HERPÊTISMC (SUITE). RAPPORTS AVEC LA TUBERCULOSE
talions herpétiques vers l'organe de l'ouïe comme très-rares. L'otite interne, notamment, est exceptionnellement d'orij>:ine herpétique. L'eczéma chronique détermine un état fendillé du conduit auditif d'où se détachent des lambeaux épidermiques laissant au-dessous d'eux les surfaces saip:nantes. La membrane du tympan est souvent épaissie et comme macérée dans sa couche externe. Au niveau du manche du marteau on observe une vascularisation très-accentuée. Les malades sont très-sourds; ils perçoivent des bourdonnements, des siniemenls, des bruits nmsicaux variés. Cette manifestation de l'herpétisme est des plus rebelles. Le pityriasis qui se montre dans le conduit auditif externe amène une exfoliation épidermique constante de ce produit. Les débris d'épiderme gagnent ordinairement la profondeur du canal et vont former sur le tympan des dépôts ayant l'apparence des fausses membranes. Quand le pityriasis dure longtemps, il détermine un épaississement considérable de la membrane tjinpanique, un engorgement de la caisse et de la chaîne des osselets. Ces lésions s'accompagnent de surdité et de la perception des bruits divers que je vous signalais tout à Thcure. Des observations de ces manifestations herpétiques ont été rapportées récemment par Latlreit de Lacharrière(l), qui a insisté avec raison sur leur ténacité et leur résistance aux moyens thérapeutiques dirigés contre elles.
Y a-t-il, messieurs, une relation de cause à eflet entre l'herpétisme et la tuberculose ou la carcinose ; autrement dit, l'herpétisme peut-il produire une tuberculisation pulmonaire ou donner naissance à des tumeurs cancéreuses?
Si, pour juger cette question relativement à la tuberculose, l'on s'en rapportait au dire des anciens médecins, il faudrait donner ici une réponse aflirmalive. En effet, Lorry, Poupart, Carrère ont signalé la fréquence de la plithisie engendrée par le vice dartreux. Récemment, Gigol-Suard a rapporté un certain nombre d'observations au moyen desquelles il s'est efforcé de prouver que l'herpétisme peut, par voie héréditaire engendrer la tuberculose, et que réciproquement, par voie d'hérédité de même, la tuberrulose peut produire l'herpétisme avec ses différentes manifestations. Guéneau de Mussy a publié sans doute des observations dans lesquelles on a vu la suppression d'une dartre être le point de départ de la phthisie pulmonaire. Est-ce à dire cependant que l'herpétisme puisse être considéré comme souche tuberculeuse? Dans l'état actuel de la
(Ij Ladreit de Lacharrière, De quelques affections herpétiques de Voreille qui provo» fÊent le plus souvent la surdité iAnn. des mal. de l'oreille et du larynx. Masson, 1875).
486 LES GRANDS PJ{OCESSUS MORBIDES.
science, je crois que ce serait aller trop loin que de Taffirmer, et je partajre ici l'avis de Hérard etCornil (I). Au reste, Guéneau de Mussy, spécifiant bien le rôle de la suppression des dartrcîs dans le développement de la phthisie. dit que cette suppression, en déterminant des lésions vers l'appareil respiratoire, peut agir comme une bronchite et une pneumonie de cause externe et fournir, pour ainsi dire, un prétexte à l'apparition de la tuberculose. Cette doctrine me semble être l'expression de la vérité.
Pour ce qui est du cancer, il semblerait qu'il existât entre Therpétisme et lui une relation plus intime. Bazin admet, en eiïet, que, dans la période ultime de l'herpétisme, on voit souvent apparaître les signes évidents du cancer de l'estomac, du foie, des ovaires ou de l'utérus. Hardy (2) regarde les dartreux comme étant éminemment sujets au cancer viscéral et fait observer que, lors de l'apparition des tumeurs cancéreuses, il n'y a pas répercussion d'herpétides disparues, mais que les manifestations cancéreuses coïncident avec les localisations cutanées. Le cancer de l'estomac est le plus ordinaire chez les herpétiques, mais on trouve aussi chez eux le cancer du rectum; chez les femmes, les ovaires, l'utérus, les mamelles sont les organes le plus souvent atteints.
Comme l'a déjà observé Hardy, il semble qu'il existe une relation assez étroite entre le processus herpétique et les éruptions furonculeuses. Delioux de Savignac(3), dans ces derniers temps, a encore insisté sur cette relation et avance que. le plus souvent l'apparition de fouroncles multiples est liée à l'horpélisme. H a proposé comme l'avait fait Schweich (4) de les traiter par la médication arsenicale.
