HERPÊTISMË (SUITE). LOCALISATIONS CÉRÉBRALES
Vappareil circulatoire ne paraît pas être atteint par les manifestations de l'herpétisme, au moins primitivement. Sans contredit, comme l'a indiqué Maurice Raynaud (1), à la suite de la bronchite chronique, de la bronchorrhée, de Tasthme et de Temphysème pulmonaire, toutes affections produites fréquemment par le processus herpétique, on peut rencontrer l'hypertrophie du cœur; mais cette lésion n'est qu'une conséquence mécanique de la gêne circulatoire que déterminent dans le poumon les local isacions morbides citées plus haut. Je sais bien que Gigot-Suard admet l'hypertrophie cardiaque de nature herpétique ainsi que des lésions valvulaires herpétiques; çiais les faits qu'il rapporte auraient besoin de confirmation. J'en dirai autant des lésions artérielles (athérome), des lésions veineuses (varices) et des lésions capillaires (dilatation, ruptures avec hémorrhagies) que cet auteur considère comme étant souvent d'origine herpétique.
11 existe une connexion intime, comme le disait Devergie (i2), entre rheipétisme et les maladies du système nerveux. Le processus qui nous occupe peut produire la congestion et Thémorrhagie cérébrale. A la suite de la disparition brusque de dermatoses herpétiques, Richard (3), Poupart (4), Frank (5), Campet (6) et Devergie (7) ont observé des accidentsapoplecliquesqui se sont terminés par la mort. Dans certains cas on a pu faire disparaître les troubles encéphaliques en rappelant les éruptions cutanées. La migraine, observée par Guissac (8) chez des sujets antérieurement clartreux, a pu guérir de même par la reproduction thérapeutique delà dermatose. Le tétanos, lacliorée, Tépilepsie et Thystérie se sont montrés dans des conditions semblables et les malades ne purent souvent être guéris que par le rappel de leur ancienne localisation vers la peau. Enfin les troubles psychiques se présentant sous forme de délire, de manie, de mélancolie et de démence, ont été observés très-fréquemment chez les herpétiques. L'herpétisme peut donc être une ^ause de folie, ordinairement passagère, quelquefois permanente. Ihïns la plus grande majorité des cas, la folie se montre à la suite
il) Maurice R.iynaiid, \ouv. Dict. de méd. el de ciiir. prat.^ l. VUI. 'i) Devergie, Leçom cliniques faites à l" hôpital Saint'Louls, 1817. i3i Richard, OI)xerv. de mèd.^ 1700.
Ui poupart, Traité des dartres, 178:2.
'0 Franck, Traité de médecine pratique.
'fi) Ciimpet, Sur Vaiyoplexiey an XIV.
'"i) Devergie, loc. cit.
IH; Guissac, De la doctrine des éléments^ 1850.
de la disparition d'une herpélide culanée ; dans certains cas on voit alterner à plusieurs reprises les troubles cérébraux avec la dermatose; dans d'autres, plus rares toutefois, ces troubles sont, pendant un certain temps, la seule manifestation du mal qui débute par Tencéphale et ne se montre vers la peau que beaucoup plus tard. Les observations recueillies par Berthier (1) sont coniinnatives à ce sujet. Esquirol (2), du reste, admet complètement la folie de nature dartreuse.
Comme l'ont établi les recherches de Chomel, de Bazin et de Pidoux, les névralgies sont extrêmement fréquentes chez les herpétiques. Elles se montrent chez des sujets nés de parents herpétiques et qui ont eu dans leur enfance des manifestations cutanées de ce mal ; elles alternent fréquemment avec les dermatoses, la névralgie sui*venant quand la dartre disparait et réciproquement; parmi les membres d'une même ftimille, on en voit qui ont des hcrpétides cutanées et d'autres des névralgies très-rebelles, durant souvent chez eux jusqu'au moment où la dartre se montre. Les névralgies Irifaciale, intercostale, lombo-abdominale, sciatique, ccrvico-brachiàleetcervicooccipitale seraient par ordre de fréquence celles qui s'observeraient ordinairement.
Les lésions rénales ne s'observent guère dans l'hcrpétisme que dans la dernière période évolutive du mal. Bazin signale, comme terminaison de la maladie, les hydropisies généralisées et Talbumi— nuric ; on comprend du reste que, si les dermatoses herpétiques sl^ sont généralisées, si elles ont compromis les fonctions cutanées d'une manière complète, l'albuminurie puisse s'établir. Je vous a"5 cité de nombreux faits expérimentaux dans lesquels le vernissage des animaux amène l'albuminurie à sa suite. Mais, en dehors de o^:— cas que vous pourrez observer dans feczéma «généralisé, dans riieiKZ pétidc maligne exfoliatrice, l'herpétisme peut-il produire vers \t= reins des localisations morbides bien déterminées? dans l'état actu— ^ de la science, il est dilïicile de résoudre cette question. Sans dou
Morgay:ni (:{) rapporte Tobservation d'un malade qui lut atteint (
suppression des urines, puis d'hydropisie générale à la suite ^^ la guérison rapide d'une gale. Sans doute Lorry (4) a vu, cl^ < la femme, l'eczéma se propager de la vulve â la vessie et détermina» <
(I) Bertliior, /M< névroses iUnlhèKUiues, etc., 1875. ii) Esquirol, Ofs maladies mentales^ 1. I. (3) M«)rga^ni, De sedihus et eausis morburum. (i) Lorry, De morbis cutaneis.
