‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 89 sur 217 · SANG · texte numérisé non relu

SANG

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Iflyt'ocholate.

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glycocholalc.

Volume total

047,5 ' fiin.o

6il,9

Oxjj'ènc

Acide carbonique

Azote

va>) a

Mais, messieurs, la clinique \ienl-elle confirmer ces résultats oxpérîmenlaux; chez les sujets qui succombent à la maladie qui nous occupe, Irouve-t-on des sels biliaires dans le sang el dans les urines; chez eux rencontre- 1- on cette destruction des globules rouges? Malgré les analyses de Rôhrig (1) et de Huppert (2), malgré les assertions de Krerichs, il est certain, d'après les recherches de Fellz et Rilter, que les sels biliaires ont été trouvés dans le sang de malades atteints d'iclère grave. Pareillement tous les auteurs ont signalé Tétai de difiluence du sang et la déformation et la destruction des hématies. Dans^le cas observé par moi, si je n'ai pas constaté la présence des sels de la bile dans le milieu intérieur, fai cependant noIé la destruction presque totale des globules rouges, destruction observée à Tautopsie, il est vrai, mais qui ne pouvait en aucune façon être allribuée à la putréfaction dont les caractères n'existaient pas dans le sang examiné. De même, dans un grand nombre d'observations, les auteurs cités ont conslalé la présence des sels biliaires dans les urines.

Il est donc bien prouvé que la résorption des produits aclils de b sécrétion du foie est extrêmement dangereuse pour l'organisme, et que cette résorption peut donner lieu à Tapparition d'une maladie se rapprochant beaucoup de l'irtère grave.

Mais, dans les cas de lésions graves du tissu hépatique, les fonctions excrétoires dévolues au foie sont certainement compromises. Même dans les cas d'oblitération simple d(*s canaux cholédoque ou hépatiques, on peut croira» à une diminution dans lesdites fonc-

'•)n.ihrijc, Arch. rûrphijsioi. IleilU.. 1803. '-' Huppert, Arch. fit'- phijxiol. Ileilk., 1805.

•admettre qu'elle n'a pu pénétrer les éléments nerveux et altérer leurs fonctions. Des expériences de Koloman Mùller (I), viennent montrer la justesse de cette observation. L'auteur, après avoir triluiv la cholestérine dans la glycérine, étend le mélange avec de Feau de savon. Il obtient ainsi un liquide limpide qu'il injecte à des chiens. Après une ou deux injections, les animaux sont pris d'accidents nerveux. L'apathie, la perte du mouvement et de la sensibilité périphérique se montrent; puis apparaît le coma et la mort survient dans l'espace de 56 à 93 heures. Ces accidents, vous le voyez, sont tout à £fiit semblables à ceux de l'ictère grave; aussi l'auteur rapporte-t-il ces derniers à l'accumulation de la cholestérine dans le ssmg.

Mais il est des cas où l'ictère grave s'est présenté sans aucune lésion du foie. Cl. Bernard, Monneret, Blachez (â). Yallin (â), FelU et Ritter, ont rapporté des exemples de ce genre. Dans ces cas It* passage de la bile dans le sang ne peut plus être attribué à la rétention de ce liquide dans les voies biliaires qui sont libres; dans ces cas on ne peut plus invoquer la rétention de la cholestérine dans le sang, les fonctions excrémentilielles du foie continuant à s'exercer. Les faits de ce genre se rappoitent toujours, on peut le dire, à des ictères résultant d'une augmentation dans la rapidité de la production de la bile, de telle sorte qu'au lieu d'une acholiey c'est une polyrlwlie qui se manifeste. Or, quand il se produit une hypersécrétion de bile, la tension de ce liquide dans les canalicules biliaires se trouve bientôt exagérée et celte condition est éminemment favorable pour amener la résorption des acides de la bile.