Examinons maintenant l'évolution générale du processus herpétique. Après un temps plus ou moins Ion;», suivant les sujets, suivant les influences hygiéniques auxquelles ils sont soumis, temps pendant lequel on n'observe qu(» des troubles légers des fonctions digestives, quelques névralgies fugaces, l'herpétisme passe de cette période douteuse ou prodromique dans la période de maladie confirmée. Au début se montrent des localisations superficielles vers la peau ou les muqueuses, l'éi'jthème prurigineux des paupières ouvrent souvent la scène, puis on voit apparaître, en se répétant fréquemment, le coryza, la bronchite légère, la hnicorrhée passagère. Si la raal<idie se développe chez un enfant en bas âge, la peau, des plus sensibles
<l> llrranl rt Coriiil, De la phlhixie pulmonaire^ 18 î7.
(t) Hardy, Leçons tur les affections cutanées dartreuses.
(<3) Delioux de Savignac {BuUetin gén, de ihérap,, 1873).
{i) Scbweich {Bulletin gén, de thér,, 1848).
HERPÉTISME (suite). DIAGNOSTIC. 487
se couvre d'éruptions sous l'influence des causes les plus légères, telles que le contact des urines ou des matières fécales; au moment de la dentition les éruptions sont très-fréquentes. Dès cette époque se montrent la roséole et Teczéma rubrum généralisé ; mais ces affections sont passagères, disparaissent facilement et ne portent pas d'atteintes sérieuses à l'ensemble de l'organisme ; souvent elles reparaissent au printemps et à l'automne. L'herpétisme peut durer longtemps avec ces simples manifestations: il est des sujets qui n'ont jamais d'autres localisations de leur mal et cbez qui le processus morbide, arrêté dans son évolution, ne franchit pas ce degré d'intensité. Mais ordinairement, après un temps plus ou moins long, mais impossible à déterminer dans l'état actuel de la science, l'herpétisme poursuit sa marche et atteint un degré ou une période plus avancée.
Dès lors les localisations sont plus étendues, plus fixes et plus sérieuses. C'est à cette époque que surviennent les herpétides culanées sèches telles que le psoriasis, le pityriasis, le prurigo, le lichen, ainsi que les herpétides cutanées humides, eczéma, impétigo ; ces dernières se transforment souvent l'une dans l'autre et, par leur disparition rapide, peuvent donner lieu à des manifestations graves du côté des viscères. A cette époque se montrent aussi des localisations vers les muqueuses, l'angine glanduleuse, labroncohrrhée, laleucorrhée symptomatique de l'herpétisme utérin. De môme on observe alors les névralgies et les n«»vroses diverses pouvant aller jusqu'à faliénalion mnntalo. D yà on a pu rencontrer de temps à autre de falbuminurie avec ses conséquences d'hydropisie du tissii cellulaire ou des cavités séreuses; mais, presque toujours, ces manifestations sont très-passagères; elles alternent souvent avec les dermatoses.
Après un temps variable, pendant lequel toutes ces localisations se montrent, disparaissent, reviennent pour disparaître encore, mais avec des alternatives de durée de plus en plus longues, les herpétides tendent à se fixer et surtout à se généraliser à toute la surface de la peau. Elles ne disparaissent plus d'elles-mêmes; mais leur guérison réclame un traitement très-énergique. Enfin survient une époque où la peau est envahie tout entière et dans laquelle les diverses dermatoses prennent un caractère grave ; c'est alors que se montrent l'eclhyma, le rupia et, comme dernier terme de toutes ces lésions, l'herpétide maligne exfoliatrice, qui, par les pertes énormes qu'elle fait subir aux malades, achève de ruiner l'organisme et le conduit à une cachexie rapide. A ce moment aussi les organes internes sont profondément atteints, les diarrhées rebelles et l'albu-
minurie avec anasarque et ascitc s'élablissent en permanenc6^ la bronchorrhée et la bronchite capillaire surviennent, ou bien apparaissent des épanchements intra-crAniens. Les malades succombenl à Tune ou à l'autre de ces localisations ultimes, qui souvent résultent de la suppressiou des fonctions cutanées; d'autres fois, ils meurent dans le marasme, épuisés par les énormes pertes épidermiques qu'ils supportent.
Quant à la durée de l'herpétisme, elle est pour ainsi dire illimitée. Le processus morbide a une marche essentiellement chronique; une fois développé, il peut durer dix, vingt ans, toute la vie.
