‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 73 sur 217 · GOUTTE. SYMPTOMES. PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

GOUTTE. SYMPTOMES. PREMIÈRE PÉRIODE

Ouoi qu'il en soit, celte première période, ce premier degré se manifeste par des symptômes un peu difTérents, suivant qu'il s'agit de la goutte héréditaire ou de la goutte acquise. Dans la goutte héréditaire, pour peu que le degré de transmission ait été notable, les sujets, dès leur jeune âge, offrent certaines manifestîitions pathologiques qui trahissent leur état. Le plus souvent ils ont des épislaxis fréquentes et à répétition presque régulière. Lorsque vient la puberté, ces épistaxis font place à des migraines et à des névralgies affectant parfois une réelle périodicité ; la gastralgie avec pyrosis les tourmente très-souvent. A cette époque également on voit apparaître des éruptions cutanées ;rérythème, l'acné, l'eczéma, le psoriasis doivent surtout être mentionnés. Du côté de l'appareil respiratoire, les bronchites fréquentes, l'asthme et parfois. même fangine de poitrine se montrent chez ces individus. Chez la femme enfin, comme l'ont signalé Jaccoud et Labadie-Lagrave (1), l'évolution menstruelle est le plus souvent très-douloureuse ; il y a une véritable dysménorrhée que Ton ne peut rapporter ni à l'état chlorotique, ni à une maladie locale de l'utérus et que ces auteurs ont désignée sous le nom de miffraine tdèrine.

Les sujets atteints de goutte acquise manifestent déjà dans cette période des troubles importants. Dès le principe sans doute, ils semblent posséder encore tous les attributs de la sanlé; cependant ils sont ordinairement très-colorés, leur visage et surtout le nez îwnt couverts de dilatations vasoulaires, parfois môme de peîites varicosités; chez eux l'embonpoint s'établit promptemenl et le ventre est habituellement proéminent. A celte époque, ils ne se plaignent d'aucun trouble gastrique et, si on les interroge sur leurs tligestions, ils répondent qu'ils ont un estomac capable de digérer ♦lu fer. Déjà cependant ils ont ressenti certaines douleurs vagues qu'ils ont comparées à des douleurs rhumatismales. Ce. sont des douleurs de reins, alternant souvent avec des douleurs siégeant à la nuque et possédant tantôt le caractère du torticolis, tantôt celui d'une névralgie. Ce sont pareillement des sensations douloureuses vers les organes génito-urinaires, des modifications dans le nombre des mictions qui diminue d'habitude en même temps que varie la quantité d'urine rendue en vingl-quatre heures et la coloration du liquide urinaire. Ces symptômes frappent ordinairement beaucoup les malades «1 leur inspirent des préoccupations. C'est

•Il Jaccoud et LabatJie-UiKia^e. loc. cil.

alors aussi que surviennent très-souvent des érections exagérées et très Tatigantes qui privent les sujets do leur sommeil, et cependant, chez eux, Taplilude au coït ne parait |)as augmentée, mais plutôt diminuée. Ces érections s'accompagnent aussi de sentiment de froid et plus souvent de chaleur, de chatouillement, d'élancements, divers du côté du bas-venlre et du périnée. Pendant plus de dix ans le malade dont je vous ai parlé à propos du tophus de Toreille a éprouvé tous ces phénomènes qui l'ont souvent privé de sommeil ; il a aujourd'hui soixante-sept ans et n*a aucune disposition pour le coït depuis longtemps.

De temps à autre déjà quelques élancements douloureux mais trèspassagers traversent les articulations des orteils ou celles des doigts; il y a parfois une certaine gène de la marche, la sensibilité de la plante des pieds étant très-exagérée ; ces accidents toutefois n'impressionnent guère les malades qui les rapportent ordinairement à l'influence d'une chaussure mal faite. C'est souvent pendant cette période que se manifestent les concrétions tophacées de l'oreille et qu'apparaissent des éruptions diverses à la surface de la peau. Dès ce moment aussi les sujets ont une grande mobilité dans le caractère; ils sont irascibles, sombres et ont beaucoup de répugnano.' pour tous les exercices physiques.

L'examen des diverses fonctions de l'économie prouve bien que le processus morbide étend son action sur l'ensemble de l'organisme déjà à ce moment, qu'il s'agit d'une maladie générale et que, suivant l'expression de Sydenham, Totum corpus est podagra.

Chez tous les goutteux on constate des troubles du côté de Vappareil digestif. Généralement ces malades ont une soif assez vive, et il semblerait, suivant la remarque de Mercier (1), que la présence des urates dans le sang exige la pénétration d'une plus grande quantité d'eau dans l'organisme. Chez eux, Testomac fonctionne mal, et Ton rencontre une dyspepsie ilatulente sur laquelle Garrod et Pidoux(2) ont insisté ajuste litre. Cette dyspepsie s'accompagne de gonflement à Tépigastne, d'érucUitions, de nausées et de pyrosis dans quelques cas. Elle s'accompagne aussi de somnolence, de lassitude, (le bâillements et de douleurs plus ou moins vives à la région épigastrique. Pendant les digestions, les sujets ont très- sou vent la face congestionnée. Chez eux, d'après Pidoux, on pourrait constater faci-

(1) Mercier. Quelques idées sur l'origine et le trailement de la goutte , 186C.

(2) Pidoux, Annales de la société d*hijdrologie de Paris, 1860, 61, 63, G4.

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