‹ Les grands symptômes neurasthéniques: pathogénie et traitementChapitre 27 sur 56 · ET DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

ET DE LA NUTRITION

Sommaire. — Difficulté de ce genre de recherches. — Opinions diverses, parfois contradictoires. — M. Albert Robin; M. Gaiitrelet; MM. Joulie et Gautru. — Mes observations personnelles : résumé de leurs principales données. — Essai d'interprétation. — Les troubles de la nutrition sont encore sous la dépendance du système nerveux central. — Conclusions thérapeutiques.

Depuis tantôt dix ans que je m'efforce de surprendre la nature intime du syndrome de Beard, j'ai toujours pensé que l'analyse des urines devait me procurer des indications importantes. J'en ai fait faire un très grand nombre, aussi détaillées, aussi précises que possible, et je n'ai cessé d'en interroger les données, pour leur demander de me fournir quelque trait caractéristique, quelque signe vraiment topique de l'épuisement du système nerveux.

Ce sont ces observations personnelles que je réunis dans ce chapitre. Non point que je les considère comme tout à fait neuves et décisives; je les tiens pour une contribution toute modeste et partielle à l'étude de la

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question, qui est complexe et difficile. Pour imparfaites que soient les notions que Ton trouvera ci-aprfes, elles ne seront pourtant pas sans nous renseigner quelque peu sur Tétat de la nutrition chez les neurasthéniques. Rappelons tout d'abord ce que M. Albert Robin disait récemment à la Société de Thérapeutique * : « Beaucoup de neurasthéniques sont des phosphaturiques, et guérissent do leur neurasthénie quand on a remédié à l'élimination exagérée des phosphates ; un certain nombre d'autres ont de l'albuminurie fonctionnelle ; ici encore une thérapeutique active suppose avant tout un diagnostic exact et détaillé. Dans d'autres cas, j'ai constaté que la neurasthénie peut dépendre uniquement d'une phosphorurie que seule pourra déceler une analyse complète des formes diverses sous lesquelles le phosphore s'élimine par les urines. Voici ce que l'on constate dans ces cas : en m'attaquant à ce trouble de la nutrition, j'ai vu. chez plusieurs malades, disparaîtra rapidement des symptômes neurasthéniques très marqués, contre lesquels les médications les plus rationnelles en apparence étaient restées impuissantes. Enfin, chez un petit nombre de neurasthéniques que j'ai examinés, je n'ai trouvé aucun trouble morbide qui me permît d'amorcer ma thérapeutique : je les ai considérés comme atteints de neurasthénie primitive, sans me dissimuler que cette opinion pouvait tenir simplement à un examen

(1) Séance du 1" août 1900.

insuffisant. C'est chez ces malades qu'on doit mettre en œuvre toutes les ressources de la médication psychique et de rhygiène (vie en plein air, distractions, voyages, isolement, etc.).

« En réalité, voici ce qui se passe si on examine attentivement ces malades. Sur 100 neurasthéniques, 25 p. 100 relèvent du traitement gastrique. Chez presque tous les autres, on rencontre des troubles de la nutrition et des échanges anormaux : 15 p. 100 sont atteints de phosphaturie ; 10 p. 100 sont atteints de phosphaturie albuminurique. Chez 10 p. 100 des cas, le phosphore est incomplètement oxydé et il y a phosphorurie. Un certain nombre présente de la déminéralisation organique avec un coefficient de déminéralisation qui monte de 30 p. 100, coefficient normal, jusqu'à 50 et 60 p. 100.

« Si nous additionnons tous ces cas dont nous venons de parler, nous arrivons à un taux de 65 p. 100 de neurasthéniques qui peuvent bénéficier d'un traitement approprié, en un mot qui sont justiciables d'un traitement étiologique et pathogénique. »

Peut-être n'est-il pas impossible de concilier cette doctrine et le traitement rationnel qui en découle avec la théorie pathogénique et le traitement que j'ai cru devoir adopter. Mais c'est là un point sur lequel il vaudra mieux revenir tout à l'heure. Je tiens, auparavant, à rappeler les publications faites, à différentes dates, sur le même sujet, par M. Vigouroux et M. Gautrelet,

qui nous ont donné de la neurasthénie et de Tarthritisme une conception très généralement adoptée jusqu'à ces derniers temps.

J'ai prié M. Gautrelet de vouloir bien préciser sa doctrine en quelques lignes, résumant avec netteté ce qui en fait lessentiel, et je cite textuellement la note qu'il me communique.

