‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 71 sur 217 · I . Cn (atdpau csl uni|>iimlL- ù l'ai · texte numérisé non relu

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il2 LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

presque toujours atteintes par une indammation chronique, f^ plus souvent, lasynoviale est rouge, injectée et, si les lésions sont constatées à une époque voisine de l'attaque aiguë de la goutte, il y a un épanchement dans la jointure. Jamais on ne constate de suppuralion des articles. Dans la goutte ancienne, assez rarement à la vérité, on rencontre les lésions de l'arthrite sèche. Les cartilages sont alors érodés, en partie détruits ; il y a des stalactites et des bourrelets osseux, analogues à ceux que nous avons étudiés dans le rhumatisme chronique. Il peut même arriver qu'il y ait ankylose consécutive, et celte ankylose, qui se réduit souvent à une simple rigidité, peut aller jusqu'à l'ankylose osseuse, comme il résulte des observations de Garrod etdeRanvier. Cette lésion survient parfois dés le premier accès de goutte; Todd et Trousseau (I) en ont signalé des exemples. Quant aux os, ils sont i-arement affectés primitivement; il est rare qu'il s'y fasse des dépôts uratiques; quelquefois cependant Finfilti^ation, dépassant la couche cartilagineuse, atteint le tissu osseux luimême.

Les lésions sous-cutanées consistent en des tophus d'urate de soude semblables à ceux qui se développent autour des articulations. Ces concrétions, d'après les observations de Charcol, affectent trois périodes évolutives. Elles sont molles dès le principe, puis se durcissent pour former de petites nodosités blanchâtres; elles peuvent enfin tomber après avoir ulcéré la peau. L'ulcère se comble par un tissu cicatriciel. On les rencontre plus spécialemeni sur l'oreille externe, comme l'ont montré Scudamore et Cruveilhier; généralement alors elles siègent sur le bord de l'hélix, parfois sur l'anthélix ou la face interne du pavillon. Sur 37 cas dr goutte, Garrod a trouvé m fois ces tophus de Toreillc, et, d'après les recherches de Fernel, de Garrod et de Charcot, on peut même souvent les obsei-ver longtemps avant l'apparition des attaques de goutte articulaire, il y a sept ans, j'ai trouvé ainsi des concrétions du bord de l'hélix chez un de mes miilades; celui-ci n'avait jamais eu d'attaque sur les jointures et, cette année seulement, il a eu un accès localisé sur le gros orteil gauchi;. En dehors de l'oreille, leur siège le plus fréquent, on trouve des tophus sur les paupières, aux ailes du nez, à la paume des mains, dans les corps caverneux, à l'exlrémité des doigts et dans les téguments de la face. Parfois ces concrétions sous-cutanées gagnent la profondeur des tissus, intéressont les parois des veines et même

i\) Troii^sr^aii, Clinique médicale.

lidlTTE. LÉSIONS AN AT(li1 lOU ES. REINS, H;l

les Ironcs nerveux; Cliurcot el Cornil ont vu le névrilème envaliî par des d<ipôU in'aliques,

Les reins diins lu goutte sont très-rrùquemmenl lesiAge de lésions analootiques el, d'après Gari'od, ces lésions, sous une forme ou sous fioe autre, seraient constuntcs. Elles exislent sous trois formes difiJérentes:

Tantôt on trouve dans les reins des dépôts d'acide urique et celle tltéralion lénale, qui a été désignée sous le nom de néphrite gtniltetise par Riiyer el sous celui de gravelle du rein par Charcol, résulte, «elon lotite apparence, du dédoublement, dans les lube^ finaux, des unîtes en acide urique. Elle consiste dans la présence ie dépôts de petits grains, de couleur jaune ou rouj^e, formés d'acide >«rique et siégeant h la surface du rein, dans lu substance corticale, Uibuleuse, dans les papilles, les calices et même dans le bassinet. J)biis ces dernières régions île l'organe, les concrétions uriques, «érilables calcids rénaux, peuvuul parfois atteindre un volume con- Sdérabte. Généralement les reins, qui renferment ces concrétionsel Cfes calculs, sont enflammés et l'on y constate les caractères de la néphrite chronique inlei-stilielle. Paifoi», suilontsi les calculs siègent •éu\& les calices ou le bassinet, il j a m ftunmalion suppuralive de ces org;ane<i la n]uqueur.e est rouge livide, tpaibSK yfH même ulcérée. Le pus du bas^met est fe plus souvent visqueux et épais hnlm dans quelques cas rares, le tissu lenal apalgTé la présence des concrétion'; • a qoestion, ne nmntre aucune altération.