11 résulte donc de ces faits que le processus morbide qui nous occupe doit être considéré comme le résultat d'un empoisonnement du sang par les matériaux de la bile, sels biliaires d'une part, cholestérine, d'autre part. Selon toute probabilité, dans l'ictère grave, c'est aux acides biliaires que doivent être rapportées la dissolution des globules rouges, les hémorrhagiesse faisant à la surface des muqueuses ou dans l'intimité de la peau et des séreuses, ainsi que la dégénérescence graisseuse que l'on observe du côté du cœur et du rein. Les sels biliaires agiraient dans ce cas comme le phosphore et autres poisons dont la pénétration dans le sang est rapidement .«suivie de la destruction des globules rouges et de la stéalose viscérale,

îl; Koloman Millier, L'eber Clioleslerdmie (Arcii. fur exp. Path. uml Pkarm., 1873).

{i) blachoz, Thèse de Pari», m'A).

(3) Vallin, Contribution à l'anatomie paltMlogique de l'ictère grave tGai. kebd.^ 1867 «.

CHOLËSTÊRÊMIË. PATHOGÊNlË. 519

t'omme je vous Tai indiqué en Irai tan t-de la dégénérescence graisseuse. Les sels biliaires, en pénétrant dans le milieu intérieur, auraient aussi sous leur dépendance Tapparilion des symptômes nerveux, en ce sens qu'en détruisant les globules rouges et s'opposant à l'absorption de l'oxygène, ils priveraient les centres nerveux d'un des éléments essentiels à leur nutrition intime. D'un autre côté, ces mêmes symptômes nerveux résulteraient aussi de l'accumulation de la cholestérine dans le sang, puisque, par le fait de cette accumulation, l'encéphale resterait imbibé des déchets de sa propre nutrition. Il résulte encore de cette étude que l'expression ictère grave ne doit être envisagée qu'au point de vue symptomatique seul et qu'elle ne doit jamais entraîner à sa suite l'idée d'une lésion hépatique bien définie et tout à fait spéciale. L'ictère grave, en effet, se produira toutes les fuis que la glande hépatique ne pourra éliminer la cholestérine, ou bien qu'elle sera le siège d'une résorption des sels de la bile.

Si maintenant, voulant aller plus loin, nous nous demandons quels sont les cas dans lesquels on devra plos particulièrement croire à un empoisonnement par les sels biliaires et quels sont ceux où la cliolesiérémie devra être invoquée, nous entrerons dans le domaine dp rhypothèse. Cependant il est permis de supposer que, si le. foie est profondément lésé dans sa strucliire, il ne produit qu'une quanlilc relativement minime de sels biliaires, tandis que la séparation de la choleslérine du sang se trouve considérablement entravée. On peut dire aussi que, dans les cas d'ictèie grave où l'on observe des hémorrhagies multiples, il est possible de songer à une intoxication par les sels de la bile; mais il est bien évident que l'empoisonnement par les sels biliaires et Tempoisonnement par la choleslérine marchent le plus souvent de front; dans le cas observé par moi il en ♦'lail certainement ainsi.

Je ne puis, messieurs, quitter ce terrain sans vous dire un mol Jes idées acceptées auliel'ois au sujet de la maladie qui nous occupe. Frerichs ayant piouvé que, dans les cas d'ictère grave, on lenconlrail dans le foie, dans le sang et dans les urines une forte proportion de leucine et de lyrosine, on fut tenté d'attribuer à ces substances l'origine des accidents. Mais, comme l'a démontré tVerichs lui-môme, la leucine ou la lyrosine injectées dans le sang ne sont pas nuisibles. D'un autre côté, les urines des malades aerusant toujours une diminution dans la proportion de l'urée, on put croire à un empoisonnement urémique dans ces cas. Celte