Quels sont les signes sur lesquels repose le diagnostic de Therpétisme? Excessivement variable dans ses manifestations, l'herpétisme frappe la peau, les muqueuses, les organes internes et s'accuse plus particulièrement par ses localisations cutanées. Mais il n'est pas le seul processus morbide qui produise des dermatoses, de telle sorte que, de l'existence d'un eczéma, d'un psoriasis, d'un pityriasis, * le médecin n'est pas en droit de conclure à l'existence de l'herpétisme. Ces lésions cutanées, du reste, peuvent se montrer à la suite d'acl ions locales porUint sur la peau; elles peuvent être de cause externe; de plus, déjà nous avons vu qu'on peut rencontrer plusieurs d'entre elles comme manifestations du processus goutteux ; enfin on les obsene encore dans la scrofulose et dans la syphilis. Il est donc important, au point de vue du diagnostic et par conséquent du pronostic, de rechercher à quels signes il est possible de reconnaître qu'elles sont les manifestations du processus herpéli(|ue.
Les données étiologiques pourront parfois différencier lesderniatoses herpétiques des dermatoses de cause externe. On sait, en effet, que l'herpétisme est héréditaire; on pourra, par un examen approfondi des malades, être mis sur la voie des causes externes qui ont amené les éruptions, reconnaître la présence des parasites, végétaux ou animaux, d'où elles procèdent. Mais ces causes initiales ne seront pas toujours retrouvées et l'herpétisme peut n'être pas toujours héréditaire. Or il est un caractère des dermatoses herpétiques Irèsimportimt à connaître ici et qui, dans un très-grand nombre de cas, établira le diagnostic différentiel. Le plus souvent, la dermatose herpétique est toujours seule et la même. C'est un purigo, un eczéma, un psoriasis qui existe isolément, et il n'y a pas à la fois deux lésions cutanées différentes. Le plus souvent aussi, à moins que la maladie ne soit arrivée à sa période ultime, quand la dermatose guérit, elle se reproduit ultérieurement dans une seconde et dans une troisième poussée et avec sa même nature et ses mêmes caractères. .Vu con-
HERPÉTISMË (sriTB). DIAGNOSTIC 489
traire, les dermatoses externes sont le plus habituellement variables dans leur forme et, dans une môme région, on rencontre ordinal rement des lésions diverses, papules, vésicules, pustules, squames, etc. Mais, quand il s'agira d'établir un diagnostic diiïérentiel entre les localisations cutanées d'origine herpétique et celles qui procèdent de la goutte, de la scrofule et de la syphilis, ces données, basées sur rhérédité et le caractère de multiplicité et de simultanéité des lésions locales, ne sufGrontplus et une étude plus approfondie sera nécessaire. La goutte, la scrofule et la syphilis sont héréditaires comme Therpétisme, en effet.
Bazin, voulant préciser les signes distinctifs entre les dermatoses herpétiques et les dermatoses arthritiques (vous savez que, sous le nom d'arthritis, cet auteur réunissait en une même entité morbide le rhumatisme et la goutte), s'ingénia â démontrer des caractères propres à chacune de ces localisations cutanées. Ces caractères étaient tirés du siège des lésions, de leur forme, de la nature sèche ou humide de leurs produits, de leur situation symétrique ou non, de l'existence ou de l'absence de prurit, etc. Mais les recherches des palhologisles n'ont pas confirmé les faits avancés par Bazin, et ni son entité morbide, arlhrilis, ni les signes admis par lui comme étant spéciaux aux arthrilides et aux herpétides ne peuvent être conservés. Donc le médecin placé en face d'une dermatose ci obligé de la classer parmi les manifestations de la goutte ou parmi celles de l'herpétisme, devra, pour assurer son diagnostic, rechercher avec soin les antécédents du malade, constater si oui ou non il a eu des manifestations goXitteuses articulaires, des douleurs rénales, des coliques néphrétiques, examiner la sécrétion urinaire au point de vue de l'acide urique, étudier l'état du tube digestif et enfin chercher la présence de l'acide urique dans le sang ou dans la sérosité d'un vésicaloire. De plus, les antécédents héréditaires devront être l'objet d'une étude très-approfondie.
Les dermatoses dépendant de la scrofule seront plus faciles à différencier de celles dues à l'herpétisme. fiénéralement les scrofulides siègent à la face, sur le nez, sur les joues; plus rarement elles se montrent sur le tronc ou sur les membres. Presque jamais elles ne se généralisent comme les herpétides. Leur coloration est d'un rouge vineux et elles ont une tendance que n'ont pas les daitres à s'étendre en profondeur, ulcérant le derme, détruisant le nez, perforant les os de la voûte palatine. De plus, elles n'ont pas la disposition symétrique des herpétides et, contrairement à celles-ci, s'accompagnent habituellement d'adénopathies nombreuses.