« Lorsque, au moyen de la méthode de Drouin (hémoacidimétrie, hémoalcalinimétrie), on étudie dans le sérum du sang des neurasthéniques le rapport global existant entre les acides et les bases, on est frappé de ce fait qu'il y a toujours disproportion entre ces deux groupes chimiques, et disproportion dans le sens de l'élévation du premier relativement au second. Les neurasthéniques sont donc biologiquement parlant, des malades présentant tous une diminution de la basicité humorale, ou plus exactement une surélévation de l'acidité plasmatique.

« Et ainsi semblent s'expliquer — en admettant une irritation permanente chimique des filets nerveux par un plasma hyperacide — les réflexes exagérés que présentent lesdits neurasthéniques, réflexes exagérés qui caractérisent précisément la maladie connue sous le nom de neurasthénie.

« Or, l'urine n'étant en somme autre chose qu'un liquide excrémentitiel, représentant à la fois les déchets de l'assimilation et les produits de la désassimilation organiques, liquide formé des éléments cristalloïdes (inu-

tiles OU toxiques) du sang, Tétude analytique des urines des mêmes neurasthéniques conduit naturellement à des résultats chimiques parallèles à ceux de Thémoacidimétrie. On y constate toujours chez les neurasthéniques une exagération de l'acidité organique se traduisant généralement par la présence d'acides libres de la série grasse : l'acide lactique en particulier.

« Mais Turologie des neurasthéniques fournit cependant des résultats séméiologiques plus complets que leur hémoacidimétrie. En effet, à côté de Taugmentation constante de l'acidité on y trouve encore :

« 1® Constante, aussi une augmentation de l'indican et du skatol — les deux glucosides normaux des phénols produits dans toutes les fermentations intestinales.

(( 2° Non constante, mais fréquente, une exagération du « rapport » urobiline relativement au « rapport » éléments fixes, pour les normales individuelles des malades observés.

(c On s'explique ainsi : .

« 1® Comment à côté de la déviation de la nutrition générale caractérisée par Thyperacidité humorale — créant avons-nous dit une irritation spéciale du système nerveux — se présentent d'autres troubles nerveux qui ne sont en somme que les manifestations de phénomènes d'auto-intoxication par Tindican et le skatol en excès dans le torrent circulatoire ;

« 2*^ Comment une simple alcalinisation de ces malades

De Fleury. — Neurasthénie. 12

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puisse améliorer leurs manifestations nerveuses, sans toutefois arriver à les faire disparaître.

(( C'est que, en effet, cet indican et ce skatol en excès étant dus : soit à des fermentations gastro-intestinales liées à de Thypochlorhydrie gastrique dépendant de rhyperacidité générale ; soit à une asepsie intestinale inférieure à la normale par diminution de la sécrétion biliaire, il s'ensuit que : Turologie permettant de doser rindican et le skatol éliminés, c'est-à-dire Tindican et le skatol en surcharge dans le torrent circulatoire ; Furologie permettant de doser le chlore éliminé, c'est-à-dire celui non employé dans la sécrétion gastrique; l'urologie conduisant à la connaissance de l'urobiline éliminée, c'est-à-dire au rapport de la fonction hépatique avec la normale — on peut par son intermédiaire, non seulement au point de vue pathogénique rattacher la neurasthénie à la grande classe des maladies par diminution des échanges organiques, mais encore spécifier le^çoint de départ gastrique ou hépatique des différentes formes de neurasthénie, par conséquent être conduit à une thérapeutique rationnelle de ces deux formes différentes.

« L'urologie des neurasthéniques fournit enfin par l'étude du rapport du volume au rapport des éléments fixes, un renseignement précieux sur l'état des parois du torrent circulatoire, en indiquant nettement s'il y a hypertension ou hypotension artérielles : conditions opposées mais à résultantes équivalentes au point de vue

de rinsomnie dont ces malades sont la plupart du temps affligés.

« En résumé, au point de vue urologique :

« 1° Tous les neurasthéniques présentent une hyperacidité marquée et un excès d'indican et de skatol ;

« 2"* Les neurasthéniques gastriques ofirent simultanément une exagération notable de Fexcrétion chlorurique ;

« 3** Les neurasthéniques hépatiques offrent en plus une exagération sensible de Fexcrétion urobilinique;

« 4"* Les neurasthéniques souffrent d'insomnie par hypertension artérielle toutes les fois que le rapport volume est supérieur au rapport éléments fixes.

« 5^ Les neurasthéniques souffrent d'insomnie par hypotension artérielle, toutes les fois que le rapport volume est inférieur au rapport éléments fixes.

(( Ci-dessous deux exemples d'urologie de neurasthénique, le premier étant celui d'un neurasthénique gastrique avec hypertension artérielle, le second correspondant à celui d'un neurasthénique hépatique avec hypotension artérielle.

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