idée a même été défendue dans ces derniers temps par Whitia (1 ). Cet auteur admet que les accidents survenant dans la plupart des maladies chroniques entraînant la destruction du foie sont d'origine urémique. D'après lui, ils seraient dus à ce que le sang charrie une forte proportion de matières albuminoïdes qui, insuffisamment modifiées par le foie et non converties en urée, ne peuvent pas être éliminées par les rein^. Cette doctrine, qu'il faudrait démontrer par des analyses chimiques très-précises, ne me pai*ait pas applicable à la maladie qui nous occupe. D'une part, les symptômes de l'ictère grave diffèrent de ceux de l'urémie ; d'autre part, la théorie ne rend pas compte ni de l'altération du sang, ni de la production des hémorrhagies. Enfin certains auteurs, Monneret, Trousseau (i), ont considéré l'ictère grave comme une infection générale, une pyrexie, selon les idées anciennes, en se fondant plus particulièrement sur ce fait que l'on peut rencontrer des épidémies de cette affection. Il est certain qu'il en est ainsi dans quelques cas, et l'on sait que les typhus doivent être considérés comme pouvant donner lieu à la maladie. Mais, en acceptant encore celte idée étiologique, il n'en est p^s moins vrai que la nature du processus morbide en tant qu'ictère grave reste la même, puisque les expériences de Fellz et Ritter (3) ont prouvé que, dans certains cas de septicémie, il y a pénétration des acides biliaires'dans le milieu intérieur.

Terminons par quelques données sur le traitement du processus que nous étudions. L'indication causale doit s'opposer à la pénétration des sels biliaires dans le sang et à Taccumulation de la cholestérine dans ce liquide. Or il est évident que cette indication ne pourra être remplie dans les cas de dégénérescence complète du foie (dégénérescence graisseuse, cirrhose complète, carcinose généralisée, etc.). Dans ces cas, en effet, il ne se forme plus de bile, l'organe étant détruit. Au contraire, lorsqu'il s'agit d'une stase de la bile ou d'hypersécrétion de celle humeur, cette indication, qui se réduit à favoriser l'écoulement biliairn, pourra fréquemment être remplie. C'est par les purgatifs énergiques, aloës, scammonée, coloquinte, eau-de-vie allemande, calomel, c'est par les vomitifs qu'on y parviendra. Il est évident que ces moyens resteront sans effet lors-

(1) Whilla, (Jrœmia in affections of Ihe, lever (The Dublin Joum. of. me4 fc., 1876i.

it) Trousseau, Clinique inéilicale.

Ci} FelU et Hitter, De VapparUion des sels biliaires dans le sang et dans les urmes déterminée par certaines forme» d'empotxonnenienl iJoiirn. de l'anat. et de la phys, de Ch. Robin, 1876).

CflOLESTÉRÊMlE. TRAITEMENT. 5âl

qu'il s'agira d'une hépatite diffuse ou interstitielle ayant produit déjà rétranglement des canalicules biliaires microscopiques. L'indication morbide qui consisterait, étant donnée la présence des sels biliaires ou de la cholestérine, à Taire rejeter ces substances au dehors ou à les neutraliser dans le sang ne pouiTa pas être remplie. Cependant, il ne faut pas l'oublier, Feltz et Ritter ont établi que les sels biliaires s'échappent par la sécrétion urinaire et les sécrétions intestinales. Les moyens cités plus haut pourront donc encore s'adresser à l'indication morbide; on y joindra les diurétiques et il est certain que ces moyens seront très-utiles dans les cas d'ictère grave d'origine polycholique. Quant à l'indication symptomatique, elle sera remplie en s'adressant à la douleur par l'opium, la morphine, le chloral et les révulsifs sur la région hépatii^uc. Les vomissements et les hémorrhagies gastro-intestinales seront combattus par la glace intus et extra, par l'alun, le tannin, le seigle ergoté, le sulfate de quinine. Les acides minéraux, ralcool, la quinine, l'acétate d'ammoniaque seront enfin mis en usage pour combattre la destruction du sang et soutenir jusqu'au bout les forces des malades. Mais, vous ne devez pas l'oublier, le processus morbide est d'une extrême gravité; il est mortel lorsqu'il est produit par les lésions hépatiques diverses que vous connaissez, et il crée un immense danjîer alors même qu'il n'y avait pas de lésion primitive du foie; car, Feltz et Ritter l'ont prouvé, outre la lésion du sang qu'ils déterminent, les sels biliaires produisent encore la dégénérescence graisseuse du foie, du rein et des autres organes.

