CINQUANTE ET UNIÈME LEÇON
Rhumatisme (suite). — Localisations rhumatismales. — Appareil circulatoire : cour, artères, veines. — Appareil respiratoire : larynx, bronches, poumon, plèvre. — Appareil digeslif : arrière-gorge, estomac, intestin, péritoine. — Appareil urinaire : rein, vessie. — Peau. — Système nerveux : encéphale, moelle, nerfs périphériques. — Appareil visuel. — Utérus.
Messieurs,
Les grandes séreuses viscérales et les membranes analogues, telles que Tendocarde, sont, après les articulations et les muscles, les organes les plus fréquemment frappés par le processus rhumatismal. Par ordre de fréquence il convient de citer le péricarde, l'endocarde, la plèvre, le péritoine, les méninges. Les altérations qui se développent dans ces cas sont de nature inflammatoire ; elles donnent lieu à des endocardites, à des péricardiles, etc., qu'en msonde leur origine étiologique on qualifie d'endocardites, de péricardiles rhumatismales. Il serait faux de croire que les atteintes rhumatismales sur les séreuses viscérales doivent être considérées comme des complications simples du rhumatisme articulaire aigu ; on sait, en elTet, que les lésions des séreuses peuvent sunenir avant l'apparition de toutes manifestations articulaires; on sait encore qu'elles peuvent se montrer dans le cours du rhumatisme articulaire chronique; enfin on peut voir certaines d'entre elles, la péritonite et la pleurésie par exemple, alterner aver. les accidents articulaires. De même ce serait à tort qu'on les considérerait comme de véritables métastases, en donnant à ce terme sa signification ancienne ; s'il est, en effet, des cas où l'apparition des inflammations séreuses s'accompajçne <le la cessation des phénomènes articulaires, le plus souvent, pendant que se manifestent ces localisations rhumatismales sur les séreuses viscérales, l'étal articulaire n'est en aucune façon modifié. Kn raison de la frécjuence des localisations rhumatismales sur les séreuses, je devrais dès maintenant vous en donner la description; mais comme les phénomènes pathologiques qui s'y montrent sont en rapport avec les appan.'ils spéciaux à chacune de ces membranes, je crois plus utile de vous les décrire en même temps
PÊRICâRDITE rhumatismale. 347
que les manifestations du rhumatisme sur les divers organes de chacun de ces appareils.
Du côté de Vappareil circulatoire les localisations rhumatismales peuvent atteindre le cœur, les artères et les veines. Au cœur, par ordre de fréquence, le rhumatisme frappe le péricarde, Tendocarde et le mvocarde.
La périeardite rhumatismale est extrêmement fréquente; d'après les recherches de Bouillaud, sur cent cas de rhumatisme, on Tobservcrait cinquante fois. Elle survient plus spécialement dans le cours du rhumatisme articulaire aigu et, suivant Ormerod (1) et BamberjTPr (2), son invasion coïncide ordinairement avec la période d'acmé, pendant la seconde semaine de l'affection articulaire. Parfois, comme l'ont démontré les observations de Graves (3), de Jaccoud (4), de Stokes (5) et autres auteurs, la périeardite ouvre la scène pathologique et persiste pendant plusieurs jours avant que se montrent les localisations articulaires. Enfin, le péricarde peut aussi être frappé pendant le cours du rhumatisme articulaire chronique. Charcot rapporte, en effet, que, sur neuf autopsies qu'il a pratiquées avec Cornil (6). il a trouvé quatre fois l'inflammation de cette membrane. Des cas analogues ont été rencontrés par MM. Mauriac et Martel. Dans les cas de Cornil, deux fois la périeardite était ancienne et s'accompagnait d'adhérences générales de la séreuse. La périeardite du rhumatisme chronique, du reste, se manifeste plus spécialement lorsque l'affection articulaire présente des cxacerbations qui la rapprochent de l'état aigu.
Quel que soit le moment où se montre l'inflammation du péricarde, elle suit la marche habituelle des inflammations des séreuses. Les cellules épithéliales tombent, il se forme un exsudât séreux ou parfois même séro-fibrineux qui persiste pendant un temps plus ou moins long et qui plus tard est repris par absorption. En même temps, à la surface du péricarde se forment des néomembranes qui parfois se recouvrent de saillies villeuses et qui, plus rarement, donnent lieu à la formation d'adhérences entre le feuillet viscéral et le feuillet pariétal et peuvent aboutir à la disparition totale de la cavité péricardique et à la symphyse cardiaque. Ces lésions s'accu-
(li Onncrod, On rlieitmatic and non rlieumatic Pericardilts, 1853.
ii) Bamborger, Deitràge iur Physiologie und Pathologie des Ilenens, 1856.
i'.i) Graves, Clinique médicale, traduction française, 1861-1863.
«il Jaccoud, Cliniifiie médicale, 1869.
!.'>; Sttkes, cité par Jaccoud, Pathologie interne.
'6) Cornil, Société de biologie, 1865.
sent par les symptômes ordinaires de la pcricardile. C'est alors que Ton constate la douleur précordiale, la dyspnée qui cependant peuvent souvent manquer, puis la diminution de force des battements cardiaques, la petitesse du pouls, les bruits de frottement se montrant au début, disparaissant avec la production de Tépanchement pour faire place à Taffaiblissement des tons normaux du cœur et se montrant de nouveau lors de la résorption complète de Tépanchement et de la foimation des saillies villeuses. C'est alors que Toii conslale de même Texagéralion de la matité précordiale et, quand des adhérences se sont produites et ont amené la symphyse cardiaque, la dépression de la paroi thoracique au moment de la contraction du cœur et son soulèvement au moment du relâchement de cet organe, dépression systolique, soulèvement diastolique, qui ont la plus grande importance au point de vue du diagnostic de la lésion anatomique.
Malgré les exagérations qui ont eu lieu au point de vue de la fréquence de y endocardite rhumatismaley exagérations dues à ce que, pendant le cours du rhumatisme articulaire, en raison de Tapparition rapide de lanémie, des souffles cardiaques apparaissent souvent sans être liés à l'inflammation de l'endocarde, on peut cependant dire que cette manifestation du rhumatisme est très-fréquente puisque, d'après les recherches de Trousseau, de Bamberger, de Jaccoud et de Lebert (i), elle se montre vinq-cinq à vingt-huit fois sur cent. Plus du quart des rhumatisants en sont donc atteints. L'endocardite apparaît généralement dans la seconde semaine de l'évolution du rhumatisme articulaire aigu; parfois elle survient dès la première semaine, parfois aussi dans la troisième. Dans d'autres cas, on la voit ouvrir la scène pathologique et ce n'est que plus tard que se montrent les localisations articulaires. Leberr, Fuller (2), Trousseau et, dans ces derniers temps, M. G. deFayolle, ont rapporté de nombreux exemples de ce genre. Enfin, comme la péricardite, l'endocardite peut se produire pendant le cours du rhumatisme articulaire chronique et dans le rhumatisme sub-aigu. Les faits cités par Romberg (3), Trastour (4), Beau (5), Charcol, établissent la réalité du développement de l'endocardite pendant l'évolution du
(1) Lebert, KUnik de$ akuten Gtlenkriieumatismus, 1860.
(2; FuUcr, On rheumatism^ Hieumatic goût and »cûi/ica, 1852.
(3) Romberg. Klinische Ergebnitse, 1846.
(i) Trastuur, tliôse de Paris, 18.>3.
(5) Beau, Gaiette des hôpitaux^ 1864.