‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 66 sur 217 · RHUMATISME. TRAITEMENT · texte numérisé non relu

RHUMATISME. TRAITEMENT

la maladie et en diminuant les risques de complications qui appartiennent en propre à cette affection. Je ne puis me prononcer par moi-même sur la vérité de ces assertions, mais j'avoue que toujours je me défie des médicaments présentés à tilre de spécifiques. Vous ne devez jamais oublier, en efîet, que certains rhumatismes articulaires évoluent très-rapidement, ont une durée très-courte, et que, même avec une complète abstention médicale, on les voit disparalu^ en 5, 8 et 10 jours.

Toutes ces réflexions vous prouvent que, dans le rhumatisme articulaire aigu, l'indication morbide ne peut être remplie dans l'état actuel de la science, et que la médication rationnelle doit s'appliquer, par le fait, à remplir les indications symptomatiques. Cependant, l'usage des alcalins, notamment du bicarbonate de ^ude et de potasse, préconisés déjà par Reight, en 1847, puis par Garrod et Dickinson, parait avoir donné d'assez bons résultats. D'après Béhier (1), à la dose de 16 à 20 grammes par jour, ces sels alcalins rendraient des services incontestables. Cet auteur rapporte que, sur 48 malades, un seul a présenté un bruit de souffle au cœur, tandis que la proportion dans la production de ce symptôme est ordinairement de 1 sur 3. Le nitrate de potasse réussirait également dans un gi*and nombre de cas. D'après Bennett (2), son usage amènerait rapidement l'établissement des sueurs et une augmentation de la sécrétion urinaire ; ces phénomènes seraient bientôt suivis de la chute de la fièvre et de la disparition des douleurs.

1^ traitement symptomatique du rhumatisme articulaire aigu s'adresse d'une part h Tétat fébrile, d'autre part aux localisations articulaires. Contre l'élément (lèvre on peut recourir à la médication que je vous ai exposée en étudiant le processus fébrile. Et, défait, la digitale, la vératrine, le sulfate de quinine, les antimoniaux ont été employés et le sont encore tous les jours dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Ces médicaments produisent leurs effets ordinaires; ils abaissent la température et le pouls plus ou moins rapidement, suivant la violence de la fièvre, suivant le nombre des articulations envahies. Toutefois, le sulfate de quinine, à tort ou à raison, car la démonstration de ce fait n'est pas encore certaine, a été accusé de prédisposer au rhumatisme cérébral, et il est plus

i\) Béhier, Leçon clinique sur un cas de rhumatisme articulaire aifju. (Gai. des hôp.^ 1875.)

(2) Bennett, Leçons cliniques sur les principes et la pratique de la médecine^ Masson,

sage, surtout chez des malades nerveux et excitables, de ne pas y avoir recours; Guéneau de Mussy (1) rapporte que, depuis une vingtaine d'années qu'il y a renoncé, il n'a pas observé un seul cas de rhumatisme cérébral. Peut-être y a-t-il simple coïncidence ; mais l'autorité de ce maître doit faire tenir grand compte de ses avis. Le colchique, depuis Haden, 1820, a été utilisé dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Kuhn, Maclagan, Guéneau de Mussy, l'ont employé sous forme de colchicine, de teinture de bulbe, de teinture de semences. Ce médicament, suivant ce dernier auteur, abattrait la fièvre au bout de trois jours et diminuerait l'inflammation des jointures. Il faut, toutefois, en surveiller l'usage, car il détermine rapidement des diarrhées très-intenses et très-graves. Quant à la saignée, si fréquemment employée autrefois, elle doit être repoussée complètement, en raison du développement rapide de l'anémie rhumatismale. Dans les cas seulement où des hyperémies cérébrales et surtout pulmonaires viendraient a se montrer, il faudrait y avoir recours. La médication antipyrétique par le froid, comme vous le verrez dans un instant, a donné de remarquables succès dans le traitement du rhumatisme cérébral; elle a été employée dans le rhumatisme articulaire aigu ordinaire par Maurice Raynaud (2). Chez un malade, dont les grandes articulations étaient prises et dont la température était de SO"* 4, cet auteur obtint en trois jours la chute de la fièvre et la guérison suivit rapidement. Cependant, les résultats n'ont pas toujours été aussi favorables, el je crois que cette méthode n'a pas encore été suffisamment étudiée pour qu'on puisse la juger en parfaite connaissance de cause.

Le traitement local est dirigé contre les localisations articulaires. Ici tous les topiques que l'on emploie dans le traitement des inflam • mations ont été mis à contribution. Les émoUients, la chaleur, les astringents, les révulsifs plus ou moins énergiques, teinture d'iode, vésicatoires, etc., sont journellement utilisés. I^s vésicatoires rendent souvent des services réels. Gubler a préconisé le traitement par les applications fi^oides et aurait obtenu des résultats satisfaisants.

Dans ces derniers temps plusieurs autres médications ont encore

(1) Guéneau de Mussy, Clinique médicale^ 1874.

(â) Maurice Raynaud, Etsai d application de la méthode det bains froids au traUt-' ment du rhumatisme articulaire fébrile, (Union médicale, 1875.)

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