‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 83 sur 217 · GOUTTE. TRAITEMENT · texte numérisé non relu

GOUTTE. TRAITEMENT

ainsi que les tophus qui ne sont pas encore enkystés; sous son influence le retour de la mobilité des articulations depuis longtemps déjà envahies par la goutte a été fréquemment observé. En raison du fer qu'elle renferme, elle convient encore dans la dernière période de la maladie, alors que se prononce la cachexie gout?teuse.

On sait que Tacide uriqae,dont la solubilité est très-imparfaite, se transforme en présence de l'acide benzoïque et des benzoates en acide hippurique, beaucoup plus soluble. Ces substances ont donc été employées contre la goutte. Ure a donné l'acide benzoïque, Bence Jones le benzoale de potasse, Brian le benzoate de soude et Mentel celui de chaux. En France, Simonnet et Chalvet ont préconisé aussi l'usage des benzoates alcalins qui, en même temps qu'ils opèrent la transformation de l'acide urique, exercent une action diurétique assez puissante. Ces sels sont donnés depuis 0,20 centig. jusqu'à 2 gr. en vingt-quatre heures. Dans le même but, le phosphate de soude et surtout le phosphate d'ammoniaque sont employés. Buckler et Edward ont administré ce dernier à la dose de 0,40 à 0,50 centig. par jour. Mattei est même allé jusqu'à 20 gr. par vingt-quatre heures. Il a publié plusieurs observations témoignant de la puissance de ce médicament.

Le traitement de Fontaine (1) est, sans contredit, celui qui repose le plus spécialement sur les idées théoriques de destruction de l'acide urique et de son évacuation au dehors. II a pour but de fournir de l'oxygène qui doit transformer Facide urique en urée, d'aider à la régénération des globules rouges et de réj^uiariser les fonctions respiratoires, enfin de dissoudre les composés uriques et de favoriser leur élimination par la voie rénale. Pour obtenir ces résultats divers, l'auteur institue une médication dans laquelle entrent le chlorate de potasse, Farséniate de potasse et le benzoate de chaux, et il «illirme en avoir obtenu de bons effets. Il est difficile de se prononcer sur la valeur de ce traitement, car les résultats ne sont pas encore assez nombreux; je pense cependant que l'auteur s'est fait illusion en croyant que le chlorate de potasse peut fournir de l'oxygène au sang; je vous ai dit déjà qu'il n'est pas prouvé que ce sel, en pénétrant dans le milieu intérieur se conduise comme dans les cornues de laboratoire. Dans ces derniers temps, des recherches faites

<l) Fontaine, Mémoire pour servir de hase à une nouvelle méthode de traitement de (a goutle^ 186!).

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par Isambert(l)ont monlré ta vérité de cette opinion et proiné que le chlorate de potasse introduit soit par injections sous-cutanées^ soit par les voies digestives, n'est pas réduit, mais qu'il traverse rapidement ror[>:anisme et qu'il est expulsé en nature par les sécrétions. La même objection se présente à propos de Teau oxygénée, qui a été préconisée aussi comme capable de transformer Tacide urique en urée.

L'indication symptomatique s'adresse aux manifestations variées du processus morbide. Dans l'attaque de goutte aiguë, le traitement local consiste dans le repos, l'applicatiou'sur les jointures de liniments opiacés ou belladones, les fumigations sèches de tabac, qui ont él('^ préconisées par Gaglia et Trousseau. Les cataplasmes chauds ne sont presque jamais tolérés par les malades. Le froid, sous forme de com* presses d'eau froide, d'irrigations, d'immersions du membœdans l'eau, d*application de glace, de pulvérisation d'éther, a été vanlé par un certain nombre d'auteurs; mais il est établi que c'est ud moyen souvent très-dangereux et des plus aptes à produire les accidents graves de la goutte remontée. Les sangsues et les ventouses ont été abandonnées complètement. Pour diminuer lesdouleurs, les injections de morphine et le chloral pourront être utilisés. Mais il est un médicament qui possède la propriété de faire disparaître presque subitement les douleurs de la goutte et les manifestations articulaires; c'est le colcliiquequi forme labasedetousces remède;» (élixir de Reynolds, liqueur <le I^villc, vin d'Anduran, pilules de Lartigues, t^einture de Cocheux) vantés comme spécifiques de la goutte. Le colchique s'emploie plus particulièrement sous forme de teinture de semences (Galtier-Doissière), à la dose de 15 à 3i goutles par jour, 0:1 sous forme d'extrait de semences à la dose de 0'',iO à 0",40. î^on action spécifique détermine, au bout de 8 à 14 heures, la disparition de l'attaque dégoutte aiguë et des douleursi qui l'accompagnent. Son action physiologique est la suivante : faibles doses, il produit quelques nausées et ralentit modérément la circulation; à doses plus élevées, il détermine une inflamm<ition souvent très-grave du tube digestif, ralentit considérablement le cxeur, amène rapidement une tendance à ralgidité,en même temps qu'il donne lieu à des symptômes sérieux du côté du système nerveux. Son mode d'action dans l'attaque de goutte nous est in-

(1) Isainbert, Souvtiie expérience »ur l'action physiologique j torique et thérapeutique du chlorate Je polaste (Société de biologie, 1K7Û'.