idée a même été défendue dans ces derniei*s temps par Whitla (1). Cet auteur admet que les accidents survenant dans la plupart des maladies chroniques entraînant la destruction du foie sont d*origine urémique. D*après lui, ils seraient dus à ce que le sang charrie une forte proportion de matières albuminoïdes qui, insuffisamment modifiées par le foie et non converties en urée, ne peuvent pas être éliminées par les rein^. Cette doctrine, qu'il faudrait démontrer par des analyses chimiques très-précises, ne me parait pas applicable à la maladie qui nous occupe. D'une part, les symptômes de Fictère grave diffèrent de ceux de l'urémie; d'autre part, la théorie ne rend pas compte ni de l'altération du sang, ni de la production des hémorrhagies. Enfin certains auteurs, Moiinerel, Trousseau (i), ont considéré Ficlère grave comme une infection générale, une pyrexie, selon les idées anciennes, en se fondant plus particulièrement sur ce fait que l'on peut rencontrer des épidémies de cette affection. Il est certain qu'il en est ainsi dans quelques cas, et l'on sait que les typhus doivent être considérés comme pouvant donner lieu à la maladie. Mais, en acceptant encore cette idée étiologique, il n'en est p^s moins vrai que la nature du processus morbide en tant qu'ictère grave reste la même, puisque les expériences de Feitz et Ritter (3) ont prouvé que, dans certains cas de septicémie, il y a pénéti-ation des acides biliaires'dans le milieu intérieur.

Terminons par quelques données sur le traitement du processus que nous étudions. L'indication causale doit s'opposer i\ la pénétration des sels biliaires dans le sang et à Faccumnlation de la cholestérine dans ce liquide. Or il est évident que cette indication ne pourra être remplie dans les cas de dégénérescence complète du foie (dégénérescence graisseuse, cirrhose complète, carcinose généralisée, etc.). Dans ces cas, en effet, il ne se forme plus de bile, l'organe étant détruit. Au contraire, lorsqu'il s'agit d'une stase de la bile ou d'hypersécrétion de celle hnirif^ur, cette indication, qui se réduit à favoriser l'écoulement biliaire, pourra fréquemment être remplie. C'est par les purgatifs énergiques, aloës, scammonée, coloquinte, eau-de-vie allemande, calomel, c'est par les vomitifs qu'on y parviendra. Il est évident que ces moyens resteront sans effet lors-

(1) Whitla, Urœmia in affections of ihe, lever (The Dublin Joum. of. meil §c., i87t>».

(2) Trousseau, Clinique métlkale.

(3) FelU et Ritter, De l'apparition des sels biliaires dans le sang et dans les urines déterminée par certaines formes d^ empoisonnement {Joum. de Vanat. et de la phys. de Ch. Robin, 1876).

CHOLESTÉRÊMIE. TRAITEMENT. 5âl

qu'il s'agira (Fune hépatite diffuse ou interstitielle ayant produit déjà rétranglement des canalicules biliaires microscopiques. L'indication morbide qui consisterait, étant donnée la présence des sels biliaires ou de la choleslérine, à laire rejeter ces substances au dehors ou à les neutraliser dans le sang ne pourra pas être remplie. Cependant, il ne faut pas l'oublier, Feitz et Ritter ont établi que les sels biliaires s'échappent par la sécrétion urinaire et les sécrétions intestinales. Les moyens cités plus haut pourront donc encore s'adresser à l'indication morbide; on y joindra les diurétiques et il est certain que ces moyens seront très-utiles dans les cas d'ictère grave d'origine polycholique. Quant à l'indication symptomatique, elle sera remplie en s'adressant à la douleur par l'opium, la morphine, le chloral et les révulsifs sur la région hépatique. Les vomissements et les hémorrhagies gasiro-inlestinales seront combattus par la glace intus et extra, par l'alun, le tannin, le seigle ergoté, le sulfate de quinine. Les acides minéraux, l'alcool, la quinine, l'acétate d'ammoniaque seront enfin mis en usage pour combattre la destiniction du sang el soutenir jusqu'au bout les forces des malades. Mais, vous ne devez pas l'oublier, le processus morbide est d'une extrême gravité; il est mortel lorsqu'il est produit par les lésions hépatiques diverses que vous connaissez, et il crée un immense danger alors même qu'il n'y avait pas de lésion primitive du foie; car, FeItz et Ritter l'ont prouvé, outre la lésion du sang qu'ils déterminent, les sels biliaires produisent encore la (lég<'?nérescence graisseuse du foie, du rein et des autres organes.