Tantôt, au lieu d'acide urique, ce sont des urates '|ue l'on trouve dans les reins. la lésion, qui a été décrite pur de Casldnau<1), Todd {%), Garrod et surtout iUil I3iarcût et Cornil, est la suivante : Sur les iâ^ <"

coupes du rein, on trouve des infarctus pMmsl, v 4*111316 de soude. Ils consistent en des Ij^^ groupes de crisUmv prismatiques, libres au i

parDnedeleursexlrémitéSjimplantéspar luren Lun ereau\

fautre sur une base commune autour de laquelle ils rayonn nt en éventail (fig. :iû). Ils forment des masses

{i} De Ctikliuu, IMervatinia tt «/Icjionii «wc la i/outtc el U rliumaliuaf, llfi'i. ill T«dd. Clutieet kclurei on rrrlain iHuaurs n{ llie. urinarii orgaaa, <Sj7,

41i LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

allongées dont le grand axe suit la direclion des tubes droits. Ces crislaux siègent manifestementdans les interstices des luhes rénaux ; car, si Ton traite les préparations par Pacide acétique, on les voit dis]Hirailre et permettre de distinguer les tubes d'une manière parfaite ; plus tard à leur place il se forme des crislaux d'acide urique. Mais, après le traitement par Tacide acétique, Texamen peimet de constater dans rinlérieurmême des tubes urinifères, des dépôts d'urate de soude à Tétat amorphe. Les dépôts remplissent totalement le calibre de ces tubes et c'est sur eux que s'implantent les groupes cristallins précédemment signalés.

En dernier lieu, les reins s'altèrent plus profondément et les lésions qu'ils présentent correspondent à celles de la maladie «le Bright, que nous étudierons en traitant de l'albuminurie. L'allération la plus fréquente est sans contredit la néphrite inlerslitielle. C'est la lésion rénale dont il s'agit que les auteurs anglais, Johnson (1), Todd, Dickinson (2) et Garrod, ont désignée sous le nom de rein {imUteiix. CUsiVcoi et Lancereaux (3) l'ont observée plusieurs fois dans le cours delà goutte, et ce dernier auteur l'a môme constatée chez le descendant d'une femme goutleuse, sans qu'elle ait été précédée d'aucune localisation articulaire. Sa fréquence est telle que, sur 281 cas de néphrite interstitielle, Dickinson en a trouvé 27 chez des individus qui, pendant leur vie, avaient été réellement des goutteux. D'après Gétfrod, cette lésion rénale se montre dans tous les cas de goutte invétérée; souvent elle peut apparaître de bonne heure, puisqu'il existe des cas où on l'a constatée après sept ou huit accès. Traube (4) a même rapporté un cas dans lequel elle s'est montrée un an seulement après les premiers accès de goutte. La néphrite interstitielle d'origine goutteuse, comme l'a observé Garrod, comni»* l'ontmontré Lancereaux et Cornil, accompagne très-fréquemment les infarctus uratiques précédemmeml signalés. Elle ne diffère du reste en rien de la néphrite interstitielle ordinaire; comme cette dernière elle est caractérisée par une atrophie manifeste des tubes et des glomérules et par une notable hypertrophie du tissu conjonctif de l'organe; c'est, en somme, la cirrhose ou sclérose du rein. Par le fait de cette lésion, le rein diminue de volume; il apparaît ratatiné fH

(i) Johnson, loc. cit.

ti) Dickiniou, cité par Jaccoud et Labadio-Li;?ravc. loc. *U.

(3) Uncereaux, art. Rci.n du Diction, encycl. des se, nied., Massoii, 1873.

{i) Traube, Deutsche Khnik, 1830. d Berl. klin. Wodiens., \Si*b.

