GOUTTE. SYMPTOMES. PREMIÈRE PÉRIODE
lement par la percussion une augmenlalion du volume de restomac. (Juand cette dyspepsie dure depuis un certain temps, le pyrosis est de règle pour ainsi dire à toutes les digestions et, de femps en temps, apparaissent des vomissemenis d'eau ou d'un liquide plus ou moins coloré par la bile. Il n'est pas rare de voir ces vomissements se produire le matin au réveil. Les fonctions intestinales sont habituellement trés-lentes et la constipation ordinaire ; de temps à autre cependant il se produit des débâcles caractérisées par des coliques et de la diarrhée. Ces débâcles ne durant que quelques jours; elles semblent apporter du soulagement aux malades. Il existerait aussi, chez les goutteux, une dyspepsie intestinale particulière qui, quatre a cinq heures après les repas, se manifesterait par une tension douloureuse du ventre, par des borborygmes, des flatulences et des bâillements sympathiques. Suivant Tripier (1), on devrait rapporter à cette dyspepsie l'interruption du S(»mmeil vers trois ou quatre heures du matin et l'impossibilité où se trouvent les sujets de se rendormir ensuite. Ce dernier symptôme, on le sait, est habituel chez les goutteux. Enlin les hémorrhoides apparaissent aussi pendant cette période du mal ; lorsqu'elles sont sèches, elles occasionnent des démangeaisons et même des douleurs vives continues ou exacerbantes; quand elles sont floentes, elles constituent un moyen de déplétion qui semble enrayer un peu l'évolution de la maladie. Quelle 4|ue soit du reste leur nature, elles ont souvent pour origine la ronslipation ou dénotent l'imperfection de la circulation abdominale.
Malgré une certaine divergence entre les auteurs, il paraît bien établi que \e foie est très-souvent intéressé dès l'époque de la goutte que nous étudions. Scudamorc (2), Galtier-Boissière (3), Trousseau (4) ont mentionné les douleurs de l'hypochondre droit ;Garrod a reconnu que la cii culalion de la veine porte' est imparfaite chez les goutteux, et Richardson (5) a particulièrement insisté sur ces troubles hépatiques. Des hyperémiess'accompagnanl de tuméfaction de l'orçane, d'un sentiment de pesanteur, de douleurs hépatiques, et pouvant parfois donner lieu à de l'ictère ou tout au moins à une teinte subictériquc des téguments seraient alors assez fréquentes.
(I) Tripier, cité par Rouloumié, loc. cil.
(il Scudamore, A Ireatise on Ihe nature and cure of gout^ trad. Iranc, 1820.
<3) Galticr-Boissièrc, De la goullCy thèse de Paris, 185U.
(i) Trous84>^u. loc. cil,
\'y) Richardson, cité par Jaccoud et Labadie-Lagravc, loc. cit.
On a parlé aussi de lithiase biliaire, et Bianchi (1), Prout (2), Budd cl Willemin (:}) ont considéré les calculs biliaires comme un des produits de la goutte à toutes ses périodes. Il est certain que, dans ses expériences de ligature des uretères, Zalesky a trouvé de Turate de soude dans la bile; mais jusqu'ici lesanalyses des calculs biliaires n'ont pas démontré d'acide urique ou d'urate dans ces concrétions. Sans doute Willemin a dit que le quart environ des sujets atteinte de lithiase biliaire présentait des signes de la goutte, mais Durand- Fardel (4) n'a noté que sept fois des coliques hépatiques chez des goutteux. Luton (5), Barlh et Besnier (6) pensent que, si l'on ren contre chez les goutteux la lithiase biliaire, ce fait doit être considéré comme une simple coïncidence due peut-être aux conditions hygiéniques. Cependant il est des faits qui semblent démontrer une relation très-intime entre la lithiase biliaire et la goutte. Desnos (7) cite le cas d'une femme, fille d'un goutteux, qui, après avoir été aflectéed'un eczéma rebelle pendant sa jeunesse, a eu plus tard des attaques de colique hépatique. Son fds est goutteux, et chez lui la goutte s'est portée sur les articulations et vers la peau. Le même auteur rapporte qu'un de ses malades a eu alternativement des coliques hépatiques avec ictère et de violentes douleurs rénales s'accompagnant d'abondantes émissions de sables uriques. Si donc les analyses de Slœckardt et Faber(8),de Marchand (9), de Frerichs(IO), •({ui ont démontré l'acide urique dans les «calculs biliaires, doivent être rejelées comme imparfaites, on doit cependant admettre que la goutte possède une grande influence sur la production des calculs bilia-res, quand même ces calculs ne seraient composés que de choleslérine.
Du côté du système circulatoire les troubles de.cetle période sont moins accusés. Sans doute on constate chez les goutteux des palpitations, des irrégularités et même des inlermiltences dans les contractions du cœur; mais ces manife^^lations sont ordinairement pas-
(I) rianchi, cité par Jaccoud et Labadie-Lagra\e, l(h\ 'Ht, (i; Prout, Slomarh and rénal dUteases^ 18Ui. (3) Willciiiin, Den coliques hépatiguex^ IKGâ. (i) Durand-Fardol, Traité pratique des maladies chroniquet, 1868. (.'»; Luton, Art. Bili VIRES du Diction, de méd. et de chir, prat., I8l>f». {Cn Birlh et Résilier, Art. RrLiAiHES du Dict. encycl. des se, méd., Masson. 18*>8. i7) Desnos Art. r.RWELLe du Dict. de méd. et de rhir. prat., 1873. (8) Slrp-kardl, De choleithis, I83i.