CINQUANTE-XEUVIÈME LEÇON

DC L* ALBUM INUIUE (1).

Délinilion. — Circulation intra-organique des principes albiiminoïdes. — Ditfusibilité di* ces principes. Albuminurie expérimentale. — £tiolo;çie de l'albuminurie.

MESSIKlKSy •

Je définis l*albuininurie uq processus morbide, lemporairc ou permanent, caracttTisé par le passage de l'albumine dans Turine, à travers les tubes sécréteurs du rein. Dans un très-grand nombre de cas, ce processus s'accompagne de modifications quantitatives ou qualitatives des matières albummoïdes du sang. Cette définition écarte, comme vous le voyez, ces cas où l'urine devient albumineuse parce qu'elle s'est chargée d'albumine en traversant les canaux excréteurs de l'urine depuis le bassinet jusqu'à la vessie et l'urèthre inclusivement. Dans les inflammations de ces organes, en eiïet, des exsudats albumineux peuvent se mélanger à l'urine. Elle écarte également ces autres cas où l'albumine que l'on li'ouve dans l'urine provient du sang ou du pus mélangés à cette sécrétion physiologique.

L'albuminurie est un des processus morbides les plus importants. Son étude qui est dillicile réclame une attention soutenue et des connaissagces certaines sur Tanalomie et la physiologie rénale et sur la circulation des matières albiiminoides dans l'organisme. Déjà je vous ai exposé l'anatomie et la physiologie du rein ; j'aborde donc l'histoire des inodilications mlra-orgaiii(|ues des substances protéiques.

A l'état physiologique les principes albuminoides du sang proviennent pour la plupart du dehors. Apportés par ralimentation sous les Cormes les plus diverses (albumine, fibrine, caséine, nuisculine, etc.), il> subissent dans la cavité du tube iligestif, et plus spécialement sous Tinfluence du suc gastrique, une importante mo-

(1) L.e mot ullMiminiirie a été «nn|ilové par Martin Srjlon pour désigner la présenri» d«' l'albumine il.n\> l'urine. Synuii\mes : aibuminurrhée, maladii* de Hrigtit, diabète K*ur<^ matique, leucumurie, dia'iélc albumineux, diab«*le hMicomuriipic.

ALBUMINURIE. CIRCULATION DES ALBUMiNOÏDES. 523

dification. Dans cel organe, en e(Tet., ils se transforment, par voie de catalyse isomérique, en substances nouvelles, de nature albuminoïde pareillement, mais qui ditrèrent par leurs caractères physico-chimiques des matières protéiques primitivement ingérées, bien que possédant une semblable constitution chimique. Ces substances nouvelles sont les peptones de la digestion (albuminoses de Mialhe) si bien étudiées par Meissner (1) et Schiff(:2). Leurs caractères essentiels consistent dans leur grande solubilité et dans la facilité avec laquelle, contrairement aux albuminoides ordinaires, elles traversent les membranes organiques, conditions importantes pour leur absorption. Bientôt, le travail digestif opéré, les peptones sont absorbées par les capillaires sanguins et par les vaisseaux chylifères et, pendant leur trajet à travers Tépithélium intestinal et les parois vasculaires, elles subissent, en partie une modification nouvelle qui se continue dans le sang et dans le chyle. Comme Funke (3) Ta démontré, sous Finfluence d'actions chimiques inconnues, les peptones perdent leur diffusibilité et reprennent les caractères de Talbumine ordinaire, de telle sorte que finalement elles sont transformées en une même substance albuminoïde fondamentale, Falbumine du sang (serine et plasmine de Denis).