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connue. Il ne paraît pas provoquer rélimination de Tacide urique, puisque les analyses d'urine faites par Garrod, Bôcker ne démontrent pas d'augmentation de cette substance dans la sécrétion rénale sous son influence. Il n'agit pas en déterminant des évacuations alvines, puisque sa veilu curative peut s'exercer sans ces évacuations. Mais, si le colchique a uneeiTicacité remarquable dahsia goutte, son emploi imprudent peut occasionner des accidents très-graves. Des rétrocessions du mal peuvent se produire, surtout si le médicament est administre au début de l'accès. Les doses élevées peuvent être suivies de troubles graves du côté des organes digestifs, du côté du nœur et du côté du cerveau. Il est probable que certains cas de mort qui ont été attribués à une rétrocession de la goutte étaient de véritables empoisonnements par le colchique. Les règles de son emploi sont les suivantes : Ne jamais l'administrer au début de l'accès, mais attendre quelques jours; donner de faibles doses; suspendre de temps en temps son emploi, car, chez certains sujets, ses effets s'accumulent; ne jamais l'employer dans la goutte asthénique ni dans le i-as de dégénérescence du cœur.

Le sulfate de quinine rend aussi de grands services. Il calme assez rapidement la douleur, diminue la tension artérielle, abaisse la lièvre. On peut lui associer la digitale et la colchique lui-même.

Les accès de la goutte articulaire chronique peuvent être traités d'après les mêmes règles ; l'usage du colchique toutefois sera très-surveillé, en raison <les désordres cardiaques qui déjà peuvent exister. Muant aux déformations articulaires résultant des attaques successives et de la présence des tophus, outre les eaux minérales que je vous ai signalées, on a employé contre elles, en boissons et en bains, les eaux de Salins, de Balaruc, de Bourbonne, d'Uriage, de Nie- (lerbronn, de Wiesbaden, de Kreuznanh, de Mannheim. Les boues de Saint-Amand el de Barbolan ont une action très-puissante et procurent souvent la résolution complète des lésions articulaires.

Les manifestations cutiméns de la goutte ne doivent jamais être lobjei d*un traitement spécialement dirigée contre elles. 11 faut les respecter et traiter la maladie générale, car leur disparition brusque pourrait amener des manifestations articulaires très-intenses et même donner lieu aux accidents graves de la goutte rétrorodée.

Quand survient une réirocossion de la goutte, il faut, avant toute «"liose, provoquer le retour de la goutte articulaire» par des applications de synapismes et de vésicatoires sur les jointures malades

anlérieurement. Ce moyen est le plus efficace et ne doit jamais è4i*e omis. On traitera ensuite les diverses manifestations viscérales par des moyens appropriés à leur nature, stimulants et alcooliques si Talgidité et la dépression organique se montrent; saignée, ventouses, purgatifs drastiques, quand on sera en présence d'un état congestifbien déterminé.

Les névralgies douloureuses, les crampes musculaires, la migraine, sont des manifestations qui très-souvent cèdent avec l'administration du colchique, quelle que soit du reste la période de la maladie où elles se manifestent.

Tel est, messieurs, le traitement rationnel de la goutte, tel est celui que vous devrez mettre en usage pour faire de la médecine utile à vos malades. A côté de lui Tempirisme emploie de nombreux remèdes préconisés chacun parleurs inventeurs. Le colchique employé sans contrôle, sans précautions, Thuilede marrons d'Inde, la feuille de frêne, la poudre de Portiand, ont été vantés tour à tour. Dans ces derniei^ temps, l'infusion de café vert a été employée et parait avoir donné d'assez bons résultats. G. Sée s'est servi de la décoction et dit en avoir obtenu de remarquables effets. Cependant il est certain que, jusqu'à ce jour, il faut n accepter ces faits qu'avec réserve et attendre pour se prononcer le contrôle du temps et de l'expérience.

Un dernier devoir incombe au médecin appelé à traiter les $ï:outteux. Il faut leur persuader que leur mal doit guérir, leur on indiquer les causes et les amener à s'astreindre aux règles hygiéniques que je vous ai indiquées. Dans les premiers temps de la maladie, robservalion de ces règles amènera la guérison, je le crois fermement; et plus tard elle sera encore un puissant adjuvant à la thérapeutique.

Enfin lorsque la cachexie est apparue, il faut soutenir les malades à Taide des toniques de tout genre, et intorvonir contre Talbuminurie, contre Thydropisie, contre Turémie et la dégénérescence graisseuse du cœur à l'aide de tous lf»s moyens propres à les combattre.

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