\.i} ManMiaiid, Journ. fur prakt. Chemie, 18:î7. (10) Fr.-»rioli<, Traité pratique des maladies du fou\ Ira*!, franc, 1866
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sagères et souvent liées, comme phénomènes réflexes, aux troubles gastro-intestinaux. Gairdner a signalé aussi des mouvements cardiaques tumultueux, des demi-syncopes et une douleur siégeant au côté gauche de la poitrine et empêchant les sujets de se coucher de ce côté. Uangine de poitrine a été considérée par EIsner, Schmidt, Butter, Johnston et Trousseau comme pouvant être fréquemment d'origine goutteuse; mais cette manifestation parait être assez rare dans la période qui nous occupe ; on la rencontre plutôt dans les autres périodes do la maladie. Les troubles de la circulation artérielle ne se montrent pas à ce moment et je vous ai parlé de la production des hémorrlioïdes. 11 est un phénomène important vers les \*aisseaux capillaires quia été particulièrement signalé par Graves (1). 11 consiste en une congestion locale passagère se manifestant primitivement sur le front et envahissant ensuite les joues et les yeux. Le malade qui l'éprouve ressent tout d'abord une sensation analogue a celle d'un courant d'air ; puis il lui semble qu'il a été piqué par un insecte. Bientôt le front rougit et se tuméfie, et la congestion gagne les yeux et la face, plus spécialement du côté gauche. Cet état persiste ordinairement quelques heures.
Vers Yappareil respiratoire on peut observer de nombreuses manifestations :
L'arrière-gorge est souvent uniformément rouge, violacée; les parois du pharynx présentent des arborisations veineuses trèsapparentes et souvent un état granuleux très-appréciable, même à Texamen le plus superficiel. Les malades éprouvent souvent le besoin de cracher; la sensation qui provoque la toux d'origine laryngopharyngienne ne cesse pas, malgré une exspuition assez abondante, particulière, visqueuse. A l'examen laryngoscopique, le D' Charles Fauvel a trouvé très-fréquemment chez les goutteux une congestion tantôt vive, tantôt éteinte, de toute la muqueuse du vestibule laryngien, quelquefois un catarrhe muqueux, abondant, des ventricules laryngiens. Dans ces cas, rares il est vrai, il a vu presque toujours i^s cartilages aryténoïdes un peu gonflés et peu mobiles, quelquefois même absolument immobiles dans la position de dilatation do la glotte. Ces lésions se traduisent par du cornage, une respiration œurteet un ptyalisme particulier accompagnant une envie de cnvcher continuelle. Elles ne donnent lieuà aucune douleur. LeD'MandI a enlevé dos concrétions goutteuses sur les cordes vocales d'une
i\< Graves, Clinique médicaUj li-a<l. franc, 1870.
lU LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
de ses malades. Ces concrétions se sont reproduites sans qu'avant comme après l'opération se soient montrées des localisations goutteuses vers les jointures.
La bronchite est une des maladies qui atteignent fréquemment les goutteux ; elle n'a généralement rien de particulier durant la période initiale. Elle a cependant chez eux une tendance marquée à persister à l'état chronique, et cela cependant sans amener habituellement la phthisie. Elle affecte alors souvent la forme de bronchite capillaire; plus tard, elle donne lieu au catarrhe bronchique, avec dilatation des bronches.
Vasthmea des rapports immédiats avec la goutte sur lesquels ont insisté principalement Trousseau, Vigla, Barthez, Guéneau de Mussy et de nombreux autres auteurs. H peut précéder les manifestations articulaires, exister sans que celles-ci apparaissent plus tard, coïncider avec elles ou leur succéder. Tous ces faits paraissent bien établis à tel point que Guéneau de Mussy (1) pense que, dans un trèsgrand nombre de cas, on doit attribuer à l'asthme une origine goutteuse. D'après cet auteur, en effet, quand on examine avec soin les faits dans lesquels on prétend que la goutte saute une génération, on voit qu'il n'y a qu'une apparente interruption dans la transmission héréditaire. Dans ces cas, la goutte, au lieu d'arriver aux localisations articulaires, se manifeste vers d'autres organes et l'asthme est alors une des formes les plus fréquentes qu'elle revête. Cette opinion, qui me parait vraie d'après ma pratique personnelle, est aussi celle de Bazin (2) et de Pidoux. D'après Charcot, l'asthme goutteux peut exister sans lésion, c'est un véritable asthme nerveux alors, ou bien s'accompagner de lésions pulmonaires et surtout d'emphysème. Cette dernière forme est la plus rare. Garrod n'en a observé qu'un cas sur quarante.
Du côlé du système nerveux les troubles de cette période sont nombreux et variés. Les névralgies^ décrites surtout par Graves, sont très-fréquentes, surtout les névralgies faciales et scialiques; souvent elles sont fort intenses et très-rebelles. Tiennent-elles à Taltération du sang par l'acide urique et par suite à une perturbation nutritive des éléments nerveux? Sont-elles le résultat d'une inflammation goutteuse affectant l'enveloppe des nerfs comme le veut Garrod? Tiennent-elles à des dépôts uratiques sur les gaines des tubes? Il
(1) Guéneau de Mussy. Arch.^ gén. de mer/., ISOi. (t) Bazin, Revue médicale, !8Ô7.