Quant aux syphilides, l'élude des antécédents permettant de remonter à l'existence d'un chancre primitif sera déjà d'un grand secours pour les reconnaître. Cependant, comme l'existence antérieure de vésicules d'herpès sur les orpanes génitaux pourrait troubler les souvenirs des malades, le médecin devra toujours s'enquérir de la marche successive qu'ont présentée les localisations cutanées. Or, dans la syphilis, les dermatoses débutent ordinairement par le front pour gagner la face, le tronc et les membres. Les lésions se montrent sans disposition symétrique; elles apparaissent par poussées successives avec des formes élémentaires spéciales à chaque période; ce sont des syphilides précoces (roséole, papules disséminées), des syphilides tardives (papules et tubercules groupés), des svphilides tertiaires (ulcérations, croûtes, cicatrices consécutives). Toutes ces lésions se succèdent chronologiquement et, quand les dennatoses d'une époque se sont montrées, on ne voit jamais reparaître celles d'une époque antérieure. Lesherpétides, au contraire, se fixent dans une forme, comme je vous l'ai déjà dit; elles récidivent avec cette même forme pendant très-longtemps. Au reste, la coloration des syphilides est d'un rouge cuivré, et la plupart du temps ces localisations cutanées s'accompagnent des engorgements ganglionnaires caractéristiques.
D'après ce qui vient d'être dit, il est donc encore assez facile d'établir le diagnostic de l'herpétisme lorsque ce processus morbide s'accuse par des localisations vers la peau. Mais les difficultés sont plus sérieuses lorsqu'il s'agit de manifestations vers les muqueuses ou vers les diiïéronts organes internes. Dans ces cas, c'est par une élude très-approfondie du malado, des conditions hygiéniques dans lesquelles il vil, de ses antécédents héréditaires remonUint à plusieurs générations, de ses antécédents morbides signalant ou non la présence d'une ou de plusieurs poussées dartreuses, que le médecin pourra être fixé. La connaissance parfaite du processus herpétique, de toutes ses manifestations possibles, de sa marche évolutive est donc indispensable pour établir le diagnostic et par conséquent le traitement.
D'une manière générale on doit considérer comme grave le pt^onoslic de l'herpétisme. Les malades qui en sont atteints sont, en eiïet, exposés à des accidents variés et presque constants du côté de la peau, du côté des muqueuses, du côté des organes internes. Ces accidents, bénins pendant un certain temps, peuvent, par leur nature ou par le siège ou ils se montrent, prendre tout à coup une gravité exceplionnelle et emporter les malades. A la vérité, l'herpétisme peut, pendant de longues années, ne donner lieu qu'à des
HERPÊTISME (suite). PàTHOGÉNIE. 491
manifestations légères; mais, parle fait même de son évolution naturelle, il aboutit presque toujours à des lésions sérieuses, soit de la peau, soit des autres organes, qui altèrent profondément la constitution et entraînent le marasme et la cachexie ù leur suite. 11 ne faut pas oublier, do plus, que souvent il est l'origine de l'albuminurie, de la phthisie pulmonaire et du cancer. Cependant la gravité du mal est an rapport avec ses diverses périodes et les manifestations cutanées sont elles-mêmes d'autant plus sérieuses qu'elles sont plus fixes et qu'elles ont plus d'étendue, comme vous le comprenez facilement. Dans un très-grand nombre de cas, du reste, on voit le mal ne pas franchir ses périodes légères ou rester pendant très-longtemps stationnaire en ne manifestant sa présence que par des dermatoses légères elles-mêmes et qui n'apparaissent qu'à de longs intervalles. En dernier lieu, je vous rappelle que la suppression brusque des localisations peut être éminemment dangereuse. Les maladies les plus sérieuses des centres nerveux, la folie elle-même, peuvent en être la conséquence. Elle donne également lieu à des affections graves du côté de l'appareil respiratoire et de l'appareil digestif capables d'entraîner la mort. Enfin elle est encore assez fréquemment l'origine de tumeurs cancéreuses.
Messieurs, l'étude du processus herpétique que nous venons de faire, nous montre bien que nous sommes en présence d'un processus morbide constitutionnel, se transmettant par voie héréditaire, pouvant aussi prendre naissance sous Tinfluence de causes auxquelles nous accordons la faculté d'altérer à la longue la nutrition général!» de Téconomie. Cette idée est corroborée par ce que nous savons des déterminations multiples du mal vers un grand nombre de tissus et d'organes et de ses localisations à marche lente, à récidives fréquentes, que nous constatons. Les apparitions alternantes de ces mêmes localisations, tantôt vers la peau, tantôt vers les muqueuses, tantôt vers les organes internes, confirment enfin cette manière de voir. Mais, une fois cette idée acceptée, nous est-il possible d'aller plus loin? Pouvons-nous spécifier la nature du trouble nutritif dont l'expression clinique consiste dans les manifestations herpétiques? Trouvons-nous même, soit dans les liquides, soit dans les solides de l'économie, une modification analomique ou chimique qui puisse caractériser le processus morbide? La goutte est caractérisée par la présence d'un excès d'acide urique dans le sang; avons-nous une lésion sanguine analogue dans Therpétisme ? A toutes ces questions d'une importance capitale, puisque c'est de leur solution que dépend la connaissance de la pathogénie et de la nature
du processus herpétique, nous ne pouvons que faire une réponse négative. En réalité, malgré les travaux des cliniciens célèbres, nous ne savons rien de la palhogénie, rien de la véritable nature de Therpétisme. Ici, tout en constatant cette lacune profonde, je dois cependant vous indiquer les différentes doctrines qui ont eu cours dans la science et qui partagent encore les auteurs modernes.
