‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 53 sur 217 · CINQUANTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUANTIÈME LEÇON

Rhumatûme (saite). Rhumatisme articulaire chronique et ses quatre formes typiques. Forme fibreuse du rhumatisme chronique. Rhumatisme musculaire %

Messieurs,

Continuons aujourd'hui la description des manifestalions localisées du processus rhumatismal.

Le rhumatisme articulaire, au lieu d'aflecter la marche aiguë que je vous ai décrite, peut suivre une marche plus lente, s'accompagner de phénomènes fébriles moins accentués et se dépouiller des caractères qui constituent une maladie aigué sans prendre ceux d'une affection réellement chronique. On le désigne alors sous le nom de rhumatisme subaigu; c'est lui que Mac-Leod(l) a appelé liiumalisme capsulairc. Sa caractéristique consiste dans une moindre intensité du mouvement fébrile, dans une plus grande fixité des localisations articulaires contrastant avec la grande mobilité que présentent ces localisations pendant Tétat aigu. Sa durée est également plus longue et, tandis qu'en moyenne le rhumatisme articulaire aigu dure de vingt-huit à trente-cinq jours, on voit ordinairement la forme subaigiië se prolonger deux mois et deux mois et demi. Comme pendant la forme aiguë cependant, l'organisme se trouve profondément atteint et l'anémie concomitante est tout aussi [Tononcée et tout aussi durable. Enfin des localisations sur les >éreuses, sur le cœur, vers Tencéphale ou vers d'autres organes peuvent se montrer également pendant l'évolution de celte forme du rhumatisme articulaire.

Le rhumatisme articulaire chronique se présente sous des formes variées qu'il est cependant possible je crois de ramener à quatre types assez bien établis.

Lf première des formes typiques est celle que la plupart des auteurs appellent rhumatisme noueux^ et qui, sous le nom de

•Il Mac Leod, Treatise on Rheumatism in ils varions fornis, 1812.

rhumatisme goutteux, a été souvent confondue avec la goutte. Cette forme était appelée par Landré-Beauvais(l) goutte aslhénique f>rîmitive, IIaygarth(2) lui donnait le nom de nodosités des jointures. C'est sans contredit la plus grave des formes du rhumatisme articulaire chronique et, comme elle affecte presque toujours une marche progressive, envahissant successivement les articulations où elle se fixe et déterminant le plus souvent des altérations irréparables, il est juste de la désigner avec Charcot sous le nom de rhuma^ tisme articulaire chronique progressif.

Le processus morbide frappe dès son début les petites articulations et toujours, pour ainsi dire, contrairement à ce qui se passe dans la goutte, ce sont les articulations des membres supérieurs qui sont atteintes les premières. Généralement aussi, comme il résulte des observations de Budd (3), de Romberg (4) et de Charcot, les mêmes articulations des deux côtés du corps deviennent malades et, par conséquent, les lésions sont bilatérales et symétriques. Il est toutefois des exceptions à cette règle ; Ton peut voir les articulations d'un seul côté élre prises tout d'abord et celles de l'autre côté n'être atteintes qu'ultérieurement. Sous le rapport de la rapidité d'envahissement successif des jointures, il semblerait qu'il existe une relation remarquable entre elle et l'âge des sujets. Le plus généralement, chez les sujets ayant atteint l'âge de quarante ans et au-dessus, on voit le processus rhumatismal marcher de la périphérie au centre, intéressant tout d'abord, et à chaque main, les articulations mélacarpo-phalangiennes de l'index et du médius, frappant ensuite les autres doigts, puis le coude et l'épaule pour porter ultérieurement son action sur les membres inférieurs en suivant la même marche centripète. Au contraire, si la maladie s'établit chez des sujets de seize à trente ans, il n'est pas rare qu'elle se généralise d'emblée. Dans ce cas sa marche est souvent rapide, tandis que, dans le cas précédent, elle affecte toujours une certaine lenteur. 11 ne faudrait cependant pas considérer ces notions comme des régies absolues ne souffrant aucune exception. Avec raison Charcot a montré que souvent, chez les femmes arrivées à l'époque de la ménopause, on voit le processus rhumatismal débuter brusquement, avec des

(1) LandnvBtMiivais, Doit on admettre une nouvelle espèce de goutte soui la dénomination de goutte asthénique primitive? (thèse de Paris, an VIII;. (i) Haygarth, A clinical llintonj o[ ihe nodosity of the Joints, 1813. (3j Budd, cité par (Iharcot, loc. cit.

(4; Romberg, Klinisciie ErgebniêtCf 18^U>.

allures d'une affection aiguë» frapper an grand nombre de jointures à la fois et se généraliser presque immédiatement. J'ai eu moimême roccasion d'observer un cas de ce genre. Voici maintenant un tableau emprunté à Charcot et montrant la fréquence du début de la maladie par les différentes jointures.

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