Cet apport des matières albuminoides dans le sang par Tintermédiaire de la digestion établit l'assimilation réparatrice du sang au point de vue de ces substances. Mais une partie des albuminoides de ce liquide provient aussi de l'organisme lui-même. On sait, en elïet, qu(î la lymphe, incessamment versée dans le milieu intérieur par le canal Ihoracique et la grande veine lymphatique, renferme une forte proportion (de ^'i à 5G pour 1000, Ch. Robin) de matières protéiques qui viennent de toutes les régions de Torganisme. lien résulte donc que Talbumine du sang reconnaît deux origines, Tune intra-organique et Tautre extra-organique.

Dans le sang les matières albuminoides sont contenues dans le plasma et dans les globules. Dans les hématies, les albuminoides se lenrontirnl p|us particulièrement sous forme d'hématocristalline ; ils y sont associés au fer et à des vsels de potasse. Leur proportion, d'après Sacchîirjin (4), serait de rH parties d'hématocristalline pour 100 <lr globules. Les leucocytes du sang en contiennent pareillement, peut-

'li Mfissiur, Zeit. fiir rat. Mml.. '.V' srrio, t. VH, VU! et X.

'i» Schiir, Leçons sur la physiologie de la digestion, I8(>7.

•r}i Kiiiik<'. l'eber dus endosinolisrhe Verlial tendes Peptone [ArcU. /.patli Annt.^WU).

(Il Saccliarjin, Zur Ulutleltre i Vircliow's .Irc/i., 1801).

5ti LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

être dans la proportion de 14 pour 100 comme les leucocytes du pus. Quant au plasma, il possède de 70 à 80 «grammes d'albumine ramenée à l'état sec pour 1000 de san{ç. Celte albumine du reste n'est pas à l'état de dissolution simple dans l'eau que l'on peut retirer du sang, mais elle est fixée par voie d'hydratation, de telle sorte que l'eau -du sang doit être considérée comme entrant dans la constitution des principes albuminoïdes de ce liquide.

Une fois versées dans le sang, les matières albuminoïdes vont servir à la nutrition intime de tout l'organisme. C'est au sein du milieu intérieur lui-même et directement que les globules sanguins rouges et blancs puiseront les substances protéiques nécessaires à leur rénovation moléculaire propre; c'est dans ce même milieu, au niveau des capillaires généraux et à travers les parois de ces vaisseaux, que tQus les éléments anatomiques (cellules fibres, tubes, etc.) de l'organisme viendront prendre les principes de la troisième classe qui leur sont indispensables. L'albumine quitte donc physiologiquement le sang pour servir à Tassimilation des éléments anatomiques, et elle forme, par voie de catalyses isomériques, les différentes substances albuminoïdes (musculine, cartilagéine, osséine, etc.), que l'on trouve dans les différents tissus. Une «lutre portion de celle albumine sert a la production d'un certain nombre de subsl(rnces coagulables, telles que la mucosine, la ptyaline, la pepsine, la pancréatine, que Ton rencontre dans les sécrétionsde l'organisme et qui, pour le plus grand nombre du reste, sont rendues au milieu intérieur par absorption. Enlin, comme Ta prouvé Cl. Bernard, comme l'a encore établi Iloppe-Seyier (h, l'albumine, sousTinfluence des actes dont les cellules du foie sont le siège, sert à la production de glyrogène dans o't organe. Ces faits, qui sont connus depuis longtemps déjà, réfutent celle théorie de Voit Ci) voulant que Ton admette dans l'organisme deux sortes d'albumine au point de vue de leur destination phy.^ologique, l'une, albumine des organes (organeiweiss), albumine orçanisée., ((ui subit peu de modifications dans l'économie, l'autre, albumine de circulation (circulinmdes eiweiss), (jui est sans cesse utilisée pour les besoins de la nutrition et détruite par le fait.

Nous le savons aussi, c'est au sein des éléments anatomiques, par

(1) Hoppe-Scyler, Cebrr dm Orl der /ersetiung von Eiurisa umi andeni }fdhrsioffrn im Ihierischen Onjmiixinim, 1873.

ii) Voit, cité par Hopp.î-Seylcr, loc. cit.