L'herpétisme se manifestant plus spécialement par des localisations cutanées, son histoire médicale se confond avec celle des maladies de la peau. Lesauteurs anciens désignaient les aflections cutanées sous le nom de dartres (Sa^ùToç, excorié) et pour eux les dartres, quelles que soient leur forme et leur nature, étaient produites par le virm darireux. Lorry, qui remplaça le mot dartre par le mot herpès {ipK&hy ramper), montre que les maladies de la peau peuvent naitre de la scrofule, de la syphilis et de Tartliritis et qu'elles peuvent aboutir à des dégénérescences viscérales ; il reconnaît que Tasthme, l'hypochondrie, Thyslérie, Thydropisie doivent souvent être rattachés au principe herpétique. Dés celle époque rherpétisme est créé en tant que maladie générale, et les travaux de Poupart, d'Alibert, d'Ilahncmann,deP. Frank et autres auteurs, assurent l'existence de cette entité morbide. Cependant une réaction se produisit avec l'école de Willan, qui rejeta au second plan l'idée d'une cause commune à certaines manifestations morbides vers la peau et fait des diflërentes dermatoses des maladies spéciales. Biett, Rayer, Devergie et autres auteurs acceptèrent cette doctrine et rherpétisme fut remis en question jusqu'au moment où les travaux de Hardy et de Bazin vinrent reconstituer cette affection dîathésique. Aujourd'hui rherpétisme est admis par presque tous les auteurs. Beaumés, Ginlrac, Guéneau de Mussy acceptent qu'il existe un état général de l'organisme se traduisant par les lo<'^lisations que vous connaissez, et il en est de même des écrivains plus récents tels que Guibout et Isambert.
Mais quelle idée se font les différents auteurs sur la nature de rherpétisme? Ici, la confusion commence, ou plutôt les auteurs sont muets. Ils se contentent de définir rherpétisme par ses caractèroi; cliniques, par les localisations variées qu'il détermine, par la lendimce aux récidives de ces localisations, etc. Cependant en 1801 Pidoux (I), tout en admettant Texistence de rherpétisme, n'en fait pas un étiU morbide primitif. Cet auteur admet qu'il existe trois maladies chroniques capitales ou primitives : la scrofule, Tartliri-
(I) Pidoux, Ann. de la Société ithydrologie de Paris.
HERPÊTISME (sviTE). PATHOGÉNIE. 493
Usme et la syphilis, d'où peuvent sortir par substitution régressive toutes les autres maladies chroniques. Les maladies finales, qui altèrent l'organisme dans sa base (tuberculose, cancer), occupent Vautre extrémité de Téchelle et, entre ces deux extrêmes, se trouve la série nombreuse et variée des maladies chroniques mixtes, c Ce vaste champ, dit Pidoux, compris entre les maladies initiales et les maladies ultimes, appartient tout entier à Therpétisme. » Cette doctrine, considérant fherpétisme comme une dégénérescence d'une des maladies primitives, est sans contredit soutenable, mais non démontrée, et, de plus, elle ne nous apprend rien de la pathogénie et de la nature du processus que nous étudions. On peut en dire autaot des définitions cliniques de l'herpélisme qui ont été données par Caisso (I) et de Fayole (2). Pour Durand-Fardel (3), l'herpétisme pst une affection constitutionnelle par anomalie indéterminée de rassimilation;mais cette définition ne nous instruit pas davantage, comme vous pouvez le voir. Quanta Queneau de Mussy (4), il pense que riierpétismc doit être conservé comme un groupe diathésique provisoire, mais qu'il a les relations les plus intimes avec l'arthritis (jroutte); pour lui, la généalogie de l'herpétisme remonte presque toujours à des ancêtres goutteux.
