d'une manière complète à cet égard. Lorsque des cas se présentent où la quantité des urines rendues tombe bien au-dessous du chilTre normal, sans qu'il y ait apparition des accidents urémiques, ces urines sont foncées en couleur, épaisses quelquefois; elles laissent déposer presque toujours des matières solides, en un mot, elles sont sursaturées des principes de désassimilation. Lorsqu'au contraire nous iissistons au développement de l'urémie, coïncidant avec une émission normale d'urines, ou même avec une production exagérée de ce liquide excrémenlitiel, ces urines sont pâles, très-limpides, sans dépôts; elles sont dépourvues des déchets de la nutrition organique intime. 11 est poui* apprécier cette qualité de l'urine au point de vue général du rejet au dehors des principes de désassimilation, un critérium qu'il ne faut jamais manquer de consulter, c'est la densité de ce liquide. Suivant, en effet, que les urines seront denses ou non, on peut juger avec toute la certitude désirable, de l'état de la fonction rénale. Mais ici, messieurs, je dois vous mettre en garde contre rer- Uiines causes d'erreur. La densUé des urines qui, d'après Rayer, est de 1018 à l'élal normal, est sujette à des fluctuations nombreuses. Suivant le moment où l'on examine ce liquide, on peut obtenir de notables différences qui, dans la circonstance présente, seraient excessivement préjudiciables au jugement médical, il est donc nécessaire, dans ces cas, d'opérer sur la masse totale des urines rendues en 24 heures, et Ch. Robin insiste à ce sujet avec raison dans son traité des humeurs normales et morbides. Lors donc que le densimètre vous donnera un chiffre bien inférieur au chiffre physiologique, alors même que la quantité de la sécrétion serait égale à la quantité normale, alors même qu'elle serait supérieure, soyez sur vos gardes; les principes de désassimilation ne sont pas rejetés par la voie rénale; ils s'accumulent dans le sang, et l'urémie est en puissance. Lors donc au contraire que vous constatez avec une diminution énorme de la quantité du liquide urinaire une sérieuse augmentation de la densité de ce liquide, vous pouvez être sans crainte dans l'immense majorité des cas; ce n'est que l'eau qui fait défaut, et le rejet des principes de désassimilation s'opère malgré cette diminution d'eau dans la sécrétion.

Examinons comme preuve de ces faits quelques observations cliniques. Je vous ai dit qu'il existait dans la science des cas oiî

URÉMIE. ÉTIOLOOIE. W

rurémie s'était produite alors que la quantité d'urine était égale et même supérieure u la quantité physiologique. Je trouve dans Bennett une observation d'urémie où le malade rendait un litre et demi d'urines en vingt-quatre heures, quantité physiologique comme vous le voyez; mais la densité de ce liquide était de 1007 au lieu de i018. Dans l'observation de Liebermeister que je vous signalais tout à l'heure, le malade rendait au maximum 2000 gr, d'urines, mais cette urine ne pesait que 1013 au densimëtre.

11 ne vous faudrait cependant pas attacher une confiance aveugle aux résultats fournis par l'examen densimétrique des urines seul. Il est des cas, assez rares sans doute, où la densité de la sécrétion peut être assez élevée et dans lesquels cependant l'élimination des principes de désassimilation peut ne pas avoir lieu. Supposez, en eflet, un cas de néphrite catarrhale avec une énorme desqua* mation épithéliale des tubes rénaux. L'urine que vous examinerez, si vous n'avez pas soin de la laisser déposer, pourra vous donner une densité assez élevée alors qu'il y aura peu de principes de dénutrition. Il faut donc, à l'examen densimétrique ordinaire, joindre l'examen microscopique qui vous renseignera sur la nature des dépôts urinaires et vous permettra d'une manière déflnitive de juger de l'état de la fonction physiologique dont la suspension a pour effet de produire la maladie qui nous occupe.