uteurs anciens. Sauvages (3), Lorry, Pouparl, considèrenl la comme pouvant succéder à une dermatose lierpétique dispa- Vigarous (4) el Boyer sont du mùme avis; les écrits récents I en (Joute ces localisations vésicules el de oouvelles observaml donc nécessaires.
, en vous donnant la description des lierpélides culauées,
ai dit que dans leurs diverses formes elle^ pouvaient atteini organes génitaux de l'homme ou de la femme. Je vous al ^rpès, l'eczéma de ces organes; je n'ai par conséquent pas enir ; mais je veux vous dire quelques mots de la blennorrhée "hcrpétisme iitériD. La bleniiorrhêe herpétique, qui succède
alterne avec les dermatoses, a été sigaalée par Vigarous, en (5). Bouoliard et Lallemand {(>); Gigod-Suard en cite une ition importante. Celti» blennorrhée, qui Uélmle quelquelame une blennorriiagie ordinaire, est remarquable par sa son opintAtrelé et sa tendunce excessive aux récidives. Soûle disparaît avec te retour des localisations cutanées. Il n'est re de la voir s'accompagner de pertes séminales. Vhert utérin suit ou accompagne très-souvent les éruptions ises siégeant sur les organes génitaux externes, dans le pli asàer ou dans la région inguinale; dans cejtains cas, il pré- !S éruptions qui naissent alors sousTinflu^nccderécoulement rbéique qu'il détermine. [1 s'accuse par un calarrbe utérin o par des éruptions herpétiforraes siégeant sur le col el se .ULsaot parfois à chaque menstruation. Les éruptions en qiics-
persistent ordinairement pendant un temps très-long. Elles s'accompagnent presque toujours d'une inflammation notable de la muqueuse vaginale. Ces lésions, qui ont été parfaitement décrites par Guéneau de Mussy (1), produisent des douleurs lombo-abdominales qui s'exaspèrent par la station debout, par la marche, par le coït et deviennent plus intenses au moment des règles. Plus lard elles donnent lieu à des irrégularités menstruelles et parfois à des hémorrhagies utérines. La santé générale des femmes en est toujours affectée et les fonctions digeslives plus ou moins troublées.
Terminons cet examen des localisations de Therpétisme par quelques mois sur les manifestations du processus morbide vers les organes des sens :
L'érythème des paupières, caractérisé par une rougeur vive de la conjonctive accompagnée de picotements et de démangeaisons, est très- fréquent. Cette hcrpétidc dure généralement peu de temps, mais se reproduit avec la plus grande facilité et sous les influences les plus légères. L'eczéma et l'impétigo des paupières, qui donnent lieu à la formation de croûtes et d'érosions sur la région malade et qui amènent la chute des cils, ont une longue durée en général. On les voit souvent succéder à des lésions semblables de la peau du voisinage. L'érythème du globe oculaire et la conjonctivite phlycténulaire sont aussi, dans bon nombre de cas, dcsmanifeslalions de Therpétisme. D'après de récentes recberches de C. Reymond (:2), dans la kératite et dans la conjonctivite herpétique, le tissu cornéen ne participe pas à la lésion ; en avant de la membrane de Uowman on trouve un tissu conjonclif formé de cellules multilormes. Parfois l'épilhélium est conservé; parfois aussi il y a desquamation avec saillies vésiculeuses. Après la disparition des vésicules, il n'en reste aucune trace. Pendant leur évolution il y a une forte injection de la conjonctive, mais elle disparaît rapidement. Quant aux herpétides de Toreille, voici ce qu'il est possible d'en dire dans l'état actuel de la sciance. En dehors des dermatoses qui peuvent se propager des régions voisines au conduit auditif et gagner même jusqu'à la membrane du tympan et Toreille moyenne : érythème, eczéma, pityriasis; en debors des localisations vers le pharynx, pharyngites granuleuses, qui peuvent gagner la trompe d'Kuslache et pénétrer même jus(|u'à l'oreille moyenne où elles vont délerminer un catarrhe chronique très-rebelle, on doit considérer les manifes-
(li Guéneau de Mussy, Clinique médicale, l. II.
(t) G. Reymond, Contribuiione allô tludio delU congiuntivite erpetiche. (Giom. d, Aceid. de med. di Torino, 1875.)