C'est dans cette môme voie que s'est engagé Gigot-Suard (5). 11 a voulu démontrer que la goulte et Therpétisme n'étaient qu'un seul et même état morbide qu'il conviendrait de désigner sous le nom iV uricémie. Pour lui, Therpétisme serait produit par la présence en excès dans le sang des principes excréineniitiels, notamment de ceux qui s'y trouvent en pelile quantité à l'état normal et qui ne sont pas excrétés par la poau, tels que les urales, les oxalates, les hippurales, la xanlhin 3, la crcatine, etc. La goutte, avec ses manifestations articulaires, serait alors le résultat de la prédominance exagérée de l'acide urique sur les autres principes excrémonlitiels. Cette doctrine a quelque chose de séduisant au premier abord et mériterait d'être prise en considération si l'autour Tavait appuyée sur des données réellement scientiri(|ues. Pour l'étayer .sérieusement il fallait, en procédant par voie d'analyse, démontrer que, chez les herpétiques, les principes excrémenlitiels ne sont pas éliminés en proportion suflisante, qu'on les retrouve en excès dans le
i\) Caisso, Société de médecine de Bordeaux, 18(56.
tt, n^' Kiiyolc, Lnion médicale de la Gironde j 1867.
f'ii hiirand-Fiirdel, Traité des maladies chroniques^ 1808.
< if liuirncau de .Mussy, Clinique médicale
(5; Cijjol-Suard, L'herpétisme, paihogénie, manifeslationSy traitement, 1870.
494 LESGRANDS PROCESSUS MORBIDES.
sang, dans la lymphe ou dans les tissus de l'organisme ; il fallait ensuite, par voie synthétique, reproduire l'herpélisme en augmentant dans le sang des animaux mis en expérience les principes de désassimilation. Voici les faits sur lesquels s*est appuyé Fauteur pour soutenir sa théorie. Chez des sujets atteints de maladies de la peau, eczéma, pemphygus, psoriasis, il a trouvé des cristaux d'acide urique dans les produits de hquides ou solides des dermatoses. Chez des chiens, l'administration suirisamment prolongée d'acide urique a pu déterminer Tapparition de lésions cutanées rappelant le pioirigo, l'eczéma, le psoriasis et le pityriasis; des congestions vers les muqueuses, des altérations rénales les ont souvent accompagnées; parfois on a trouvé des hyperémies cérébrales, pulmonaires, hépatiques et rénales. Chez les herbivores cependant l'administration du même acide n'a pas produit de semblables résultats. L'acide oxalique donné à des chiens a déterminé la chute facile des poils et des inflammations gastro-intestinales ; enfm Tacide hippurique, donné à un chien à la dose de i grammes par Jour pendant vingt jours, a produit un léger prurigo. Chez l'homme, l'expérimentation a fourni des résultats analogues. Des démangeaisons et l'apparition d'éruptions variables, papules, pustules, ont suivi l'usage de l'acide urique; l'acide oxalique a déterminé du prurigo et l'acide hippurique a produit des démangeaisons et une éruption analogue à celle du zona. Tels sont les faits. Bien qu'ils indiquent une voie de recherches, ils ne me paraissent pas suffisants pour trancher d^une manière aussi catégorique que celle de l'auteur la question de la pathogénie de l'herpétisme. Rien ne prouve, en eflet, que Tacide urique trouvé dans les éruptions cutanées soit la cause de ces éruptions. Il peut tout aussi bien en être Teftet. De ce que l'administration de l'acide urique produit des con^^estions, des déman^^eaisons à la peau, il ne s'ensuit pas que riiepélisme soit le résultat de la rétention de l'acide urique dans le sang. L*excés d'acide urique détermine la goutte, nous le savons, car dans la goutte le sang contient deTacide urique, car l'élimination urique est souvent entravée chez les goutteux. Mais la démonstration n'est pas faite pour les dartreux,les véritables herpétiques. Les conclusions de Gigot-Suard sont donc tout à fait prématurées et ne peuvent être acceptées que comme des vues hypothétiques dans l'état actuel de la science. Et, du reste, en ;idmettant pour un instant que l'herpétisme soit lié à la rétention dans le sang des déchets organiques, la question pathugénique ne serait pas encoie résolue, car il faudrait rechercher la cause primitive de cette rétention. J'ai déjà agité celte question devant vous eo
HËRPÉTISMË (suite), traitement. 495
parlant de la pathogénie de la go.utte, je n'ai donc pas à y revenir. En résumé donc, tout en considérant Therpétisme comme un processus morbide constitutionnel, déterminé par un trouble de la nutrition intime, nous ne savons rien, comme je vous le disais tout à rheure, ni de sa nature ni de sa patbogénie, et nous ignorons les lésions du milieu intérieur qui pourraient lui donner sa caractéristique. Son histoire pathologique est donc moins avancée que ne Test celle de la goutte.