COLTTE. LÉSIONS ANATOMIQUES. VISCÈRES. il5

granuleux elTatrophie porte spécialement sur la substance corticale, où Ton rencontre parfois une très-grande quantité de petits kystes. Dans les cas les plus intenses, Fatrophie est telle que le rein peut être réduit à la moitié et même au tiers de son volume. La néphrite épithélial€j appelée aussi néphrite parenchymateuse, s'observe beaucoup moins fréquemment que la néphrite interstitielle. On peut la rencontrer aux deux degrés de son évolution. Dans le premier degré, le rein conserve son volume ordinaire, mais la substance corticale est plus épaisse et de coloration jaune. Les glomérules et les tubes rénaux sont remplis de cellules épithéliales qui ont subi la dégénérescence alhumino-graisseuse. Dans le second degré, la substance corticale est atrophiée, granuleuse, absolunient comme dans le cas de maladie de Brîght. Les lésions rénales que je viens de vous décrire s'accompagnent d'albuminurie, mais cette albuminurie est toujours moins intense et moins grave que celle de la maladie de Bright ordinaire.

Examinons maintenant les autres lésions viscérales : Les organes de la circulation sont ceux dans lesquels les lésions d'origine goutteuse sont le mieux connues. Il est fréquent de trouver les fibres musculaires du cœur atteintes de dégénérescence graisseuse, comimé Font montré Latham (I), Quain (2), Garrod, Gairdner (3), et autres auteurs ; c'est donc avec raison que Bail (4) a pu dire que la dégénérescence graisseuse élait la cardiopathie goutteuse par excellence. Dans certains cas, cette dégénérescence a été poussée si loin que la rupture du cœur en a été la conséquence.

Certains auteurs, notamment S. Edwards et Lobstein, disent avoir trouvé de l'urate de soude dans des concrétions siégeant sur les valvules cardiaques; toutefois le fait a été contesté par Garfod. L'aorte est souvent atteinte d'athérome, comme il résulte des recherches de Landerer, Hence Jones, Bramsen et Lancereaux. D'après Guéneau de Mussy, la grande majorité des cas d'athérome observés chez des sujets encore jeunes se rapporte à des individus ayant eu de satteintes de goutte ou nés de parents goutteux. Dans certains de ces cas d'athérome artériel, on a trouvé, Landerer et Lancereaux notamment, de l'acide urique en abondance. L'analyse ci-dessous le

i\) Latham, cité par Jaccoud, loc. cit.

if) Quain, On fatiij disease of the heart, 1850.

/3) Gairdner, On gouty Ut history, ils cause and its cure^ 18G0.

(i) Bail, Du rhumatisme p'iscéralf 1866.

démontre. L'alhérome, du reste, peut aller frapper toutes les artères de Torganisme.

PL4QUE ATHÉROMATEUSE DE L*AORTE (Underer) (1;.

Acide urique U

Matière animale 6

Phosphate de chaux 63

Carbonate de chaux 16

Carbonate de magnésie t

Les dépôts d'urate de soude ont été trouvés aussi dans d'autres organes. Bence Jones en a rencontré dans les parois des bronches, Garrrod, Virchow (2) et Lancereaux (3) en ont constaté sur les cartilages du larynx. D'après Gairdner, plusieurs cas d'inflammation du cerveau qu'il a observés devraient être attribués à la présence de ce sel dans les méninges. Albert (4) aurait aussi trouvé l'uratede soude dans les méninges rachidiennes.

En dehors de ces lésions anatomiques où les dépôts uratiquessont manifestementprouvés, on rencontre chez les sujets qui, pendant leur vie, étaient goutteux, des lésions que d'habitude on rapporte à la goutte elle-même et qui paraissent, au moins pour certaines d'entre elles, lui être en réalité intimement liées. Les afTections des voies urinairés telles que la gravelle urique, les calculs d'acide urique siégeant, soit dans les bassinets, soit dans les uretères, soitmème dans la vessie, sont certainement très-souvent dans ce cas. Peut-être peuton en dire autant des inflammations de l'estomac et de l'intestin, des hémorrhoïdes qui existent si fréquemment chez les goutteux. Peut-être aussi, mais le fait est moins bien démontré, doit-on rapporter à la goutte les ramollissements cérébraux, les hémorrhagies encéphaliques ou rachidienncjs, que l'on observe assez souvent chez les g utteux. La science n'est pas encore complètement fixée à cet égard, bien que Ton puisse songera des altérations des parois vasculaires, débutant par Teildarlérite et aboutissant à l'athérome artériel, dont la fréquence est si grande dans la goutte, comme je vous Tindrquais tout à l'heure. Enfin on a prétendu que certains calculs bi-

(1) Tableau extrait de Jac«oud et Labadic-Lagrave, loc. cil, {i) Virchow, Seltene Gichtablagerungen, 1868. (3j Lancereaux, Atlas d'anatomie pathologique. (i) Albert, cit<^ par Braun, loc. cit.

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