RHUMATISME CÉRÉBRAL
Si Ton consulte les lésions anatomiques, on arrive à des résultats très-divers. 11 est certain que dans un grand nombre de cas et, suivant Bouchut, dans presque tous, il s'agit ici d'une méningite spéciale (méningite rhumatismale) dont Requin (1), Gosset (2), Trousseau (3), ont rapporté des exemples. Pour Bouchut cette méningite serait caractérisée par une forte congestion cérébrale, accompagnée d'une inGItration des méninges et de la substance corticale du cerveau par un plus ou moins grand nombre de leucocytes. Ce qui le prouverait encore, c'est que l'examen ophthalmoscopique démontre dans ces cas les lésions caractéristiques d'une inflammation des méninges avec violente congestion cérébrale. On constate, en effet, rhj-perémie de la papille, le rétrécissement de l'artère rétinienne, la couleur foncée de la choroïde, la dilatation des veines de la rétine, leur flexuosité et enfin l'apparition d'un très-grand nombre de vaisseaux capillaires invisibles dans l'état physiologique. Cependant il est fréquent de ne rencontrer aucune lésion anatomique Susceptible de rendre compte des phénomènes observés pendant la vie. En présence de ces faits négatifs, certains auteurs, notamment Bourdon (4), Yigla (5), Cossy (6), ont pensé que la lésion n'était autre qu'un état congcstif, une fluxion réelle, très-intense pendant la vie, mais ayant disparu après la mort. Considérant que l'apparition des accidents cérébraux coïncide souvent avec la cessation des phénomènes articulaires, ces auteurs admettent qu'il s'agit alors d'un déplacement du mal, d'une métastase vers le cerveau, pour employer l'expression reçue. D'autres pathologistes, parmi lesquels il faut citer Aran (7), Leberl (8), Sée (9), ont comparé le rhumatisme cérébral à l'empoisonnement urémique. Lebert a même prétendu qu'il s'agissait là d'une véritable intoxication par l'urée et Fordos(IO), dans un cas de ce genre, ayant trouvé la quantité d'urée augmentée dans le sang, a tmis la même opinion. C'est pareillement à l'idée d'une intoxication que s'est arrêté Andrew (11) dans ces derniers temps. Sans spécifier
(Il Requin, CMnique médicale^ 1837.
(2i Gosset, Société méd. hôp. PariSt 1851.
l3) Trousseau, Clinique médicale.
\A} Bourdon, Union médicale ^ 1851.
{h) Vigla, Arch, gên. de méd.^ 1853.
(6/ Cossy, Arch, gén. de méd.y ISô-l.
(7 1 Aran, Gai. des hôp. y 1860.
(8, Ubert, Klinisk des acuten GelenkrfieumatismuSf 1800.
•9» Sce, Union méd. t 1857.
flO; Fordos, cité par Gukneau de Mrssv, loc. cil,
(U) Andrew, Cases of rheumalic Fever wiUihigh température, 1874.
la nature du poison agissant dans ces cas, l'auteur pense que les accidents sont dus à rinsulTisance de rélimination d'une matière morbifique par la peau. Enfin une dernière hypothèse avait été émise par Jaccoud qui Ta rejetée cependant plus tard. Elle consistait à considérer les symptômes nerveux comme le résultat de Télévalion thermique elle-même. Dans nos études sur la fièvre, je vous ai fait voir que l'élévation de la chaleur animale élait susceptible de produire de graves accidents nerveux; mais tous les cas de rhumatisme cérébral ne sont pas accompagnés d'une surélévation thermique et, par conséquent, celte interprétation ne peut être acceptée. Déjà je vous ai signalé l'opinion de Bouchut qui croit à l'existence d'une méningite rhumatismale dans tous les cas de ce genre. Sans se prononcer d'une manière affirmative, cet auteur paraît disposé à admettre une localisation de Tinflammalion méningée en rapport avec les formes cliniques que je vous ai décrites. Dans la forme délirante, il serait possible qu'il y ait une méningite de la convexité encéphalique, tandis que, dans la forme asphjTcianlc, la lésion pourrait être localisée à la base de l'encéphale, plus spécialement peut-être vers le bulbe, au voisinage de l'origine des nerfs pneumog^astriques.
Quoi qu'il en soit de ces interprétations, il est parfaitement établi que le processus rhumatismal peut produire des manifestations aiguës du côté de l'encéphale, que ces manifestations sont le [dus souvent très-graves, puisqu'elles peuvent entraîner la mort avec une effrayante rapidité et que, dans la plupart des cas, elles s'accompagnent d'une surélévation de la température animale qui ne doit jamais nous échapper, puisque, nous le savons, elle crée par elle-même un danger considérable pour la vie des sujets atteints. C<^pendanl le rhumatisme cérébial n'est pas toujours mortel; dans quelques cas, rares il est vrai, les accidents s'atténuent graduclle- , ment ri la gu/^rison survient. En parlant du traitement je vous montrerai les rcîjsources de la thérapeutique bien (liri;i«'e dans ces cas. 11 est aussi nécessaire de savoir, coninio Ta très-bien fait observer Trousseau, que le rhumatisme cérébral frap|)c pluspartirulièrement les sujets nerveux, irritables ou ceux qui font abus des boissons alcooliques.
Dans le rhuinalisnie cérébral à marche lente, les malades sont pris d'une opiniâtre céphalal;::ie à laquelle succède un délire le plus souvent tranquille et monotone, ne se montiant que pendant la nuit dès le début, |)uis devenant ensuite' continu. De temps ft autre des exacerbations surviennent, et quelquefois le délire est si intense qu*il