GOUTTE. TRAITEMENT. 4SI
dérer celte maladie comme un brevet de longue vie ; il est pareille*ment faux de la croire incurable; des cas de guérison se rencontrent fréquemment dans la pratique médicale.
Terminons cette étude par un examen rapide du traitement de la goutte.
L'indication causale, qui a pour but de s'opposer à Taccumulation de Tacide urique dans le sang, ne peut être remplie, vous lé comprenez, dans ces cas où la transmission héréditaire a une puissance telle que la goutte éclate quelles que soient les précautions prises par les sujets. Cependant, même dans ces cas rares, Tinslitution d'un régime de vie approprié, qui remplit l'indication causale dans les autres cas et qui toujours constitue le traitement le plus efficace de la goutte, retardctra souvent les accidents et les diminuera. C'est sur une iiygiène sévère et Basée sur la connaissance même des causes de la maladie que reposera ce traitement si important. Les sujets disposés à la goutte, ceux déjà atteints des premières manifestations de cette maladie, ceux qui ont déjà des accidents articulaires, soit aigus, soit chroniques, doivent manger médiocrement; leurs heures de repas seront régulières et leur alimentation, sans ^e complètement privée de viande, sera plutôt végétale qu'animale. De cette alimentation on devra exclure le gibier presque complètement, ainsi que les crustacés, les poissons de mer, le saumon, la lamproie,l'anguille. Bouchardat pense qu'il faut éviter l'usage habituel des «pufs. Les féculents, les sucres pourront être donnés, mais modérément, car, vous le savez, le diabiHe vient souvent compliquer la goutte. Parmi les légumes, ceux qui contiennent de Tacide oxalique, Toseille, la rhubarbe, ceux qui, chez certaines personnes, produisent des <louleurs rénales, les asperges, les haricots verts, devront étie défendus. Li meilleure boisson serait l'eau pure ou les vins blancs du Rhin, de la Moselle; les alcooliques, les bières fortes, le thé, le calV>, doivent être proscrits d'une manière^complète ; il en est de même des vins forts et surtout du vin de Bourgogne. A ce régime alimentaire il faudra joindre l'exercice physique, les promenades au urand air et à la campagne. De plus, les sujets en question éviteront les travaux intellectuels trop prolongés et peut-être feront-ils bien d'user modérément des plaisirs de l'amour. Chez eux les fonctions cutanées devront être surveillées etactivécs autant que possible, soit pries frictions, les massages, soit par les immersions, les lavages et même la douche hydrothérapique. Ces derniers moyens ne doivent pas être appliqués pendant le cours des manifestations articulaires.
L'indication morbide doit cheiTher à détruire Tacide iirique dans l*organisme ou à Téliminer. La pratique médicale, depuis longtemps déjà, a attribué aux alcalins (soude, potasse, lithine) te pouvoir de débarrasserrorganismederexcèsd'acideurique.L'expérienceprouve que les sels de potasse dissolvent facilement FaCide urique etque Turate de potasse est beaucoup plus soluble que Turate de soude. En plongeant dans une solution de carbonate de potasse un cartilage incrusté d'urute de soude, on constate une dissolution l'apide des dépôts uratiques. Mais cette action dissolvante, comme Ta démontré Garrod, est plus rapide encore avec les sels de lithine et l'urale de lithine est, sans contredit, le plus soluble de tous les urates. Inde* pendamment de ce pouvoir dissolvant que possèdent la potasse, la lithine et leurs carbonates alcalins^ ces substances ont encore une action diurétique des plus remarquables qui facilite Tévacuation de l'acide urique par la voie rénale. Leur usage, continué pendant un certain temps, rend de très-grands services dans le traitement de la goutte. Avec le carbonate de lithine, donné à la dose de 0^'%25 à O-^riO par jour, les attaques du mal sont éloignées et l'on peut même dissoudre ou réduire les dépôts déjà formés et donner aux jointures une plus grande mobilité. 11 est parfois des contre-indications formelles à l'emploi de ces médicaments. On doit les éviter chez les vieillards et chez les malades dont les reins, plus ou moins altérés, n'ont plus le pouvoir de les éliminer rapidement. Les eaux minérales alcalines jouissent d'une réputation marquée dans le ti*aitement de la goutte. Parmi ces eaux, celles de Vichy, de Vais, de Carlsbad, qui sont très-chargées, agissent avantageusement au début et chez les sujets robustes ; mais elles sont contre-indiquées chez les malades atteints d'alfeclionsdu cœur ou des reins et leur usage doit être très-attentivement suiTcillé. Les eaux faibles ne méritent pas ce reproche et leur emploi n'amène pas l'anémie que Ton obsei^ve 5K)uvent sous Tinfluence des alcalins. I^s eaux de Wildbad, de Gastein, de Huxlon, de Contrexéville, de Capvcrn, paraissent rendre de grands services dans la goutte, principalement chez les sujets délicats et pendant la goutte chronique. Mais il est une eau qui pai-ait jouir, sous ce rapport, d'une efficacité marquée, quelle que soit la période de la maladie à laquelle on remploie ; c'est l'eau de Yitlel (Vosges). D'après les résultats les plus récents, cette eau, faiblement alcaline, régularise d'une manière remarquable les fonctions digestives, fait cesser la constipation, provoque une abondante évacua- Xion d'urine et dissout les concrétions uratiques des voies urinaires