Terminons notre étude par le traitement de Therpétisme. Si, dans le cas d'herpétisme héréditaire, l'indication primitive ne peut être rempHe, nous pouvons cependant par une hygiène appropriée atténuer les effets de l'hérédité et, dans l'herpélisme acquis, c'est encore cette hygiène spéciale qui remplira l'indication causale. Les herpétiques doivent doîlc éviter toules les causes que nous avons examinées et qui favorisent les manifestations du mal. L'alimentation chez eux sera réglée; ils éviteront les excès de table, les écai*ts de régime, les excès de toute sorte. Les boissons alcooliques seront absolument proscrites et la nourriture sera particulièrement végétale. Les fatigues intellectuelles, les émotions violentes devront être écartées autant que possible. Enfin, l'exercice musculaire et rhabitation au grand air seront instamment recommandés. Ces malades devront éviter encore toutes les excitations faites à la surface de la peau et se prémunir contre les brusques variations de la température ambiante.
Comme jusqu'à ce jour nous ne connaissons pas la véritable nature de riierpétisme, nous ne pouvons remphr, à l'aide d'un traitement rationnel et scientifique, l'indication morbide. Cependant Texpérience clinique a démontré l'utilité de certaines médications que je dois vous signaler* et qui paraissent modifier très-réellement la maladie. En première ligne, il convient de placer la uiédicotion ai'senicale qui rend les plus grands services, fait disparaître la plupart des manifestations herpétiques et empêche souvent, pour un temps tiès-long les récidives. Tous les auteurs qui ont traité les herpétiques, Bazin, Hardy, Guibout et autres, ont reconnu sa puissance curative. La médfcation arsenicale peut être donnée sous toutes les formes ; il semble préférable cependant d'employer l'arséniate de soude. Les eaux minérales de Louesch, du Mont-Dore qui sont arsenicales rentrent dans cette médication. Le mode d'action de Tarsenic dans le traitement de l'herpétisme est inconnu. Peutêtre agirait-il en favorisant la respiration et permettant la combustion des produits de dénutrition; mais cette hypothèse ne peut être
admise que si Ton considère riierpctisme comme le résultat de la rélenlion dans le sanp des déchets organiques. La médication alcaline a une action beaucoup moins énergique que la médication ar- . senicale dans le traitement de Therpélisme. Cependant, comme les alcalins possèdent le pouvoir de favoriser les fonctions digestives d'une part, et d'autre part celui d'augmenter la sécrétion urinaire, leur usage peut être considéré comme utile. Cet usage rendra des services surtout dans ces cas si fréquents où des localisations du mal vers l'estomac et l'intestin viennent troubler profondément la digestion cl, par le fait, entraver l'absorption et la réparation de l'organisme. Mais, il faut bij^n le reconnaître avec Bazin, Hardy, Guibout, Gigot-Suard et autres auteurs, la médication alcaline bien inférieure à la médication arsonirale ne doit être considérée que comme une médication adjuvante, utile surtout dans les cas signalés plus haut. Les eaux minérales de Vichy, Vals,Carlsbad tombent sous le coup des mêmes observations. Il est un fait qu'il ne faut pas oublier ici, c'est que les alcalins ont le pouvoir de détruire les globules rouges du sang quand leur usage est continué un certain temps. Tous ces sels, y compris le silicate de soude, préconisé par Gigot-Suard, créenldonc une anémie globulaire et entravent les échanges gazeux dans l'organisme. 11 faut donc ne pas en prolonger trop longtemps l'emploi. Enfin la modllicationsulfinciiseysoukey eaux minérales de Cauterels, de Luchon, de Baréges d'Criage et autres, rend des services incouleslables dans les manifestations cutanées ou muqueuses de l'herpélisme. Prises en bains, en boissons, en pulvérisation sur les surfaces malades, ces eaux donnent des résultats qui justifient leur anlicjue réputation. Leur mode d'action est dilHcile à interpréter. On ^ail cependant, d'après Gubler, que le soufre qui se transforme en sulfure en traversant l'organisme, puis en sulfates et en acide sulfhydrique, active la circulation et bientôt les actes d'assimilation dont les éléments anatomiques sont le siège. Mais ces données, en raison même de l'ignorance où nous sommes de la nature de l'herpétisme et du trouble nutritif qui en résulte, ne peuvent nous servir pour l'interprétation de l'action des sulfureux, comme vous le comprenez.