ALBUMINURIE. DIFFUSIBILITË DES ALBUMINOJDES. 525

suite des métamorphoses de leur désassimilation incessante que se détruisent les matières albuminoides. C'est là qu'en vertu d'oxydations et d'hydratations, en vertu de dédoublements divers, naissent tous ces principes de la seconde classe, résidus de la nutrition, qui doivent ultérieurement êlre rejetés hors de l'économie par les émonctoires. La créatine, la créatinine, la xanthine, l'hypoxanthine, l'acide urique et l'urée sont ainsi les cendres de la destruclion des matières albuminoides , cendres qui résultent en somme du fonctionnement organique. Une partie de l'azote de ces substances, si l'on en croit Seegen et Nowak (1), serait même éliminée en nature par la voie pulmonaire.

Ces données que je suis obligé de vous rappeler très-succinctement vous montrent que, dans Tétat normal, jamais l'albumine n'est expulsée en nature hors de l'organisme; aussi, chez Thommesain, l'urine ne contient-elle aucune trace d'albumine. L'apparition de Talbumine dans ceUe sécrétion doit donc êlre considérée toujours comme un trouble pathologique.

En parlant du passage des peplones dans les voies circulatoires, je vous disais que ces subsliinces perdaient beaucoup de leur diflusibilité et que l'albumine avait peine à traverser les membranes organiques. Cependant il est bien certain que, dans l'albuminurie, la matière albumineuse doit, pour s'échapper avec les urines, traverser les parois des capillaires d'une part, et, d'autre part^ celles des tubes des reins doublées de leur* revêtement épithélial. S'il en était autrement, il faudrait, pour comprendre le passage de l'albumine, admettre Texislencede nombreuses ruptures vasculaires dans le rein lui-même. Or, s'il est vrai, comme l'a prouvé Mialhe, que l'albumine de Tœuf n'est pas diiïusible, on sait aujourd'hui que l'albumine du plasma sanguin Iranssudc à travers les membranes organiques; les travaux de Robin elVerdeil(i!),ccux de W. Schmidl(â),de Brûcke(4) el de Botkin (5) sont pleinement conlirmalifs à cet égard; ils ont même prouvé que la diffusibilitn de Talbumine est en rapport direct avec le degré de saturation do la solution et avec la pression qu'elle sup-

(h Soe(ç«*n et Nowak, Versurlte ûber die Ausscheidung von gaxfôrmigen Stickstoff aus de.n im Koriter umgesel^ten Enreigsto/ftiif 1875.

it} Robin rt Vcnloi!, (chimie analomique.

(3) W. Sc»uïiidt, Filtralion ron Eiiveiss, etc. (Poggendorfs Annalerty 18()I).

(i) Brucki*, Die allnimhiosen Substamen der Ulules (Allg. Wien med. Zeils., i85y>.

(5; Botkiii, Zur Frage von dem eiidosmolUchen Verhallen des Eiweisses {Virchow'i Arch.y\S6\\.

porte. Ces différences de diffusibilité entre Talbumine de l'œuf et celle du plasma ne doivent du reste pas vous surprendre. Comme Tont prouvé depuis longtemps déjîi Robin et Yerdeil, Longet (1 ) et Wûrtz (!2), comme l'ont aussi démontré Mulder (3) el, plus près de nous, Aronstein (4)etBéchamp (5), il n'y a pas identité de constitution chimique entre ces deu\ substances albuminoïdes. L'albumine du plasms^ contient moins de soufre ; elle ne dévie pas de la même manière le plan de polarisation; lorsqu'elle esl pure, elle est précipitée par l'éther, tandis que celle de l'œuf ne l'est pas. Mais il esl une condition qui influe encore sur la diffusibilité de l'albumine, c'est son état moléculaire. On sait que cette substance est susceptible de présenter dans l'organisme des modifications isomériques trèsnombreuses qui, sans porter sur sa constitution chimique élénientaire, changent cependant son état moléculaire, comme le prouvent les différentes manières dont elle se comporte alors .lu contact des mêmes réactifs. Funke(6) a prouvé que ces changements ont de l'influence sur la diffusibilité en montrant que deux solutions albumineuses, l'une d'albumine ordinaire, l'autre d'albumine peptone, traversent inégalement vite les membranes animales sous une même pression et dans le même temps. La diffusion de l'albumine peptone se fuit alors deux fois plus rapidement que celle de l'albumine ordinaire. J'appelle, messieurs, toute votre attention sur ces faits dont la connaissance est indispensable pour l'intelligence de notre sujet.