Que si maintenant nous voulons examiner, au point de vue de leur mode d'action, les différentes causes anatomiques que nous avons étudiées précédemment, nous voyons que les lésions portant sur les uretères, les bassinets, les calices, ont pour effet de supprimer in toto la sécrétion rénale; que les dégénérescences ordinaires des reins ; cancers, tubercules, dégénérescence caséeuse, ;i«isscnt de la même manière; qu'il en est encore ainsi des différentes formes de la maladie de Bright, lorsqu'elles sont arrivées à la période ultime de leur évolution; mais que ces mêmes affections avant celte période, et celles qui, classées sous la dénomination jrénérique de néphrites catarrhales, se développent dans le courant de la grossesse, des lièvres graves des maladies cardiaques, etc., agissent plus spécialement en modifiant la qualité de la sécrétion urinaire, en s'opposant en un mot au rejet des principes de désassimilation.

En dehors de ces lésions de l'appareil urinaire qui amènent à leur s!iite les manifestations urémiques, on peut voir, rarement il est vrai, l'affection se développer dans d'autres circonstances. Lorsque

chez des malades on rencontre des épanchements séreux abondants: œdème du tissu cellulaire, ascite, hydrolhorax et que, rapidement, instantanément pour ainsi dire, ces épanchements repris par la circulation viennent à disparaître, les accidents urémiques peuvent se manifester. Ces faits n'ont rien qui puisse vous surprendre si vous avez présente à l'esprit la composition chimique des liquides épanchés en question. Outre que leur résorption fait pénétrer dans les vaisseaux une grande quantité d'eau qui augmente de beaucoup la pression intra-vasculaire, il en résulte le passage dans le sang d'une proportion notable de principes de désassimilation. Voici en effet quelle est à c^ point de vue la constitution des diverses sérosités morbides. Dans la sérosité pleurale on trouve : lactales de 1 à2 pour 1000, principes cristallins organiques et urée de3à17, cholestérine et séroline avec corps gras de I h 3. Dans la sérosité péricardique de l'homme il y a de 8,!21 à 1^2,60 de principes de désassimilation pour 1000 de liquide. Le liquide péritonéal, dans les cas d'ascite, renferme jusqu'à 4 gr. 20 d'urée; de 0,!22 centigrammes a •S grammes de cholestérine et de séroline, des lactates a la dose de 1 gramme 05 à 2 grammes et enfin de 4 à 8 grammes de principes dits extraclifs. Pour la sérosité des œdèmes,. on y troiive de 3 à 3 grammes d'urée et de lactates alcalins.

En présence de ces données on peut concevoir comment le développement des accidents urémiques puisse coïncider avec la disparition des hydropisies, si plus particulièrement dans ces cas, il ne s'établit pas en môme temps une exagération notiible dans le fonctionnement des appareils de dépuration du sang, c'esl-a-dire du côté des reins ou de la peau. Dans son Traité des maladies des reins, Rosenstein cite un cas de ce genre où le malade succomba en deux jours, avec des convulsions urémiques à la suite de la disparition d'un œdème, disparition qui avait eu lieu dans le courant de la journée même où se montrèrent les premiers symptômes de l'affection.

Sous le rapportdelafréquence de l'urémie il est à remarquer que certaines contrées paraissent jouir du triste privilège de favoriser le développement de l'affection. C'est ainsi qu'en .Angleterre l'urémie, suivant Bright et Christison, serait d'une fréquence exceptionnelle. D'après le premier de ces auteurs il y aurait sur 70 cas de mort, 27 cas d'urémie, soit -.. Les chiffres de Christison (1) sont bien

(h Christison, cilë par Rosenstein,. /oc cit.

CRÊMIK. ÉTIOLOGIE. 269

plus élevés encore : sur 16 morts il y aurait d'apreà lui iO uréuiiques, soit j^. En Allemagne la maladie serait beaucoup moins fréquente : Frerichs (I) la signale comme cause de mort 5 fois sur 21, suit yi et à Dantzig il n'y aurait que 12 urémiques sur 157 décès,

soit ^. En France cette affection serait moins fréquente encore.

h Frcricli;, Unler.^uvhungen iiher den Uiàinisclien Processy 181)5.

i'iO LES UkANbS l'ftOCESSl'S MOItltlbES.

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