L'indication syrnplomatique s'adresse aux différentes manifestations locales du processus morbide et aux symptômes spéciaux qu'elles déterminent vers les organes ou les tissus atteints. C'est par des moyens locaux qu'elle est remplie dans les herpétides cutanées et dans celles des muqueuses accessibles à l'examen et i Taction thérapeutique directe. Dans les dermatoses humides telles
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que reczéma, l'impétigo, l'ecthyma qui, je vous Tai montré dans mes leçons sur Tinflammation, sont des lésions véritablement inflammatoires de la peau, la médication antiphlogistiquc locale, consistant surtout en des cataplasmes de fécule qui ne subissent pas comme ceux de farine de lin la fermentation* acide, devra surtout être utilisée. Il faudra proscrire du traitement toutes les pommades quelles qu'elles soient, en raison précisément de la transformation des graisses en acides gras qui augmenteront l'inflammation par leur contact avec la peau. Les pommades soufrées, mercurielles, alcalines devront être rejetées pareillement et il en sera de même des bains sulfureux, des bains alcalins, des bains de sel dont l'action ne pourrait qu'entretenir et même aggraver les dermatoses en question. Le caoutchouc vulcanisé appliqué en feuilles minces sur les parties malades a été préconisé par Hardy et Colson ; il a donné de bons résultats. Dans les dermatoses sèches, psoriasis, prurigo, lichen, où b lésion cutanée consiste en une production incessante de l'épidermey il faut modifier la nutrition de la peau. Les frictions, les lininients, les bains produisent ce résultat. La teinture d'iode, le sublimé, mais surtout l'huile de cade, alternant avec les bains alcalins, les bains de vapeur, les douches hydrothérapiques sont les médicaments qui donnent le plus de succès. Dans l'herpétide maligne exfoliatrice, ces moyens ne pourront pas être utilisés; il faudra recouvrir la peau de glycérine, de glycérolé d'amidon, pour substituer à l'épiderme qui tombe un vernis protecteur. Quand la chute épidermique diminuera, quelques lotions astringentes seront utiles et, en même temps. Ton donnera des bains aromatiques et des bains amidonnés. 11 ne faut pas oublier que la disparition brusque des dermatoses est souvent l'origine de manifestîUions graves du côté des organes internes. Il est donc indispensable, pendant le traitement local, de surveiller attentivement les malades et de leur donner des purgatifs légers, des diurétiques qui peuvent s'opposer aux fluxions collatcralos en diminuant la massf; liquide du sang et en exerrant une dérivation utile vers l'inlestin ou le rein.
Les herpéfides muqueuses susceptibles d'être atteintes directement, celles qui siègent dans le nez, la bouche, le pharynx et le lav\ nx, celles qui se développent sur les yeux ou dans le conduit auditif pxieiTic, celles enfin qui surviennent aux organes génitaux, dans le vagin et sur le col utérin seront traitées d'après les mêmes principes. I^s lotions avec les eaux sulfureuses, les pulvérisations de ces eaux, les cautérisations légères avec la teinture d'iode, l'iodoforme, le
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nitrate d'argent et le chlorure de zinc seront employées et souvent avec succès.
Quant aux manifestations du mal vers les organes internes, es* tomac, intestin, bronches, poumon, encéphale, leur thérapeutique spéciale se confond avec la thérapeutique des inflammations des différents organes frappés et avec la thérapeutique propre aux modifications fonctionnelles déterminées par les localisations morbides. Je n'ai pas à vous en entretenir par conséquent. Toutefois je crois utile de vous dire que Tun des meilleurs traitements de Tasthme consiste dans les injections sous-cutanées de morphine préconisées dans ces derniers temps par Vibert (1), et qui, je Tai reconnu moi-même depuis 1869, font cesser presque subitement les ^iccés. Il ne faut jamais perdre de vue que ces manifestations ^ont souvent le résultat de la suppression brusque des herpétides cutanées. Lorsqu'il en sera ainsi, le premier devoir du médecin consistera, comme dans les cas d'accidents dits de goutte rétrocédée, i faire reparaître la localisation cutanée; des accidents graves vers l'appareil pulmonaire ou vers l'encéphale ont pu être écartés par eê moyen. Le docteur Rouxeau (2) a réussi à guérir ainsi des bronchopneumonies en appliquant sur les points où existaient les herpétides des vésicatoires qui ramenaient la dermatose primitive.
Une dernière indication demandera souvent à être remplie ches les herpétiques, chez ceux-là surtout qui, arrivés à une période déjà avancée de leur mal, perdent leurs forces de plus en plus et finissent par tomber dans le marasme. Cette indication consistera, vous le comprenez, à relever l'organisme par tous les moyens possibles. Une alimentation substantielle, du fer, du quinquina, des amers (strychnine, quassia amara), destinés à stimuler l'appétit et à favoriser les digestions rempliront ce but. On pourra y joindre les vins généreux et surtout le vin de Champagne très-utile dans ces cas.
(1) Vibert, ÉtudeJt pratiques tur les injections sous-cutanées de morphine iJourm. de ihérap., Nasson, 1875).
(t) Rouxeau, De la diathese herpéthiquê et de ses relations acec les affeetums de potiriney 1873.
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