Ces bases primordiales étant acquises, examinons, en nous appuyant sur elles, quels sont les moyens par lesquels on peut produire expérimentalement l'albuminurie.

Tout d'abord, bien que nous ne connaissions pas, comme pour le sucre, la limite de saturation du plasma par l'albumine, il est possible d'admettre que l'exagération de la quantité de cette substance, dans le sang donnera lieu à l'albuminurie, absolument de la même manière que l'exagération de la glycosc dans le milieu intérieur produit la glycosurie. Cette idée, qui se présente naturellement à

(I. Loiitret, «ilé par Ciihlor, art. Albimlncrie <iii Diction, enajcl. des se. méd ^ IHB'i. (t) \^iirtz. Sur la présence de l'urée dans le chyle et dans V urine t 18.VJ. • 3) Miildrr, Versuch einer allgemeinen physiol. Chemit, iSif).

(i) Aronsleiii, i'eber die Darstellung sahfreier Mhuminlosungen vermitleJst der Diffusion \Arch. f. gesam. Plujsiol.j 1873/. (r»i Béchainp. Montitellier .Médical, lK7i. (6j Fuiikc, loc. cit.

Fespril, a même été le point de départ de toute la théorie de Gubler (I) puisqu'il a dit que ralbuminurie reconnaît pour cause déterminante habituelle l'excès de Talbumine du sang relativement aux globules et relativement aux dépenses de l'économie en matières protéiques. Parlant de là, il est facile de comprendre que Talbumine du sang augmentera de quantité : 1° si la proportion de matières protéiques introduites dans Téconomie par les sources du dehors augmente elle-même rapidement et que la destruction de ces substances ne suive pas une marche analogue; 2" si les matières albuminoîdes ne sont pas détruites dans les éléments anatomiques et que, par suite, il s'en fasse une accumulation correspondante dans le sang.

Expérimentalement l'on peut augmenter la proportion des matières albuminoïdes du sang soit par une alimentation exclusivement ou follement albumineuse, soit en injectant directement de l'albumine dans les veines. Cl. Bernard et Bareswill (2), après avoir mangé une certaine quantité d'œufs, ont vu apparaître de Talbumine dans leurs urines et les mêmes manifestations se sont produites chez Brown-Séquard, Tessier et Hammond après cinq ou six jours d'une alimentation exclusivement albumineuse. Stokvis (8), qui faisait prendre à des chiens et à des lapins de l'albumine liquide, a vu ses animaux devenir albuminuriques. Chez les lapins, les urines étaient albumineuses à partir du troisième ou du quatrième jour, et se maintenaient telles trois joui*s encore après la cessation de l'alimentation spéciale. Chez les chiens, l'albuminurie ne se montrait que vers le sixième ou le septième jour. D'un autre côté, Gubler (4) a démontré cette intluence de Taugmentalion de la quantité d'albumine dans le sang sur la production de l'albuminurie. Chez les albuminuriques, il a constaté que, pendant la digestion, au moment ou l'absorption verse une forte proportion de matières albuminoïdes dans le milieu intérieur, la quantité d'albumine augmente dans les urines, comme le prouve le tableau suivant :

i\f ffiibler, loc. cit.

't* B-^rnanl et Ban-eswiil, Sur les voies (Célimination de Vurée après Ve,rtirpation des reins, IMl.

i3i Stokvis, Bijdragen tôt de Kenniss van het Albuminurie^ 1863. (4; (îiibler, Sur les variations diurnes de l'albuminurie {Soc. de biologiCy 1853).

PROPORTION VARIABLE d'AI.BUXINE URINAIRE PENDANT LE JEUNE

OU LA DIGESnON.

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